L’ébullition actuelle du net

Il y a quelques années, j’avais voulu me servir du système de commentaire de Youtube, et j’avais été relativement repoussé par la présence de nombreux trolls sur cette plate-forme, outre l’obligation de devoir créer un compte sur Google. Techniquement, pour pouvoir utiliser certains outils du moteur de recherche, il faut avoir un compte. Et depuis un certain temps déjà, Google a racheté Youtube, ce qui fait que le compte nécessaire pour commenter dessus dépend directement de celui de Google. Le monopole de ce dernier, sur le net, s’est étendu à cette plate-forme de streaming légal après le rachat. Il s’y est créé toute une communauté qui a progressivement pris le pas sur le trollage omniprésent sur place, bien que cette pratique y soit toujours de mise. Youtube a ses propres règles parfois arbitraires (dont la censure sur délation, comme facebook au demeurant), son propre jargon très américain, même pas anglais, mais bien américain, et sa façon de fonctionner non moins américaine. Mais quoi qu’on pense de tout ça, c’est là que se jouent beaucoup de choses, et pas ailleurs. Pourtant il existe d’autres plates formes de streaming (c’est comme ça que ça s’appelle), mais les œillères en la matière sont quasi obligatoire, et c’est là qu’il faut être si on veut avoir la chance de participer à certains débats que je trouve vraiment intéressants. Même le débat politique pour la présidentielle, de par la présence et l’interview des candidats dessus ! C’est quand même quelque chose… Car il n’y a plus guère que les personnes âgées, et ceux qui s’accrochent à leur vieux monde, qui s’intéressent à la télévision, bien qu’elle pèse tout de même dans la machine infernale électorale. Les rares extraits intéressants des émissions qui circulent sur la TV (il en reste mais par bribes) sont diffusés par des personnes lambda qui les ont enregistrées. Diffusés où ? Sur Youtube.

Mais c’est tout de même passionnant de voir, d’observer, voire de participer aux débats, et même ça donne envie de s’en servir autrement qu’en commentant, c’est à dire en faisant ses propres vidéos. Personnellement j’avais fait quelques petits montages, soyons honnêtes : nuls. J’avais aussi mis en ligne une vidéo filmée à Montreuil, que j’avais dénichée sur une liste anarchiste de diffusion par email, donc qui n’était pas de moi. C’était une personne qui habitait cette grande ville de banlieue voisine d’un squat qui avait été expulsé manu militari par une mafia hyper violente, et qui avait tout filmé de sa fenêtre à l’aide d’un téléphone portable. Je m’étais donc permis de mettre ça en ligne pour que ça sorte du cercle des anars qui s’envoient des informations alternatives en interne, car j’avais été choqué, ayant vécu moi-même en squat, m’étant fait expulser avec des copains et des copines par une horde de gendarmes, mais dans une certaine ambiance relativement calme malgré le fait qu’il avait fallu que nous déménagions avec nos chiens, que nous nous étions donc tous retrouvés de nouveau à la rue (que nous connaissions déjà assez bien), que cet endroit était resté inoccupé après notre départ, qu’on ne dérangeait personne excepté une vieille pie qui pouvait nous voir, en vis-à-vis, de sa fenêtre située à environ 50 mètres, et qui était scandalisée par notre présence. Faut dire qu’on était une bande de punks, et que dans un quartier résidentiel, ça fait tâche. Bref. Je m’étais senti concerné par cette vidéo également du fait que j’avais aussi vécu, toujours en squat, à Montreuil-même, et que les rapports avec les voisins étaient très difficiles malgré le fait encore une fois qu’on ennuyait concrètement personne. Nous étions obligés de passer par-dessus une herse avec nos chiens, car comme pour le squat dont je viens de parler, la grille n’était jamais ouverte, restant verrouillée non pas pour nous empêcher de passer parce qu’on passait quand même, des squatteurs n’ont jamais été réellement arrêtés par une grille fermée, mais bien pour nous mettre des bâtons dans les roues. Pour en revenir à la vidéo, je l’avais mise aussi parce que je m’étais senti solidaire des personnes qui s’étaient faites frapper par cette milice, que les flics avaient soutenue, jamais ils ne les ont empêchés d’agir malgré toute la violence qu’ils ont employée. Ça les arrangeait ces flics. Et donc, cette vidéo avait fait plus de 100’000 vues à mon grand étonnement. D’ailleurs pour la petite histoire, passé un certain nombre de vues, Youtube m’avait contacté en me proposant de mettre de la pub dessus, chose que j’avais refusée catégoriquement, car comme je l’ai dit plus haut, déjà la vidéo n’était pas de moi, et de plus, ça aurait été en totale contradiction avec mon positionnement et la motivation qui m’avait poussé à mettre cette vidéo en ligne. C’était il y a environ 5 ans. Ce compte est resté, et je m’en sers encore pour commenter notamment.

Ce qui se passe en ce moment, et c’est dommage que ça se limite surtout à Youtube qui détient ainsi un monopole sur le streaming légal, bien que les autres plates formes vivent aussi, mais pas dans la même mentalité, est donc très intéressant. Je viens de passer quelques semaines à strier des vidéos des comptes (des chaînes) qui me paraissent les plus intéressants. La plupart sont des chaînes de personnes lambda, provenant pas du tout des médias officiels, mais y en a aussi qui proviennent de ces médias. Pendant ces semaines, j’ai pu voir des débats entre youtubeurs et c’est ça qui m’a le plus intéressé. Car il y a des personnes qui font l’effort de tenter de réunir des gens de tous bords idéologiques, et j’insiste car parmi les participants il y a aussi des ultra… Mais modérés dans leurs propos lors des débats, moins sur leurs chaînes. Car pour qu’un débat se passe bien, il faut un certain respect entre les participants. Une certaine tolérance aussi. Alors moi ça m’intéresse. Surtout parce que je suis dans une remise en question quant à ma propre tolérance. Être discriminatoire envers une personne raciste parce qu’elle l’est, c’est pratiquer une forme de racisme… Quoi que… Le racisme concerne la couleur ou l’origine des gens, et non leur idéologie, le mot est mal choisi. Mais je ne changerai rien à ce que je viens de dire. Dans mon dernier billet, j’ai évoqué mon avis concernant l’union des français, pour qu’on puisse tous converger sur un point qui nous oppresse, nous qui provenons des classes sociales relativement défavorisées. Qu’au lieu de se taper dessus entre petits, on devrait oublier au moins temporairement nos divergences d’opinion pour arriver tous ensemble, à faire cesser l’oppression du haut de la pyramide. Et la période actuelle s’y prête justement très bien, puisqu’on approche des présidentielles. Et malgré ça, je ne pense pas qu’on y arrivera, car la plupart croient en un certain leadership. Croient que c’est en comptant sur une seule et unique personne qui représenterait tous les français, que beaucoup de choses pourront s’arranger. Mais ce modèle a prouvé depuis longtemps son inefficacité. Que lorsqu’une personne est montée au créneau, elle se corrompt progressivement. Et donc je ne pense pas qu’on pourra y arriver tout simplement parce que les uns voudront élire un-e-tel-le, qu’ils pensent davantage les représenter, et les autres, un-e autre. Et qu’il n’existe que quelques très rares exceptions de personnes intègres qui pourront arriver à dépasser la barrière des 500 signatures et se présenter, et que ceux-là, celles-là, se feront laminer au premier tour, comme toujours.

