Une mort d’un SDF parmi d’autres

« Pour l’instant, il est impossible de savoir si ce SDF est mort de froid, indique la préfecture de Seine-Saint-Denis. Une autopsie a été demandée.  »

Je me pose une question : pourquoi la presse parle de cette mort et pas des autres ? Pourquoi celle-ci particulièrement ? Et je voulais souligner le caractère un peu hypocrite du passage que j’ai mis ci-dessus, la presse étant habituée à parler au conditionnel, parfois dans l’affirmatif, pour d’autres affaires pas non plus prouvées, mais là… non. Alors que ça paraît relativement évident vu le nombre d’articles qui parlent de la vague de froid (1).

Pour info le collectif Morts de la rue (2) comptabilise ces décès, il faut bien que quelqu’un le fasse puisque l’État semble s’en moquer.

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/livry-gargan-un-sdf-ete-retrouve-mort-dans-le-jardin-d-une-maison-1484723525

(1) Liste non exhaustive d’articles parlant du froid actuel :

(2) http://www.mortsdelarue.org/

Ad vitam æternam

Ce qu’on produit est le reflet de ce qu’on vit,
Qu’on soit perdu dans le conduit de convictions,
Ou qu’on soit enduit de ses idéologies,
Même si au fond, c’est toujours la même chanson,
Qu’on se ressasse ad libitum dans un logis,
Où la logique n’est toujours pas au rendez-vous,
Qu’on lui avait pourtant donné, on se dévoue,
À répéter ad nauseam que la rançon,
Est trop minime, au fond du trou que nous pensions
Avoir creusé, et dans lequel on est restés,
Autorisés à remonter, c’est sans compter,
Que la pression arrime au quai de ses pensées,
Et que le nœud est trop serré, on est honteux,
Quand se cacher est la dernière des solutions,
Qu’on s’est tâché de demander l’absolution,
Mais qu’on sait bien que rien ne sera comme avant,
La dépression envahissante emplit l’espace,
Et quoi qu’on fasse, quoi qu’on se dise…
On n’a plus envie de faire comme tous ces gens disent,
Battre le fer pour se forger des armes grises
Comme l’intérieur de son crâne, une tour de Pise,
Ça restera toujours penché, c’est pas la peine de s’épancher,
C’est pas la peine de rester indéfiniment,
Dans un espoir qui s’étendra infiniment,
Sans que jamais il ne s’étale sur le plancher,
Qu’il se remplace un jour par un apaisement,
Autre que le dernier des souffles, il faut trancher,
Qu’on ait envie de tester la résignation,
De toutes façons, qu’on ait raison ou qu’on ait tort,
On est jamais aussi bien que quand on est mort.

Une lettre à personne

Résumé :
Exactement dans la même idée qu’une autre nouvelle (Sévices sociaux en Marne) celle-ci est pourtant un peu différente, rédigée sous la forme d’une lettre (donc à la première personne du singulier), légèrement plus longue et explicative, le personnage est toujours broyé par un système qui lui a mis un boulet au pied, à savoir le RSA dans une société où les bénéficiaires vivent environ deux fois sous le seuil de la pauvreté, mais sont tout de même considérés par beaucoup de monde, comme des parasites.

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Le jugement et l’esprit

J’ai des périodes de boulimie créatrices pendant lesquelles je ne me contente pas de pratiquer, mais je projette. L’ennui est que la plupart de ce que je fais n’est pas vraiment politiquement correct. La façon dont je vois la vie, ma façon de l’appréhender, de la considérer, et cette forme d’exhibitionnisme par l’écriture, c’est destructif. L’erreur serait ici de me dire « Qui ça intéresse ? », parce que ça intéressera toujours quelqu’un, mais pas dans le bon sens. Il y a une formule de Jiddu Krishnamurti qui circule un peu partout, très mal traduite. On peut ainsi lire çà-et-là « Observer sans évaluer est la plus haute forme d’intelligence humaine. » alors que la vraie traduction, basée sur sa déclaration en anglais, c’est « S’observer [soi-même] sans s’évaluer est la plus haute forme d’intelligence humaine. » et pour un esprit trop peu renseigné sur la philosophie orientale, ce n’est rien, presque identique. Or, ces deux traductions (dont la première est donc erronée) sont très différentes. La première parle d’une personne qui juge l’extérieur, les autres. L’autre parle d’une personne qui se juge elle-même. Même si les deux sont importantes en soi, ce sont deux notions très différentes, et quelqu’un qui en est à un niveau de conscience où il ne juge plus les autres, peut tout à fait continuer à s’auto-évaluer, et à s’auto-flageller. Celui ou celle qui en est à ne plus se juger peut se moquer totalement, faire abstraction du jugement des autres envers lui ou elle. Je pense qu’il est beaucoup plus difficile, pour quelqu’un qui a reçu une éducation occidentale, de ne plus se juger, de ne plus porter importance au jugement que les autres ont de lui, que de ne plus juger les autres. Il est alors logique de considérer que l’ordre de priorité pour arriver à cet état de conscience dans lequel les évaluations extérieures dirigées sur soi n’ont plus d’importance, et dans lequel il n’y a plus d’auto-évaluation de sa personne, commence par l’élimination par la vigilance de chaque instant quant aux associations d’idées, de l’habitude de juger les autres. Je suppose qu’on ne peut pas commencer par cesser de se juger soi-même. Mais j’ai un doute, il est tout à fait possible que l’ordre soit l’inverse ou que tout intervienne en même temps via un changement radical de la façon de penser, de voir les choses.

