Contes du keupon perché – épisode 2

Raoul avait sauté en l’air quand Bloodi l’avait foutu dans le chaudron, il avait collé de la flotte partout, et ébouillanté le vieux Punk et sa femme Riquette, et au passage, deux de ses ratons. Bloodi fut super vachement pas content, il fronça les sourcils, montra les trois ratiches qui lui restaient, et couru après Raoul qui tentait de s’enfuir de ce guêpier. Il trouva une bouche qui menait sur une partie inexplorée des égouts, et dès qu’il eut dépassé la limite radicale, les rats cessèrent de lui courir après.

— Il a dépassé la limite radicale.
— Ouais, on peut plus avancer, les habitants sauvages de ces lieux mystérieux vont s’occuper de lui maintenant. Dommage, on loupe un bon repas.

Cendrier avait adopté un arbre, un arbre à l’écorce tellement déchiquetée qu’il avait froid. Et il restait près de lui, tandis que les enfants du foyer faisaient la ronde autour d’eux en se foutant de leurs gueules.

— Il aime les arbr-eus na-na-nèèèreuuu !

Il n’y avait que la nuit que cette mascarade s’arrêtait. Lorsque cendrier allait prendre sa douche pour laver sa crasse, c’était les cendres que les enfants cruels lui lançaient toute la journée quand il n’y avait pas école. Ils la trouvaient un peu partout, ils la récupéraient soigneusement et la gardaient pour ces moments privilégiés de jeux vicieux dont Cendrier était la victime principale, voire la seule. Sauf son arbre.

Raoul arriva à la fin du tuyau par lequel il était passé, et se retrouva dans la partie inexplorée des égouts. Un espace énorme où des centaines d’yeux brillants s’ouvraient puis se fermaient. Un panneau était affiché au milieu affichant en lettres déstructurées : « Limite radicale ». Il ne pouvait plus avancer, sous lui il y avait des dizaines de mètres de chute, et il ne savait pas comment faire. Pas question de retourner en arrière et d’affronter les rats et Bloodi, ils n’étaient pas assez nombreux lui et son courage. Il renifla l’air de la grande pièce sombre, pour s’imprégner de l’ambiance. Ça sentait une odeur étrange, pas mauvaise, selon ses critères de pangolin.

Tout d’un coup il vit une corde descendre devant lui, elle continua jusqu’en bas et resta à sa portée, tentante. Après quelques instants de méfiance, il utilisa la corde pour atteindre le sol. Ce bon vieux plancher des vaches. Enfin pour le coup, pas des vaches, mais des scolopendres et des cafards. Les yeux étaient ceux d’insectes délicieux, et Raoul crut qu’il était arrivé au Paradis des pangolins et se gava de ces croustillants bestiaux qui habitaient ici. Il détruisit quelques maisons qu’avaient construites les cafards, sépara quelques familles qui allaient fêter des anniversaires, créant quelques orphelins au passage, mais qu’il était bon parfois d’être un pangolin !

Cendrier et son arbre restaient la plupart du temps tous les deux ensemble. Ils s’entendaient bien. Cendrier n’était pas bavard, et l’arbre non plus, alors l’harmonie était parfaite. L’enfant essaya de soigner l’écorce abîmée, tentant de faire partir certaines gravures idiotes, des cœurs avec des flèches, des prénoms, en appliquant du miel qu’il avait volé dans les cuisines du foyer, que lui même avait acheté à un supermarché qui l’avait acheté à un éleveur qui l’avait volé aux abeilles qu’il considérait comme « ses » abeilles. Mais dans la ruche, il n’avait jamais été question de ça, et les abeilles considéraient l’éleveur comme leur esclavagiste. D’ailleurs, en ce moment même il se fomentait une révolution au sein de la colonie.

Le miel aidait l’arbre, mais le laps de temps était trop court, et de nouvelles gravures apparaissaient chaque jour, à chaque fois que Cendrier quittait son arbre, Brian et Rihana venaient sournoisement jouer de leurs crans d’arrêts sur l’écorce déjà quasi inexistante, pour marquer des conneries comme leurs prénoms aussi ridicules que le maquillage de Rihana, que le langage de Brian (les Brians et les Rihanas, veuillez m’excuser de cet écart, je vous aime ♡ mais arrêtez par pitié de massacrer les arbres !). Et l’arbre ne guérissait jamais.

