De la servitude moderne

Film documentaire de Victor León Fuentes, adaptation du livre du même nom de Jean-François Brient (éditions Épervier, 55 pages). Le film est disponible en version intégrale, gratuitement, en plusieurs langues.

Le film et le texte sont soi-disant diffusés hors des circuits traditionnels et ont pour vocation à rester gratuits. Les auteurs incitent donc à le copier et à le diffuser autant que faire se peut. On trouve pourtant le livre sur les sites de la Fnac, Amazon, Priceminister, LesLibraires.fr, Chapitre, Decitre, etc. avec une préface de Yannis Youlountas, au prix de 5€, alors que sur la dernière page du pdf disponible sur le site officiel, est indiqué : « Le livre et le DVD qu’il contient sont totalement gratuits, ils ne peuvent en aucun cas être vendus. Le texte peut être librement reproduit, partiellement ou en totalité. La lutte contre la propriété privée, intellectuelle ou autre est notre force de frappe contre la domination présente »

L’impression d’un livre n’étant pas gratuite et les personnes qui travaillent dans les circuits littéraires ne souhaitant certainement pas jouer le jeu, on peut comprendre que ce livre est en vente. La question que je me pose est :

Y a-t-il outre la préface de Youlountas, un autre texte que celui disponible sur le site officiel ?

Une autre question me vient naturellement :

Est-ce que ce site delaservitudemoderne.org présenté comme le site officiel du livre et du film sur wikipedia est bien le site officiel en question ?

Pour l’instant on le saura pas. Mais c’est tout de même des choses que je trouve importantes, lorsqu’on fait passer un message altruiste, indiqué clairement et explicitement, faire l’inverse est quelque peu déconcertant. Voici ce film, qui soudainement me laisse perplexe alors qu’il avait énormément de valeur pour moi avant que je ne fasse ce petit travail de recherche en profondeur. Il n’en reste pas moins grandiose et hurlant de vérité.

Résolution 2334 contre la poursuite de la colonisation de la Palestine

On ne me verra pas souvent saluer une décision prise par l’ONU, mais pour une fois je vais faire une exception.

Les pays suivants, membres du conseil de sécurité des Nations Unies :  La Chine, la France, le Royaume-Uni, la Russie, l’Angola, l’Égypte, l’Espagne, le Japon, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Sénégal, l’Ukraine, l’Uruguay et le Venezuela ont voté à l’unanimité une résolution intimant à Israël de cesser la colonisation de la Palestine (pas exactement, c’est plutôt de cesser toute nouvelle installation des colons). Seuls les USA se sont abstenus, ne souhaitant probablement pas se brouiller avec leur allié, mais ils n’ont cependant pas mis de veto, détail qui a rendu furieux le Premier Ministre habitué au soutien systématique des États Unis. Si ce dernier pays avait voté contre, la résolution n’aurait apparemment pas été adoptée.

Ainsi, ce pays a reçu l’ordre, je cite : « [d’arrêter] immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est » (sous peine de quoi ?). Mais Netanyahou, à la fois Premier Ministre, Ministre des Affaires étrangères, des Communications, de la Coopération régionale et de la Santé – rien que ça ! – a annoncé qu’il ignorerait cet ordre, et qu’il espérait que l’élection de Trump aux USA retournerait la situation, ce qui est peu probable.

Vu ces déclarations sulfureuses, promettant des punitions qui ont déjà commencées avec « le rappel des ambassadeurs d’Israël en Nouvelle-Zélande et au Sénégal, deux des pays ayant proposé la résolution 2334 au vote du Conseil de sécurité. Dans la foulée, il a gelé tous les programmes de coopération avec le Sénégal et reporté la prochaine visite à Jérusalem du ministre sénégalais des Affaires étrangères » (Nissim Behar, Libération), on peut s’attendre à des conséquences, comme une augmentation de la tension sur place, ou des réactions des Palestiniens si effectivement le Premier Ministre hébreux met à exécution ses menaces (que ce soit celle du non-respect de l’ordre en question, ou celles des punitions annoncées), donc globalement à une dégradation de la situation.

