Laisse-moi seul

Le chemin est chaotique, dès l’matin j’suis K.O.
J’reste en vie au cas où, il s’passerait quelque chose,
J’vois des enfants partout et j’te fais l’pari
Que jamais j’en aurais, et après tout tant pis,
Comme ça j’pourrais rester, le cassos que j’suis
Aujourd’hui.

J’en peux plus d’parler d’moi, j’voudrais t’parler du ciel,
Des montagnes et des bois, d’la mer et du soleil,
Mais en moi y a qu’du fiel, et l’avenir est en deuil,
Moi en mai j’me vois pas, j’tourne autour d’un atome,
Le fantôme d’une p’tite conne, qu’j’aurais mieux fait d’saigner,
Avec son téléphone et d’lui faire avaler.

Si tu comprends que dalle, à tout c’que j’te raconte,
Rassure-toi, moi non plus, et tout ça c’est qu’des contes,
De fée, et j’aurais jamais honte, de faire, la guerre,
A c’te lie d’l’humanité qui s’prend pour l’élite,
J’les latte ces sales putes, et j’leur réserve ma batte,
Mes crises de nerf de boeuf, obligé d’me calmer,
En fumant un pétard de beu, sinon j’vais tout casser,
Et faudra qu’ils soient dix rien que pour m’arrêter,
Et soit dit en passant, j’préfère juste m’effondrer,
Déchiré par l’alcool, et m’endormir le soir, comme une masse,
Si la sobriété m’tient dans ses griffes, nique sa race,
Les pensées s’enchaînent, paye ta trace, faut qu’j’oublie,
Que j’suis là, au milieu d’un enfer, que j’suis vieux,
Et qu’on m’dit qu’la vie, faut en faire, quelque chose de mieux,
Vas-y mais ferme ta gueule. Et laisse-moi seul.

Faim damnée

Le besoin d’isolement m’envahit foll’ment,
Mais le besoin d’amour me prend tous les jours,
Rester seul, ces moments, où j’me d’mande comment
Sans un être alentour, j’arrive à toujours
Satisfaire grossièr’ment, et même amèr’ment
Cette envie au long cours, d’aide et de secours,
D’êtr’ vital à quelqu’un, car jamais aucun,
N’a besoin de mon corps, comme s’il était mort,
Comme un trop vieux mann’quin, soyez pas mesquins,
Si c’t’idée de pécore va pas dans l’décor,
Dans l’décor trop commun, de vos lendemains,
Si elle vaut pas de l’or, si elle est encore,
Pathétique ou bizarre, issue d’un bazar,
D’un bordel infernal, ou d’un flux banal,
Des pensées d’un connard, qu’on met à l’écart,
Ou d’un con marginal, pas original,
Qu’on méprise, un bâtard, autant qu’un clébard,
Ou qu’on jette dans l’canal, comme un animal,
Mort de faim, ou de rien, mort d’être un vaurien,
D’avoir passé sa vie sans un préavis,
À la perdre, un terrien, mais un galérien,
Bouffé par les envies, qui n’en assouvit
Aucune d’elle, vénérien, traité comme un chien,
Mais qui donne son avis, à des asservis
Qui croient tous réfléchir par eux-mêmes et dire,
Des choses intelligentes, jugées si urgentes
Qu’il leur faut s’affranchir, même s’ils font souffrir,
Eux qui prennent la tangente, brebis diligentes
Que les loups font fléchir, qui aiment s’avachir,
Qui ne voient, négligentes, pas les déferlantes
Venir sur leurs troupeaux, avec leurs drapeaux,
Amuser la gal’rie par de vieilles conn’ries,
Qu’ils s’enfoncent dans la peau, ils croient le pipeau,
Les crues gauloiseries, les flagorneries,
‘lors ils suivent le tempo, dansant comme des veaux,
Destinés aux bouch’ries, futures charcut’ries.
Et moi je suis pas mieux, et je me fais vieux,
Mais j’observe tout ça, et un ange passa,
Dans le ciel ou les cieux, sans voir le pouilleux
Tête en l’air qui traça, sa route et cassa
Sa pipe et sans adieu, irrévérencieux,
S’enterra, s’embrasa, et puis effaça
Tous ses mots inutiles, restés sur le fil
Du rasoir aiguisé, pas aseptisé,
Qui souillés par sa bile, en devinrent futiles,
Ignorés et biaisés, désynchronisés,
Infantiles et débiles, mais pas mercantiles,
Mais quand même bien brisés, ou carbonisés.