Contes du keupon perché – épisode 1

Raoul était un pangolin, il se prenait pour un homme. Il avait pris trop de speed et il avait bouffé Camille la chenille, vous vous souvenez ? Non ? Ah bah, attendez, je vais vous rafraîchir la mémoire… Raoul le pangolin, il se baladait tranquilou et il eut une subite envie de se décaniller la gueule en prenant du speed. Après quelques péripéties, il rencontra Camille la chenille qui voulut l’enculer à sec avec du gravier, et lui vendre de la farine en guise de speed. Elle était sous LSD… Raoul la mangea, récupéra son speed qui était planqué entre deux brins d’herbe, et fut pris dans une avalanche d’aventures… Je déconne, c’est même pas vrai, il hallucina comme un gros chacalos, et puis bon ben, gavé de neige artificielle, il perdit le seul copain qu’il eut jamais, un bonhomme de neige. Parce que ce qu’il ne savait pas, c’est que la neige, ça fond, évidemment, c’est un pangolin… Juste un pangolin. Et les pangolins, c’est pas vraiment connu pour être intelligents. Et donc nous retrouvons aujourd’hui notre ami Raoul, qui a hiberné jusqu’à ce jour. En fait, c’est juste qu’il a cuvé, parce que le jack c’est pas un sky pour les gonzesses ! Et non ! Oh ta gueule Rafi merde ! C’est ‘achement sexiste c’que tu jactes là ! Je sais je sais, c’est exprès pour t’emmerder ! Parce que toi, la jeune naïade en perdition, qu’est venue se ratatiner ici, sur ce blog de merde, d’ailleurs, qu’est-ce que tu viens foutre ici ? T’es en mal de sensations fortes ? Ah bah t’es pas au bon endroit hein ? ! Mais où en étais-je déjà ? Ah oui, Raoul…

Eh bien Raoul sortait tout juste de son hibernation, il s’était réveillé dans une grotte pas loin de Boulogne. Quelle ne fut pas sa surprise d’apercevoir des immeubles, des océans d’immeubles gris, jaunes, bleus, verts et rouges. Et au loin, une gare. Celle de Boulogne, évidemment. Et le mont Valérien, qu’on avait appelé comme ça parce qu’il ne valait rien. Cendrillon était là, avec son fils Cendrier, Cendrionnette étant morte d’une grippe carabinée en février. Elle attendait le RER, sur le quai de la gare. Raoul intrigué s’approcha d’elle. Ben oui parce que là j’ai sauté au moins deux heures pendant lesquelles Raoul avait rejoint la gare, si je vous les avait décrites vous vous seriez emmerdés comme des rats morts, et loin de moi l’envie que vous vous emmerdassiez… Bon, faut pas oublier c’que j’ai dit au départ, Raoul se prenait pour un homme. Filant sa quenouille il vit Cendrillon, Cendrillon ravie de quitter sa cage mit sa robe noire et ses botillons, ah merde ! J’ai rippé, ça c’est du Brassens. Désolé. Donc Raoul vit Cendrillon et Cendrier, et le train arriva.

Hélas Cendrillon sauta et le train lui passa dessus. Elle mourut dans d’atroces souffrances. Raoul qui vit ça, ah là là… Il fut vachement choqué ! Le problème, c’est que juste après la RATP décida comme d’habitude d’emmerder tout le monde en annulant tous les trains. Juste le temps de nettoyer me direz-vous ? Eeeeet non ! Pour au moins deux heures. Alors Raoul partit à Paris à pieds. Avec ses p’tites papattes et Cendrier qui était quand même relativement plus choqué que Raoul.

La DDASS arriva, embarqua Cendrier, et appela la fourrière pour qu’ils chopent Raoul. Ben oui, c’est un pangolin, et un pangolin, ça n’a rien à foutre sur des rails. Oui parce qu’il avait choisit le chemin le plus court pour rejoindre Paris, à savoir la ligne droite. La fourrière arriva trop tard, car Raoul avait rencontré Hector le rat. Hector était super content, jamais de sa vie de rat il n’avait vu un si étrange animal ! Il voulut le présenter à toute sa famille et à Bloodi. Quand Riquette, vous savez la femme à Bloodi, la rate aux six nibards, vit Hector et Raoul arriver de loin, elle chuchota un truc à Bloodi, et personne n’entendit.

