Inspiration

On a une image faussée de la culture. Tout ce dont je vais parler ce n’est pas, pour moi, de la culture. Je n’aime pas la « culture » populaire. Mais j’aime me cultiver en apprenant de nouvelles choses et en découvrant des nouveautés. Et si je me cultive effectivement en regardant un film, c’est accidentel, en second plan. Connaître ces choses cultive certainement, dommage ou bienfait collatéral, dommage peut-être, car la culture de la haine occupe une place plus qu’importante sur une palette d’objets accessibles de manière populaire, c’est à dire en les achetant. La culture est un moyen, et non une chose globale représentant toutes les créations des hommes et des femmes. Elle n’a pas de prix, et ne devrait d’ailleurs pas se vendre.

Je n’aime pas vraiment lire Emile Zola, cependant c’est lui – entre autres – qui m’a donné envie d’écrire dans les débuts, avec H.P. Lovecraft, Boris Vian, Charles Duchaussoy, Tolkien et Terry Pratchett, et (désolé du peu, ou de l’aspect commercial) Stephen King… Et plus tard, René Barjavel, et encore plus tard… Philip José Farmer, Bernard Werber et beaucoup d’auteurs de SF peu connus. Depuis toujours la bande dessinée de Goscinny, de Gotlib, Morris, Maëster, Tronchet, Larcenet, et tous les auteurs de Fluide Glacial le magazine, mais des années 80 et 90, m’accompagne. Depuis peu, Pierre Ouin et Riad Sattouf. La bande dessinée est pour moi une distraction avant tout. Mais elle m’inspire forcément…

Certains films que j’estime d’exceptions amènent aussi l’inspiration, m’ont inspiré et resteront à jamais comme flottant au-dessus de mes mots, c’est le cas des films de John Waters, ceux de Gregg Araki, ceux des Monty Python’s Flying Circus, de Brazil, de The Wall… Et le jeu des acteurs-trices est tout aussi important à mes yeux que les gens qui les dirigent. En fait tous les gens sans qui ces films n’auraient pas existé, des réalisateurs-trices aux stagiaires qui apportent le café, en passant par les maquilleurs-euses, monteurs-euses, et j’en oublierai de toute façon donc je vais m’arrêter là (1), méritent de recevoir un hommage et mes remerciements pour l’inspiration qu’ils ont aidé à générer malgré eux chez moi. C’est eux et elles qui donnent vie aux films.

La musique est également inspirante. Elle génère des sensations basiques qui sont ensuite transformées en émotions toujours personnelles et indépendantes. Selon la musique écoutée, peut sortir des choses étonnantes d’une tête. Le mélange d’un film et d’un morceau de piano, de violon, ou d’un orchestre est encore supérieur, Le contraste de la violence d’Orange Mécanique associée à la beauté de Rossini ou Beethoven, en est un exemple flagrant. Mais toutes les musiques qui ont été faites avec le cœur sont concernées. La musique Rock Psychédélique des années 70 est assez représentative de ce qui peut provoquer chez moi des séances inspirées d’écriture passionnée. Le Blues, La Soul, Le Punk, Le Rock mélodique des années 80 qu’on appelle vulgairement le Heavy Metal, mais aussi le Rap et d’autres genres inclassables. Sources intarissables dans lesquelles il faut, comme dans tout, faire un tri pour ne garder que le meilleur, ce qui a été fait avec le cœur mais aussi avec talent.

La peinture de Salvador Dalí est une de mes références. Depuis un « accident », des affiches achetées à l’adolescence, à même le sol dans un métro, à un jeune clandestin, est né une fascination pour la peinture fantaisiste et pour la vie mise dedans. Depuis peu, la peinture plus ancienne m’intéresse mais sans aucune connaissances théoriques sur les tendances et les époques, j’y trouve des choses que je ne voyais pas avant. La possibilité d’accéder vulgairement (par internet) à la « culture » visuelle est une bonne chose en soi, mais on voit mieux des peintures quand on peut s’en approcher vraiment, pour les voir de mes yeux, sentir leur présence afin qu’elles me fassent vraiment voyager, c’est une sensation que j’ai pu connaître mais avec une qualité relativement médiocre :  je ne m’intéressais pas à ce que je voyais, enfant ou adolescent.

L’inspiration, je la trouve aussi dans la nature, il suffit de regarder le ciel et les nuages au travers d’une fenêtre, ou de marcher dans sur un chemin en profitant des formes et des couleurs environnantes. La simplicité. Et dans les émotions, les sentiments, l’envie de partager tout, sans trahir, de partager et de toucher, de transmettre ce que j’ai en moi, mon énergie et mes pensées explosives.

L’inspiration est partout. Il suffit de fermer les yeux pour la retrouver. L’imagination mêlée de l’inspiration est plus que créatrice. Mélanger les deux peut donner des choses… intéressantes. Ou pas…

(1) clin d’œil aux intermittents en lutte actuellement

Image : libre de droits (Brooklin)

Found footage et le mythe du soudeur

Le genre cinématographique de l’horreur a bien évolué. On est loin des bons vieux Massacre à la Tronçonneuse et encore plus loin des films d’Ed Wood, sacré « le plus mauvais réalisateur de tous les temps », et qui filma le célèbre Bela Lugosi, le comte Dracula… On est loin des vieux Evid Dead, et même du classique Braindead, le pionnier du sous-type d’horreur, comique-gore auquel Evil Dead a goûté pour son troisième opus. C’est déjà très loin. Où sont nos soirées pendant lesquelles on n’a pas pu aller au-delà du premier film tant on était paralysés par la peur ? Où sont les séances de cinéma qu’on fuit au bout d’un quart d’heure ? On a grandit voilà tout… Plus rien ne nous atteint. Plus rien ?