Image : libre de droits – Ryan McGuire

Léger détour

Je n’ai que faire de tout ce positivisme, ces sophismes,
Sortis tout droit de buissons d’orties, d’esprits abrutis,
Je n’aime que la réalité, et la réalité c’est la souffrance,
Car plus on comprend la vie, plus on s’éprend, ravis,
De son côté aberrant, et si on se retrouve errant,
C’est qu’on l’a décidé, c’est qu’on a adopté ces idées,
Je n’ai que faire de soins, je ne crois plus en rien,
Toute la subtilité et les codes des humains, c’est du foin,
Je refuserai toujours de m’y plier, je préfère me replier,
Sur moi-même, entretenir la colère comme théorème,
C’est cet état de fait qui m’a aidé à survivre, imparfait.

La séduction se noie dans des formules de production,
Où la compétition fait force de loi, où les plus cons sont les rois,
Et je vois depuis des années de la mauvaise foi, tant de fois,
Où des êtres se croient si forts qu’ils courent à leur perte,
Soumis à d’autres êtres qui sentent le souffre, dans des gouffres,
Si profond qu’ils ne peuvent pas, mais jamais, en remonter,
Pour venir ensuite se planter devant moi, et pleurer,
Et moi, à chaque fois, je les crois, et je pleure avec eux,
Mais c’est terminé, car c’est un terrain miné, malheureux,
Oui je fais le procès de la connerie, vous n’aurez plus mon empathie,
J’ai trop absorbé de flagornerie, j’ai trop souffert, écorché,
Que ce soit par mes fers, ou par ceux de ces porchers,
Dont les porcs se sont retournés contre eux, fallait s’en douter…

Et même si je sais que j’aurais encore des sursauts de sollicitude,
Je vais m’accrocher à ma solitude et en faire une habitude,
Je n’entrerai plus jamais dans la ronde conventionnelle,
De toutes façons, j’ai les mains sales, tâchées de mon sang,
Oui, c’est fini, mon idéal est en train de changer, fini le bal,
Je ne danserai plus jamais dans vos soirées tribales, le métal,
Sera mon élément, et je mourrai peut-être seul, mais pas dément,
Pas la tête pleine de vos illusions, ce sont des excréments,
Et quand je vois ces fous extasiés aux sourires émaciés,
Tous mains dans les mains, marchant sur le même chemin,
Je vomis, je prends la tangente, et je coupe par les bois,
Sans oublier ma bière que je bois, quitte à être aux abois,
Ton aide, je n’en veux pas.

Mas questions

Pourquoi suis-je ici, dans ce monde cruel ?
Ça n’a pas de sens, je suis enfermé, ce tunnel
N’a pas de fond, n’est pas ascensionnel,
Pas à pas, à tâtons, ma vie est superficielle.

Marché aux esclaves, c’est l’impression que j’ai,
Entre un homme fort et quelques armes de jet,
Nous sommes vendus sur une estrade, des objets,
J’en suis malade, mais d’évasion je n’ai pas le projet.

Suis un être sans ambition, pourtant insoumis,
Contrarié à outrance de n’être qu’une fourmi,
Et je hurle en silence, je fais des compromis,
J’aimerais une chance de m’envoler, un permis.

Qu’on me laisse y croire, partir dans le ciel, qu’on
Reprenne ces chaînes qui m’entravent, c’est con,
Tout semble impossible vu d’ici, depuis ce balcon,
À des kilomètres du sol, il ne tombe jamais de flocons.

Zéro sur vingt ou zéro degré, c’est toujours nul,
Mais moi je sais compter, et sortir de ma bulle,
Es-tu un être à part, une espèce de pit-bull ?
Tu me semblais si douce à moi, le noctambule.