Pendant ce temps, le camtar de la DDASS roulait vers un foyer pour orphelins, tout en promettant à Cendrier monts et merveilles. Cendrier était persuadé qu’il allait voir la maison en gâteaux et en bonbons de Hansel et Gretel, mais Hansel s’appelait en vérité Brian, et Gretel, Rihana. Brian vendait des boulettes d’opium et Rihana bradait du maquillage. Ils se foutèrent de la gueule de Cendrier quand ce dernier arriva au foyer.

Dans les égouts, Bloodi était en train de préparer un chaudron dans lequel bouillait de l’eau saumâtre, tandis que Riquette se marrait en voyant Hector faire goûter un joint à Raoul. Et bien sûr Raoul fut complètement défoncé… et ne vit pas arriver la grosse paluche à Bloodi quand elle chopa notre ami pangolin par la queue et qu’elle le jeta dans le chaudron. Oh putain ! La vache ! C’est chaud de l’eau bouillante !

Cendrier était super déçu. Le foyer était gris, tout pourri. Les enfants là-bas étaient tous malheureux, et les éducateurs étaient super pas cool. Mais il y avait un jardin. Et dans ce jardin, il y avait je vous le donne ne mille… des arbres ! Mais hélas, ces arbres étaient tous abîmés, les gamins ayant gravé des conneries sur leurs troncs.

Bon, moi, j’ai la barbe qui pousse, alors je vous laisse, la suite au prochain épisode.

Cendrillon

Cendrillon pour ses trente ans est la plus triste des mamans. Son bel amant, le Prince Charmant est atteint d’une maladie encore inconnue en ces temps reculés : l’éléphantiasis scrotal – autrement dit, la maladie des couilles géantes.
Sa santé l’a obligé à se déchoir de son statut de Prince, et il n’est plus aujourd’hui qu’un simple prolétaire, déshérité. Cendrillon hésite à le quitter, mais elle reste pour les enfants, dit-elle.
Car ils ont eu un fils : Cendrier, et une fille : Cendrillonette. Les deux enfants batifolent autour de la mère affairée au ménage tandis que le Prince Charmant est assis sur ses couilles, devant la télévision, et regarde le match.
La vie chez Cendrillon est tellement routinière, tellement ennuyeuse, qu’elle est devenue alcoolique. L’absence de sexe à cause de la maladie du Prince Charmant, la rend de plus en plus perturbée. La nuit elle en fait des rêves érotiques, avec des dizaines d’autres Princes Charmants, des blancs, des noirs, des gris, des jeunes, des vieux… C’est l’enfer.
Mais un jour elle décide de prendre le taureau par les cornes et d’aller voir un médecin. Elle choisit une thérapie de couple chez un psychologue très connu. Elle est blonde…
Le jour du rendez-vous, elle monte sur le dos du Prince Charmant, et ce dernier démarre ses couilles desquelles il se sert comme moyen de transport. En trois heures ils ont fait les deux-cent mètres qui les séparent de l’échoppe du psychologue, le Docteur Freud.
À peine quelques minutes après être entrés, le médecin, persuadé que Cendrillon a couché avec sa mère, appelle les services secrets et fait interner Cendrillon en hôpital psychiatrique, enfermer le Prince Charmant en prison, et placer Cendrier et Cendrillonette en famille d’accueil chez les Sept Nains.
Après de nombreuses années en prison, les chantres de la médecine trouvent enfin la cause de la maladie du Prince Charmant. Ils lui coupent les couilles.
On a plus jamais entendu parler de Cendrillon.
Quant à ses enfants, j’ose même pas évoquer ce qui leur est arrivé, et de toute façon vous le supporteriez pas…

Image (domaine public) Freud

Liturgies Noëlistes 2

Mézalors était un Espagnol. Un homme grand, châtain foncé, à fière allure.

Ses parents l’avaient d’abord appelé Noël, avant de se rétracter et de finalement  choisir le prénom de l’arrière-grand-père maternel – un Espagnol. Les parents avaient tout de même gardé le prénom « Noël » qu’ils avaient mis à la suite du premier.

Noël avait grandit, et c’était devenu un grand homme, à fière allure. Quand il arrivait dans le lointain, habillé de sa cape de soie rouge et coiffé de son chapeau claque noir satiné, tous les regards étaient captivés. De très loin, on pouvait voir briller sa ceinture en cuir à étui, elle pendait un peu à droite en suivant ses hanches.

