L’escalier en colimaçon

Pour mes derniers vers, j’ai ressorti mon vieux stylo,
Comme faisait mon père, il en a usé des kilos,
Et l’inspiration arrive un peu différemment,
Transfiguration des mots qui volent au firmament,
L’horizon du monde illimité qui dans ma tête,
Dessiné en ondes s’entrechoquant dans la tempête,
A été percé par une évasion prolifique,
En train de verser ses larmes, émotions magnifiques,
Dans cet univers qu’on appelle la réalité,
Été comme hiver, sans trop d’originalité,
Où espace et temps se superposent en strates ouvertes,
Qui m’agaçaient tant, ma super prose les a couvertes,
Arrosé d’alcool, et mon mental a découché,
Saisi par le col, je l’ai collé sur un bûcher,
Avant de finir par lui laisser une seconde chance,
Et de l’assainir afin qu’il puisse entrer en transe,
Sublimer l’enfer, et voir la vie sous un autre angle,
Au final en faire, un paradis, mais je m’étrangle,
En m’apercevant que tout ceci n’est rien qu’un rêve,
C’est bien décevant, l’illusion aura été brève,
Et je dois remettre mes oripeaux et mon fardeau,
J’ai voulu renaître, mais je suis Rafi Sionado,
C’est qu’un avatar, mais il ne laisse personne dupe,
J’suis comme au mitard, sur moi on a trouvé des stups,
Dans une vie étrange, j’dois avoir un karma bien lourd,
J’voudrais donner l’change, que mes habits soient du velours,
Mais faut pas s’attendre à autre chose que la pénombre,
Quand tu ne peux tendre que vers le gris et vers le sombre,
Quand la lumière joue avec ton corps d’homme écorché,
Tends la deuxième joue, t’façon tu finiras torché,
Tu peux essayer toutes les méthodes que tu trouveras,
Et te dire « Ça y est ! » mais l’avenir te le prouvera,
Qu’encore et encore, tu r’viendras aux mêmes conclusions,
Habituelles, hardcores, la poisse et toi c’est la fusion,
Si un jour tu peux te résigner à cet état,
Sans aucune stupeur, et oublie pas d’prendre ta métha,
Comme un bon esclave aux vils labos pharmaceutiques,
Sors pas d’ton enclave, car tout le monde verra ce tic,
Qui est inhérent à ta vie flasque et inutile,
T’es persévérant, mais tes actions sont bien futiles,
Et tu ferais mieux de rester assis sans rien faire,
De fermer les yeux et d’entretenir ton ulcère,
D’attendre la mort, bien sagement sur ton fauteuil,
Seul, triste, et amorphe, elle te réserve un bel accueil,
À quoi bon penser à un av’nir déjà foutu ?
Laisse les donc danser, oublie tes désirs dévêtus,
Redescends sur terre, remémore-toi ces lois iniques,
Tout est monétaire dans cet hôpital psychiatrique,
Qu’est le monde réel, et dans lequel on doit quand même
À l’industrielle, faire semblant dans ce requiem
Jeu d’rôle dont les dés, ont étés pipés au départ,
Rongé dans l’idée, que le bonheur est là, épars,
Un p’tit peu partout, et qu’il faut savoir l’attraper,
Et y croire surtout, et qu’on peut pas y échapper,
Mais la vérité, c’est que quoi qu’on fasse on finit
Amer, irrité, aigri dans cette ignominie,
Et qu’il faut s’y faire, qu’on a pas l’choix de toutes façons,
Tout est à refaire, et on n’a pas besoin d’maçons,
Il est infini c’t’escalier en colimaçon.

