L’escalier en colimaçon

Pour mes derniers vers, j’ai ressorti mon vieux stylo,
Comme faisait mon père, il en a usé des kilos,
Et l’inspiration arrive un peu différemment,
Transfiguration des mots qui volent au firmament,
L’horizon du monde illimité qui dans ma tête,
Dessiné en ondes s’entrechoquant dans la tempête,
A été percé par une évasion prolifique,
En train de verser ses larmes, émotions magnifiques,
Dans cet univers qu’on appelle la réalité,
Été comme hiver, sans trop d’originalité,
Où espace et temps se superposent en strates ouvertes,
Qui m’agaçaient tant, ma super prose les a couvertes,
Arrosé d’alcool, et mon mental a découché,
Saisi par le col, je l’ai collé sur un bûcher,
Avant de finir par lui laisser une seconde chance,
Et de l’assainir afin qu’il puisse entrer en transe,
Sublimer l’enfer, et voir la vie sous un autre angle,
Au final en faire, un paradis, mais je m’étrangle,
En m’apercevant que tout ceci n’est rien qu’un rêve,
C’est bien décevant, l’illusion aura été brève,
Et je dois remettre mes oripeaux et mon fardeau,
J’ai voulu renaître, mais je suis Rafi Sionado,
C’est qu’un avatar, mais il ne laisse personne dupe,
J’suis comme au mitard, sur moi on a trouvé des stups,
Dans une vie étrange, j’dois avoir un karma bien lourd,
J’voudrais donner l’change, que mes habits soient du velours,
Mais faut pas s’attendre à autre chose que la pénombre,
Quand tu ne peux tendre que vers le gris et vers le sombre,
Quand la lumière joue avec ton corps d’homme écorché,
Tends la deuxième joue, t’façon tu finiras torché,
Tu peux essayer toutes les méthodes que tu trouveras,
Et te dire « Ça y est ! » mais l’avenir te le prouvera,
Qu’encore et encore, tu r’viendras aux mêmes conclusions,
Habituelles, hardcores, la poisse et toi c’est la fusion,
Si un jour tu peux te résigner à cet état,
Sans aucune stupeur, et oublie pas d’prendre ta métha,
Comme un bon esclave aux vils labos pharmaceutiques,
Sors pas d’ton enclave, car tout le monde verra ce tic,
Qui est inhérent à ta vie flasque et inutile,
T’es persévérant, mais tes actions sont bien futiles,
Et tu ferais mieux de rester assis sans rien faire,
De fermer les yeux et d’entretenir ton ulcère,
D’attendre la mort, bien sagement sur ton fauteuil,
Seul, triste, et amorphe, elle te réserve un bel accueil,
À quoi bon penser à un av’nir déjà foutu ?
Laisse les donc danser, oublie tes désirs dévêtus,
Redescends sur terre, remémore-toi ces lois iniques,
Tout est monétaire dans cet hôpital psychiatrique,
Qu’est le monde réel, et dans lequel on doit quand même
À l’industrielle, faire semblant dans ce requiem
Jeu d’rôle dont les dés, ont étés pipés au départ,
Rongé dans l’idée, que le bonheur est là, épars,
Un p’tit peu partout, et qu’il faut savoir l’attraper,
Et y croire surtout, et qu’on peut pas y échapper,
Mais la vérité, c’est que quoi qu’on fasse on finit
Amer, irrité, aigri dans cette ignominie,
Et qu’il faut s’y faire, qu’on a pas l’choix de toutes façons,
Tout est à refaire, et on n’a pas besoin d’maçons,
Il est infini c’t’escalier en colimaçon.

Jours étranges sans repères

Je viens de retrouver ça dans mes brouillons, c’était pas terminé… C’est chose faite (ça date de juin 2015).

C’est sans recul que l’alcool coule, que les drogues enivrent et perdent,
Dans une sensualité insensée aux relents encensés d’humus,
Le temps passe sans nous qui sommes en arrêt sur image, en pause,
Posés dans l’herbe sous le soleil cuisant, ou à l’ombre d’un chêne, ou assis sur le bitume brûlant d’un coin de rue, oubliant le bruit des voitures, les discussions des passants,
Les histoires s’inventent, se brisent, se rassemblent et se resserrent, l’insouciance s’installe et les soucis s’envolent en fumées chargées d’odeurs de weed.
Ici la Terre est chaude, c’est l’été et les têtes s’évadent, filent vers le ciel strié de coton, plus rien n’a d’importance,
Et les journées s’étendent, se distordent et s’embrassent, puis s’étiolent et s’éteignent enfin.
L’âme d’un violon se brise dans la moiteur chaude d’une mélopée lyrique, mais la mélodie reprend,
La lune apparaît et reste dans un coin du ciel, elle attend patiemment son heure, brillant au fond de la photographie,
Au dessus des toits les antennes se dressent et la ville se devine, un voile de vapeur trouble et irréel se dessine,
Des arbres semblent sublimer le plafond éthéré, s’étirer du plus haut qu’ils peuvent.