Noël avançait doucement, il faisait de grandes et lentes enjambées. Derrière lui, le désert épousait l’horizon, et un soleil s’étiolait semblant se noyer dans le ciel gris d’hiver. Devant lui, le désert évaporait sa poussière beige en volutes transparentes, accueillant ses pas.

Noël emplissait l’espace de toute sa prestance. Un halo provenant de la lumière tardive du soleil rouge l’entourait. Le ciel devenait sombre à cette heure de la journée. Une étoile apparut, d’abord imperceptible puis de plus en plus brillante. Mais à peine quelques instants plus tard, elle s’éteignit, et le soleil disparut derrière l’horizon. Et avec lui, le décor.

Noël marchait dans la nuit noire. Il ne voyait rien. Une feuille volante, qui se faisait appeler Blanche Page, vint à sa rencontre. Il la prit en plein visage, et laissa échapper un juron.

« Mierda ! »

Noël frotta une allumette contre sa botte, et il vit la feuille volante. Blanche Page était vierge de tout et n’importe quoi. Sauf d’encre violette et de lettres mystérieuses. L’homme ne savait pas lire…

Noël s’assit un instant, tenant fermement Blanche Page, et l’allumette mourut tristement. L’homme fouilla dans sa poche et sortit la boite, il remit la morte dedans, la boite devint cercueil, un cercueil que Noël referma dans un geste las. Il était maintenant dans le noir complet.

Assis sur le sol de poussière, Noël se tenait la tête entre les mains. Et l’étoile du Nord se ralluma, éclairant tout ce qui existait autour. Blanche Page brillait sous l’étoile, révélant les magnifiques arabesques des lettres mystérieuses sous les yeux émerveillés du bel homme. Et la lune apparut. Majestueuse. Grandiose. Belle. Imposante.

Blanche Page voulait être lue. Mais le seul lecteur potentiel des environs ignorait les rudiments de la lecture. Lui aussi voulait que Blanche Page soit lue. Et les lettres trépignaient d’impatience fébrilement dans l’espoir qu’un oeil les comprennent. Elles, ne voulaient qu’être saisies. Si possible à point, servies chaudes et accompagnées d’un verre de bière fraîche et d’un bon repas.

Noël connaissait un génie, le génie de la lampe. Il voulut lui rendre visite car il lui restait un voeu, mais l’étoile et la lune étaient capricieuses ce soir là. Elles disparurent à nouveau et tout fut plongé dans l’obscurité derechef. Alors l’homme décida de suivre son instinct à l’aveuglette, et son instinct avait déjà pris un peu d’avance, l’homme courut pour le rattraper. A l’aveuglette et sans filet.

L’instinct de Noël fuyait à la vitesse d’un ange. Il commença à laisser derrière lui un fil de lumière dorée. Et la lumière brillait quelques instants avant de s’estomper en de petits points lumineux. L’homme les repéra de très loin. Rien d’autre ne se voyait dans tout le désert et à ce moment précis. Et il se rapprocha suffisamment près de son instinct pour pouvoir le filer.

Noël filait son instinct, qui lui, poursuivait sa route vers la demeure du génie de la lampe. A l’aveuglette et sans filet. La discrétion était de Mise, une ville du Sud. Elle assistait l’homme fier, dans toute sa splendeur invisible tant la nuit était noire. Et l’étoile du Nord réapparut. La lune comme pour narguer son homme, vint révéler la présence de Noël à son instinct qui redoubla de vitesse. La discrétion retourna à Mise, grillée.

Noël courut deux fois plus vite après son instinct dans la lumière de la lune et de l’étoile réunies, et très vite il reconnut les lieux. Tout le monde, sauf la discrétion qui était partie, était arrivé à Bon Port, un village en bord de mer. C’est là que résidait le génie de la lampe, en colocation avec dieu.

Le génie de la lampe et dieu vivaient dans les bas fonds de Bon Port. Un quartier dangereux, coupe-gorge des familles. Noël se tenait sur ses gardes. Des ruelles sombres partaient latéralement avant de revenir sans prévenir, de front, menaçantes. Et le génie vivait dans l’une d’entre elles. Mais la ruelle du génie de la lampe était partie latéralement, Noël dut consulter les horaires de passage des rues pour ne pas louper celle du génie. Elle revint de front par l’ascenseur de 22h43.

Noël se tenait prêt à sauter. La ruelle se faisait attendre. En retard, à un moment de relâchement, elle survint finalement, à toute allure. Alors le grand homme se mit en position et s’élança dans un bond gigantesque à l’assaut de la ruelle qui déboulait. Non sans mal, il réussit à l’atteindre et finit son chemin jusqu’à la porte de l’appartement du génie de la lampe.