Pour sortir de ce système oligarchique, ploutocrate (j’adore ces mots à la con), sans violence, on devra pourtant passer par là. Par l’élection d’un leader. Et je trouve ça lamentable. Pour ma part, je n’ai aucune envie de déléguer mon droit de parole à quelqu’un. Je n’ai pas du tout confiance en ce système républicain. Et je préconise toujours la violence, mais pas n’importe laquelle. Je suis non-violent, certes depuis peu. Je l’étais il y a trois ou quatre ans déjà, mais on m’avait fait remarquer très justement (et je ne l’avais pas accepté dans un premier temps) que verbalement, ce n’était pas le cas. D’ailleurs j’ai retrouvé des écrits à moi de l’époque, extrêmement virulents, et là, en les relisant, j’ai compris à quel point j’avais changé. Alors attention, je ne dis pas du tout que ça y est, je suis irréprochable. Non. J’ai encore pas mal de chemin à parcourir, j’en ai conscience. Mais le paradoxe entre y a 7 ans par exemple, et aujourd’hui, dans mon comportement verbal, lors de débats, lors de la rédaction de textes comme celui-ci, est énorme. Alors je suis relativement content d’observer ça. Car à cette période, lorsque je faisais face à quelqu’un qui m’insultait, je n’hésitais pas à lui en mettre plein la gueule. Aujourd’hui, j’agis différemment, même s’il est clair que je ne l’ignore toujours pas, car j’ai beaucoup de mal avec cette convention qui dit qu’il faut ignorer un interlocuteur lorsqu’il dépasse certaines limites, faire preuve d’indifférence, et d’ailleurs je la trouve hypocrite. Car la plupart des personnes qui agissent ainsi sont souvent touchées dans leur petit ego, et font semblant d’être indifférentes. Pas toutes, c’est clair, mais la plupart. Alors aujourd’hui, lorsque quelqu’un dépasse mes limites à moi, je reste calme, mais je tente de continuer de débattre, et je m’arrête si je juge que vraiment, ça ne sert à rien de continuer. Je pense que c’est la meilleure des solutions pour ne pas perdre la face, ni sa crédibilité.

Je suis toujours anarchiste, je pense que ça ne changera pas ça. Et je suis toujours punk, et ça non plus ça ne changera pas. Je suis toujours en colère contre ce système, contre certains raccourcis faciles que font des personnes avec qui ça ne me dérange pourtant pas de discuter, et qui les met (ils s’y mettent eux-mêmes) dans des cases. Celle de l’anarchie car c’en est une aussi de case, a pour particularité d’être déverrouillée, libre, de ne pas avoir de murs ou des murs pleins de trous assez grands pour pouvoir s’y glisser et partir ailleurs. Il n’y a aucune autorité que je reconnaisse en tant que telle, aucune loi sauf celle du bon sens, aucune légitimité dans le professionnalisme mais je respecte la culture qu’a acquise un professeur par exemple, autant que celle d’un SDF qui a acquis une certaine connaissance grâce à l’école de la rue. C’est mon positionnement, et malgré le mépris qu’on pourra me prodiguer à cause de celui-ci, ou à cause de certains points de mon vécu, que j’assume, je m’y sens bien. Ce mépris justement, est pourtant la principale barrière qui bouche la communication entre les gens. La notoriété de quelques personnes qui vont donc regarder de haut ceux et celles qui en ont moins, me fait penser à la lutte des classes. Et ça me rappelle encore qu’il ne faut surtout pas s’arrêter de lutter, garder la tête haute, ne pas tenir compte de ces comportements que j’estime stupides, qui sont la preuve de l’énorme problème sociétaire qui dure depuis trop longtemps, qui a commencé bien avant ma naissance, bien avant la révolution industrielle, bien avant le moyen-âge même, et que pour aider l’être humain à s’élever spirituellement afin qu’on puisse changer d’ère et je pèse mes mots, on se doit de commencer en soi, en son centre, et ça passe par là : la confrontation à ces comportements, par la mise en lumière de leur nuisance. Car j’entends des gens dire qu’ils ne faut pas juger les autres alors que j’ai tendance à penser qu’ils le font, mais sans forcément en avoir conscience, car on ne me retirera pas l’idée que pour cesser de juger lorsqu’on a eu une éducation occidentale, on doit faire un travail sur soi qui dure des années, et qu’on ne peut pas en sortir de par une simple décision : « j’arrête de juger à partir d’aujourd’hui ». J’en ai parlé longuement dans d’autres posts (cliquer sur jugement au bas de cet article dans les tags).

Maintenant je vais faire une petite synthèse de quelques commentaires que j’ai fait sous certaines vidéos, et qui risquent d’être noyés au milieu de tous les autres. Non pas qu’ils sont particulièrement mieux que ceux des autres, mais ce sont les miens, tout simplement, et ils traduisent ma façon de penser.

J’ai parlé hier par exemple, du nationalisme. C’était sous la vidéo d’une jeune fille Belge qui tentait de comprendre le point de vue de français adeptes de cette idée, et qui comparait avec l’Afrique, avec son pays d’origine : le Rwanda. Elle se demandait si elle n’aurait pas été nationaliste dans une situation similaire (c’est à dire, si dans son pays vivait une population hétéroclite), si elle avait eu la possibilité de rester dans ce pays, qu’elle a quitté si j’ai bien compris, avec sa famille quand elle était très jeune, pour éviter de se faire tuer tout simplement. M’est avis qu’elle a dû partir de là-bas à l’époque du génocide des Tutsis, bien que je n’en ai aucune certitude. Mais ça me semble logique. Mon positionnement à ce sujet, c’est que je pourrais davantage comprendre un nationalisme Rwandais, de la même manière que je pourrais aussi le comprendre pour plusieurs pays d’Afrique qui ont été pillés et colonisés, oppressés, par les Européens. Que je le comprendrais et l’accepterais plus que celui des Français qui ne veulent pas que des étrangers viennent chez eux. Car eux, dans leur positionnement, ils ignorent (ou font abstraction volontairement ou non, pour des raisons qui leur appartiennent) certaines parties de l’Histoire, et la raison qui fait que des personnes étrangères viennent chez nous. Je ne dis pas qu’ils sont incultes, certainement pas, qu’ils ne connaissent pas cette Histoire, mais qu’ils ne la prennent pas en compte pour leur explication de la situation qui les dérange. Donc pour conclure, le nationalisme en Afrique, d’Africains, n’est pas comparable avec celui des Français.

J’ai parlé aussi du racisme anti-blanc, sous une autre vidéo de la même jeune fille, c’était pour répondre à quelqu’un qui disait que le terme ne devrait pas exister. Alors que ce phénomène existe pourtant, bien qu’il soit très isolé et qu’il ne porte pas des centaines d’années d’oppression, qu’il peut être une réponse ou une vengeance par rapport à d’autres racismes. Le racisme d’où qu’il vienne, quel qu’il soit, est une forme d’intolérance sur une couleur de peau, sur une origine. Sur la différence donc. Il n’y a pas réellement besoin d’expliquer pourquoi, comment, le racisme est quelque chose de nuisible. C’est un fait, c’est évident. Mais concernant ce phénomène précis, celui envers les Blancs, il est bon de préciser certaines choses. Alors si on compare, ce que je n’aime pas tellement faire, avec celui envers les Noirs, envers les Maghrébins, envers les Juifs aussi bien qu’il s’agisse d’une religion et non d’une origine ethnique, les Juifs provenant de partout dans le monde (mais il existe et c’est certainement un des plus virulents et injuste), envers les Portugais, envers les Hispaniques, les Asiatiques, bref envers tous ceux qui ne sont pas Blancs, le racisme anti-blanc est ridicule. Mais j’insiste sur le fait qu’il existe, et de plus en plus, car les personnes aux faciès différents du mien (car je suis Blanc) se réveillent, et font la même chose en retour ce qu’ils ont toujours vécu. Et sur ce point, bien que je le comprenne, je ne l’accepte pas. Car tous les racismes sont nuisibles pour la communication, pour l’union dont j’ai parlé plus haut et qui est souhaitable pour qu’on puisse sortir de cette société de classes.

« J’adhérerai à SOS Racisme quand ils mettront un s à racisme. » Pierre Desproges

Image : Il semblerait que cette image soit libre de partage et d’utilisation, me le faire savoir si ce n’est pas le cas.

Jugement et ordre de priorité

Considérer que quelqu’un juge les autres, c’est aussi juger. Lorsqu’on souhaite sortir de cette logique de jugement, d’évaluation de tout ce qui nous entoure – et de tous ceux qui nous entourent – il est nécessaire d’y réfléchir suffisamment pour réussir à le faire convenablement. L’éducation occidentale impose le jugement partout, on nous apprend à le faire dès l’école primaire par le système de notation et le classement des élèves selon leurs notes. Certains et certaines d’entre nous ont compris que ce comportement était destructif. J’ai souvent entendu dans le discours de personnes qui souhaitaient sortir de cette logique comportementale, dire « je ne juge pas ». Alors qu’ils le faisaient malgré eux, ils continuaient à le faire, sans s’en rendre compte. Le simple fait de dire que des personnes jugent est un jugement (duquel je ne m’apercevais pas auparavant).