Prête-moi ta folie, montre-moi tes limites,
À toute fantaisie, j’allume la dynamite,
Ça pourrait être drôle, je n’étais qu’un ermite,
Toi, tu m’as tiré hors de ma grotte de granit.

Attitude

La solitude qui ne s’élude n’est utile qu’un temps bien rude,
Paraître prude ou net ôte toute lucidité à l’érudit adossé à son amplitude,
Et l’île déserte ne l’est plus si tu débarques après le naufrage de tes certitudes,
C’est dans son exactitude la loi sociale aseptisée et son sceptre planté en inconnues latitude et longitude,
Même si d’aucun est perdu, une simple aide peut retracer un chemin de plénitude,
On est toujours plus fort à deux… C’est pour ça que j’aime la sollicitude,
Du nord au sud.

Image : libre de droits – Jamie MacPherson

Overdose

Qui es-tu ? Pourquoi viens-tu à moi ? Je n’ai aucun besoin de toi.
Voir quelqu’un mourir est-il si fascinant que ça ?
Pas pour moi, moi je le vis, alors ta curiosité morbide, garde-la.
C’est tellement imbécile d’en arriver là,
Mais faut me foutre la paix maintenant, j’euthanasie ma vie,
Que ce soit légal ou pas, je m’en moque, j’en ai le droit.
Je n’ai plus la force de me mettre en colère,
Ni même de me foutre en l’air,
Ça fait bien longtemps déjà.
Alors si c’est ça, va, t’inquiète pas.
Ma façon à moi de faire ça, elle est plus progressive,
Mais tout aussi efficace et active.
J’ai le pouvoir d’atteindre l’extase avant le noir,
Ce noir total et définitif que j’ai vu parfois,
En descente dans les catacombes de Paris,
Lorsque déjà, malade et incompris,
Je me laissais distancer par les autres,
Et j’éteignais ma lampe, mauvais apôtre,
M’asseyais sur une pierre de calcaire,
Et en silence, je terminais ma bière,
Les yeux ouverts.
Le cœur écorché, tellement saigné,
Que ça m’en rendait mauvais.

Image : CC BY SA Hugo Clément

Ode à la solitude

Par le nez par les veines entrent les molécules,
Et la vaine montée perdure à chaque jour,
Quand le sang mélangé envoie les particules,
Dans ma douce plongée sans bouée de secours.

Je me fous bien des autres, le partage est si loin
Me vautre comme un fou, mon amour est la came,
Que tu existes ou pas, que tu sois dans un coin,
Dans tes pas les plus tristes, où sans moi tu te pâmes.

Va donc, bien maquillée, séduire un autre rat,
T’enquiller un quelconque individu moins saoul,
Ton jeu aussi habile, ne m’intéressera,
Débile, je le trouve, il ne vaut pas six sous.

Allez, passe ta route, tes valeurs je m’en carre,
Ta déroute et tes passes, moi je ne les vois pas,
Va t’envoyer en l’air, ou sur un quai de gare,
Ton air de dévoyée flotte au-dessus de moi.

La liberté, c’est ma prison

Tout le monde te recherche, ils t’adulent et te visent,
Tu m’as tendu la perche, de ma bulle je l’ai prise,
Mais sous certains aspects, je te suis prisonnier,
Sans manque de respect, je ne suis pas pionnier,
Prophète en mon pays, et je te braderais,
Non pas contre une paye, ni contre un bras, j’aurais
Pu t’épouser à vie, sans jamais me lasser,
Si tu veux mon avis, j’aurais dû me laisser
Aller aux quatre vents, et m’enfuir avec toi,
Visiter l’océan, et même tuer pour toi,
Oui mais quand je t’ai vue, j’ai accepté l’offrande,
Sans penser je l’ai bue, l’ivresse à coup de fronde,
M’abattit comme Goliath, puis je suis retourné,
Regagner mes pénates, pour attendre et tourner,
En rond dans mon espace, sans fenêtre ni lumière,
À quoi bon, et je passe mon tour, et la chaumière
N’a pas de cheminée, il fait froid dans mon cœur,
Mon esprit est miné, et le diable est vainqueur,
Mais je vais t’échanger contre la même chose,
Que j’ai déjà mangée, puis vécue en névrose,
Que je n’ai maîtrisée, pas une once de fois,
Et que j’ai méprisé, y revenant parfois,
Pour toujours te revoir, te retrouver encore,
Et de nouveau te boire, jusqu’à plus soif, la mort
M’a tenté plus d’une fois, je t’étais infidèle,
Sans ardeur, sans effroi, sans haine tu me modèles,
Depuis ma nuit des temps, tu m’as rendu mature,
Mais c’est elle que j’attends, assis dans la voiture,
Pas toi, c’est triste, mais c’est comme ça.
Salut.