En ces jours étranges, pas besoin de repère,
La nature épouse le décor urbain dans un accord improbable,
Tandis que le béton des immeubles se dilate, les pierres calcaires des bâtiments officiels restent froides et immobiles,
L’eau du canal rafraîchit des amants cachés dans des herbes hautes, l’eau coule paisiblement, le vent frais souffle sur les corps enlacés,
Des percussions au loin résonnent, dans un rythme lent et lancinant, hypnotisant les rêves de quelques habitants nomades, de passage pour un court moment,
Ce tableau émouvant arrache une larme rouge aux yeux ternis du vent, qui s’en va finalement sur la pointe des pieds, laissant là la totalité des pensées émergentes qui parfois plongent au fond du lit de l’eau, ou montent par delà l’atmosphère de la sphère tranquille pour un instant.

Image : libre de droits – Coco Parisienne

Le marin

Il avait l’océan dans la tête, des vagues dans les yeux, de l’écume dans le regard, le palabre des baleines dans les oreilles, une odeur saline dans ses respirations, et un bateau dans le cœur. Malgré sa présence géographique au centre d’un espace urbain très loin de l’endroit dont il rêvait abondamment, il se projetait dans les fonds marins sans se noyer, sans ressentir la pression qui l’aurait écrasé, faisant imploser son cerveau qui aurait éclaté comme un œuf. Il vivait comme un marin, ingurgitant du rhum à longueur de ses soirées sans mer, scrutant l’horizon et les immeubles qui pour lui étaient des larmes de fond immobiles. La ville l’avait fait prisonnier, les rues étaient les couloirs menant à des salles de torture dans lesquelles des chaises électriques le tuaient tous les jours, et tous les jours il y allait tête baissée, visage fermé. La haine gagnait lentement du terrain en colorant sa peau de nuances ternes, elle était en train de remporter la victoire et de le jeter au bas du podium, dans la cage des perdants. Oui, elle gagnait, mais elle perdait toujours devant l’immensité de ses songes qui l’emportaient au large d’une plage salie par des marées brunes.

Image : libre de droits – Jarmoluk

L’homme-oiseau

C’était un soir de juin dans la Creuse,
Le soleil se couchait, fatigué,
Il bâillait, et de sa bouche rieuse,
Des nuages sortaient intrigués,

Ils semblaient ne pas savoir que faire,
Naviguaient en adoptant des formes,
Qu’un œil gai en haut d’un conifère,
Observait en les trouvant hors norme,

L’homme était monté si haut, plus proche,
De ce ciel qu’il voulait tant toucher,
De ses mains qui sorties de ses poches,
Pour une fois, étaient effarouchées,

Il scrutait ce paysage aux rêves,
Merveilleux, sans avoir le vertige,
Il voulait s’envoler une brève,
Cette fois, ce serait un prodige,

Il oubliait tout ce qui était,
Dans sa tête, et qui le taraudait,
Ses ennuis, tout ce qui l’affectait,
Mais peu loin, ces souvenirs rodaient,

Il croyait qu’il pouvait décoller,
Et rejoindre l’horizon arrondi,
Qu’il pouvait, décoller et voler,
Sans entraves, quitter ses jours maudits,

Sur sa branche, il était bien assis,
Se leva, et étendit ses bras,
Puis il inspira l’air et voici,
Qu’il sauta, et qu’il se libéra,

Je ne peux, non, vous conter la suite,
Contentez-vous de l’imaginer,
La liberté n’est pas dans la fuite,
Mais elle est dans nos cœurs et innée.

Image : libre de droits (Jacob Peter Gowi, la Chute d’Icare, XVIIè siècle, Musée du Prado, Madrid)

Je rêve

Je rêve d’émotions, agréables, oubliées, depuis longtemps, des lustres,
Ressentir du plaisir, malléable, une fois, surtout pas comme un rustre,
Assouvir mes besoins, qu’ils soient béants, latents, ces sentiments illustres,
M’en mettre plein les dents, sans aucune substance artificielle, sinistre,
Et je rêve d’un grand retournement, je songe à changer de registre,
Reprendre le contrôle, et puis redevenir mon unique ministre,
Et de voir l’univers dans tes yeux, oui d’y voir le moindre de ses astres,
Regoûter à outrance, ton doux côté soyeux, annuler le désastre,
Te donner de l’amour, tel un demi-dieu, de ta vie voir le cadastre,
Revenir en arrière, et soigner ton passé, comprendre tout ton être,
Et comme une infirmière, tes douleurs effacer, apprendre à te connaître,
Pour oublier l’hier, sa folie opiacée, j’ai envie de renaître.