Lors de ce travail sur moi qui vise à abandonner le jugement, travail dans lequel je suis toujours actuellement, j’ai commencé par le déni. Tout en étant conscient que juger n’est pas constructif, je disais que c’était naturel. Je suis occidental, et j’ai eu cette éducation dont je parle plus haut, qui invite, oblige même, à tout juger. Et je contredisais les personnes qui m’expliquaient qu’il ne fallait pas juger en leur disant qu’elles avaient juste un problème d’interprétation. Je leur disais : « On peut juger, car c’est naturel, c’est condamner qu’il faut éviter de faire. » et je me trompais – le déni. Car c’est bien le jugement en général, qu’on peut aussi appeler « évaluation », qu’il est intéressant d’abandonner au profit d’autres comportements plus ouverts. Il m’a fallu du temps pour comprendre ça.

Quand on prend conscience que le fait de juger tout ce qui nous entoure est destructif, on commence à se rendre compte qu’on le fait tout le temps, et il se peut qu’une forme de culpabilisation apparaisse lorsqu’on se surprend à le faire, mais généralement, la culpabilisation intervient uniquement quand ce jugement est négatif, et on s’autorise toujours à le faire de manière positive, on peut même aller jusqu’à se dire qu’un jugement positif n’en est pas un… Considérer que quelqu’un est « quelqu’un de bien » a beau être positif, ça n’en est pas moins un jugement. Il est tout à fait possible de désapprendre ce comportement. On n’a pas à culpabiliser de juger, mais pour arriver à cesser de le faire, on doit dans un premier temps repérer les moments où on le fait. Par la suite, plus on s’en rend compte, plus on est capable d’éviter de l’exprimer. Sauf qu’on continue à le penser. Par la suite, le repérage se fera de plus en plus en amont alors qu’au départ il se faisait en aval, autrement dit après l’avoir exprimé. C’est de la vigilance cognitive. Et cesser de juger n’est ni plus ni moins qu’une prise d’habitude. La plupart de nos comportements, qui sont tellement incrustés dans notre manière d’être qu’ils sont inconscients, sont des habitudes toutes simples. Et l’être humain est tout à fait capable de perdre une habitude, même inconsciente, en étant vigilant.

Le jugement est le résultat d’associations d’idées. La pensée fonctionne ainsi, c’est une suite d’associations d’idées qui va très vite. Pour cesser de juger il faut vraiment prendre le temps de s’écouter penser, de réaliser lorsqu’on associe une idée à une autre et qu’on aboutit à une évaluation. Il y a un ordre de priorité, des étapes à passer une par une, afin de réussir à mener à bien cette entreprise. J’entreprends de cesser de juger, et je commence par m’écouter parler. Lorsque je me prends à exprimer un jugement, je prends conscience de mes paroles. Une fois que j’ai l’habitude de me rendre compte de ces paroles, je peux commencer à surveiller mes pensées et à repérer les moments où elles aboutissent à un jugement. Et petit à petit, j’en viens d’abord à ne plus l’exprimer. À ce stade, je continue à le penser, mais je ne le dis plus. Une fois que cette habitude est prise, alors je peux passer à la suite : par la vigilance sur mes associations d’idées, je comprends comment j’en viens à penser cela, et je finis par ne plus le faire. Ainsi, je peux bien mieux écouter les autres, et me concentrer sur l’empathie et la compassion.

Toutes les choses de la vie correspondent à des ordres. Il y a seulement deux types d’ordres : l’ordre de grandeur, et l’ordre de priorité. Ça, c’est quelque chose qu’on n’apprend pas à l’école. Et c’est bien dommage d’ailleurs, mais ce n’est pas le sujet. Une fois qu’on a compris ce fonctionnement humain, on peut savoir à quel type d’ordre correspond telle ou telle chose. C’est une réflexion très utile, car elle va aider à bien mieux comprendre toutes ces choses qui nous entourent. Et à beaucoup mieux nous comprendre, que ce soit les uns les autres, ou nous-même.

Je terminerais par l’extrait de ce livre :

« Réfléchissez aux différents sens qu’on peut donner à ce mot « ordre » : ordre de priorité, ordre de grandeur. « Ordre » est une traduction du mot « dharma ». C’est un terme très riche, avec ses nuances et ses sens dépendant plus ou moins les uns des autres.

Il faut que vous ayez le sens de l’ordre ; c’est impératif. Il ne s’agit pas seulement de savoir dans quel dossier vous avez mis tel papier et dans quel tiroir vous avez mis le dossier en question mais d’un ordre mental. Quel est l’ordre de priorité ? Quel est l’ordre de grandeur ? De cette manière-là seulement, vous pourrez arriver à progresser. Mais cela concerne aussi l’ordre au sens le plus concret et le plus matériel du mot et une discipline indispensable doit vous guider.  »

Arnaud Desjardins, Un grain de sagesse, chapitre « Pas d’excuse »

Le jugement et l’esprit

J’ai des périodes de boulimie créatrices pendant lesquelles je ne me contente pas de pratiquer, mais je projette. L’ennui est que la plupart de ce que je fais n’est pas vraiment politiquement correct. La façon dont je vois la vie, ma façon de l’appréhender, de la considérer, et cette forme d’exhibitionnisme par l’écriture, c’est destructif. L’erreur serait ici de me dire « Qui ça intéresse ? », parce que ça intéressera toujours quelqu’un, mais pas dans le bon sens. Il y a une formule de Jiddu Krishnamurti qui circule un peu partout, très mal traduite. On peut ainsi lire çà-et-là « Observer sans évaluer est la plus haute forme d’intelligence humaine. » alors que la vraie traduction, basée sur sa déclaration en anglais, c’est « S’observer [soi-même] sans s’évaluer est la plus haute forme d’intelligence humaine. » et pour un esprit trop peu renseigné sur la philosophie orientale, ce n’est rien, presque identique. Or, ces deux traductions (dont la première est donc erronée) sont très différentes. La première parle d’une personne qui juge l’extérieur, les autres. L’autre parle d’une personne qui se juge elle-même. Même si les deux sont importantes en soi, ce sont deux notions très différentes, et quelqu’un qui en est à un niveau de conscience où il ne juge plus les autres, peut tout à fait continuer à s’auto-évaluer, et à s’auto-flageller. Celui ou celle qui en est à ne plus se juger peut se moquer totalement, faire abstraction du jugement des autres envers lui ou elle. Je pense qu’il est beaucoup plus difficile, pour quelqu’un qui a reçu une éducation occidentale, de ne plus se juger, de ne plus porter importance au jugement que les autres ont de lui, que de ne plus juger les autres. Il est alors logique de considérer que l’ordre de priorité pour arriver à cet état de conscience dans lequel les évaluations extérieures dirigées sur soi n’ont plus d’importance, et dans lequel il n’y a plus d’auto-évaluation de sa personne, commence par l’élimination par la vigilance de chaque instant quant aux associations d’idées, de l’habitude de juger les autres. Je suppose qu’on ne peut pas commencer par cesser de se juger soi-même. Mais j’ai un doute, il est tout à fait possible que l’ordre soit l’inverse ou que tout intervienne en même temps via un changement radical de la façon de penser, de voir les choses.

Ce qui fait souffrir, c’est l’ego. L’ego est blessé lorsqu’on se rend compte qu’une personne importante pour soi est dans le jugement, dans la condamnation. L’éducation occidentale oblige presque à passer par là. Sans jugement, plus rien n’a de sens. Or, il se trouve que sans jugement, on peut écouter l’autre sans l’interrompre, sans avoir de désir soit de l’aider soit de l’enfoncer (tout dépend du degré de conscience de l’individu, mais s’il en est là c’est qu’il est dans le positif). Écouter l’autre permet d’entrer en empathie avec lui. Ne pas juger ce n’est pas s’en foutre, c’est faire abstraction de son ego.