Ce qui fait souffrir, c’est l’ego. L’ego est blessé lorsqu’on se rend compte qu’une personne importante pour soi est dans le jugement, dans la condamnation. L’éducation occidentale oblige presque à passer par là. Sans jugement, plus rien n’a de sens. Or, il se trouve que sans jugement, on peut écouter l’autre sans l’interrompre, sans avoir de désir soit de l’aider soit de l’enfoncer (tout dépend du degré de conscience de l’individu, mais s’il en est là c’est qu’il est dans le positif). Écouter l’autre permet d’entrer en empathie avec lui. Ne pas juger ce n’est pas s’en foutre, c’est faire abstraction de son ego.

Donc, inversement, ce qui rend heureux, ou plutôt ce qui fait cesser de souffrir, c’est la non personnalisation, l’absence d’ego, ou pour dire ça autrement, l’absence de prise au sérieux de son ego. L’abandon de l’ego. Et comme le dit plus ou moins Krishnamurti, c’est effectivement une des choses les plus difficiles à faire, et réussir, c’est atteindre un niveau d’intelligence qui n’a pas de valeur supérieure.

La question que je pourrais alors poser serait « Comment arriver à un niveau de conscience où l’ego est secondaire, voire oublié ? ». C’est un travail de chaque instant, révolutionnaire au sens propre du mot, on fait le tour de soi, et lorsqu’on arrive au bout, on est radicalement changé. On peut goûter alors à la tranquillité de la conscience. Et encore une fois, c’est un travail très long et difficile. Une erreur serait d’abandonner, ce serait une erreur car ce serait retourner en arrière, à un niveau de conscience auquel est la plupart des humains, un niveau de conscience animal.

Où en suis-je personnellement ? Même pas à mi-chemin. Et trop souvent, j’oublie l’essentiel, mais une chose est certaine et plutôt encourageante, c’est que systématiquement, j’en reviens toujours à reprendre ce travail où je l’avais laissé. On dit souvent que plus on en chie, plus on apprend. Plus les épreuves sont difficiles, plus on en sort fort et plus on progresse sur la voie de la sagesse. Je pense qu’on ne devrait jamais se dire « Ça y est, j’y suis arrivé ! », car ce serait arrêter de progresser. Tant qu’on est vivant on peut encore monter, de plus en plus haut, autant qu’on peut toujours descendre plus bas. Le niveau le plus bas, c’est la mort. Le niveau le plus haut, c’est la mort. Mais, le dernier niveau, et ce que je vais affirmer ne peut pas se vérifier, ça ne sera donc qu’une simple spéculation, c’est la mort définitive. Alors que le niveau le plus bas, c’est la mort, suivi de la renaissance. Car plus on progresse que ce soit dans cette vie, dans la dernière, dans la prochaine, plus on fait progresser ce que j’appelle l’esprit, que les chrétiens appellent l’âme. Là, il est clair que j’ai dépassé la pensée philosophique pour entrer dans le domaine métaphysique, la pseudo-science. Même si je m’intéresse à l’ésotérisme, enfin à certains aspects, certains enseignements, pas n’importe lesquels car dès qu’on entre dans ces eaux là, ça peut être particulièrement dangereux, et un esprit crédule peut se faire mener en bateau, au naufrage, facilement, donc même si je m’intéresse à ce type d’enseignement qui nécessite une initiation extérieure, je m’y intéresse de manière autodidacte, ce qui me permet de toujours garder mon libre arbitre et mon esprit critique. Je pense que c’est très important, car les aspects métaphysiques de la vie ne peuvent pas se prouver. Il y a certains de ces aspects qui semblent avoir plus de sens que d’autres complètement farfelus, comme de croire à un homme qui serait le fils de dieu né d’une vierge, magicien pour ne pas dire faiseur de miracles, et qui aurait avalé toutes les fautes de tous les hommes passés, présents, et futurs, dans une coupe alors qu’il était cloué sur une croix, et que pour lui rendre hommage et ainsi entrer dans son paradis qui se situerait dans le ciel, on devrait manger son corps et boire son sang tous les dimanches… Bref… Mais surtout, il y a des enseignements plus sensés qui accélèrent le véhicule qui mène à la sagesse. Et ce sont ceux-là qui méritent qu’on s’y attarde. Quand ça a du sens, quand ça semble presque logique, alors oui. Si ça semble stupide, sans substance, alors non… Ça paraît simple dit comme ça, mais en définitive, l’esprit humain n’est souvent pas au niveau pour déceler ce qui est probable de ce qui ne l’est pas, en tous cas sur ces plans.