Faut pas rêver

Il fut un temps, j’avais un rêve, un beau, un ambitieux, motivant,
L’impossibilité de le réaliser me faisait mal, à un point, affligeant,
Et puis on m’a fait croire que ça y était, enfin ! qu’était fini ce temps,
Que mon rêve n’en était plus un, qu’il avait aboutit irrémédiablement,
Et comme un con que je suis, j’y ai cru, je le vivais, et rien décidément
Ne pouvait me faire redescendre parmi les humains ces déments,

J’étais sur mon nuage, regardant ces dingues de loin, je planais,
Toutes les difficultés devenaient facilement franchissables, je me sentais
Plus fort que jamais, invincible, la puissance tout ça me donnait,
Et plus le temps passait, plus inconsciemment ma chute j’échafaudais,
Plus haute et douloureuse elle aura été, l’atterrissage, jamais j’y pensais,
Cette chute fut un cauchemar auquel pas une seconde je n’étais

Préparé, et putain je me suis ramassé, les séquelles furent terribles,
Depuis j’erre entre l’oubli ponctuel de cet état de fait, via une irrépressible
Tendance à avaler tout ce que je peux, les drogues sont ma cible,
Et une pression sur mes épaules bien trop lourde pour elles, c’est pénible,
Entre deux, les montagnes russes foncent à une vitesse indescriptible,
Me collant souvent le vertige, et pour certains spectateurs, c’est risible.

Car je ne monte pas jusqu’au niveau d’avant, ce nuage est mon trauma,
Je redescends à chaque fois plus vite, tombant presque dans le coma,
J’ai été mis dans un sac duquel sortir est dur – c’est pas du cinéma –
Par la partie des mortels qui s’estime « normale », d’après leurs schémas,
Être dans cette nasse, c’est être condamné à cramer dans le magma,
Avec des dizaines de pervers qui n’ont vraiment rien à voir avec moi.

Alors maintenant j’ai de la méfiance, je me dis simplement qu’il ne faut
Pas rêver, parce que les rêves, le résultat, mais putain, c’est trop chaud,
C’est bon qu’à donner envie de crever, rêver c’est préparer de haut,
La corde au bout de laquelle on se balancera, à penser que la vie ne vaut
Pas le coup, et qu’il vaut mieux garder les pieds sur terre, à un niveau
Stable, où rêves et cauchemars ne dépendent que du sommeil, sujet clos.

Image : libre de droits (3dman_eu)

Étoile

Une journée entière à recueillir à fleur de peau des oripeaux couleur de nuit d’automne argentée parsemée d’un voile de nuages transparents,
La douceur des larmes de rosée glissant sur la pierre d’une statue égarée dans la verdure du matin fuyant l’aube blanche,
La toile de soie en rosace parsemée de gouttelettes étincelantes de fraîcheur m’habille moi le mendiant d’amour,
La lune pendue à un fil se réveille et étire un sourire nacré à la senteur de cheveux bruns et longs s’étalant dans le lit d’un torrent,
Une âme se perd sur les routes interminables des vallées imprenables et lisses d’un corps de femme éclairé par un rai de lumière ensoleillée,
Le royaume des rêves est une autre vie aux contrées inconnues et dont les cartes restent à dessiner,
S’il te plaît, laisse-moi y rester.

Image : libre de droits (WikiImages)