Donc, inversement, ce qui rend heureux, ou plutôt ce qui fait cesser de souffrir, c’est la non personnalisation, l’absence d’ego, ou pour dire ça autrement, l’absence de prise au sérieux de son ego. L’abandon de l’ego. Et comme le dit plus ou moins Krishnamurti, c’est effectivement une des choses les plus difficiles à faire, et réussir, c’est atteindre un niveau d’intelligence qui n’a pas de valeur supérieure.

La question que je pourrais alors poser serait « Comment arriver à un niveau de conscience où l’ego est secondaire, voire oublié ? ». C’est un travail de chaque instant, révolutionnaire au sens propre du mot, on fait le tour de soi, et lorsqu’on arrive au bout, on est radicalement changé. On peut goûter alors à la tranquillité de la conscience. Et encore une fois, c’est un travail très long et difficile. Une erreur serait d’abandonner, ce serait une erreur car ce serait retourner en arrière, à un niveau de conscience auquel est la plupart des humains, un niveau de conscience animal.

Où en suis-je personnellement ? Même pas à mi-chemin. Et trop souvent, j’oublie l’essentiel, mais une chose est certaine et plutôt encourageante, c’est que systématiquement, j’en reviens toujours à reprendre ce travail où je l’avais laissé. On dit souvent que plus on en chie, plus on apprend. Plus les épreuves sont difficiles, plus on en sort fort et plus on progresse sur la voie de la sagesse. Je pense qu’on ne devrait jamais se dire « Ça y est, j’y suis arrivé ! », car ce serait arrêter de progresser. Tant qu’on est vivant on peut encore monter, de plus en plus haut, autant qu’on peut toujours descendre plus bas. Le niveau le plus bas, c’est la mort. Le niveau le plus haut, c’est la mort. Mais, le dernier niveau, et ce que je vais affirmer ne peut pas se vérifier, ça ne sera donc qu’une simple spéculation, c’est la mort définitive. Alors que le niveau le plus bas, c’est la mort, suivi de la renaissance. Car plus on progresse que ce soit dans cette vie, dans la dernière, dans la prochaine, plus on fait progresser ce que j’appelle l’esprit, que les chrétiens appellent l’âme. Là, il est clair que j’ai dépassé la pensée philosophique pour entrer dans le domaine métaphysique, la pseudo-science. Même si je m’intéresse à l’ésotérisme, enfin à certains aspects, certains enseignements, pas n’importe lesquels car dès qu’on entre dans ces eaux là, ça peut être particulièrement dangereux, et un esprit crédule peut se faire mener en bateau, au naufrage, facilement, donc même si je m’intéresse à ce type d’enseignement qui nécessite une initiation extérieure, je m’y intéresse de manière autodidacte, ce qui me permet de toujours garder mon libre arbitre et mon esprit critique. Je pense que c’est très important, car les aspects métaphysiques de la vie ne peuvent pas se prouver. Il y a certains de ces aspects qui semblent avoir plus de sens que d’autres complètement farfelus, comme de croire à un homme qui serait le fils de dieu né d’une vierge, magicien pour ne pas dire faiseur de miracles, et qui aurait avalé toutes les fautes de tous les hommes passés, présents, et futurs, dans une coupe alors qu’il était cloué sur une croix, et que pour lui rendre hommage et ainsi entrer dans son paradis qui se situerait dans le ciel, on devrait manger son corps et boire son sang tous les dimanches… Bref… Mais surtout, il y a des enseignements plus sensés qui accélèrent le véhicule qui mène à la sagesse. Et ce sont ceux-là qui méritent qu’on s’y attarde. Quand ça a du sens, quand ça semble presque logique, alors oui. Si ça semble stupide, sans substance, alors non… Ça paraît simple dit comme ça, mais en définitive, l’esprit humain n’est souvent pas au niveau pour déceler ce qui est probable de ce qui ne l’est pas, en tous cas sur ces plans.

Image : libre de droits (teetasse)

Faim de tout

La fatigue s’étend, la famine de sentiments d’un étang vaseux isolé au milieu d’une forêt vierge reste en suspens, se remplissant lentement, des feuilles mortes tombant irrémédiablement dedans chaque automne, des guerres individuelles qui détonnent, des duels qui tonnent, de substitution en traitements qui cartonnent de sensations vides par tonnes, debout, les deux pieds dans la boue, le cerveau et le sang qui boue, aller jusqu’au bout même si on est à bout, s’abreuvant de paroles pathétiques, quand bien même esthétiques, les tiques et les sangsues squattent, se battent pour avoir une place sur un corps inerte en perte, la tremblotte apporte un léger mouvement sans contrôle, mais c’est si drôle… l’ostracisme trahit par le regard des badauds, traduisant la haine par leurs grimaces, le racisme des races et de toutes les différences laisse des traces sur les gens en errance, je capte en différé vos événements inintéressants qui se trament autour d’un Moi depuis trop longtemps abandonné par ma conscience, la science avance et l’économie devance l’existence d’êtres mis en démence par la bière et qui seront bien vite mis en bière, je m’en branle, je suis en transe.

Image : libre de droits (annca)

Message à l’occident

Jugement, je t’emmerde.
Tu n’es qu’un leurre basé sur des conventions,
Tu évolues grâce aux arrangements entre cons,
Chacun pense légitime le droit de t’utiliser,
Qui pour se venger, qui pour se viriliser,
Qui pour justifier une façon de fonctionner
Morte il y a des lustres, mais putain faut se réveiller !
Tous en rang sur ce cercle nocif et vicieux,
Se changeant en balances quitte à se crever les yeux,
Vos justices ne sont que pures illusions, avoir raison
N’importe que les plus imbus des cons, vos saisons
Sont glaciales, elles diffusent une odeur bizarre,
À croire que ça vient des tréfonds d’une mare,
C’est la vase de votre conformisme, vos escarres,
À force de rester allongés sur vos sales valeurs avares.
Les animaux ont des lois plus sensées que les vôtres,
Vous ne percutez pas, vous êtes des putains d’apôtres
Prêchant des cons-vertis, vous jugeant les uns les autres,
Vos valeurs, je pisse dessus sans aucun remord,
Je vous dis pas ce que je fais d’autre, c’est trop hardcore,
Je risquerais de vous choquer, vous les petites natures,
Aussi cons que des manches, des piquets de clôture
Tenus droits par les barbelés de vos moeurs gluantes,
Vous me dégoûtez, vous et vos idées puantes.
J’arrête là parce que sinon je vais finir par arriver
À votre niveau de connerie, et vous allez saliver,
Accrochés que vous êtes à vos certitudes rivées
À vos cerveaux pleins de hontes refoulées et privées.

Image : CC BY SA Mossot – La Brigue – Chapelle Notre-Dame-des-Fontaines – Fresque du Jugement dernier – Les damnés

Entre chiens et loups

L’honnêteté systématique a quelque chose d’unique,
Mais aussi de pathétique, surtout pour les cyniques,
Concernant les pratiquants, il devient carrément blessant,
D’être soupçonné d’usurper qui que ce soit, voire stressant,
Au point de s’indigner, s’énerver, les sourcils froncer.
Toi qui jamais ne te permets d’outrepasser ta conviction,
Tu te retrouves accusé de ce qu’est capable l’amphitryon
Qui te pointe de son sale doigt, tête penchée, œil qui danse,
Pourtant tu as le cœur pur, l’âme en peine et la conscience
Tranquille, face à quelqu’un qui n’hésiterait, lui, jamais,
À se servir du mensonge pour obtenir plus de monnaie,
Ou quelque service gracieux rendu par un généreux, détourné,
Qui sera d’office dédaigné dès que son dos aura tourné.
Ce genre d’énergumène n’utilise la sincérité qu’une fois
Au pied du mur, cerné de gros durs à qui il jure sa bonne foi,
Qu’une fois qu’il sait qu’il va se faire massacrer, enterrer.
l’Homme est décevant, surtout vu sous un angle moins éthéré,
Lorsqu’on l’a déshabillé de tous ses déguisements,
Qu’on a mis à jour ses aspects les plus déments,
Un des pires éléments est celui qui, du haut de sa montagne
De perfidie, juge selon ses critères grillagés tel un bagne,
Que certains de ses semblables sont moins intelligents que lui,
Lui s’approchant plus d’un vautour qu’un phœnix qui de feu reluit,
Lui, un simple coup de feu dans le ciel et il tombe à pic,
Car il est si énorme qu’il cache le soleil tel un orage toxique,
C’est sa méchanceté qui s’étend, elle prend toute la place,
Et quand il parle, c’est tellement douteux qu’un ange passe,
Mais on sourit, et le silence dort dans un coin tranquille,
On le laisse croire qu’il a gagné de sa filouterie malhabile,
Bien que personne ne soit dupé par cet étrange personnage,
Qui tenterait de te faire boire l’océan mais repartirait à la nage.