Image : libre de droits (teetasse)

Phrases froides

L’homme est tellement imbu de lui-même, tellement persuadé de sa grandeur et de sa supériorité, qu’il a inventé un dieu qui lui ressemble et qui aurait tout créé.

Certaines idées d’émancipation étatique entrent en contradiction avec la le désir d’autodétermination d’un peuple, et de l’alignement de ce peuple sur la « norme » mondiale.

Quand tout le monde va dans un sens, il est tellement tentant d’aller dans le sens inverse...

L’histoire ne peut plus être écrite correctement, on ne peut parler avec cohérence que des conséquences, mais les causes et les actes restent souvent voire toujours troubles.

On ne s’occupe pas assez de ce sur quoi on a un réel impact direct : nos vies, nos proches, le présent.

Et la mort se balade sur un air de classique ténébreux, jonglant avec des âmes glacées en forme de balles étincelantes, la regarder tue en un éclair.

Profite bien de ton existence, car la vie perd sous la mort sûre de son pouvoir (c’est nul, je sais).

Image : libre de droits – Barbara Bonanno

Mister Hide

Trop de confusion dans les médias en perfusion dans les tempes,
L’information afflue devant des yeux éteints et l’esprit qui rampe,
Des lettres à profusion bougent, se mélangent et s’échangent,
Se traînent insensées, muettes et mortes, des phrases étranges,
Se collent aux cernes stupéfaites du visage vieilli d’un ange,
Rendu fou par l’actualité, l’entité se roule maintenant dans sa fange,
Pris d’un rire schizophrène qui l’entraîne jusqu’à se scarifier,
Et qui retrouve sa lucidité en un éclair, car la mort est tarifiée,
Elle coûte un bras, un des siens est déjà de côté, légèrement tuméfié,
Pour quand viendra le moment où ces putains de pompes funèbres,
Présenteront la facture au fond d’une salle mi-figues-mi-ténèbres,
Quand la souffrance se sera enfin arrêtée, et quand ses vertèbres
Auront décidé, narquoises, de lui interdire la station verticale, et qu’il
Aura payé sa dette à la vie, la sienne, celle d’un docteur Jeykil,
Sans doctorat, sans papiers, désormais sans cœur mais tranquille,
Mais le fil tient toujours, quoi qu’il lui blesse les mains quand
Il s’y accroche et se remet debout, finit sa vie de délinquant,
Qui va s’arrêter, dans deux, trois, quatre, qui sait ? cinq ans…
Qu’importe, ce temps pourri et ses nuages noirs s’entassent,
Et le naufrage est loin derrière, rien à branler du vent qui passe,
Et putain… C’est pas du courage que d’être habitué à boire la tasse.

Image : libre de droits – Das Wortgewand

Bilan

Mon sourire est une façade, mais en moi je suis en rade,
J’espère que c’est qu’une passade, ou juste un genre de glissade.

C’est qu’au fond c’est si acide, violent, pas du tout placide,
J’ai envie d’un homicide, arrêt brutal, un suicide.

Ras l’bol d’être à l’antipode de mon idéal, je brode,
Je devrais changer d’méthode, j’ai raté un épisode.

Mes côtes et mes pentes sont rudes quand je goûte la solitude,
J’perds mon nord, il est au sud, c’est l’triangle des Bermudes.

J’suis perdu, j’dois jouer des coudes, dans mon cœur la pierre se soude,
Si j’avais un peu de poudre, mes maux iraient s’y dissoudre.

Je reçois de mauvaises ondes, à chacune des secondes
Qui passent et qui vagabondent, et ça rend ma vie immonde.

Et des fois je trouve de l’aide, via des êtres, des aèdes,
Ce n’est pas un vrai remède, mais c’est mieux qu’une barmaid.

