La gitane

L’amour lui apparaissait comme un sophisme, elle n’y croyait plus,
Elle avait vécu un florilège de trahison, le désespoir en surplus,
Les mensonges et le subterfuge qu’utilisaient les hommes,
L’hypocrisie aussi, le poison était depuis toujours dans la pomme,
Et le prince charmant n’était jamais arrivé, elle qui l’attendait,
Depuis sa nuit des temps, le chaos en elle se répandait,
C’était plutôt burlesque tout ce qu’elle vivait, cette vie d’espoir,
Mais d’espoir brisé, de joie éphémère, elle était la bonne poire,
Elle voulait comprendre pourquoi la liberté s’était absentée,
Pour la confiner dans une prison de rêve détruit, sa santé,
Partait à toute vitesse, les pigments de sa peau qui par le passé,
Étaient semblables à de la soie, s’abîmaient, elle en avait assez,
Elle n’était plus la rose qu’elle était dans son enfance, cette beauté,
Elle n’avait vraiment plus le cœur, comme avant, à chanter,
Il n’y avait plus que l’évasion dans ses moments de rêverie,
Pendant lesquelles elle repeignait sa vie, et en faisait son œuvre,
Le stéréotype de la femme parfaite, elle n’avalait plus ces couleuvres,
Quelquefois elle se repassait la chronologie de son existence,
Elle repensait à cette période où elle était une Vénus en substance,
Où l’érotisme qu’elle dégageait faisait fondre tous les hommes,
Où son eldorado était placé au cœur de sa séduction, son summum,
Et elle souriait, elle fermait les yeux et elle s’endormait.
Elle n’était jamais plus belle qu’à ce moment là, et désormais,
Elle ne croirait plus jamais à autre chose qu’à elle-même,
Elle ne se donnerait plus jamais à personne, et la Bohème,
Lorsqu’elle marchait pieds nus dans l’herbe fraîche, l’été,
C’était tout ce qui lui fallait, et elle se l’était mille fois répété.

Image : libre de droits (Edouard Manet – Gitane avec une cigarette)

Léger détour

Je n’ai que faire de tout ce positivisme, ces sophismes,
Sortis tout droit de buissons d’orties, d’esprits abrutis,
Je n’aime que la réalité, et la réalité c’est la souffrance,
Car plus on comprend la vie, plus on s’éprend, ravis,
De son côté aberrant, et si on se retrouve errant,
C’est qu’on l’a décidé, c’est qu’on a adopté ces idées,
Je n’ai que faire de soins, je ne crois plus en rien,
Toute la subtilité et les codes des humains, c’est du foin,
Je refuserai toujours de m’y plier, je préfère me replier,
Sur moi-même, entretenir la colère comme théorème,
C’est cet état de fait qui m’a aidé à survivre, imparfait.

La séduction se noie dans des formules de production,
Où la compétition fait force de loi, où les plus cons sont les rois,
Et je vois depuis des années de la mauvaise foi, tant de fois,
Où des êtres se croient si forts qu’ils courent à leur perte,
Soumis à d’autres êtres qui sentent le souffre, dans des gouffres,
Si profond qu’ils ne peuvent pas, mais jamais, en remonter,
Pour venir ensuite se planter devant moi, et pleurer,
Et moi, à chaque fois, je les crois, et je pleure avec eux,
Mais c’est terminé, car c’est un terrain miné, malheureux,
Oui je fais le procès de la connerie, vous n’aurez plus mon empathie,
J’ai trop absorbé de flagornerie, j’ai trop souffert, écorché,
Que ce soit par mes fers, ou par ceux de ces porchers,
Dont les porcs se sont retournés contre eux, fallait s’en douter…

Et même si je sais que j’aurais encore des sursauts de sollicitude,
Je vais m’accrocher à ma solitude et en faire une habitude,
Je n’entrerai plus jamais dans la ronde conventionnelle,
De toutes façons, j’ai les mains sales, tâchées de mon sang,
Oui, c’est fini, mon idéal est en train de changer, fini le bal,
Je ne danserai plus jamais dans vos soirées tribales, le métal,
Sera mon élément, et je mourrai peut-être seul, mais pas dément,
Pas la tête pleine de vos illusions, ce sont des excréments,
Et quand je vois ces fous extasiés aux sourires émaciés,
Tous mains dans les mains, marchant sur le même chemin,
Je vomis, je prends la tangente, et je coupe par les bois,
Sans oublier ma bière que je bois, quitte à être aux abois,
Ton aide, je n’en veux pas.