Image : CC BY Mars Films

Neutralité

Cette part de moi-même est envahissante,
Ouvre la porte à une tempête de neige brûlante,
Nuit à mon être et l’endort au chloroforme,
Falsifie mes paroles, leur retire toute forme.

Une fois que tout est foutu en l’air reste le chaos,
Sur l’injonction de sa conscience, qui sied là-haut,
Il ne faudrait pas lui céder, mais elle danse,
Ouvertement sur ta tombe, et la douleur lance.

Naturel, ça l’est, ça fait partie de la vie,
Et ça doit sortir, quel qu’en soit le prix,
Tout ce que l’on touche peut brûler car
C’est du feu dans mes yeux, le sang coule au moindre écart.

Odeurs de cramé et de fer mélangées,
Livre ouvert, à une page s’est hasardé,
Entre un chapitre passé, inutile, et un autre à venir,
Reste à savoir ce qui, inexorablement, va advenir…

Et le suspense de l’angoisse prend toute la place,
Borde le gouffre, si je m’y penche, par audace,
Et que je regarde tout au fond, la menace,
Si j’ose un pas, juste un pas, tenace,

On dira que j’ai sauté, et pourtant… pas de chance,
Il ne faudrait pas trop se fier aux apparences,
Ne pas se laisser tromper par un scénario écrit à la craie,
Diablement bien ficelé, un arbre qui cache la forêt.

Il est tellement facile de tomber dans les pièges d’éther,
Vils leurres, placés là juste pour te jeter par terre,
Route pleine d’embûches, absence de solidarité,
Et on laisse des amis se faire insulter,

Sous la verve injustifiée d’autres amis si chers,
Sous la pluie acide de mots qui entaillent la chair,
Et qui font douter de la nécessiter d’exister.

Dédié à Vanessa qui le saura jamais

Des choix

L’être humain est un véhicule. Depuis toujours il cherche à voyager dans sa tête comme physiquement, et à comprendre toute chose, en se concentrant sur son nombril. Que ce soit ses possessions, ses humeurs, ses idées, tout tourne autour d’un seul individu, et vu sous un angle plus général, c’est un chaos confus, car tout tourne autour de chaque vie, et toutes ces vies, ces actions, ces réactions, ont tendance à se heurter les unes les autres.

L’être humain s’est créé un monde inhumain dans lequel il doit évoluer cruellement, sans aucune possibilité de prendre une pause, alors il cherche encore, non plus à comprendre, mais à renouer avec des racines qui sont sous ses pieds et qu’il a abandonné la première fois qu’il s’est habillé, ou la première fois qu’il a ressenti la conscience d’exister. D’abord, l’innocence, puis la prise de conscience : Je. Mais au lieu d’être, il veut avoir. Il cherche à s’approprier de plus en plus de choses, et de la valeur financière de ce qu’il possédera dépendra sa place dans sa société.

Et voici qu’un jour, il se rend compte de l’étendue des dégâts, il pleure devant ce spectacle insoutenable et il veut changer les choses. Il veut que ça change, que tout change, mais il continue de tourner autour de lui-même. Jusqu’à ce qu’à nouveau il se rende compte – souvent il faut du chemin aux réflexions pour qu’elles prennent place – qu’il s’est trompé quelque part, Qu’il faudrait qu’il évolue au lieu de tenter de forger les choses à l’image qu’il souhaite leur donner.

L’Homme a créé dieu à son image, afin qu’un garde fou puisse l’empêcher de prendre des voies nuisibles, et s’est ensuite rendu compte que ce qui était censé l’aider entraînait plus de problèmes qu’il n’en solutionnait. Alors il tourne en rond, et il réfléchit. En permanence il réfléchit. Mais toujours en continuant de tourner autour de son nombril. Certes, il a compris qu’il y a « les autres  », et que c’est difficile de faire sans, mais ce qui lui importe, c’est Je. Toujours Je. Et Je s’écroule sous la pression du monde qu’il soutient, comme Atlas. Alors Je a besoin de s’évader, c’est légitime. Il a besoin d’oublier son état d’être humain perdu au milieu de centaines de milliers d’autres êtres humains qu’il croit insignifiants. Ce qui lui est proposé à ce moment-là, ce sont différents moyens, et les plus faciles font totalement déconnecter de la réalité, mais n’était-ce pas ce qu’il voulait ? Déjà perdu depuis longtemps, il s’enfonce encore, plus profondément, dans les méandres chaotiques des possibilités de son monde, sans voir plus loin que ce que ses yeux lui permettent de voir.

Et tout se passe bien jusqu’à ce qu’autour de lui, les autres êtres humains voient qu’il se passe quelque chose, mais ils sont déjà embourbés dans les aléas de leurs propres existences égotiques, alors par facilité, ils prennent pour acquis ce qu’on leur a toujours expliqué via une propagande mensongère, et l’interprètent comme leur réalité, la seule qu’ils voient. Le seul angle par lequel il est admit officiellement de regarder. Et l’isolement commence. L’ostracisme aussi, mais pas un ostracisme constructif et nécessaire, comme celui des Grecs, un ostracisme qui a une forme de jugement populaire, sans juge, sans avocat, une forme de discrimination. On ne lui laisse aucune autre chance que de suivre des chemins de sacrifices, or on ne sacrifie une chose que pour quelque chose de mieux. La médecine moderne est là avec toute sa panoplie de psychiatres, psychologues, et autres addictologues, armés de leurs ordonnances, passes-droit pour accéder à leurs médicaments, leurs drogues, qui aliènent l’esprit, le cœur, la tête et le corps. Alors chacun sa place… Nous choisissons d’enfermer allègrement ceux qu’il faut punir, dans des centres de redressement fermés, aux portes verrouillées, aux fenêtres pleines de barreaux. On ne veut pas les voir, ils sont bien là où ils sont. Et nous les assommons à coup de molécules chimiques sédatives. Nous les attachons à des lits pour mieux les empêcher de se faire du mal. Qui « nous » ? Eh bien moi, toi, tout le monde.

« Rester neutre face à l’injustice, c’est avoir choisi son camp, soutenir le statu quo. » Desmond Tutu, prix Nobel de la Paix

Mais qui fait le mal ici, et qui fait le bien ? Est-ce que c’est celui qui s’évade parce qu’il n’en peut plus de subir ? Ou bien celui qui juge et qui pointe du doigt du fait de son besoin de toujours tout contrôler ? Est-ce que c’est celui qui s’enivre ou celui qui isole ? Je me demande parfois, ma société a tendance à être très sévère avec les personnes qui consomment des substances illicites souvent  moins dangereuses que celles autorisées, et à accuser de beaucoup de choses, de dangerosité par exemple, d’irresponsabilité, les usagers, et toujours sans procès, juste parce que la morale a décidé que… Et ça, cet état de fait, condamne beaucoup de monde à l’isolement, au jugement facile, ou à devoir cacher leurs habitudes. Ils ne leur sera jamais accordé la possibilité d’assumer.

Image : CC BY Jeff Djevdet

Petitesse

Et tomber amoureux n’est quelquefois qu’un crime,
Vu de haut par des yeux qui ne savent pas aimer
Ou qui croient que la leur est la bonne, est l’ultime,
La meilleure et l’unique, celle qu’on peut faire rimer.

Ils se gaussent et rigolent, et condamnent surtout,
Ils regardent du haut de leur mépris, te jugent,
Te soupçonnent en chœur, et t’accusent de tout,
C’est la haine leur moteur, non tu n’es rien pour eux.

Ils ont la vérité, ils la tiennent dans leurs mains,
Pour eux, tu n’as cherché qu’à combler tes pulsions,
Ou bien qu’à faire le mal, ils t’ont identifié,
Tu n’avais pas le droit de vivre ta passion.