La boussole

Moi, j’aurais voulu être musicien, ou acteur,
J’aurais aimé chanter la colère ou la peur,
Jouer dans des films, gagner de l’argent,
J’aurais vendu mon âme au diable gaiement.
Mais voilà, je ne suis qu’une personne lambda,
Un petit élément perdu, resté tout en bas,
Une fourmi dans une fourmilière, personne,
Et on me voit souvent comme un vulgaire rat.
J’aurais voulu être un artiste, comme dans la chanson,
Un inventeur à la fertile imagination,
Un professeur dont on écoute les consignes,
Un pilote de ligne aux manettes d’un Boeing.
Si j’avais cru en moi plus tôt, si seulement,
J’aurais pu prétendre à tout ça, naturellement,
Très jeune, j’ai compris que chacun d’entre nous,
Même celui qui croit qu’il n’est rien du tout,
Est capable de tout, sauf qu’il ne le sait pas,
C’est juste la condition humaine qui est comme ça.
Alors bien sûr, on dépend aussi de l’environnement
Où on grandit, ça détermine nos comportements,
La stabilité augmente proportionnellement
Avec le niveau d’harmonie dans lequel on se fait les dents.
Ce qui n’empêche nullement le changement,
Partir de rien, et à mesure qu’on devient grand,
Forcer les limites du cadre imposé à l’enfant.
Et merde… J’ai un peu de mal à assumer,
Que c’est moi le responsable du résultat,
Que c’est de ma faute si j’en suis là,
Que je l’ai choisi, et que c’est comme ça.
Plus jeune, je croyais que je ne survivrais pas,
Je voulais vivre libre, mourir vite, et je suis encore là,
Quelque part ça me fait chier, parce que je sais pas
Ce que je vais foutre demain, ce qu’il adviendra
Des prochaines années, j’ai du retard à rattraper,
L’impression de perdre mon temps, de mal l’utiliser,
Je suis largué, dans une nuit noire interminable,
Ça fait des lustres que j’attends, c’est abominable,
J’attends que le jour se lève, la tête dans les mains,
Ça fait longtemps que j’ai perdu mon putain de chemin,
Le désespoir est au loin maintenant, c’est davantage
De la résignation, je me suis fait une raison avec l’âge.
Mais qui ça intéresse ? On est tous au centre de nos vies,
Avec nos joies et nos peines, nos dégoûts et nos envies,
Nos occupations diverses, nos rêves impossibles,
Nos routes qui se croisent et nos buts poursuivis.
Je ferais mieux de remettre mon sac sur mon dos,
Repartir au hasard le pouce en l’air avec mon fardeau,
Le GPS c’est pour les autres, ceux qui savent
Où ils vont, leur itinéraire est inscrit sur leur front,
À l’envers, ils le voient dans les miroirs,
La route est longue, c’est difficile de savoir
Où est le nord, sans une boussole,
Alors j’avance, habillé d’une camisole,
Je me vois rétrécir.

Image : libre de droits (Titian – Venus with a mirror)

Poème à sketches

Sketch #1

Certains textes ne peuvent être écrits qu’à la main,
Ils ne sont que les courbes d’un très long chemin,
Des descriptions étranges qu’on ne comprendra pas,
Sauf en ouvrant la porte aux semences de folie,
Qui ont frappées trois fois, qui ont fait s’affoler,
Le cœur dans la froidure d’un sentiment connu.

Sketch #2

Une absence, un sentiment de vide,
Insensé, comme un visage livide,
Censé trépasser, l’heure approche,
Des années ont passé, sonnent les cloches,
Funérailles d’une époque révolue…

Sketch #3

Courir, toujours courir, s’enfuir, revenir, repartir,
Quand est-ce qu’on se repose dans tout ça ? Plus tard.
L’envolée est une visée pragmatique, si si…
Regarde le ciel, tu comprendras.

Sketch #4

C’est la série des sourires sous-vide,
Rassurez-vous, elle se sera vite désintégrée
Telle un sortilège qui s’évapore passivement.
Ce ne sont que des bribes choisies
Tranchées finement dans un esprit,
Qui retournera prochainement dans son tiroir,
Peut-être demain… Ou après-demain,
Et dès lors mes mains maintiendront
Qu’elles n’ont jamais existé,
Mentant éhontément, sans mérite.
Et ça n’aura été qu’un court instant
Sous un vent léger…
Juste une seconde humble de création,
De plaisir momentané, partagé…
Aux desseins mitigés.

Sketch #5

Il y a des rêves, pluriels,
Mais il n’y a qu’une seule réalité, singulière.
Des yeux peuvent voir l’univers,
Quand ils sont fermés.
Ils ne voient souvent rien,
Quand ils s’ouvrent.
L’illusion virtuelle d’une existence assise,
Reste en deux dimensions.