Image : libre de droits – David Z

Speedball, la suite

Elle avance toujours la balle,
Y a qu’elle qui voyage, elle s’est évadé d’un tunnel miniature,
Strié de lignes en spirale, et moi je reste prisonnier immature.
Elle fait le tour de la Terre, elle voit des paysages oniriques,
Elle passe au travers des montagnes enneigées où la glace a formé
Des grottes inconnues, des galeries étincelantes et pures.
Elle est partie de rien, d’un simple mouvement du doigt,
Et petit à petit elle s’éloigne de moi, tout en s’en rapprochant paradoxalement,
La planète est une sphère, l’attraction est magnétique,
La balle glisse dans l’air de ses contrées magnifiques,
Elle voyage, et moi je reste là, pantin résigné,
Un animal soi-disant intelligent, perplexe à cette information,
Soi-disant.
Le pathétisme ne me fait ni chaud ni froid,
Quoique j’ai un peu froid, des fois.
Les dieux se marrent dans leurs guérites capitonnées,
Qu’ont-ils fait ? Je suis juste leur jouet.
Un temps j’ai été celui d’Aphrodite, puis elle s’en est lassée,
Elle l’a refilé à Thanatos, avec Hadès ils étaient dans une partie de roulette russe,
De roulette russe… Quel intérêt pour des immortels ?
Et la déesse est arrivée, elle leur a jeté mon âme,
En leur disant : « c’est plus drôle, faites-en ce que vous voulez ».
Le vieux Hadès a dit placidement à Thanatos : « ce n’est pas encore le moment ».
L’autre lui a répondu : « je m’en occupe, je te ferais signe, cordialement »,
En ricanant comme un pervers narcissique extasié.
Mais la balle était lancée, enfin… tirée.
Et ce, depuis bien longtemps.
Et elle a déjà fait faire plusieurs tours au compteur,
Viendra le moment inévitable où, statistiquement,
Nous nous rencontrerons irrémédiablement.
Mais moi, j’aimerais juste changer de planète,
J’en serais peut-être libéré,
Quoique, on ne se libère pas de sa destinée.
Gaïa me gave, étant bagnard, c’est un peu pérave.
Même si le pire est derrière, oui, le pire est derrière.

Épitaphe

Beaucoup ne savent pas qui je suis, et tant mieux,
Mes chaînes font bien du bruit, j’ai un passé plus que houleux,
J’ai traîné quelques petites casseroles, mais pas de bol,
Pour un homme qui au-dessus de tout cela, s’envole.

Ce qui est important c’est ce que je suis aujourd’hui,
Pas ce que j’étais hier, et où j’ai inséré des aiguilles,
Dans les bras de qui, dans quelle mare j’ai été l’anguille,
Ma conscience est légère, je m’arrange avec ma vie.

En d’autres temps j’aurais peut-être été desperado,
Ou un voleur de poules ou de chevaux, condamné à l’échafaud,
Même si mon cœur aura toujours été immense, je pense,
Que les traces que je laisse sont de sang, elles sont sur un radeau.

Sur une mer déchaînée, comme Ulysse revenant au port,
Avec le vin que Calypso a daigné lui mettre en amphores,
Moi j’ai levé le doigt bien haut et j’ai hurlé très fort :
« Va te faire foutre Zeus, je t’emmerde espèce de porc ! »

J’ai rien à prouver à personne ici-bas, seul je ferais face à mon trépas,
Debout et droit comme un I, la tête haute, et je ne montrerais pas,
Une once de regret vis-à-vis de tous les actes que j’ai fait,
Quand la mort me prendra je sourirais, je serais satisfait.

Et on est nombreux à pouvoir affirmer ces choses, mais peu osent,
La plupart se contentent, se complaisent dans de petites doses
D’arrangement avec la réalité et d’amnésie volontaire,
De comportements dont le résultat est bien loin d’être exemplaire.

Pas que les miens le sont, non… bien au contraire,
Mais au moins j’ai essayé de vivre en accord avec ma misère,
Et comme d’autres, je suis tombé bien bas, mais je suis toujours remonté,
Seul, sauf grâce à quelques rares mains qui m’ont été prêtées.

À tous ceux-là, toutes celles-là, je voudrais rendre hommage,
Je pense à eux souvent, mais pas assez et c’est dommage,
On se retrouvera tous un jour, quelque part. Où ? Je sais pas,
Tout ce que je sais c’est qu’au Paradis, ça ne sera pas…

Image : libre de droits (Skitterphoto)

L’origine du monde

C’est tourner une page, c’est changer de saison,
C’est toucher le rivage, et monter sur le pont,
Passage intermédiaire, un simple et court moment,
Traverser la rivière, c’est l’adieu d’un amant.

C’est une fin en soi, le début d’un chapitre,
On peut la voir comme ça, au travers d’une vitre,
Avec de la distance, de la sérénité,
Un ballet, une danse, on peut s’y préparer.