Je trouve assez spécial que ce vote ait lieu pendant que le monde occidental fête Noël, la plupart des gens sont donc dans une phase festive, et ne s’intéressent pas aux actualités. C’est d’usage de faire une pause à la fin de l’année et de ne pas se laisser miner le moral par les décisions politiques internationales. Alors que  déjà en temps normal, la plupart ont choisi de ne pas regarder dans cette direction, c’est pire pendant cette période.

Car oui, même si la majorité des gens sait qu’existe ce conflit qui dure depuis plus bien trop longtemps au Moyen-Orient (ce n’est pas difficile en même temps, la presse et les médias passent leur temps à en parler), un grand nombre des spectateurs extérieurs ne souhaitent pas prendre parti publiquement, surtout pour trois raisons :

  • Soit par ignorance, l’Histoire ennuie fortement la plupart des écoliers qui gardent ensuite un dégoût de ce domaine culturel une fois devenus adultes (comme pour la politique), et le confusionnisme instauré par les médias n’est pas là pour arranger les choses – d’ailleurs, petite parenthèse, je suppose que si on ne mettait pas la pression sur les élèves en tentant de les obliger à apprendre bêtement par cœur des cours, et si on ne les mettait pas en compétition les uns avec les autres en établissant des classements du moins bon au meilleur, les jeunes s’intéresseraient davantage à l’Histoire et aux autres matières, mais ce n’est pas le sujet…
  • Soit de peur d’être catalogués comme antisémites s’ils n’acceptent pas l’oppression en Palestine occupée – car très souvent l’autorité israélienne a un discours qui dit que ceux et celles qui s’opposent à la colonisation sont antisémites, raccourci au demeurant facile et aberrant, mais tout de même repris régulièrement dans la presse traditionnelle ainsi que par certains de nos ministres à nous (Valls par exemple). L’idée étant qu’en se disant contre, on voudrait priver les Juifs d’avoir un pays pour eux (alors qu’aucune autre religion n’a de pays à elle, et c’est un concept typiquement Judaïque, mais passons).
  • Soit de peur d’être catalogués comme colonialistes s’ils soutiennent l’établissement de l’État Juif sur les territoires palestiniens, et ceux et celles qui vont dans ce sens sont tout de même la minorité, car on a vu par le passé les conséquences désastreuses – massacres, génocides, révoltes civiles, dépouillement des richesses et matières premières des pays par leurs oppresseurs, établissement de dictateurs profitant de ces situations pour s’autoproclamer chefs de ces nations – qui ont découlé de la colonisation.

Les uns comme les autres (ceux qui restent neutres) cèdent à la manipulation médiatique, politique, idéologique, qui vise selon moi à ce que l’on s’intéresse le moins possible à ce conflit afin que les peuples laissent faire sans broncher. Beaucoup de pays, dont la France, ont des intérêts directs avec Israël, souvent présenté d’une main comme une démocratie exemplaire et irréprochable, tout en montrant de l’autre main la réalité à laquelle doivent faire face les populations palestiniennes – à l’ouest les rues de Gaza dévastées par les assauts israéliens, à l’est les camps de réfugiés jordaniens, à Jérusalem, l’omniprésence des forces armées israéliennes, la tension permanente maintenue par les conflits religieux puisque cette ville réunit Juifs, Musulmans, et Chrétiens (surtout) et est l’épicentre de l’Histoire des religions abrahamiques, la « Ville sainte ». C’est en quelques sortes la capitale de ces trois courants spirituels qui prennent des allures de sectes pour leurs rameaux orthodoxes.

Affaire à suivre, donc, enfin pour ceux et celles que ça intéresse.

https://www.un.org/press/fr/2016/cs12657.doc.htm

Image : CC BY SA – Rey-artur