Jupiter

Un soir, alors que j’arrosais ma haine en l’engraissant,
Comme d’ailleurs chaque soir ces derniers temps,
J’avais laissé la fenêtre ouverte un court moment,
C’était ces genres de baies vitrées à balcon, plein sud,
Je cherchais Jupiter depuis des jours, un point brillant,
La lune était dans une période tardive,
Je me couchais bien avant qu’elle arrive,
Et ce soir-là, occupé à scruter la voûte céleste en ruminant,
Je n’ai pas vu qu’une chose était entrée chez moi,
Je ne l’ai vue qu’après…
Ça flottait dans l’air, comme une sorte de sphère,
De la taille d’une balle à moitié transparente, laissant deviner des paysages étonnants, des portraits me rappelant des sentiments,
Ça m’a étonné au début, mais je m’y suis habitué assez vite,
Et j’ai partagé mon studio étriqué avec cette espèce d’entité.
Je n’ai jamais su ce que c’était, mais chaque jour davantage elle m’intriguait.
Mais surtout, à partir du premier soir, dans ma vie tout a changé.
Jusqu’aux couleurs que je voyais, des couleurs et des formes.
L’aspect liquide de sentiments en duels versés dans la farine,
La progression évolutive des dégradés déposés, mais sans un mot,
L’aspect moelleux des sentiments mixés et malaxés, sans un grumeau,
L’émotion grandissante que peut transmettre juste une note de musique,
L’aspect malléable des sentiments et les formes données, exotiques,
Qui durcissent en séchant et deviennent aussi prolifiques…
Que des conclusions appelées à éclore sur de nouvelles questions,
Sans chercher à répondre, entre métaphysique et imagination,
Garder cœur et tête suffisamment ouverts pour recevoir l’amour,
En prendre plein la gueule… se laisser faire, surtout, toujours…
Et repartir, un sourire béat imprimé, rechargé.
Comment ça ? Je me suis éloigné du sujet ?
Mais pas du tout, je persiste et signe, et désormais,
C’est à elle que vous vous adresserez !

Antimatière

Une vieille vie vissée sur un verre à moitié vide,
La fatalité fait fi de ma folie et me force à fuir,
C’est au centre de ces certitudes qu’elle sabote ma santé,
Par des répétitions de situations passées au crible,
L’instant insiste impunément et inlassablement,
La mort m’ouvre mollement sa main, se matérialise
Dans une danse déstructurée, la distance diminue,
Son jeu semble être une joute, légèrement sournoise,
Juste un jet de dés décidés à jalonner ma route,
À me voler mes ailes, mon cœur a le vertige,
Mon verbe évolue vers le bas, voltige et s’écrase,
Forme un cratère sur cette terre terrifiante,
Je ne veux pas atterrir…

Moi je veux contourner le courant, concentrer mon courage,
Me lancer dans l’inconnu, car sous la surface se trouve
Un monde merveilleux, mystérieux, m’attirant,
Sa visite semble vraiment virtuelle, sans danger,
Un donjon étrange, et déjà il me dirige jusqu’au bord de l’abîme,
D’autres y sont tombés avant moi, s’étant trop penchés,
Ils ont cédés à l’attraction, comme aimantés,
Leurs chutes furent mémorables, et le ravin a gardé,
Tous leurs souvenirs, ils m’envahissent, m’enveloppent,
Envers et contre tout, un avaloir ouvert, un trou noir,
Absorbant les vivants, sans autre valeur que son vide,
Sa vitesse et sa volonté…

Image : CC BY SA – KIEN PRODUCTIONS

Nuits endormies

Lorsque la lune est haute et que le ciel est noir,
Tapissé d’un voile transparent, et tacheté d’étoiles,
Quand nos villes, nos villages, sont calmes et silencieux,
Quand nos forêts sont fraîches, leurs habitants, alertes,
Et que la mer profonde aux vagues infinies
Chahute les navires, quand l’univers marin
S’engourdit doucement jusqu’au petit matin,
Quand les rues sont striées de lumières irréelles,
Un monde imaginaire s’invente dans tes rêves,
Il n’appartient qu’à toi, il se peint des couleurs
D’une palette arc-en-ciel, sans toile, sans pinceau,
Et tu souris parfois…

Sont-ce des roses éclatantes ou des bleuets sauvages,
Ou des verts pommes sucrés qui dessinent ton tableau,
Ou encore des violettes aux lourds cœurs dégradés,
Y a-t-il des fleurs au fond de tes yeux fermés ?

Moi, je t’imagine dans un monde féerique,
Et mes pensées s’envolent aux notes symphoniques
D’un piano qui te berce au fond de ton esprit,
Qui t’envole aux mesures, qui te rejoue Chopin,
Des mélopées lyriques, classiques, épiques,
Et le jeu des accords qui t’emmène si loin,
Jusqu’à cette silhouette qui te tendra la main,
Et te fera tourner dans ce rythme attendri,
Le long d’une rivière si calme qu’on ne voit pas
Tous les courants d’amour qui la composent,
Et au bout, l’océan…