On peut la voir aussi, comme un drame fatal,
En avoir peur ici, quelque chose de brutal,
Sans y être docile, sans pour autant trembler,
C’est loin d’être facile, ça nous est étranger.

Certains se l’imaginent, grande et fine, un squelette,
Comme un être androgyne, de légende, aigrelette,
Couverte d’une robe, couleur noire, un manteau,
Et sillonnant le globe, toute armée d’une faux.

D’autres pensent accéder à un vert Paradis,
Ou à l’Enfer doré des flammes de jadis,
Décrites dans les livres sacrés des religions,
Qui punissent ou délivrent, les humains en missions.

En missions sur la Terre, selon leurs décisions,
Accumulant d’austères, et de bonnes actions,
Gardées en souvenirs, en karmiques fardeaux,
Qu’il faudra affronter, assumer tard ou tôt.

Moi je la vois comme un entre-deux, un mystère,
Quelque chose de commun, pas vraiment délétère,
Un tout léger détail, option obligatoire,
Loin d’être une bataille, mais plutôt un miroir.

Le miroir de la vie, qu’on touche avec son doigt,
Ce n’est que mon avis, il est comme il se doit,
Une opinion modeste, sans certitude aucune,
Une pensée funeste, qui pleine de lacunes,

S’offre à vos yeux brillants, comme un cadeau succinct,
Puis s’en va s’enfuyant, dans le vide sacro-saint,
De l’inconscient collectif, la stratosphère,
L’origine du monde, cerné dans notre sphère.

Image : libre de droits (Danse de la mort – Illustration des chroniques de Nuremberg, par Hartmann Schedel, 1440-1514)

Chrysalide

Dans le fond, qu’on a touché, tout au bout d’une nuit de plus de six mois,
Est né un renardeau aveugle, prisonnier d’un corps humain.
L’enfant affadi par le temps sans amour s’est asséché,
L’animal s’est nourri de ses entrailles progressivement amenuisées.
Les lèvres bleuies ne s’ouvrant plus que rarement,
Un gémissement inaudible l’assourdissant intérieurement.
Il a cru au Paradis, à l’Enfer, et aux contes de fées moralistes,
Et aux légendes nordiques, entendues il y a quelques lustres.
Il a grandi un peu, on l’a laissé longtemps, oublié, comme endormi,
Et hier, un sort l’a réveillé.

C’était une formule en latin, trahie d’un grimoire incertain,
À moins que ce ne fût d’un codex cousu de barbelés,
Les mots ont résonné comme des trompettes sordides,
Sortes de grincements que le monde a entendu au petit matin,
Ils ont retenti trois fois et l’Écho produit a maudit Narcisse,
À nouveau.
La métamorphose aboutie, la mort ne fut plus qu’une conséquence,
Une broutille dérisoire abordée telle une piqûre d’ortie,
Une formalité, certains esprits formatés ne la virent pas arriver,
Pourtant, elle ne fut pas discrète, sous son blouson de cuir noir retroussé,
Debout, aussi droite qu’un monolithe couvert de suie,
Reste d’une précédente combustion spontanée, et sans yeux.

Il avait grandit l’enfant, il était devenu terrible et vieux,
Sans que personne n’eut soupçonné un instant qu’il avait continué
À exister, car il s’était terré toutes ces années, dans un silence
Imperturbable.
Mais à l’intérieur, ses hurlements ne s’étaient jamais arrêtés,
Si un homme, une femme, les avait entendus, leurs oreilles
Les auraient ignorés comme un traumatisme efface des souvenirs,
Tout un pan de mémoire trop douloureuse pour ne pas devenir amnésie.
Depuis, il parcourt les campagnes, les villes, les espaces habités,
Sa moisson est sa mission, une fatalité froide, au goût amer,
Frappant et entrant par force si besoin, dans les maisons,
Fauchant de ses doigts fourchus les âmes fuyantes,
Terrifiées.
Cherchant souvent à lui échapper,
En vain, bien sûr, juste en vain.