Soleil esseulé

Il est si seul le soleil.
Sa solitude est ancestrale.
Il a toujours été seul.
La danse des sphères astrales semble insignifiante.
Tant la distance est titanesque.
Tant le manque de saveur est présent, c’est paradoxal.
Le manque emplit l’espace.
L’absence est lourde de sens.
J’entends le soleil pleurer, mais qu’est-ce qu’il est beau dans sa tristesse…
Je vois le soleil étinceler, mais le son qu’il transmet est bouleversant.
Tout mon être vibre, mes oreilles sifflent, sa détresse est brutale.
À chaque instant, depuis la nuit des temps, avec patience, il reste.
Une fois par jour, il passe derrière l’horizon et se fait oublier.
Pourtant chaque seconde qui passe, il reste là.
Si le soleil était suicidaire, il se jetterait dans un trou noir.
Il se détruirait ainsi, sans sourciller concernant la vie.
Cette vie dont il est l’origine car sans lui nous n’existerions pas.
Nous, les habitants d’une planète qui lui tourne autour.
Comme si elle voulait flirter, s’accoupler.
Et la Terre est utopique, fascinée par le soleil.
Tellement qu’elle le cerne depuis si longtemps.
Et lui reste là, seul, impassible selon certains point de mire.
Mais hurlant lorsqu’on y accorde un tant soit peu d’importance.
Le soleil brûle de désespoir, à moins que ce ne soit résignation.
Car à force, il a dû se faire une raison.
Il brûle de passion.

Soliloque

Jamais aussi bien que seul, en silence,
Au fond, c’était la solution, l’existence
Mitraillée par la confusion exotique,
A dû louper un épisode, c’est tragique…
Illusion occidentale du couple et dévotion,
Simulation, possession incluse, soumission,
Altération de la réalité usant l’esprit et le corps,
Un consensus consenti, avec ou sans accord,
Sous des airs de certitude tellement ressentie,
Se planque la pure fascination, d’émotions assortie.
Il était une fois, une procession volontaire, démence…
Belle princesse, tu prépares ta prochaine souffrance.
Ignore donc, si tu le souhaites, tout ce qui te gêne,
Et au bout du compte, oui, tu seras sûre et certaine,
N’empêche que… ta réalité reste à la petite semaine,
Questionnée en permanence, l’amour et la haine
Unies, forment un tourbillon menaçant, arrachant
Et les toits, et l’émoi, et toutes les fleurs des champs,
Seul(e).