Parce que tout est là

C’est ici, maintenant, et c’est uni à tout,
Haut dans le ciel et dans l’infini,
À la limite de l’atmosphère, du rêve,
Quelques étoiles qui dessinent la vie,
Une flopée de mystères, des brèves,
Et si tu lies les points entre eux, le dessin apparaît.
Cherche en toi, tu trouveras des belles
Histoires fantastiques ou même banales,
Offertes à qui sait les attraper, les garder,
Sans prévenir, elles passent, elles fondent,
Elles volent, elles tournent, et s’évadent,
Elles repartent comme elles étaient venues,
Si tu sais les saisir dans ton inconscient,
Tu verras qu’elles sont tiennes aussi,
Unifiées à l’ensemble, qu’elles t’attendent,
Nues, et c’est à toi de les parer de rubis,
C’est à toi de les agrémenter,
Avec tes pensées par milliers,
Depuis l’absolu, qu’on peut voir seulement
En fermant les yeux très fort,
Autour de toi, ça clignote et ça tourne,
Un instant irréel, juste un instant,
Qu’on ne peut mesurer tant il est grand,
Un instant intemporel, unique et éternel,
Alors n’attends plus, et prends,
Ne cherche plus ailleurs ce qui est en toi,
Donne-toi ce dont tu as besoin,
L’amour, peins-le, les pinceaux sont tes yeux,
Au fond de ton esprit, il y a les couleurs,
Mets-en autant que tu veux, tu le peux,
Elles sont là, des centaines de millions,
Et elles ont toujours été là,
Sous, au-dessus, autour de toi,
Tu pourrais les suivre, si tu voulais,
Une fois que tu y croiras, simplement,
Nouvellement, que tu croiras que c’était possible
Il suffit de le vouloir, de le voir,
Et de le faire, puiser en soi, en toi,
Alors t’apparaîtra le décor que tu pensais impossible,
Le paysage de ta vie, de son feu, mais laisse le noir derrière,
À l’abri du passé, de ce passé si…
Terrestre. Si plat, à côté de l’imaginaire,
Et du territoire des rêves,
Rêves béants, qui attendaient qu’on les rêve,
Rêves si fous qu’on pensait qu’il
Était impossible de les réaliser,
Et qu’on les avait abandonnés, pourtant…
Tout était là, autour de soi, juste là,
À portée de ton être, du mien,
Tout est dans nos mains, alors…
Ouvre tes bras et lance-toi, car
Une illusion plus tard,
Tu voleras.
C’est là-bas qu’on se croisera,
Et qu’on se rencontrera,
Que pour une fois dans nos vies,
Une étoile existera, elle sera là.
Il était juste une fois, un magicien qui ne savait pas qu’il était
Le roi de la magie, et qui passa sa vie sans le découvrir.
Au fond, il aurait pu le comprendre,
Pour enfin s’évader,
Et vivre ce qu’il avait à vivre, alors…
Une fois, juste une fois,
Pour une seconde,
Libère-toi,
Et vis !

Notice d’utilisation

Quelqu’un a dit que l’être humain
Ne peut pas voler de ses mains,
Dans les airs, sans matériel superflu,
Il l’a dit, et tout le monde l’a cru.

Depuis, nous restons trop souvent
Bloqués au sol, sans planer au vent,
Tous dépourvus de mode d’emploi,
Décoller semble être un exploit.

J’ai trouvé un moyen par hasard :
Fermer les yeux, ça semble bizarre,
S’endormir sans chercher plus loin,
La conscience laissée dans un coin.

Prendre son élan en courant,
Et les bras, les ouvrir en grand,
Plonger droit devant, sûr de soi,
Et le corps s’envolera…

Je ne triche pas, car nous vivons
Pendant que nous rêvons…
C’est juste un autre plan de conscience,
Plus aucun besoin de science.

Le roseau

Je vais tout droit, dans le sens inverse de la marche du train,
Enfermé comme tout un chacun dans cette immense machine,
Rêvant de m’envoler hors d’ici, de survoler les petits chemins,
Être libre une dernière fois, cesser de toujours courber l’échine.
Voyager dans ma tête et dans le monde, sans jamais aucun frein,
Et quand je me réveille, le rêve s’interrompt, et la réalité revient
Dynamiter ces objectifs, projeter brutalement dans une vraie vie,
Ultime basculement finalisé d’une désillusion, un manque d’envie,
Nerfs d’une vicissitude mécanique, désarticulée et souvent viscérale,
Entouré d’habitudes hébétant les plus forts des vivants, ancestrales,
Falsifiant quelques paroles, mentant au plus offrant, trahissant des
Idées qui sont miennes, celles les plus à même de me transcender.
Né au vingtième siècle, j’ai appris naturellement à imaginer l’avenir,
Dans ma génération, on n’a pas vraiment tous vu les choses venir,
Entre une fin de siècle et un début de millénaire, on n’a pas pu choisir
Chahutés dans les virages, souvent à l’affût des derniers loisirs,
Happés par le tourbillon de la vie, gelés dans des nuages de souvenirs,
Attendant la pluie et tombant à nouveau de haut, pour encore atterrir,
Pile sur un os, à moins que ce ne soit dans le pays imaginaire
Illimité, où l’illusion est de nouveau autorisée par formulaire
Trié, vérifié et tamponné par ces administrations séculaires,
Représentées par des clowns juste un peu plus classieux,
Et protégées par une hydre menaçante régnant sur leurs cieux.