Fragile

Saleté de société qui dévalue quelques êtres du fait de leur apparente fragilité, des êtres qui sont bien plus forts sous certains aspects qui ne se voient pas au premier abord. La vision binaire des abrutis qui pensent ainsi est vraiment fatigante et fait pourtant office de loi, sauf que pour des personnes spirituellement élevées, cette loi apparaît telle qu’elle est : comme un sophisme. La force (ou la fragilité) qui est prônée comme importante n’est qu’une partie infime de l’être humain, et ne voir que ça, c’est vraiment être stupide, porter des œillères et freiner l’évolution de l’humanité. C’est des personnes comme ça qui sont responsables de la pauvreté du monde. Cette vision qu’ils imposent et que le plus grand nombre (les moutons) choisit délibérément de suivre par facilité, est digne du moyen-âge. Pire : de la préhistoire. Qu’ils retournent vivre dans des cavernes et qu’ils nous foutent la paix, qu’ils nous laissent apprécier toutes nos caractéristiques humaines, ces caves, au lieu de les dénier. Ils glorifient des points de caractères qui sont des défauts, mais qui sous un angle primitif, apparaissent comme des qualités. Aucune subtilité, cette façon de voir les choses est désuète, dépassée, obsolète. C’est celle du pluriel, de la division, elle est grossière, vulgaire, vole au ras des pâquerettes. Elle sent les égouts, la crasse, les eaux stagnantes. Elle n’est là que pour rassurer quelques crétins qui se croient supérieurs aux autres.

Image : CC BY Sean McCormick

Au passage

Je trouve toujours aussi révoltantes les formules résignées et d’arrangements avec la réalité, qui parlent de bons côtés dans certains états ou statuts, bons côtés qu’on ne voit jamais, ou seulement après la mort… Laissez-nous souffrir, nous qui souffrons et venez pas nous bouffer la vie avec vos philosophies à la petite semaine, axez-vous au moins sur des choses concrètes et non sur des trucs totalement à côté de la plaque.

Image : CC BY Jindřich Nosek (NoJin) – Prague, rivière Vltava – Gesto, de David Černý (sculpteur Tchèque) – 21 octobre 2013 – Message au président pro-Kremlin Miloš Zeman, avant l’élection précipitée du Parlement de la République Tchèque

L’amour mort

L’amour est un concept, ce n’est rien qu’une idée
Une idée inventée par de petits hommes las
Las de ne pas aimer, las de toujours crier
Qu’ils existent qu’ils sont, qu’ils sont là et bien là
Du fond de puits étroits, leurs cris sortaient en vain
Pour aller se noyer dans un grand brouhaha
Les chants froids des sirènes et le bonheur des rats
Qui se satisfont bien de quelques possessions
Consommez consommez, consommez les moutons
Jamais vous ne saurez ce que valent les moissons
Les moissons de vos âmes, celles d’un monde si laid
Celles d’un monde que vous avez rendus si plat
En étant complaisants en étant si plaisants
Populaires et la masse n’est qu’un chien clopinant
Comme Baudelaire disait, « bon chien, mon cher toutou »
Tu n’es qu’un frêle pantin à l’image de ces fous
Ce public de moutons, ces pauvres hères sans buts
Qui errent dans les sillons de leurs pas lourd marquant
La Terre sous laquelle s’enterrent les moribonds.
L’amour s’en vient frapper, gifler tordre caresser
Les peaux des écorchés, les yeux de ceux qui croient
Qui croient que l’amour est un sentiment inné
L’amour n’est qu’une idée, une notion étrange
Étrangère à nos corps, striés de desseins vains
La vertu et son cercle, fermé à ceux qui souffrent
Le club n’est ouvert qu’à ceux et celles qui peuvent.
La porte reste fermée à la lie des humains
Je regarde mes mains, la laideur est beauté,
Y a que moi qui la vois, y a que moi qui les vois
Ces mains fragiles et chaudes, qui peuvent te raconter
Le monde dans un conte, une histoire écorchée
Quand dans le soir la lune se cache dans une flaque
Ne relève pas la tête, tu n’y verrais qu’un rien
Un semblant de bitume qui reste comme de l’encre
En tâches sur la feuille d’un poète fatigué
Ne crois pas que la vie t’est offerte comme ça
Elle se paye ici bas, comme le passeur d’un fleuve
Traverser les enfers sur une barque trouée
S’enfoncer bien profond et nourrir les voleurs
Voilà le risque si tu ne la payes pas
Mais attention quand même, ne la payes qu’une fois
Qu’une fois l’autre rive atteinte, qu’une fois
Qu’une fois que ton cœur saura transcrire l’amour
Ce concept étonnant, cet étrange discours
L’amour qui n’est qu’un rêve, l’amour qui n’est qu’une trêve
Si courte juste avant que ne reprenne le cours
Des souffrances inutiles mais bien là, des souffrances
Et l’amour mort se marre, narguant qui aime encore
De sa présence absente, l’illusion de l’amour.