Image : libre de droits – Sonjaehoon

Hydrocution

Nous tournons en rond, nous, les écorchés
Sommes-nous donc maudits pour vivre ça ?
Des galaxies semblent nous éloigner, des
Millions et des millions de kilomètres supposés
À l’opposé de la rencontre, elle tarde sous les corps embrumés.
Être là est pour certains une torture, un supplice,
Las de devoir traîner chaînes et boulets
De canon qu’on s’envoie, bourrés d’amour pourtant.
Cette réalité est si lourde, pour tant d’années, où est ma
Vie ici-bas ? Je me le demande parfois…
Solitaire par obligation, attendant une déviation,
Sans espoir ni résignation, juste un peu d’abnégation.
Se voir dériver ainsi semble si pathétique, vu par des yeux fermés,
Voir quelqu’un se noyer de loin…
Il se débat, il coule, remonte, coule à nouveau, il
Suffirait d’une bouée, mais la prendrait-il ?
D’un semblant d’amour perdu, car c’est ça qu’il attend.
Coup pour coup, il finira par se laisser tomber,
De haut et en profondeur, mais il suffit parfois d’un
Pouce décalé, ou en l’air, il n’est pas sur l’autoroute
Du hasard, et il voit tristement les affres du
Destin qui se marre, se perdant dans le soir,
Pour longtemps.
Qu’on se le dise, la vie n’est pas acquise,
Se trouver est parfois quasi impossible
Rencontre entre deux astéroïdes, improbable,
Ne demandant qu’à se heurter pour pouvoir exploser,
Perds-tu le nord dans cette contrée où la nuit n’est
Pas étoilée ? Ton contrefort est un refuge où tout
Espoir n’existe pas, la lune s’étouffe derrière les nuages,
Car elle a peur, elle se cache, ici c’est comme la guerre…
Je voudrais l’arrêter, apaiser ses assauts, mais
Suis-je donc en Enfer ?
Là, le temps commence à me manquer,
Quelque carte pourrait se dessiner, mais à
Part l’horizon trop plat, je ne vois rien.
À travers les volets de mes paupières,
T’attendre est vain, alors je dors.

Image : libre de droits (fradellafra)

Le fil de la vie

Le suicide est un acte historique et artistique
Dépeint par les contemporains comme de la lâcheté
Mais les professeurs émérites comme leurs petits acolytes
Savent tous que cette œuvre a été réalisée par des êtres
Non moins plébéien qu’Antoine et Cléopâtre, Guy Debord
Ce dernier n’a pas retenu autant la plèbe justement
Que les deux autres mais cela n’en fait pas moins
Ma référence, excusez-moi du peu.
Leurs motivations étaient aussi différentes,
Et la mienne vous paraîtrait certainement futile.
Bercé par des rythmes hip-hop et jazzy, j’ai proposé
À nombre de personnes que j’ai jugé intéressantes
De me rencontrer, mais l’époque ne s’y est pas prêtée
De reproche, il n’y a à en faire à personne, alors…
Permettez-moi de ne pas subir les vôtres.
Pour la plupart, vous avez eu votre propre chance
C’est donc avec le sourire qu’après les dizaines de signes
Et possibilités que j’ai laissés, dans une certaine indifférence
Je vais faire un geste que peu comprendront,
Dans leurs jugements tantôt tristes, tantôt fanfarons,
Mais non moins jugements typiques et condamnatoires.
Je pourrais faire des dizaines de textes comme celui-là,
Pour noyer le poisson dans une nasse trop carnassière,
Mais savez-vous, cela n’est pas dans mes habitudes.
Aussi certain(e) pourront se demander « pourquoi ? »,
Demandez-vous plutôt « comment ? ».
Oui, comment, comment vous avez pu y résister ?
Chacun des actes silencieux ou audibles ont joués.
Chacune des inactions attirant ma fausse indifférence
Pourrait être le point de départ du nœud
De la corde que j’essaye de dénouer depuis…
Celle que j’essaye de couper en morceaux,
J’ai été de la simple détresse insonore,
Jusque dans l’insulte globale que personne n’entendait,
En montagnes russes aux nombreuses montées
Et redescentes.
Pendant un moment, je me suis dit : « Je ne peux pas faire ça »
Ne voulant pas que mon acte en entraîne d’autres.
Effet boule de neige. Mais qui suis-je pour prétendre
Avoir un effet quelconque
Sur qui que ce soit.
Insignifiance.
Et je vais maintenant vous faire
L’affront de continuer à vivre.
Pourquoi ? Je n’en sais rien.
Puisque rien ne me retient.
Je vais continuer malgré moi, à tracer un chemin
Aussi efficace que des pas dans la neige.

Le teigneux

À chaud, voici une p’tite histoire, celle d’un bonhomme aux mille déboires,
Que la foule prenait pour un dingue, un rigolo, ou une baltringue.
Mais c’était un ange pourtant, aussi un démon pour autant,
Et son verbe incompréhensible était très souvent pris pour cible.
C’était une teigne à l’occasion, mais aussi un pro d’l’évasion,
Sauf qu’il était tellement seul qu’il était proche de son linceul,
Car tout au fur et à mesure il collectionnait les blessures,
Il se rapprochait de la mort, s’étendait près d’un sycomore,
Le soir pour dormir, solitaire. Souvent, il était délétère,
Détesté de tous à raison, qui est diverse en chaque maison…
La raison, la sienne fut unique, clinique, cynique et mécanique
Entret’nant une logique de claques sans les gueules et à coups d’matraque,
Mais calmez-vous, ne jugez pas : il est passé d’vie à trépas
Il est mort seul, vous en doutiez ? Égorgé par un bijoutier
Qu’il eût braqué au demeurant, pensant revendre, c’est écœurant…
Le butin qu’il aurait volé tout simplement pour s’envoler,
Oui, pour remplir son corps de came comme Don Simpson, paix à son âme
Mort avec vingt-et-une drogues dedans son sang, quel épilogue !