« Toc ! Toc ! Toc !
Qui est-ce ?
C’est Noël ! »

Le génie de la lampe ouvrit la porte et fit entrer Noël. Il le reçu très chaleureusement. L’hôte était au milieu d’une partie d’échecs endiablée avec lui-même. Dieu n’était pas là ce soir, il était sorti en boite de nuit pour boire jusqu’à plus soif. Car dieu avait soif, très soif, il avait tout le temps soif. Dieu ne pouvait plus compter sur l’aide du génie de la lampe car il avait déjà dépensé ses trois souhaits dans de l’alcool, alors il passait souvent ses soirées dans des bars, dans des discothèques, et parfois dans des bals-musette pour boire. Dieu était alcoolique.

Le génie de la lampe proposa de manger à Noël qui accepta avec grand plaisir. Les deux amis s’installèrent donc et dégustèrent un bon repas arrosé de bonne bière brassée par des chérubins. Le repas se déroula dans une quiétude sans égale.

« Je veux utiliser mon dernier vœu, génie.
D’accord, dis moi donc ton vœu mon ami.
Je veux savoir lire.
Rien de plus facile ! »

Le génie de la lampe ferma les yeux une seconde, les rouvrit, et dit tout haut :

« Ça y est mon ami ! Tu sais lire ! »

Noël se saisit alors sans hésitation de Blanche Page qui dormait, et les lettres se remirent à frémir d’excitation. Et l’homme les comprit. Le mystère n’était plus un mystère, Blanche Page respirait le bonheur et les lettres furent en extase quand l’homme châtain foncé aux allures de pistolero prononça les deux mots dont les lettres d’or illuminaient la pièce :

« JOYEUX NOËL »

Image : jacinta lluch valero (sous CC)

Pangolin power !

Raoul le pangolin savoure Camille la chenille. Quel goût exquis ! Il se dit en lui-même « quelle grosse conne quand même, bon où elle a planqué le speed ? » et il commence à fouiller autour de lui avec sa langue, il cherche pendant une bonne minute dix-sept secondes et trois cent vingt-trois millièmes de secondes, et finalement, dans un coin un peu en retrait, il aperçoit de son oeil lubrique, un petit paquet blanc.

Raoul court comme un fou furieux vers son trophée, tout en retirant de ses dents, à l’aide de sa langue habile, un morceau non comestible de Camille. Il attrape le speed bien emballé, avec sa petite patte droite, s’en colle un peu dans le pif, et fourre le reste du keps sous une de ses écailles. Puis il rejoint le canal et reprend son chemin, trottant comme un petit chien, tout sourire.

C’est alors qu’il commence à neiger à très gros flocons, et Raoul ne connaît pas la neige. Il n’en a jamais vu, n’en a jamais goûté, jamais il n’a pu enfoncer ses papattes dans le manteau glacé et étincelant que forment les flocons. Au bout d’un moment il ne voit plus grand chose tant l’épaisseur de ce qui tombe est dense, mais dans le lointain, il a l’impression de voir quelque chose courir… Et plus il s’approche, plus il se rend compte que c’est en fait plusieurs choses. Des choses vivantes, des genres d’animaux très moches se tenant sur leurs pattes arrières. Alors il s’approche encore plus près, intrigué.

A quelques mètres, des enfants jouent, ils se lancent des boules de neige en rigolant d’éclats de voix aigus. Quand ils remarquent Raoul le pangolin, qui approche d’eux méfiant, doucement, ils s’arrêtent tout net de jouer puis ils s’enfuient en criant. Raoul ne comprend pas, il s’arrête et les observe à travers les flocons, les choses deviennent de plus en plus petites avant de disparaître. Alors Raoul veut aller voir l’endroit où ils jouaient, par curiosité. Il s’avance prudemment.

Et soudain, un bonhomme de neige apparaît devant lui, sortant du sol. Le bonhomme de neige regarde Raoul en plissant ses yeux en  boutons. Raoul regarde le bonhomme de neige un peu effrayé. Roger le bonhomme se penche légèrement en avant, et se met à parler à Raoul.

« Raoul ! Tu t’es envoyé du speed coupé au LSD ! Tu vas prendre cher mon pote ! En attendant, paye ta trace ! »

Et Roger le bonhomme de neige sort une bouteille de Jack, et les deux nouveaux amis se pètent la ruche. Bientôt la truffe de Raoul est toute rouge.