Faim damnée

Le besoin d’isolement m’envahit foll’ment,
Mais le besoin d’amour me prend tous les jours,
Rester seul, ces moments, où j’me d’mande comment
Sans un être alentour, j’arrive à toujours
Satisfaire grossièr’ment, et même amèr’ment
Cette envie au long cours, d’aide et de secours,
D’êtr’ vital à quelqu’un, car jamais aucun,
N’a besoin de mon corps, comme s’il était mort,
Comme un trop vieux mann’quin, soyez pas mesquins,
Si c’t’idée de pécore va pas dans l’décor,
Dans l’décor trop commun, de vos lendemains,
Si elle vaut pas de l’or, si elle est encore,
Pathétique ou bizarre, issue d’un bazar,
D’un bordel infernal, ou d’un flux banal,
Des pensées d’un connard, qu’on met à l’écart,
Ou d’un con marginal, pas original,
Qu’on méprise, un bâtard, autant qu’un clébard,
Ou qu’on jette dans l’canal, comme un animal,
Mort de faim, ou de rien, mort d’être un vaurien,
D’avoir passé sa vie sans un préavis,
À la perdre, un terrien, mais un galérien,
Bouffé par les envies, qui n’en assouvit
Aucune d’elle, vénérien, traité comme un chien,
Mais qui donne son avis, à des asservis
Qui croient tous réfléchir par eux-mêmes et dire,
Des choses intelligentes, jugées si urgentes
Qu’il leur faut s’affranchir, même s’ils font souffrir,
Eux qui prennent la tangente, brebis diligentes
Que les loups font fléchir, qui aiment s’avachir,
Qui ne voient, négligentes, pas les déferlantes
Venir sur leurs troupeaux, avec leurs drapeaux,
Amuser la gal’rie par de vieilles conn’ries,
Qu’ils s’enfoncent dans la peau, ils croient le pipeau,
Les crues gauloiseries, les flagorneries,
‘lors ils suivent le tempo, dansant comme des veaux,
Destinés aux bouch’ries, futures charcut’ries.
Et moi je suis pas mieux, et je me fais vieux,
Mais j’observe tout ça, et un ange passa,
Dans le ciel ou les cieux, sans voir le pouilleux
Tête en l’air qui traça, sa route et cassa
Sa pipe et sans adieu, irrévérencieux,
S’enterra, s’embrasa, et puis effaça
Tous ses mots inutiles, restés sur le fil
Du rasoir aiguisé, pas aseptisé,
Qui souillés par sa bile, en devinrent futiles,
Ignorés et biaisés, désynchronisés,
Infantiles et débiles, mais pas mercantiles,
Mais quand même bien brisés, ou carbonisés.

Image : libre de droits – Ryan McGuire

Introspection

Barre-toi. Va-t-en. Casse-toi.
Laisse-moi, j’ai tout brisé et ça me va.
Laisse-moi. J’ai vraiment pas besoin de toi.
Je suis bien dans ma musique, dans mes mots.
Je suis vraiment bien dans mes larmes,
Et tout va bien.
Le noir me sied, la tristesse me plaît.
N’essaye même pas d’ouvrir un volet
Pour faire entrer ta putain de lumière,
J’aime trop mon obscurité, celle de la nuit,
Pour autoriser même un mince changement
J’aime regarder la lune briller.
Alors garde avec toi ton bonheur,
Et laisse-moi l’éther, le crépuscule et l’aurore,
Toutes les étoiles du ciel, la noirceur du fond de la mer.
Pendant de longues années, j’ai cru que je me noyais,
Mais en vérité, je ne faisais que me transformer,
Je ne faisais que muter, et la mort m’endort,
Elle me berce, me prépare
Elle est douce, encore, elle s’immisce,
Je ferme les yeux, ils sont lourds, je glisse
Je m’enferme et je deviens sourd,
Et je ne t’entends plus, je suis bien.
Je n’entends plus que les sons intérieurs de mon corps.

Fatigué

Je verse des larmes de tristesse, je ne peux plus rien faire
Ou ne verse plus rien, je n’arrive pas à pleurer, à me taire
Je vais terminer là, arrêter tout, ne plus rien entreprendre
Plus de rêves, plus d’espoir, et le soir je verrai s’envoler mes cendres
Plus de motivation, rien de plus que de vaines émotions
Je n’ai plus que des émotions tristes, aucune considération
La laideur pour compagne, Léonard Cohen pour ambiance
Je regarde le sol et je n’ai plus la moindre confiance
J’ai plein de fantômes, ils dansent autour de moi, elles dansent
Plus d’appétit, plus rien, juste des rêveries inutiles, vaines
J’ai perdu toutes celles que j’aimais, elles résonnent, forment ma peine
Je n’étais pas assez bien, une espèce de chose brisée
Ma cigarette n’a plus de goût, l’eau ne reste pas dans mon ventre torturé
Je n’ai plus de colère, je vais aller m’allonger, un moment.
Et rester là, sur ce matelas, à mouiller mes tempes
Attendre que la mort vienne me prendre, seul.

Image : CC BY Bill Strain (Leonard Cohen)