Page tournée

Je me sens si bien ! C’est grave docteur ?
Je sors d’un monde de douleur, d’une vie de rien…
J’ai l’impression d’arriver à ma destination,
Que tout est solutionné, il n’y a plus d’équation…
Et je respire enfin, après des années d’asphyxie,
De sommeil perturbé, de faim et d’anorexie…
Le virage est passé, je vois le bout de la route,
L’horizon irisé, le bleu du ciel, plus de doute.
J’ai répondu à mes questions, et je me sens décoller,
Dans la beauté d’un soir d’hiver, des ailes ont poussé
Sans prévenir et dans la nuit, ce matin j’ai touché
Mon dos, et sans trop y croire je les ai constatées…
J’ai découvert mon vieux miroir, celui que j’avais voilé
Pour ne plus jamais me voir, et je me suis regardé.
Ce que j’ai vu en m’approchant, pour la toute première
Fois ne m’a pas dérangé, et j’ai allumé la lumière,
Pour m’assurer du résultat, tout ce que j’espère,
C’est que ce n’est pas un rêve, que ce n’est pas éphémère.
Là, je regarde autour de moi, solitaire,
Cet état de fait n’est plus délétère,
Je me délecte de cet instant, fermant les yeux,
Je prends une respiration, oui, je vais mieux.
Je sens des frissons m’envahir, et mon corps
Léger comme une plume, s’envole alors.
Je m’évade par la fenêtre, quand bien même close,
Même les murs ne sont plus infranchissables, et j’ose
Les traverser, car je peux tout, rien n’est plus impossible,
Je peux choisir n’importe quoi et en faire ma cible.
Sans plus jamais être entravé par quoi que ce soit,
Je suis une sorte de guerrier à l’armure de soie.
Mon sentiment est indicible, il se matérialise
En atomes d’amour et d’infini dans lesquels je m’enlise,
Et loin de résister, non, je me laisse faire
C’est si plaisant, enrichissant, peu ordinaire,
Si je pouvais transmettre ça, je le ferais,
Pour le moment je me promène dans une forêt,
Pleine de couleurs, où l’émotion est enterrée,
Elle germera bientôt, en lumière éthérée
Qui poussera, je viendrai l’arroser chaque jour.
La suite reste à écrire à partir de ce carrefour…

Le rythme flou de la vie

Ce soir, j’apprécie ma solitude, car elle m’inspire,
Elle qui d’habitude aurait tendance à me nuire,
Le flot des phrases écartelées en mots croisés,
Une flamme pourrait toutes les faire brûler.
Il se pourrait même qu’elles s’effacent, et ne fassent
Qu’un avec le néant, pour voir la vérité en face,
Une courte seconde, perçue comme un léger flash
Irrémédiable, autant qu’un avion qui se crashe
S’il se trouve tout à fait à l’autre bout du monde.
Irrémédiable. J’irai, mais Diable qu’elle est féconde !
Mais uniquement si on la laisse faire, si on lâche
Prise, se laisser submerger par le plancher des vaches,
Outre que la campagne a quelques pénibles côtés,
Sa tranquillité est d’un reposant, donne envie de tricoter
En mots, des habits de lumière qui ne vont qu’aux pauvres,
Saillants comme un désert qu’on entrevoit dans une alcôve,
Éphémères, car dès que la nuit tombe sur les toits,
Forts de leur magie, ces frusques disparaissent avec toi,
Et renaissent à tous les demains, à chaque fin de cycle meurent,
Revivent, l’instantanée alchimie qui s’installe en ta demeure,
Avide de tes yeux, de ton attention, de ton sourire,
De tes larmes, de tout un chacun de tes désirs,
Et de tes humeurs, piles, faces, et sur la tranche,
Ton bonheur et ton malheur, même quand tu flanches.
Et tu finiras bien par comprendre que, quoi que tu fasses,
Si ton destin est au nord, alors tu iras au nord.
Tu peux résister, partir dans le sud sans laisser trace
Et y rester, tricher, et te cacher près des bords,
Rien ne t’indique que ton destin n’était pas celui-là…

Froidure cosmique

Tant qu’à vivre la solitude, autant la vivre à fond,
Tant qu’à survivre dans la jungle, autant être invisible,
Tant qu’à haïr tous les hommes, le faire du mieux possible,
Quant à la mort au fond, qu’elle aille se faire mettre profond.

Je n’ai rien d’autre que mes mains, mon imagination,
Je n’ai rien d’autre que ces mots, et un peu ma raison,
Je n’ai rien que mon cynisme et ma résignation,
Je ne jette jamais rien, c’est précieux et je n’ai que ça.

Ah si, je jette ces mots sur un clavier, s’ils veulent bien
Se mettre au bout les uns des autres, dans un conglomérat,
Et je hurle tard dans la nuit, plutôt qu’un loup, un chien,
Ça amuse les gros cons, et ça fait chier les gens bien.

Pourquoi ? Me direz-vous. J’en sais rien, foutre rien.
Cherchez pas, c’est comme ça, ce n’est que ma vie morte,
Car je marche sur un fil, pour l’instant il me porte,
Et quand il cassera, il n’y aura pas d’escorte.

