Merci bien

Merci à la vie, cette putain d’ordure, qu’elle aille se faire foutre,
De m’avoir vomi, cloué sur un mur, pendu à la poutre,
Perfusé d’envie, de désir obscur, rempli comme une outre,
De besoins malsains, de haines clandestines, de vices reptiliens,
D’opiacés desseins, de rages intestines, et d’absence de liens,
De sombres dessins, symboles qui destinent, l’existence pour rien.

Merci à la vie, et je lève mon verre, les yeux dans le vide,
À cette survie, à cet univers, à ces cons avides,
Camé à l’envi, dans les veines des vers, qui me rendent livide,
Qui grouillent et provoquent, des douleurs atroces, et des insomnies,
Des phrases équivoques, qui semblent féroces, mais sont calomnies,
De simples breloques, des rumeurs véloces, courent à l’infini.

Merci à la vie, hurlant dans la nuit, assoiffé de sang,
J’y suis asservi, bombardé d’ennui, j’épie les passants,
Ces proies poursuivies, du destin qui nuit, à ces innocents,
Pleins de protéines, mes crocs aiguisés, sont prêts à briser,
Les cous, l’héroïne, les fous déguisés, les têtes excisées,
Les cœurs, les poitrines, je veux les baser, et les inciser.

Merci à la vie, putain de salope, faut la poignarder,
La laisser se vider des psychotropes, qu’elle a placardé,
Et puis, assouvi, moi le lycanthrope, que vous regardez,
J’irai sous la terre, errer dans des caves, pour me reposer,
Ou dans des cratères, ravaler ma bave, me recomposer,
M’abreuver d’éther, fixer la déprave, jusqu’à la nausée.

Horizon

J’ai besoin d’altitude, I want to get high man
J’ai besoin de me foutre des larmes qui s’étalent
J’ai besoin de sentir le vent fort qui m’effleure
J’ai besoin de tout ça.

J’ai besoin de tout vivre, et je veux vivre libre
Autant qu’un livre vibre de rayons invisibles
J’ai besoin de tendresse, de tendre ma main leste
Au moins de tout ça.

La deadline dépassée, je n’ai plus d’ambition
Je suis pas solitaire, j’en ai pas prétention
Ni ténébreux cow-boy, ni martyr épuisé
J’arrive pas à leurs chevilles.

Je n’ai pas de modèle et je me lis beaucoup
Je me relis encore, et jusqu’à la nausée
Me regarde sombrer, satisfait par la forme
Et couler par le fond.

J’ai envie de parler, mais je vais exploser
J’ai envie de prier, mais je n’ai aucun dieu
J’ai envie de mourir, mais je suis toujours là
Et je suis même pas las.

Souvent je me demande si on peut me comprendre
Sans que je ne m’épanche sur une épaule si tendre
Juste par la lecture de deux ou trois écrits
Je sature et je flanche.

J’ai pas lâché mes rames, j’ai pas lâché ma barre
J’ai simplement parfois des descentes improbables
Qui me rappellent le temps de l’an fête à seize ans
En boites de 60.

Ce temps est déjà loin et je me suis loupé
J’ai raté mon arrêt, mais le foc est bombé
Je dérive lentement, mu au gré du courant
Et du vent violent.

Je voudrais m’envoler au delà des tornades
Où les rayons solaires s’écrasent en cascade
Se projettent sur moi, et réchauffent mes membres
Si loin à l’horizon…

Et oui, j’irai au bout, tout au bout, loin là bas
Mais horizontalement, et non je coulerai plus
Je sais qu’il est pour moi, accessible utopie
Il est là pour moi, l’horizon.

Je vais partir là bas, voyager en solo
Prendre la mer fâchée, l’apaiser de mes mots
Et avancer plus loin, toujours, encore plus loin
Faire le tour de la Terre malade.

Quitte à me retrouver à épouser des vagues
À m’enfoncer doucement à toucher un rocher
Ou à toucher du sable, noyé au fond de l’eau
Près des poissons.

Je veux partir, crever ma bulle métallique
Pour la cinq-centième fois, la crever pour de bon
Goûter encore une fois l’air frais qui se répand
Sentir les choses.

Je ne suis pas fait pour vivre parmi tous ces gens
Ils me font peur, ils rient, vont bien en apparence
Ne montrent jamais rien, rien de leur lassitude
Ils font semblant.

Et moi l’extraverti, moi le clown invisible
Je ne sais pas feinter, ni jouer au poker
Je ne sais qu’observer, assis sur une pierre
Avant de la ramasser, de tout briser.

Image : (cc by sa) Alfrain