Chacun peut voir dans cette histoire comme un miroir ou un trottoir
Qu’on peut piétiner tant qu’on veut sans inquiétude, et sans aveu.

Froidure cosmique

Tant qu’à vivre la solitude, autant la vivre à fond,
Tant qu’à survivre dans la jungle, autant être invisible,
Tant qu’à haïr tous les hommes, le faire du mieux possible,
Quant à la mort au fond, qu’elle aille se faire mettre profond.

Je n’ai rien d’autre que mes mains, mon imagination,
Je n’ai rien d’autre que ces mots, et un peu ma raison,
Je n’ai rien que mon cynisme et ma résignation,
Je ne jette jamais rien, c’est précieux et je n’ai que ça.

Ah si, je jette ces mots sur un clavier, s’ils veulent bien
Se mettre au bout les uns des autres, dans un conglomérat,
Et je hurle tard dans la nuit, plutôt qu’un loup, un chien,
Ça amuse les gros cons, et ça fait chier les gens bien.

Pourquoi ? Me direz-vous. J’en sais rien, foutre rien.
Cherchez pas, c’est comme ça, ce n’est que ma vie morte,
Car je marche sur un fil, pour l’instant il me porte,
Et quand il cassera, il n’y aura pas d’escorte.

Pour me mener à la fin, la chute est verticale,
Pour voyager le mouvement est horizontal,
Si je tombe comme une pierre, n’étant pas minéral,
Tu n’entendras rien du tout, quand je toucherais le sol.

J’ai fait le vide autour de moi, je te donne ma parole.
Ce n’est pas tant que j’aime ça, c’est que la fin d’un vol,
Mais c’est tout de même étrange, car j’ai pas pris d’envol,
C’est qu’un saut qui dure depuis toujours, et je le jure.

L’amour par intermittence semble si irréel,
Qu’on me parle pas de chance, la mienne à tire d’aile
Est partie à ma naissance, telle une femme infidèle,
Elle m’a laissé l’indifférence et un vieux goût rance.

Image : libre de droits (Jarmoluk)

L’homme déjà mort

Aux confins d’une montagne de douleur,
Dans les tréfonds d’un puits de tristesse,
Tout en haut d’un lourd ciel de paresse,
Loin au large d’un océan de peur,

Un petit homme restait immobile,
Il vivait mais rien n’était moins sûr,
Sur le flanc appuyé contre un mur,
L’existence ne tenant qu’à un fil.

Ses deux yeux étaient bien grands ouverts,
Mais figés ils trahissaient le vide,
De son regard vieilli par ses rides,
Et son cœur n’existait que sous verre.

Vivant à travers ses souvenirs,
Il attendait la mort maintenant,
Patientait, elle viendrait sûrement
L’emporter car il voulait partir.

Et c’était bien là sa seule envie,
Son seul désir était de mourir,
Car cela ne pourrait qu’être pire
De vouloir se maintenir en vie.

Il avait fait une croix sur ses rêves,
Abandonné l’espoir d’être heureux,
Il ne voulait pas devenir vieux,
Vieux et seul, c’est une vie sans sève.

Oh que non, il n’était pas de ceux
Qui de la solitude pouvaient jouir,
L’idée même le faisait dépérir,
Son idéal était d’être deux.

Mais sa vie était pluie et brouillard,
Qui aurait voulu la partager ?
Sacrifier des instants, faire lever
Le soleil sur cet être bizarre ?

Ses semblables l’avaient ignoré,
Se sentant impuissants face à lui,
Le laissant s’essouffler sous sa pluie,
Et le forçant à se résigner.

Plus le temps s’écoulait, plus le froid
L’engourdissait et moins il voulait
Continuer d’espérer, il coulait
À pic et sans lutter, sans effroi.

Son chant était si beau, ses semblables
En profitaient, ils ne voulaient pas
Que ça change, le préférant comme ça,
Ils le trouvaient tellement affable.

Alors lui, il chantait, espérant
Qu’un jour quelqu’un serait révolté
Et lui donnerait un coup d’épée,
Un coup de grâce, tuant ce mourant.