Voyage intérieur

Elle rêve,
Assise sur un rocher, les yeux ouverts,
Les yeux au fond de l’horizon azur,
Noyés dans un lever de soleil,
L’étoile s’efface lentement derrière des nuages parsemés.

Elle s’envole,
Une petite musique au fond de son esprit,
Juste une mélodie, quelques notes,
Qui deviennent un concert joué rien que pour elle,
Portée par la musique, elle devient la partition.

Elle danse,
Sans bouger pourtant, elle danse au rythme du temps,
Les bras écartés, elle plane doucement, elle chevauche le vent,
Elle s’évade de son monde un instant, tournoyant,
Quelques secondes, dans les bras d’un partenaire sans visage.

Elle file,
Elle file au loin, elle vole par-delà l’océan,
Épouse l’horizon azur, puis monte haut dans le ciel,
Au-dessus de l’air, au-dessus des nuages, au-dessus,
Elle atteint la lune, elle ne brille que pour elle.

Elle se pose,
Les pas qu’elle fait lui semblent légers, tellement légers,
Elle respire la liberté, ses pieds font monter la poussière,
Lentement, et puis elle s’envole à nouveau,
Libre au fond de ses rêves, ils se dessinent autour d’elle.

Elle rêve,
Assise sur un cheval blanc, elle sent sa douce chevelure,
Son odeur, sa chaleur, son mouvement qui bat la mesure,
Elle sent son propre sourire, elle le sent sur son visage,
Déesse d’une heure, d’un royaume où elle retourne souvent,
Elle sent le souffle léger du vent.

Another poem

La lune ce soir me semble aussi profonde que tes yeux,
Elle me donne envie de me perdre en eux,
Les centaines de mystères que j’y vois
Sont résolus instantanément.

Quand je ferme les miens,
Je garde en mémoire la lueur de cet astre,
Et je crois voir nos deux âmes se mélanger,
Nous ne faisons plus qu’un,
Une douce lumière reste au loin.

Mes songes sont infinis,
Mon désir grandit,
Tu es au centre de ces rêveries,
Mon égérie.

Que dieu paraît petit,
Insignifiant,
Comparé à nous deux,
Et l’univers,
Un atome.

Tu peux vois ces histoires avec ton cœur,
Comme je les vois,
Ou les interpréter avec ta tête,
Mon âme sait que je te veux aussi belle que mes yeux transforment mon esprit,
Quand ils te regardent,
Car c’est toi qui m’inspires tous ces rêves,
Qui me fais respirer,
Et qui me pousses à avancer encore.

Prends ce bouquet de mots,
Ils sont pour toi,
Pure et nature,
C’est telle que je te vois.

Et pour moi jamais rien n’égalera ton visage,
Ni ton cœur,
Ni ta lumière,
Celle que tu me donnes,
Celle que tu me renvoies.

Oui pour moi,
Tu seras toujours,
Quoi qu’il arrive ou n’arrive pas,
Le souvenir d’une éternité sans mesure,
Impossible à imaginer,
Impossible pour qui n’est pas moi,
La puissance de mon désir pour toi,
Est telle celle de mille volcans.

Il est inutile de chercher à comprendre,
Puisque c’est impensable,
Et puis…
Comment saisir l’infini ?

