Entre temps

Mon vieux Mano, j’ai l’impression de te connaître,
Mon vieux Solo, cette sensation qu’tu m’as vu naître
Au beau milieu de cette batterie d’usurpateurs,
Toi tu hurlais ta vérité en sol mineur.
Quand tes collègues, faisaient semblant d’chanter l’amour,
Dans leurs grandes salles, ben toi tu restais au Tourtour,
Et tu chantais Allô Paris, il est si tard…
Et c’est ton cœur qui faisait sonner ta guitare…
Ton cœur aussi restait assis sur le trottoir,
Et le public tout à coup d’venait accessoire,
Moi toute ma vie, de loin tu l’as accompagnée,
Le temps passant, je repassais ta voix cassée,
Dans mes délires, sans le vouloir tu m’as figé,
Car c’est toi seul qui par tes mots m’faisait pleurer,
En un instant, il suffisait qu’j’mette une chanson
Pour qu’ta musique m’emporte au-delà d’l’horizon,
Tu m’transportait dans tout Paris, et sans bouger,
Tu m’as touché directement, toutes ces années,
T’es pas v’nu m’voir le jour d’avant quand t’es parti,
Mais j’t’en veux pas, car t’es vivant, j’entends tes cris…
J’entends tes notes, j’entends tes mots, j’entends ta voix !
J’entends ton cœur, et ton amour, pour moi t’es là !
J’vois ton visage et ton chapeau ouais t’es vivant !
C’monde à la con, a des frissons en t’écoutant…
C’monde à la con, t’en souviens-tu mon vieux Mano ?
C’monde est tout froid, un peu perdu, tout ramollo…
Ce sont tes mots qui manquent ici, et tes coups d’gueule !
Ouais tes coups d’sang y a plus personne qui nous engueule !
Pourtant c’monde là aurait besoin d’coup d’pieds au cul !
Y a internet, et pi facebook qui m’préoccupent…
Qui nous bouffent tous, qui nous empêchent de réagir,
On se voit plus, on reste chez nous, des vieux délires,
Moi ça m’travaille mon vieux Mano, j’ai un peu peur,
Y a ta marmaille qui se fait vieille bien avant l’heure,
Y a tes enfants qui dans le temps montraient les dents,
Et aujourd’hui on est tous là d’vant nos écrans,
À dépérir, à s’lamenter, du mauvais temps…
Y a la planète qu’est toute pourrie, les marées noires
Les pétroliers, et les traders m’foutent le cafard,
Les partisans n’chantent plus du tout, c’est désolant !
Moi ça m’déprime j’ai bien envie l’leur rentrer d’dans !
Mais chui comme eux, chui tout cassé, j’ai plus la pêche…
Allez Mano, r’descends un peu, car c’est la dèche !
Y en a pas un qui rattrape l’autre faut qu’tu t’ramènes !
Faut qu’tu nous dises qu’on n’est pas là just’ pour la haine.
Ouais des comme toi ben y en a plus, et c’est la merde…
C’est la misère, c’est le désert, faut plus qu’on s’perde…
Qu’on bouge nos culs, faut qu’on s’remue, mon vieux Mano,
Sur cette planète y a d’plus en plus de rigolos,
Y a d’plus en plus de gros crétins qui branlent rien
Qui savent vraiment plus trop quoi foutre de leurs deux mains,
Un jour viendra où tu r’viendra et j’srais content,
Mon vieux Mano j’srais plus Solo j’irai droit d’vant !
Si toutefois j’t’ai pas rejoint… entre temps

Image : CC BY SA Smdl

Décembre

Moi aussi je me dois aussi d’un poème, en cette journée de décembre à la con…
Encore un accouché dans la douleur… Dans la froideur d’une pièce mal chauffée.
Assis en tailleur sur une chaise. De l’amour qui fout mal à l’aise…
Encore un….
Encore un où le désespoir est inné.
Encore un…
Aussi simple que la nuit… Aussi visible que l’esprit… Aussi noir que la suie.
Encore un qui tourne autour d’une vie.
Encore un qui s’accroche à la lame du couteau.
Encore un qui sublime des fantasmes trop beaux. Trop chauds pour mes semblables.
La brûlure est violente. C’est comme d’entrer dans un monde glacial, dans un frigo.
La morsure marque les peaux.
Un décembre plat, semblant porter la joie…
L’an semble mourir dans l’indifférence.
D’aucuns se collent en transe, et dansent, dans l’insouciance.
D’autres trop sombres restent là à se morfondre.
Décembre…
Mois de douceur, de mensonges, de rêves déchirés et d’illusions brisées.

Image : Tom Gill (cc by nc sa)