Car eux ont toujours su, eux ils savent, sont les rois,
Et toi tu n’es qu’un gueux, tu n’es qu’un moins que rien,
Et eux ils savent encore, ils savent bien mieux que toi,
Et te pointent du doigt, toi le pauvre terrien.

Mais moi je les emmerde, je leur crache à la gueule,
Car jamais, non jamais ils n’oseraient en face,
Venir vomir leur fiel, hypocrites ils ne veulent
Que dans ton dos railler, te tailler ces rapaces.

Il n’y a que comme ça qu’ils se sentent exister,
Ce sont des êtres mous, de pauvres abrutis,
Des lâches, des bandits, qui ne peuvent résister
À l’envie de juger, ils se croient érudits.

Mais ils ne sont rien d’autre que bassesse facile,
Se noyant dans les plis de leur vaine amertume,
Je les vois tout petits, des virus, des bacilles,
Des microbes, des insectes, et ils crament et ils fument.

La faim est proche

Par chez nous, en occident, on se prend pour des rois – sans dents.
On juge, car c’est l’usage, on prône la purge et le ménage – chez l’autre.
Dans des taudis mal éclairés on dit du mal et on claironne
Des leçons inappropriées, et c’est l’hôpital qui se fout de la charité,
Qui passe son temps à tamponner des ambulances pleines de blessés.
On bifurque autour de formules biaisées, tout en se baisant le nombril,
Très sûr de soi, on décrit les affres souffrantes et effrayantes des foyers
Tout en désignant les coupables, et pointant du doigt de vils diables…
On les démasque, sans jamais retirer son propre masque, fait de fiente.
Mais… Noone is innocent, et qu’on me jette la première pierre,
Qu’on ose le faire ! Oh… Pas en face, ha ! Ha… ça c’est réservé aux vrais.
Lanceurs de couteaux, visez-moi, je vous en prie, mon dos est large,
Mitraillez-moi de vos salves hypocrites sans serment d’Hippocrate
Car je porte volontiers la crête, et je me fous des larmes de vos violons
Dont les âmes sont mortes-nées, et je me fous de vos faux nez de clowns.
Oui… Rigolez ! Allez ! Vos lames sont aiguisées alors qu’attendez-vous ?
Rien ? C’est bien ce que je pensais. Je vis dans un monde faux
Jusqu’à la lie, c’est la crème de la médiocrité qui s’exprime en Ré majeur.
Et qui juge, qui juge, qui vous jauge du haut de ses grands chevaux !
Je vomis les avis des veaux envenimés de verbes avides éventrés
Comme les sacs poubelles dans les ruelles de vos maisons,
Ces sacs pleins des restes de vos vivres, produits de consommation.
Vous qui vivez au chevet de votre belle économie de marché,
Vos voix sont éraillées par vos pesticides, mais vous serez avertis.
D’aucuns veillent. Et ils vont dévoiler vos visages
Qui ont depuis longtemps fusionnés avec vos loups.
Arracher vos peaux malades et ne vous laisser que vos esprits étriqués.
Car nous sommes les rats et vous, le navire qui chavire…
Et vous pouvez rire, charmante Elvire, rira bien qui vivra le dernier…

War on drugs

Les bonnes gens gueulent quand ils constatent la corruption
De leurs élus, qu’ils ont eux-mêmes montés sur des podiums
Relèvent toujours tout ce qui va dans la mauvaise direction,
Se basant sur la parole de médias qu’ils adulent au maximum,
Mais il y a un sujet sur lequel ils sont généralement tous aux anges,
Pour lequel la morale est finalement utile et a lieu d’exister,
Cette morale à laquelle ils font le dos rond quand ça les arrange,
Un sujet qui pourtant comme les autres a aussi été tronqué.
Sans trop réfléchir ils croient aux conneries qu’on leur raconte,
Et aux explications qu’on leur brandit comme des évidences,
Souvent touchés de près car un proche ou eux-mêmes – quelle honte !
Est directement concerné et s’enfonce au péril de tous ses sens.
Alors intervient l’alchimie étrange responsable de l’erreur,
Quand on se base sur un mensonge pour trouver des solutions,
Ils saisissent la perche qu’on leur avait tendue tout à l’heure,
Et identifient les groupes soi disant responsables de ces subversions,
L’ennui c’est qu’ils se trompent comme à chaque fois,
Et qu’ils empruntent des chemins avec toute leur bonne foi,
Que d’autres ont détournés pour eux il y a nombre d’années,
Aidés de Nixon et d’organisations aux intentions falsifiées,
Car depuis un demi-siècle les mythomanes rabâchent
Les mêmes inepties que tous croient sans relâche,
Emplissent les prisons ou les centres de désintoxication
De personnes qu’ils ont casés comme dans des camps de concentration,
Ayant fait croire aux uns qu’ils sont atteints de tous les maux,
Ayant poussé les autres à l’extrême comme des animaux,
Ayant persuadé les plus innocents qu’ils faisaient le mal,
Toujours ce manichéisme occidental, c’est tellement banal…
Mais quand on regarde un peu les poubelles de l’histoire,
Celle qu’on ne raconte pas dans les espèces d’abattoirs –
Je parle des écoles républicaines, dans lesquelles les professeurs
S’évertuent à tailler les élèves à grands coups d’asservisseurs,
En utilisant la comparaison, en glorifiant la compétition,
Pour les préparer à vivre dans un monde où le pognon
Est un fin en soi, sauf que le fric, ben ça se mange pas –
Et donc, lorsqu’on regarde en arrière, derrière soi,
Qu’on s’informe au sujet de détails que l’obscurantisme,
A caché afin de ne pas trop affiner le sens critique,
Comme les guerres de l’opium ou encore l’arrivisme
De l’ancêtre de la DEA, de l’origine des coups de trique
Sur les mains des consommateurs de certaines substances,
De l’origine de lois exportées partout et dont l’influence
A créé une des plus grandes guerres de tous les temps,
Celle qu’on fait aux drogués, celle qui ne dit pas son nom,
Qu’on pourrait croire baignée de bon sens mais pour autant,
Elle est responsable de tant de méfaits, mais toi tu dis : « Non ! »
Tu dis qu’il faut qu’elle existe, que les drogues sont dangereuses,
Et moi je te dis que c’est la prohibition qui est malheureuse,
Sans elle, tous les problèmes soi disant créés par les drogues
En moins de 80 jours dans le monde, et je suis pas Phileas Fogg,
S’arrêteraient net ! Comme si on avait mis un coup de baguette,
Alors tes associations, tes organisations, et tout ton bric-à-brac
Tu sais, tu peux te les garder, car j’ai décidé y a bien belle lurette
De tenter d’y voir clair et d’éclairer mes pairs dans tout ce micmac…

Joute verbale

Gare aux toutous de garde, souvent même ils te mordent
S’attribuant des sujets, pissant sur leurs barrières
Dédaignant qui regarde, soupirant, ne démordent
De déboires en troquets, de censures en fourrières,
Défendant leurs frontières, leurs cœurs hurlent à la lune
De finitions en berne et s’amusent à blesser
Qui contournent leurs sens mais pourraient faire fortune
Émettant des avis contraires à leur pensée
Prenant prétexte qu’ils ont un jour fait la une
D’un quelconque torchon, alors ils se croient droits
Et n’admettent qu’un(e) autre vienne piétiner leurs runes
Arborant un sourire qu’ils trouvent de non droit
Ah ! Ils ont étudié, ont passé tant d’années
Derrière des bureaux ces petits technocrates
Ont montré dans la rue tous leurs drapeaux fanés
En montant au créneau leurs peaux d’aristocrates
Mais la plèbe n’est pas dupe, elle se rit de ces fourbes
Que la haine motive bien pour discriminer
Les propos des petits enlisés dans la tourbe
Et ils usent de cynisme, leur arme de papier
Et qu’importent les larmes de ceux qu’ils ont battus
Mais leur victoire est vaine, et leur vie terminée
L’élitisme est de mise, organise des battues
Fusils aux poings serrés, sous leurs dents élimées
Alors le mieux est de ne pas leur faire honneur
Ces rois de pacotille qui usent l’énergie
Alignant sur des murs l’arrogante teneur
De quelques subversifs cassant leur synergie…