Pour me mener à la fin, la chute est verticale,
Pour voyager le mouvement est horizontal,
Si je tombe comme une pierre, n’étant pas minéral,
Tu n’entendras rien du tout, quand je toucherais le sol.

J’ai fait le vide autour de moi, je te donne ma parole.
Ce n’est pas tant que j’aime ça, c’est que la fin d’un vol,
Mais c’est tout de même étrange, car j’ai pas pris d’envol,
C’est qu’un saut qui dure depuis toujours, et je le jure.

L’amour par intermittence semble si irréel,
Qu’on me parle pas de chance, la mienne à tire d’aile
Est partie à ma naissance, telle une femme infidèle,
Elle m’a laissé l’indifférence et un vieux goût rance.

Image : libre de droits (Jarmoluk)

Des mots non dits

Encore une putain de nuit à ne rêver que de compagnie,
Ces rêves inventent une vie parallèle d’attente éternelle,
Remplissent la solitude par l’illusion de certitudes telles qu’elles
arrachent le goût à la tristesse, apportent la paresse et fauchent l’envie,
L’envie donnée de voir, de raconter des histoires,
L’envie donnée de les boire et d’introduire des déboires
L’adversité dans une forme sans forme, un arbre où des hommes
Sont descendus des millions d’années avant et par millions
Juste là, sur un sol, où les attendaient l’existentiel et le fiel
Où aujourd’hui ils se pavanent en s’encombrant de fioritures,
Et condamnent dès qu’ils sentent d’autres hommes ressentir
Où ils les montent en liesse, transformant ça en faiblesse
Où ils se moquent, insipides, et génèrent des envies de suicide,
Où se foutre en l’air n’est qu’un songe, une rêverie qui me ronge
De l’intérieur de mes pensées, s’emporte le chaos défait…
Je choisis une lettre et commence un mot, de son étroitesse s’enchaîne le flot
Des autres lettres et du langage, de ces mots qui deviennent des pages,
Que j’enchaîne dans la verdure, et l’hiver dure, où l’existence est placide,
Où le médiocre devient gastronomie, et les atomes de l’astronomie,
Où l’esprit simple s’attarde un instant, dans un intemporel arrêt dans le temps
Qui se transforme en éternité, où la vie n’est qu’option inutilisée,
D’obligatoire elle est passée à aléatoire, plus besoin de la terminer
Nulle nécessité de cette chaleur, du sang, des veines, des battements du cœur,
Dans ce non sens, l’existence et l’anatomie n’ont plus d’intérêt,
Un désert autour d’un fantôme, plus de lumière sous ce dôme transparent
Sans limite, ce mur à l’intérieur duquel je suis enfermé, dans le froid et l’obscurité
Sans émotion, pas de référence ni de notion de sentiment, l’indifférence
Remplit l’aura, l’incohérence vient soulager ce qui n’est plus maintenant
Qu’une présence absente, l’âme vague, l’envolée dans le néant,
L’esprit seul touche la folie, l’autorise à entrer, elle qui n’en sortira plus jamais.
Et ce n’est plus la peine, il est trop tard.

Image : libre de droits (Nikiko)

Largage

J’ai peur de vieillir encore plus
De me détruire au point de n’être plus rien
Que tu disparaisses aussi.
J’ai peur de tout, de la vie,
Je voudrais qu’elle s’arrête, mais j’ai peur de mourir
J’ai peur de la finir tout seul comme un chien
Pendant que des humains font la fête,
Au-dessus de ma tête.
Ils s’amusent, ils s’amusent, et moi je pleure, seul.
J’ai peur de faire peur, et ça s’arrêtera jamais
J’étais l’épouvantail, on m’a offert un cœur
Je me suis pris pour le lion, ou le loup noir
Mais je ne reste qu’un homme de paille
J’entends le rire des hyènes, parfois je lève la tête
Parfois je me demande d’où ce son provient
Puis je laisse tomber ma volonté par terre.
Je laisse tout tomber par terre.