La peur (encore)

Comme tous les humains, y paraîtrait que j’en suis un, j’ai peur, mais pas des mêmes choses que la plupart, moi j’ai peur de la douceur, et du bonheur, de libérer mon cœur, et de soigner mes plaies, rien ici ne me plaît, l’ensemble des couplets de la vie au complet, mais côté émotions, je me fous des motions déposées contre moi, des mentions de mon nom, et aussi du renom, et de toutes les émissions qui feintent d’avoir une mission positive, des admissions addictives, des empiriques abrutis qui croient que tout leur est acquis, à qui vont-ils faire croire ça excepté eux-mêmes ? Leur succès est éphémère et ils ne l’emporteront pas sous la mer, ils y gouttèrent un jour et trouvèrent qu’il eût bon goût, s’abreuvant de citations littéraires trop classiques, ces pantins narcissiques, mais leur esprit est à l’époque du jurassique. S’il arrive que je tombe sous les coups de mon impulsion, parce que j’ai cédé à mes pulsions et que j’ai décédé, qu’on m’a tranché le cou et que j’ai atteint la tombe, je rejoindrais ma rive après avoir été à la dérive le temps d’un battement de cils, tant pis, je m’en fous. Si j’essuie des moqueries, je rirais avec elles, ferais un bas salut et quelles que soient les raisons, je dirais « je vous emmerde et je rentre à ma maison ». J’aime à savoir que d’aucuns usent leur énergie à tenter de me faire plier, jamais ils ne réussissent, sauf des ailes dont les battements doux me caressent, la douleur a la couleur de la franche déraison déroutante.

Image : libre de droits – Tama66

Nuits endormies

Lorsque la lune est haute et que le ciel est noir,
Tapissé d’un voile transparent, et tacheté d’étoiles,
Quand nos villes, nos villages, sont calmes et silencieux,
Quand nos forêts sont fraîches, leurs habitants, alertes,
Et que la mer profonde aux vagues infinies
Chahute les navires, quand l’univers marin
S’engourdit doucement jusqu’au petit matin,
Quand les rues sont striées de lumières irréelles,
Un monde imaginaire s’invente dans tes rêves,
Il n’appartient qu’à toi, il se peint des couleurs
D’une palette arc-en-ciel, sans toile, sans pinceau,
Et tu souris parfois…

Sont-ce des roses éclatantes ou des bleuets sauvages,
Ou des verts pommes sucrés qui dessinent ton tableau,
Ou encore des violettes aux lourds cœurs dégradés,
Y a-t-il des fleurs au fond de tes yeux fermés ?

Moi, je t’imagine dans un monde féerique,
Et mes pensées s’envolent aux notes symphoniques
D’un piano qui te berce au fond de ton esprit,
Qui t’envole aux mesures, qui te rejoue Chopin,
Des mélopées lyriques, classiques, épiques,
Et le jeu des accords qui t’emmène si loin,
Jusqu’à cette silhouette qui te tendra la main,
Et te fera tourner dans ce rythme attendri,
Le long d’une rivière si calme qu’on ne voit pas
Tous les courants d’amour qui la composent,
Et au bout, l’océan…

Inspiration

On a une image faussée de la culture. Tout ce dont je vais parler ce n’est pas, pour moi, de la culture. Je n’aime pas la « culture » populaire. Mais j’aime me cultiver en apprenant de nouvelles choses et en découvrant des nouveautés. Et si je me cultive effectivement en regardant un film, c’est accidentel, en second plan. Connaître ces choses cultive certainement, dommage ou bienfait collatéral, dommage peut-être, car la culture de la haine occupe une place plus qu’importante sur une palette d’objets accessibles de manière populaire, c’est à dire en les achetant. La culture est un moyen, et non une chose globale représentant toutes les créations des hommes et des femmes. Elle n’a pas de prix, et ne devrait d’ailleurs pas se vendre.