Je ne veux plus juger

Je ne veux plus. Non. Juger l’autre ici bas.
La vigilance est de mise, c’est compliqué parfois.
On a été habitués à toujours se faire juger,
Et à juger en retour, comme pour se venger.
Mais la vengeance n’est pas une solution en soi.
Et d’ailleurs, juger qui, et pourquoi ?
Les actions des autres, ou leurs réactions,
Est-ce que nous les comprenons ?
Alors changer, ne plus juger
Et se contenter d’observer.
Muter, dans ce monde en mutation,
Saisir la perche qui passe,
Elle repassera.
Ou pas.
Sommes-nous à l’aube de ce changement d’ère
Où l’empathie est réellement nécessaire ?
Sommes-nous des êtres doués de raison ?
Pouvons-nous comprendre celui ou celle qui se trouve là,
En face de nous, dans son corps en prison ?
Être humble, en accord avec soi-même.
Chasser la colère et les perturbations émotionnelles.
Cesser d’interpréter systématiquement ce qu’on voit.
Et se contenter de le voir.
Et l’amour, qu’est-ce que c’est au juste ?
Est-ce que ça se mérite ?
Ou est-ce que ça se donne sans condition ?
L’amour, je veux qu’elle explose hors de moi.
Je veux lui donner priorité sur toute chose.
Et pour ça, je dois cesser de juger.
Je n’étais que la moitié de moi-même.
J’ai maintenant décidé de récupérer ce qui me manquait.
En chassant le trop plein, c’est paradoxal.
Donner, c’est recevoir.
Alors quand je donne, je reçois, j’aime.

Image : libre de droits (Jérôme Bosch – The garden of earthly delights – entre 1490 et 1510 – détail de la 3e partie du triptyque)

Histoire de loups

C’est l’histoire d’un homme qu’on prenait pour un loup,
Car en ce lieu les hommes étaient bien tous des loups,
Oui, c’était légitime, le doute et la méfiance,
Car les armures intimes prévenaient la souffrance,
Étaient souvent utiles dans ces contrées sauvages,
Mais les heaumes gênaient les visions les plus sages,
Ils voilaient la vision, et étouffaient l’écoute,
On pouvait sans égard, les retirer, hors joute,
Sinon de temps en temps, juste histoire d’y voir
Un peu plus clairement, et d’écouter le soir
Quelques prétendus loups qu’on croyait des filous,
Aux fausses gentillesses, parler avec sagesse.

Et donc dans ce pays, tout peuplé de bandits,
Vigilance et soupçons étaient bien hauts brandis,
C’était très difficile de cerner entre mille
Qui était exception, tous ces loups en civil
Se ressemblaient autant que des clones escomptant
Arnaquer d’autres clones dans ce fatras battant,
Rare était qui voyait qu’au milieu du parvis
Restait bien immobile un loup avec sa vie
Qui eut été si noire, qu’il avait retiré
Son costume un beau soir, et jamais ne l’avait
Remis au fil du temps, mais qui depuis cherchait
Quelqu’un lui ressemblant, et nul n’y ressemblait.

Un jour un autre loup, épuisé et blessé
Tomba net devant lui, et il s’était baissé
Intrigué, il soigna ses plaies sans réfléchir
Tandis que les passants ne cessaient de courir,
C’est alors que le loup soudain’ment l’attaqua
Sous le déguisement, un visage se laissa
Deviner, et les dents longues et acérées
Lui percèrent la main, la bonne volonté,
Mais il se laissa mordre, il savait que c’était
L’instinct de se défendre, qui parlait, qui hurlait,
N’écouta la devise : « l’homme est un loup pour l’homme »,
Et il continua ses bons soins sans vergogne.

Et quand le loup guéri, se releva enfin,
Qu’il retira alors son déguisement fin,
Un homme dessous le cuir, apparut de tout poil,
Le regarda sans haine, dans ses yeux, une étoile
Brillait de tous les feux de sa reconnaissance,
Honte d’avoir mordu, il argua la défense,
L’autre ne lui tenait pas compte de cela,
Bien que sa main saignait, que la douleur bien là
Le lançait en cadence et infectait la plaie,
Il la laissa couler, sans rancune, sans délai
Il l’invita dès lors à se poser sur place
Pour observer à deux, tous les vils loups qui passent,

Et qui trépassent…

Image : libre de droits (geralt)

Opinions

Aujourd’hui j’ai envie d’attaquer l’égoïsme,
Et de pointer du doigt l’individualisme,
J’ai envie de laisser se disperser ma rage,
Envie qu’encore une fois menace l’orage,
Sur ce collaborateur de l’hiver du monde,
Sur ce tricheur et son état d’esprit immonde,
Sur ce complice des maladies de la Terre,
Sa facilité en train de pourrir mes frères,
Cette ordure qui tue les amitiés naissantes,
En introduisant des censures avilissantes.
Je ne te parle pas de celui, matériel,
Qui rend les gens si prompts à surveiller leur fiel,
Des fois qu’un effronté n’en carotte une goutte,
Ils iraient porter plainte aux gendarmes sans doute,
C’est un peu plus subtil, je parle du penchant
Qu’ont la plupart des gens dont le cœur desséchant
A appris à se clore dès qu’on sort du seuil
De leurs limites dont ils devraient faire deuil.
Je te parle de ces jugements abusifs,
L’arbitrage qui rend les esprits exclusifs,
Qui sans raison excluent ceux qui sortent du lot
De la morale amère et de ses clous vieillots.
Les procès se font donc dans le dos des coupables,
Qu’on isole sans mot comme des incapables,
Tout en étant certain d’être dans sa raison,
Afin que plus jamais n’entrent dans sa maison
Ces marauds qui osèrent parler de sujets
Qui dérangent ceux-là que Brassens appelait
Croquantes et croquants, les gens bien ficelés.
Sortez donc de vos aires fermées aux discours
Que vous ne comprenez, vous les êtres si sourds,
Vous les êtres sectaires, vous qui êtes parfaits,
Car vos jugements fiers ne sont rien que forfaits,
Responsables ou complices du plongeon profond
Que le monde accomplit ou dans lequel il fond.

Le teigneux

À chaud, voici une p’tite histoire, celle d’un bonhomme aux mille déboires,
Que la foule prenait pour un dingue, un rigolo, ou une baltringue.
Mais c’était un ange pourtant, aussi un démon pour autant,
Et son verbe incompréhensible était très souvent pris pour cible.
C’était une teigne à l’occasion, mais aussi un pro d’l’évasion,
Sauf qu’il était tellement seul qu’il était proche de son linceul,
Car tout au fur et à mesure il collectionnait les blessures,
Il se rapprochait de la mort, s’étendait près d’un sycomore,
Le soir pour dormir, solitaire. Souvent, il était délétère,
Détesté de tous à raison, qui est diverse en chaque maison…
La raison, la sienne fut unique, clinique, cynique et mécanique
Entret’nant une logique de claques sans les gueules et à coups d’matraque,
Mais calmez-vous, ne jugez pas : il est passé d’vie à trépas
Il est mort seul, vous en doutiez ? Égorgé par un bijoutier
Qu’il eût braqué au demeurant, pensant revendre, c’est écœurant…
Le butin qu’il aurait volé tout simplement pour s’envoler,
Oui, pour remplir son corps de came comme Don Simpson, paix à son âme
Mort avec vingt-et-une drogues dedans son sang, quel épilogue !

Chacun peut voir dans cette histoire comme un miroir ou un trottoir
Qu’on peut piétiner tant qu’on veut sans inquiétude, et sans aveu.