Subitement, Roger le bonhomme de neige se met à fondre. Raoul, voyant ça, panique et se lance vers la flaque qui reste de son pote.

« Naaaaaan ! Mon copain ! Reviennnnns ! Je te vengeerraiiiiiiii ! »

Pleurant la disparition de son ami Roger, Raoul reprend sa route – en descente de speed – en titubant des Jacks on the rock qu’il s’est tapé avec feu Roger le bonhomme de neige. Il ressent une fatigue de plus en plus grande. Il lui faut trouver un abri… Il se reprend une bonne lampée de Jack. Et alors il s’écroule.

Image : (cc) Rusian Rugoals

La raison du plus fort

C’est l’histoire de Raoul le pangolin. Il se ballade sur le bord d’un canal à la campagne et alors il arrive à une écluse. Au fond de l’eau, fouinant dans la vase, Gaspard le ragondin n’entend pas Raoul arriver, il refait surface dans un hoquet, reprend son air, et quelle n’est pas sa surprise d’apercevoir Raoul. Et Raoul observe Gaspard, et Gaspard observe Raoul.
 » Mais qu’est-ce tu fous ici toi espèce de pangolin ?
– Je m’ballade.
– Et d’où tu sors ?
– Je m’suis barré du zoo, j’en avais marre de voir leurs gueules et leurs sales mioches qui me jetaient du pain.
– Quoi ? Tu crache sur de la bouffe toi ?
– Attends tu visionnes pas l’truc là, faut t’proj’ter à ma place aussi si tu veux comprendre. J’ai jamais connu la liberté moi ! Toi tu fais c’que tu veux t’es libre, non ?
– Vrai !
– Et ben là bas moi j’étais enfermé tout le temps, dans un habitat soi disant naturel. Oh y avait bien le véto qui m’branlait d’temps en temps, mais rien, pas d’nana par exemple ! T’imagines toi ? Ceinture pour l’tagada !
– Ouais OK. Moi ici j’ai au moins cinquante femelles, elles en prennent de partout mon pote. C’est ça la liberté.
– J’suis pas polygame moi, et pi j’aime pas les partoozes, ça m’intéresse pas de niquer cinquante meufs, rien qu’une déjà ce s’rait pas mal.
– Ah ! Ben tu sais pas c’que tu perds !
– Non, et puis j’m’en fous tout à fait entre nous !
– Et alors tu comptes aller où maint’nant ?
– Je sais pas puis ça aussi j’m’en fous. T’as pas du speed ?
– Du quoi ?
– Du speed crétin ! Tu sais pas c’que c’est du speed ?
– Mais si j’me fous d’ta gueule pangolin !
– Ba c’est pas drôle. Allez arrête tes conn’ries j’ai envie d’m’envoyer un peu d’speed, j’suis sûr que tu sais où trouver ça…
– OK, va voir Camille la chenille, elle est perchée…. là haut. »
Gaspard montre un endroit en contrebas du canal. Alors Raoul part vers le lieu indiqué, en trottant comme un petit chat. Il arrive assez vite au pied d’un grand arbre tout vert, regarde bien autour de lui mais il ne voit personne. Il commence à se dire que l’autre ragondin s’est encore foutu de lui, quand il aperçoit finalement, une toute petite chenille, posée sur un brin d’herbe. Camille observe Raoul. Et Raoul observe Camille.
 » T’as du speed ?
– Ca s’pourrait… Tu m’donnes quoi en échange ?
– J’ai du cash.
– Reviens demain. Le temps que j’aille le chercher.
– Quoi ? ? ? Nan mais tu pètes un câble ! Moi c’est aujourd’hui qu’j’ai envie d’me défoncer ! T’en as pas sur toi ?
– Tu vois des poches sur mon magnifique corps ?
– Magnifique corps, magnifique corps… Arrête de t’la péter sale chenille de merde !
– Parles moi bien toi sinon j’te nique la gueule avec mes poils urticants. Et pis fais pas trop l’malin si tu veux pas t’retrouver avec une fourmilière au complet sur la gueule ! C’est pas parce que t’es un pangolin qu’il faut m’faire chier ! J’en ai maté des plus coriaces ! Non mais ! ! !
– Vas y ta gueule »
Raoul bouffe Camille.

FIN

Image (cc) Dotpolka