Je n’aime pas vraiment lire Emile Zola, cependant c’est lui – entre autres – qui m’a donné envie d’écrire dans les débuts, avec H.P. Lovecraft, Boris Vian, Charles Duchaussoy, Tolkien et Terry Pratchett, et (désolé du peu, ou de l’aspect commercial) Stephen King… Et plus tard, René Barjavel, et encore plus tard… Philip José Farmer, Bernard Werber et beaucoup d’auteurs de SF peu connus. Depuis toujours la bande dessinée de Goscinny, de Gotlib, Morris, Maëster, Tronchet, Larcenet, et tous les auteurs de Fluide Glacial le magazine, mais des années 80 et 90, m’accompagne. Depuis peu, Pierre Ouin et Riad Sattouf. La bande dessinée est pour moi une distraction avant tout. Mais elle m’inspire forcément…

Certains films que j’estime d’exceptions amènent aussi l’inspiration, m’ont inspiré et resteront à jamais comme flottant au-dessus de mes mots, c’est le cas des films de John Waters, ceux de Gregg Araki, ceux des Monty Python’s Flying Circus, de Brazil, de The Wall… Et le jeu des acteurs-trices est tout aussi important à mes yeux que les gens qui les dirigent. En fait tous les gens sans qui ces films n’auraient pas existé, des réalisateurs-trices aux stagiaires qui apportent le café, en passant par les maquilleurs-euses, monteurs-euses, et j’en oublierai de toute façon donc je vais m’arrêter là (1), méritent de recevoir un hommage et mes remerciements pour l’inspiration qu’ils ont aidé à générer malgré eux chez moi. C’est eux et elles qui donnent vie aux films.

La musique est également inspirante. Elle génère des sensations basiques qui sont ensuite transformées en émotions toujours personnelles et indépendantes. Selon la musique écoutée, peut sortir des choses étonnantes d’une tête. Le mélange d’un film et d’un morceau de piano, de violon, ou d’un orchestre est encore supérieur, Le contraste de la violence d’Orange Mécanique associée à la beauté de Rossini ou Beethoven, en est un exemple flagrant. Mais toutes les musiques qui ont été faites avec le cœur sont concernées. La musique Rock Psychédélique des années 70 est assez représentative de ce qui peut provoquer chez moi des séances inspirées d’écriture passionnée. Le Blues, La Soul, Le Punk, Le Rock mélodique des années 80 qu’on appelle vulgairement le Heavy Metal, mais aussi le Rap et d’autres genres inclassables. Sources intarissables dans lesquelles il faut, comme dans tout, faire un tri pour ne garder que le meilleur, ce qui a été fait avec le cœur mais aussi avec talent.

La peinture de Salvador Dalí est une de mes références. Depuis un « accident », des affiches achetées à l’adolescence, à même le sol dans un métro, à un jeune clandestin, est né une fascination pour la peinture fantaisiste et pour la vie mise dedans. Depuis peu, la peinture plus ancienne m’intéresse mais sans aucune connaissances théoriques sur les tendances et les époques, j’y trouve des choses que je ne voyais pas avant. La possibilité d’accéder vulgairement (par internet) à la « culture » visuelle est une bonne chose en soi, mais on voit mieux des peintures quand on peut s’en approcher vraiment, pour les voir de mes yeux, sentir leur présence afin qu’elles me fassent vraiment voyager, c’est une sensation que j’ai pu connaître mais avec une qualité relativement médiocre :  je ne m’intéressais pas à ce que je voyais, enfant ou adolescent.

L’inspiration, je la trouve aussi dans la nature, il suffit de regarder le ciel et les nuages au travers d’une fenêtre, ou de marcher dans sur un chemin en profitant des formes et des couleurs environnantes. La simplicité. Et dans les émotions, les sentiments, l’envie de partager tout, sans trahir, de partager et de toucher, de transmettre ce que j’ai en moi, mon énergie et mes pensées explosives.

L’inspiration est partout. Il suffit de fermer les yeux pour la retrouver. L’imagination mêlée de l’inspiration est plus que créatrice. Mélanger les deux peut donner des choses… intéressantes. Ou pas…

(1) clin d’œil aux intermittents en lutte actuellement

Image : libre de droits (Brooklin)