De la servitude moderne

Film documentaire de Victor León Fuentes, adaptation du livre du même nom de Jean-François Brient (éditions Épervier, 55 pages). Le film est disponible en version intégrale, gratuitement, en plusieurs langues.

Le film et le texte sont soi-disant diffusés hors des circuits traditionnels et ont pour vocation à rester gratuits. Les auteurs incitent donc à le copier et à le diffuser autant que faire se peut. On trouve pourtant le livre sur les sites de la Fnac, Amazon, Priceminister, LesLibraires.fr, Chapitre, Decitre, etc. avec une préface de Yannis Youlountas, au prix de 5€, alors que sur la dernière page du pdf disponible sur le site officiel, est indiqué : « Le livre et le DVD qu’il contient sont totalement gratuits, ils ne peuvent en aucun cas être vendus. Le texte peut être librement reproduit, partiellement ou en totalité. La lutte contre la propriété privée, intellectuelle ou autre est notre force de frappe contre la domination présente »

L’impression d’un livre n’étant pas gratuite et les personnes qui travaillent dans les circuits littéraires ne souhaitant certainement pas jouer le jeu, on peut comprendre que ce livre est en vente. La question que je me pose est :

Y a-t-il outre la préface de Youlountas, un autre texte que celui disponible sur le site officiel ?

Une autre question me vient naturellement :

Est-ce que ce site delaservitudemoderne.org présenté comme le site officiel du livre et du film sur wikipedia est bien le site officiel en question ?

Pour l’instant on le saura pas. Mais c’est tout de même des choses que je trouve importantes, lorsqu’on fait passer un message altruiste, indiqué clairement et explicitement, faire l’inverse est quelque peu déconcertant. Voici ce film, qui soudainement me laisse perplexe alors qu’il avait énormément de valeur pour moi avant que je ne fasse ce petit travail de recherche en profondeur. Il n’en reste pas moins grandiose et hurlant de vérité.

Débat critique autour de l’idéologie de Bernard Friot

Je précise : je n’ai pas lu Bernard Friot (économiste et sociologue), je n’ai vu aucune de ses conférences, interviews ou je ne sais quoi, j’ai juste pu l’entendre parler à l’intérieur d’une vidéo d’Usul disponible sur sa chaîne (1). Ce serait d’ailleurs une belle occasion pour me cultiver à son sujet…

Pour vulgariser, selon le premier intervenant de l’émission (Matt d’AL et de Tantqu’il), Friot propose un changement dans les valeurs salariales (le « salaire à vie »), mais aussi concernant les retraites. Qu’on travaille ou qu’on ne travaille pas, on aurait un salaire, variable selon les qualifications qu’on a. Variable, point intéressant pour mieux comprendre : quatre niveaux du moins qualifié au plus qualifié, et les médecins (j’utilise le même exemple que l’intervenant) seraient au niveau de qualification le plus élevé, donc toucheraient le salaire le plus élevé.

Et maintenant, j’ai envie de donner mon avis. En quel honneur un médecin toucherait plus que les autres ? Je ne sais pas, pour moi un médecin ne rend pas particulièrement davantage service à la société qu’un balayeur, et je ne minimise pas l’utilité d’un médecin, je maximise l’utilité d’un balayeur, nuance ! Si le toubib devait effectuer son métier dans un endroit dégueulasse, situé dans une ville dégueulasse, il ne pourrait pas le faire dans de bonnes conditions.

On voudrait qu’un médecin soit plus méritant que les autres du fait des années sacrifiées en études, mais comme pour n’importe quel métier, je ne suis absolument pas d’accord avec ce point. Il est vrai qu’un balayeur n’a pas besoin de faire d’études pour être capable d’exercer son métier avec efficacité et compétence, et qu’un médecin doit apprendre énormément de choses avant d’être en mesure de soigner les gens, je ne disconviens pas à cette réalité. Cependant les motivations pour sacrifier ces années en études pour être médecin sont souvent de l’ordre du confort futur, donc vénales, bien avant d’être altruistes. Quoi que l’un n’empêche pas l’autre, mais la société dans laquelle on vit pousse à faire passer les motivations vénales avant l’altruisme. Lorsque des parents rêvent de belles carrières pour leurs enfants, ce n’est pas en priorité dans l’idée de l’utilité future de leurs enfants, mais bien dans celle de leur confort. Et puis c’est un choix personnel, le sens du vrai sacrifice c’est quelque chose que beaucoup de monde ignore, ou ne souhaite pas adopter parce que ça ne rapporte rien. L’altruisme aussi. Et puis, je sais pertinemment que je dois être une des rares personnes à penser ainsi, et que nombre d’entre vous considéreront ce point de vue comme stupide. Et ce n’est pas grave, chacun pense ce qu’il veut, et les autres ne peuvent pas forcément comprendre comment on en est venu à penser comme ceci ou comme cela. Et puis de toutes manières, d’une le fait que je voie les choses comme ça ne changera strictement rien dans le fonctionnement sociétaire, et de deux, je respecte les visions différentes des miennes et je ne considérerais jamais que je détiens LA vérité absolue, manquerait plus que ça tiens !

Les intervenants mettent également le doigt sur quelque chose d’intéressant : l’égalité des chances. Le système de Friot ne modifierait pas cet état de fait, qui veut qu’une personne provenant d’un milieu social au bas de l’échelle (même si cette échelle n’a plus que quatre échelons) ait beaucoup moins de chances d’arriver à un niveau d’études supérieur.

Quoi qu’il en soit, avant de me faire un avis sur le concept de société que propose Bernard Friot, je vais devoir m’intéresser à ce concept, et le décortiquer – dans la mesure du possible car je ne dispose pas de moyens qui m’autorisent à m’acheter un livre, sauf s’il est arrivé à un niveau où il est disponible d’occasion (c’est à dire, généralement longtemps après avoir été publié, et dans l’éventualité où il se serait suffisamment vendu). Et je n’aime pas lire un livre au format numérique, il est hors de question que je commence aujourd’hui, surtout à mon âge, je tiens à mes yeux qui sont encore heureusement en bon état, et je tiens à ce qu’ils le restent. Je lis déjà suffisamment de choses en ligne comme des articles, etc.

Et Re-quoi qu’il en soit, cette émission apporte un regard libertaire sur la pensée de Bernard Friot, et est donc intéressante à écouter.

http://sortirducapitalisme.fr/187-les-propositions-de-bernard-friot-en-debat

(1) – https://www.youtube.com/watch?v=uhg0SUYOXjw

Image : CC BY jsymmetry

Tripalium

Sous prétexte qu’un niais propose du travail
Il s’octroie le vil droit de ne pas te répondre
Je suis pas fâché de penser que ça ne vaille
Pas une once de valeur, sans me correspondre
Leurs vieux jobs ne sont que des marchés aux esclaves
Juste destinés à consommer dans l’enclave
Que l’on nomme, hypocrite, super « supermarché »,
Qui n’a que de super le préfixe harnaché
À « chérie », sans l’accent ni l’étymologie,
Car la supercherie, chacun dans son logis
L’introduit volontiers pour la faire ressortir
En poubelle odorante abandonnée au vent,
Cette société faite de nombreux paravents,
Placés là pour que les boeufs touristes de base
Ne voient pas ce qu’il y a derrière, la rase
Campagne est salie par le bitume bourgeois
D’une catégorie d’individus sournois.
La vulgarité est bien question de snobisme.

PS : un gros fuck off pour la société de consommation

Image : CC BY Nikolas Moya