Image : libre de droits – Ponciano

Univers des rêves

Quand le sommeil est lourd, il existe un royaume magique
Qui se laisse dévoiler aux rêveurs, des territoires fantastiques
Des pays infinis aux ciels tapissés de planètes
Remplis d’étoiles filantes qui filent comme des comètes
Univers des rêves,
Emancipation vers un monde sans trêve,
Les âmes se dirigent,
Dans le tournent du quai des orfèvres,
Ecriture sincère perçue jusqu’aux lèvres,
Les mots s’invitent,
Pour faire disparaître les choses sévères
On ferme les yeux et on s’envole
Dans ce monde de rêve où l’on s’isole
Ces rêves bizarres parfois
Mais dans lesquels on rigole bien des fois
On se voit plonger
Dans des mondes colorés
Mais lorsque parfois arrive un chauchemar
On se retrouve plongé dans le brouillard
Dans un brouillard si prenant parfois que de se retrouver seul
Est l’unique chose qui nous maintient dans ce monde
Je m’évade alors dans ce monde magique sur ce territoire fantastique
Et ne voir qu’un ciel si bleu que mes rêves seront merveilleux
L’univers des rêves,
La vision d’un monde paradisiaque éternel,
Où toutes les contraintes disparaissent,
Pour que les âmes magnifiquement apparaissent
Univers onirique riche de millions de scénarios
Des pleins de couleurs, ou même, à contrario
D’autres en noir et blanc, tristes comme un roman qui pleure
Ou un film d’horreur où les personnages tremblent de peur
Je m’endors pour ne faire que rêver à tout ce mélange
Qui me permet d’apaiser un brouillard impossible à déchiffrer
Sur les peurs terrifiantes qui sont la définition de rêver
Je rêve nous rêvons de l’éternel renouveau.

Poème à 8 mains de La plume dans la plaie (votre serviteur) et L’encre du Coeur, Ladyblood poems, L’ ECRIN DU COEUR

Une nuit d’été

Il y avait dans le ciel une étoile qui dansait
Une valse éternelle, qui sans cesse tournoyait
Sur son visage, une larme perlait
Malgré ses pas de lumière, elle nous observait

Il y avait dans le ciel une autre étoile qui dansait
Et plus près de la Terre, des lucioles virevoltaient
Au dessus de l’eau, elles s’embrassaient
Ne faisant qu’une parfois, puis se reséparaient

Et dans la forêt, nous les regardions danser avec tant de beauté
Nos yeux ne pouvaient pas lâcher ce spectacle animé
Ma main se laissa glisser sous ta main pour l’enlacer
La nuit était belle, interminable et la lune, argentée

Ce souvenir sera à tout jamais gravé
Comme un rêve persistant qu’on ne peut oublier
Et nous laissâmes la musique nous emporter
Par delà les étoiles, dansant à leurs côtés

C’était une très belle nuit d’été
Très douce et tendre, très agréable
Et au loin, une horde de loups chantonnait
Une complainte étonnante et improbable

Le vent à côté de nous soufflait avec légèreté
Sa brise qui, de la chaleur, nous rafraîchissait
Et sur mon visage des flocons se posaient
Alors avec ma main, doucement, je les chassais

Les étoiles sont parties se reposer
Sous la montagne, elles se sont couchées
Sans nous prévenir, l’aurore est arrivée
Aucun de nous deux n’avait vu le temps passer

Et comme dans un rêve, les lucioles flottaient au dessus de nos têtes
Féerie aérienne, elles peignaient un tableau irréel
Au loin s’éteignait la musique des amourettes
Les dernières notes s’envolèrent au soleil levant, dans le ciel

Poème écrit avec Clair-e TàRdyeü

Nuages de songes

La nuit les rêves s’emmêlent dans la stratosphère,
Se mélangent, se séparent dans des cieux d’éther,
Le silence est un temple où les vivants s’égarent,
Se retrouvent et voyagent comme sur des quais de gare,
Ils les prennent, ces trains noirs, qui ne vont nulle part,
Qui foncent dans le ciel, qui se croisent au hasard,
Sans jamais dérailler.

La nuit les peines s’oublient, elles se fondent dans une danse,
Remplacées par des songes sans aucune cohérence,
La nuit dans le sommeil d’une voûte étoilée,
Les cœurs ne saignent plus, des histoires volées
À la lune impassible, immobile et voilée,
Se racontent, se vivent, parallèle vérités,
Sans jamais mentir.

La nuit les humains, les animaux, les plantes,
Vivent au cœur d’un soupir, et le rêve supplante,
Fait naître des scénarios familiers aux vies fastes,
Parfois tant magnifiques, parfois tellement néfastes,
Extases chaudes, sueurs froides, nombreux mondes si vastes,
Se dessine la pénombre des espaces en contrastes,
Sans jamais s’arrêter.

Et parfois l’insomnie vient prendre de sa transe,
Certains qui se retrouvent seuls au cœur du silence,
Dans d’amères pensées, ou d’immenses nuages
De fumées de tabac qui s’étendent sur les pages
De leurs vies, qui s’étalent, interminables plages,
Bordant des océans de souvenirs, ils nagent
Sans jamais se noyer.