Les cons

« Cet homme est un vil fourbe, pendez-le haut et court !
Résistez à sa bourbe, la boue de ses discours !
Un beau parleur, tricheur, un menteur acrobate
En recherche toujours d’une victime à abattre !
Les courbes de ses mains, ne voyez-vous donc pas ?
Le trahissent ce chien, et son front est si bas !
Écoutez-moi voyons ! Mon jugement est roi !
Mais si ! Moi j’y vois clair dans son jeu, ce sale rat !
 »
Ainsi parlait un type, de toute sa méfiance
Illustre et pathétique, toute ornée de défiance
Sarcastique et cynique, dans le dos des blessés,
Sa verve hypocrite, son langage hérissé…
Il croyait que les autres avaient ses propres vices,
Ne pouvaient être apôtres avec des cicatrices,
Ceux-là avaient c’est sûr, quelque chose à cacher,
En eux, dans leurs blessures, la vengeance à chercher…
Reste à voir qu’il n’avait jamais rencontré un
Être qui fut si droit, cet homme bon-à-rien,
Les jugements si froids salissent les poètes,
Et remue les couteaux dans les plaies des prophètes.
Faites donc attention, et cessez de juger
À travers l’invention de ces preux carnassiers
Laissez-les discourir, avancez par vous-même,
Laissez-les donc médire sur leurs trop pauvres thèmes
Allez chercher en vous vos propres vérités,
Ils ne vous diront rien que déjà vous sachiez,
Telle est la société, un océan de cons,
Ils n’ont la satiété qu’après avoir pointé,
Leurs doigts sur ceux qu’ils croient, qu’eux-mêmes être aussi cons…

À cœur perdu

Mon cœur est comme dans une prison, un corps de glace,
Originaire d’un monde d’émotions, mais pris dans une nasse,
Né dans un pays imaginaire, mais déporté dans le monde des humains,
Cerné maintenant par l’Homme et ses jugements, et par les chiens.
Occupé par d’autres desseins, il s’est fabriqué une réalité secondaire,
Éreinté par le mépris, assassiné par l’indifférence et les petites guerres,
Unifié à ceux qu’il pense magnifiques, mais non moins ceux de chimères,
Restreint par un État et des lois stupides, par de l’acier et des frontières,
Et aussi par une horde d’inconnus qui ne le voient que de l’extérieur,
Ses mots sont de fer quand il est en face d’un esprit stéréotypé, un leurre,
Tentant de tuer ses idées reçues et leurs conséquences à chaque heure,
Alors qu’ils sont de velours quand il fait face à la sensibilité et au bonheur.
Un jour peut-être il pourra sortir de leurs murs, de leurs armures,
Pour aller rejoindre des êtres libérés, ceux qui sont éveillés et purs,
Ainsi il vivra au lieu de continuer à survivre dans ce monde cynique et dur,
Irréel, mais la seule réalité qui soit permise, au passé comme au futur.
Nuit et jour il passe son temps à crier et pleurer des larmes de sang,
S’est persuadé d’un arrangement avec la Vérité et parfois avec le vent,
Et quand tu vois quelque chose, lui ne le voit pas, mais il le sent,
C’est triste à dire, et j’aimerais dire autre chose, mais il est condamné,
Entre un assassin et un poète, il est dans le couloir de la mort, résigné.
Tourne les aiguilles de l’horloge à l’envers pour retarder son exécution,
Amours, haine, et tous les autres sentiments à l’orée d’une forêt de passions,
Laminé par les moqueries d’autres humains qui souffrent pourtant autant,
Et qui hurlent comme je hurle au fond d’un corps perdu et dément,
Au fond de mon océan, où mes cris sont étouffés par la pression et par l’eau
Une fois encore, j’aimerai qu’il retombe amoureux et qu’enfin il sorte des flots…

Image : libre de droits – Pablo Haddadou

Rectangles au carré

Pythagore avait raison :
Nous, les triangles en Sol usions
De nos piquants aiguillons.
Et j’aimerais être un théorème,
Un que les enfants apprennent,
Mais je ne tiens aucun rêne…
Alors que dire, que faire ?
Être ou ne pas être, est-ce clair ?
Question… Être une lumière,
Dans le pays de Molière,
(Où dans le temps j’avais un frère,
Qui est mort sur ma Terre,
Dans ma tête, pas pour ma mère…)
Est si difficile, car les esprits faciles
Sont légion… Ils jugent et claironnent
À l’orée de leur ironie,
Leurs salaces envies,
Leur hypocrisie et leur méfiance,
Et leur amère arrogance…
Les pauvres hères dansent
En transe, ils se balancent
En saisissant les cordes
De leurs semblables pendus,
Suicides dus à l’abus
De la sensibilité accrue.

Pensées endormies

Je suis comme un genre d’épouvantail doté de parole qui hurle et gesticule, ça fait juste fuir quelque corbeaux, ça attire les vautours, mais ça donne pas envie.

Avant de changer le monde, il faut commencer par se remettre en question soi-même, en fait on est au coeur d’un changement d’ère, et si on ne va pas vers le spirituel, on ne va nulle part.

Personnellement ça fait assez longtemps que j’ai abandonné l’idée de convaincre qui que ce soit. Tout simplement parce que pour ma part, je n’ai pas cette faculté. Je ne suis clairement pas un leader, alors je fais mon truc dans mon coin. Par contre je veux bien être classé dans les « agitateurs », là oui…

Y a beaucoup de monde éveillé, mais faut évidemment pas essayer de comparer à la totalité des humains, parce que ça ferait un pourcentage très minime. Mais du fait qu’on est plusieurs milliards sur Terre, même si c’est qu’1 % ça fait quand même plusieurs millions de personnes…

La révolution se fera en Europe quand le paradigme européen changera réellement, et quand les gens sortiront de leur logique de consommation et de possession.

La drogue ça n’existe pas, c’est une expression inventée par la presse pour appuyer des discours politiques visant à l’interdire.

Il reste encore sur cette Terre des nostalgiques d’un sentiment de don absolu, sans domination, et sans dévolu.

La poésie s’interprète comme la peinture, différemment selon les gens, leur vécu, et tout ce qui fait leur personnalité.

Les paroles poétiques font naître des réflexions, ou nourrissent des réflexions déjà commencées, c’est agréable d’en discuter, ça n’empêche pas d’écouter [lire] profondément à d’autres moments que la communication.

La notion d’appartenance est incompatible avec un couple équilibré. La confiance en l’autre devrait suffire à rassurer quelqu’un de jaloux.

Les partis politiques sont à éliminer, tout comme le système actuellement en fonction depuis des centaines d’années.

J’ai trouvé des moments où jamais la tristesse n’intervient, où la vie est d’un bien-être intolérable !

Dans les moments heureux, on a peur de tout perdre, [mais] à un moment on commence à penser que les choses sont acquises, et ce moment là est dangereux, parce qu’on se repose sur ses lauriers, c’est dans ce type de moment que les choses échappent [au contrôle] généralement.

Le temps est comme une boite de vitesses, parfois la vie est au point mort, et le destin comme le hasard n’enclenche la première que quand il a décidé, et c’est souvent quand tu t’y attends le moins.

Il faut éviter de tourner en huit (décalé à 90°, le symbole de l’infini), autant tourner en carré, et si on retire un angle, on tourne en triangle, inversé ça fait un panneau Cédez le passage.

L’optimisme n’est pas évident pour des personnes hypersensibles, parce que les émotions sont plus fortes et perdurent plus longtemps, elles s’estompent avec le temps mais il suffit d’une simple pensée pour les réactiver.

À force aussi de se retrouver déçu on finit par ne plus faire de projets trop éloignés, ou trop inaccessibles, donc toujours un peu insipides.

L’enfer c’est pas les autres, l’enfer c’est de se retrouver seul face à soi-même quand on se déteste.

La chance ne sourit pas à tout le monde, y en a qui disent qu’elle ne sourit pas à ceux qui lui font la gueule, mais quand elle sourit jamais, on finit par lui faire la gueule.

La beauté n’est pas ce que les média disent qu’elle est, c’est quelque chose de plus relatif à chacun, un subtil mélange de mental, physique, esprit et d’émotions.

Je rêve d’un monde métissé, où y aurait plus de blancs plus de noirs, ni plus personne considéré comme différent parce qu’il provient de je ne sais quel pays.

Nous sommes tous de vieux dragons…

Quand je suis en présence de quelqu’un qui souffre, j’essaye de me comporter avec comme j’aimerais qu’on se comporte avec moi si j’étais à sa place.

Peu de monde applique le dicton Le sage aime le reproche, et c’est bien dommage, si tout le monde avait pour but de s’améliorer, le monde n’en serait pas où il en est.

J’essaye d’être bienveillant, mais ça fonctionne pas toujours.

Comment voulais tu que je ne le susse pas ?

On dit toujours avant c’était mieux mais souvent on ne connaît pas vraiment cet avant duquel on parle.