J’aurais toujours ce souvenir enfoui, celui de la frousse terrible que j’ai eue, un jour de mon enfance en compagnie de mon petit frère, alors que, fier, je voulais montrer aux adolescents chez qui nous nous étions glissés, que je n’étais pas un poltron (mais j’aimais déjà les films d’horreur). Je me souviendrais toujours de cette scène d’Evil Dead premier opus, quand la trappe en bois tremble sous les coups d’un semi-cadavre vermoulu et déchaîné (cadavéreux, c’était le mot utilisé pour désigner les monstres dans ce film), qui apparemment voulait en découdre avec l’ensemble des êtres, eux bien vivants, que la pièce contenait. Cependant, tous ces films sont tournés de la même façon que les autres genres cinématographiques : on a l’impression d’être un simple public, on regarde un film, et on se rappelle de temps en temps que ce n’est qu’un film. Et alors ? N’est-ce pas le but d’un film ? Plus aujourd’hui ! Enfin plus toujours…

Je viens de me faire une projection privée. Un long métrage d’horreur d’un style tout particulier, un des styles que j’ai toujours recherché depuis que je l’ai découvert. Ce film c’est Evidence (preuve, en anglais). Le style de ce film tire sa particularité, selon mes connaissances, d’un long métrage pas gore du tout, plutôt issu des genres épouvante et suspense, mais tout de même bien flippant : le Projet Blair Witch. Ce petit bijou était le précurseur d’un sous-type qui était tout nouveau à l’époque, le Found footage (littéralement traduit enregistrement trouvé, c’est moche en français, hein ? On continuera à utiliser l’anglicisme, vous êtes d’accord ?). On peut, en regardant ces films, se projeter d’une façon intrusive, à la limite du voyeurisme, dans l’intimité de chaque instant des personnages, du héros, de l’antihéros, des personnages secondaires. Après Blair Witch, le found footage n’est pas tombé en désuétude : on a pu voir émerger Rec (avec ses suites), Paranormal Activity (idem), pour ne citer qu’eux, et on se souviendra pour beaucoup d’entre nous des moments d’effroi que nous ont fait passer ces petites merveilles de terreur.

Evidence se sert d’une image qui est gravée dans la plupart des esprits, celle du méchant soudeur planqué derrière sa tenue de protection contre la chaleur (et contre les étincelles), avec dans son énorme gant son gros chalumeau duquel sort des flammes énervées et concentrées… Ce déguisement a donc déjà été utilisé dans le genre horreur, par le passé. En France on peut se souvenir (ou pas) du long métrage des Nuls, la Cité de la peur, et de son tueur au marteau et à la faucille, portant un masque de soudeur.

Le décor d’Evidence est un vieux garage désaffecté au milieu d’une région désertique. Bien isolé, idéal pour trouver des coins et des recoins pour jouer à cache-cache avec un psychopathe… Ou une psychopathe ! Cependant, ceux qui sont adeptes des films d’horreur savent que ce genre de décor a également été éclusé dans ce domaine. Ne pensez pas que ça rend ce film banal… Ce lieu reste idéal pour une histoire de fiction sordide qui impliquerait un groupe de jeunes entre 16 et 36 ans (parce que j’en ai 36).

Evidence nous plonge dans la réalité des bureaux de la police scientifique, après un massacre étrange. Sur la scène de ce massacre, plusieurs enregistrements ont été retrouvés en assez mauvais état, et les flics se passent les bandes et tirent des conclusions, aidés par un talentueux professionnel de l’imagerie qui dispense ses connaissances et permet de nettoyer des parties sombres et floues.

Dans ce film, le sang ne gicle pas vraiment dans tous les sens, et de ce côté la suggestion est assez importante. Comme dans Feast les saccades forcent à se concentrer afin de mieux saisir les détails, et énormément d’images sont pourries ; une bonne partie du film, si on additionne toutes les scènes incompréhensibles du fait de la mauvaise qualité des bandes. Mais on s’en fout, parce que c’est du trash, du sale, de la boucherie, du gore. Et si le sang ne gicle effectivement pas tellement, on voit des bras arrachés, des gens cramer, des personnes fortement diminuées tenter de sauver leurs vies insignifiantes, d’autres exprimer leurs dernières volontés avant de se faire déchiqueter…

Une autre chose qui m’a fait aimer ce film est l’effort d’originalité du scénario sur toute la longueur, les rebondissements, nouvelles preuves (en anglais donc, evidences) ou événements soudains. Un régal. Le réalisateur m’est inconnu, un noir américain nommé Olatunde Osunsanmi [The Cavern (2005) ; Phénomènes Paranormaux (2009)]. 

Un super moment !

Image : libre de droits (WikiImages)