Mais tout au fond de lui il savait,
Il savait que personne et jamais,
Que jamais personne n’oserait
L’achever, tous ces lâches riaient.

Image : CC BY SA Mbzt (Le Christ mort – attribué sans certitude à Philippe de Champaigne – Église Saint-Médart – Paris V)

Ode à la mort

Trop de mauvais souvenirs trop de sales aventures,
Trop de fois trop déçu des dizaines de blessures,
Mais il y en a eu une qui fut mon héroïne,
Pas du tout féminine, amazone assassine.
Le corps droit comme un I, électrique, une anguille,
Elle m’a blessé aussi, percé de son aiguille,
Tout comme une libellule avec son aiguillon,
Qui flâne autour de moi m’a piqué des millions
De fois et elle revient, le fantôme d’un lion,
Comme un tourbillon froid, une malédiction,
Comme un loup décharné, prédateur affamé,
Comme une voie muette, ou une fleur fanée,
Elle sème ses gouttes, épaisses et rouges, sans âge
Sur ma putain de route accidentée, mes pages,
Les salit de son encre aux globules morts, inertes,
Elle refroidit mon corps, elle est glaciale certes,
Mais elle n’a jamais tant trahi ma confiance
Autant que toutes ces aventures d’errance
Que furent celles qui furent mes reines, mes Déesses
Mes amers souvenirs, tous ces échecs et mat
M’enfermant dans leurs toiles m’attribuant leurs paresses
Me vidant goutte à goutte et jouant de leurs pattes
Avec mon corps meurtri sanguinaires animales.
Elle, au moins est ici, à mes côtés ses pales
Me labourent les poignets mais l’abandon n’y est
Jamais intervenu, pas partie et sa rage,
Elle, est toujours restée, pas la peine de nier
Et je l’ai dans la peau, ce n’est pas une image,
C’est sous mon épiderme que sa folie présage
Encore des années à partager son vin.
Mon destin est tracé, je la prends dans mes mains,
Je dessine sur mon corps d’improbables tatouages
En scarifications, en peintures de folie,
Indélébiles options, lentement me spolient,
Me font croire aux faux anges, ces losanges étrangers
M’éliminent à l’envie m’entourant de danger.
La voie que j’ai choisie est sans voix, sans issue,
Et les murs rétrécissent, ses six traits, ces sangsues
Sont si près maintenant, je sens se rapprocher
L’heure d’une mort vivante pâle comme de la craie,
Une silhouette dont les formes voluptueuses trompent
Ma vision qui flouée, est attirée, m’effraie.
Je plonge dans ce vide, laissant mon âme au frais.

Introspection

Barre-toi. Va-t-en. Casse-toi.
Laisse-moi, j’ai tout brisé et ça me va.
Laisse-moi. J’ai vraiment pas besoin de toi.
Je suis bien dans ma musique, dans mes mots.
Je suis vraiment bien dans mes larmes,
Et tout va bien.
Le noir me sied, la tristesse me plaît.
N’essaye même pas d’ouvrir un volet
Pour faire entrer ta putain de lumière,
J’aime trop mon obscurité, celle de la nuit,
Pour autoriser même un mince changement
J’aime regarder la lune briller.
Alors garde avec toi ton bonheur,
Et laisse-moi l’éther, le crépuscule et l’aurore,
Toutes les étoiles du ciel, la noirceur du fond de la mer.
Pendant de longues années, j’ai cru que je me noyais,
Mais en vérité, je ne faisais que me transformer,
Je ne faisais que muter, et la mort m’endort,
Elle me berce, me prépare
Elle est douce, encore, elle s’immisce,
Je ferme les yeux, ils sont lourds, je glisse
Je m’enferme et je deviens sourd,
Et je ne t’entends plus, je suis bien.
Je n’entends plus que les sons intérieurs de mon corps.

Largage

J’ai peur de vieillir encore plus
De me détruire au point de n’être plus rien
Que tu disparaisses aussi.
J’ai peur de tout, de la vie,
Je voudrais qu’elle s’arrête, mais j’ai peur de mourir
J’ai peur de la finir tout seul comme un chien
Pendant que des humains font la fête,
Au-dessus de ma tête.
Ils s’amusent, ils s’amusent, et moi je pleure, seul.
J’ai peur de faire peur, et ça s’arrêtera jamais
J’étais l’épouvantail, on m’a offert un cœur
Je me suis pris pour le lion, ou le loup noir
Mais je ne reste qu’un homme de paille
J’entends le rire des hyènes, parfois je lève la tête
Parfois je me demande d’où ce son provient
Puis je laisse tomber ma volonté par terre.
Je laisse tout tomber par terre.