L’illusion des mesures pour la protection animale

Un premier pas a été effectué en matière de surveillance plus accrue des entreprises d’abattage des animaux. L’Assemblée Nationale a voté favorablement jeudi 12 janvier 2017, pour que passe une mesure afin de renforcer la surveillance dans les abattoirs. Cette mesure propose qu’à partir du 1er janvier 2018, il soit obligatoire d’installer un peu partout dans ces entreprises, des caméras de vidéosurveillance.

La maltraitance animale en abattoirs deviendrait un délit

Auparavant, la maltraitance animale dans ce cadre n’était punie que d’une simple amende peu dissuasive. Ce qui laissait la possibilité pour les entreprises de prévoir dans leurs budgets de ne pas respecter les obligations en s’achetant le droit de continuer leurs pratiques de torture. On peut facilement s’imaginer qu’un rapide calcul pouvait montrer ce qui était le plus rentable : soit ne rien faire et payer l’amende, soit suivre les directives et ne pas la payer, car elle pouvait dans certains cas être moindre que le coût des changements à effectuer pour mettre l’entreprise aux normes.

Si cette mesure passe et si ce point n’est pas supprimé ou vidé de son sens, les contrevenants deviendraient des délinquants, risquant dorénavant non plus seulement une amende, mais de 6 mois à 1 an de prison. De plus, l’amende serait multipliée par 4, de l’ordre de 20’000 euros minimum.

Seulement, l’article suivant met en lumière, par la voix du porte parole de l’association indépendante de protection animale L214, le côté hypocrite de cette mesure, qui de plus peut être vidée de son contenu par les allers-retours entre le Sénat et l’Assemblée Nationale car il s’agit ici d’un simple vote des députés :

Les images prises par lesdites caméras de vidéosurveillance ne seraient pas accessibles pour tout le monde. Et surtout pas pour les associations indépendantes. Ces images seraient visionnées uniquement par les services de contrôle vétérinaire, et par les Responsables de Protection Animale (RPA). Il s’agit d’un poste qui existe déjà au sein des entreprises, et les RPA sont désignés par… les abattoirs desquels ils dépendent ! Et donc, ils sont payés par eux. Ces RPA ne sont donc pas du tout indépendants, et sont de ce fait au cœur d’un conflit d’intérêt. Ils peuvent s’ils le décident, ne pas alerter les services judiciaires lorsqu’ils repèrent des manquements aux obligation de leur entreprise. On pourrait appeler ça de la loyauté envers son patron… Et on peut facilement se douter que moyennant cette loyauté, ou une petite enveloppe par-ci par-là, ces personnes n’ont et n’auraient si la mesure passe, aucun intérêt à faire cesser les pratiques violentes habituelles, excepté s’ils sont intègres – mais les lois du marché du travail sont telles qu’elles permettent aux patrons de choisir qui ils ont dans leur équipe, et ainsi de se débarrasser de quelqu’un de trop gênant pour le remplacer par quelqu’un de moins scrupuleux.

Et comme dit plus haut, les RPA existent déjà depuis un certain temps : une mesure européenne mise en exécution le 1er janvier 2013 avait imposé leur présence dans les abattoirs. Et ça n’avait rien changé, ou si peu. Les associations étaient toujours obligées d’agir en sous-main pour filmer en caméra cachée des scènes choquantes – qui n’étaient on peut s’en douter, pas des exceptions – et les rendre publiques afin d’alerter l’opinion, ce qui généralement et à chaque fois qu’une affaire de ce type s’ébruitait, faisait baisser la consommation de viande chez les français. Qui plus est cette mesure européenne était restée facultative pour les entreprises qui abattaient moins de 1000 bêtes par an (pour le gros bétail), et 150’000 bêtes par an (pour les volailles/lapins).

Pour le porte parole de l’association L214, cette nouvelle mesure, du fait de son hermétisme sur l’accès aux images pour des associations indépendantes, à défaut du grand public, serait de la poudre aux yeux destinée à faire croire aux Français qu’un changement radical aura été effectué, ce pour relancer la consommation de viande.

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/cameras-dans-les-abattoirs-l214-n-attend-pas-de-miracle_1868657.html

Références :

31 mars 2016 – Le Monde – Des responsables de protection animale dans les abattoirs, une solution contre la maltraitance ?
21 septembre 2016 – Service public – Abattage des animaux : la commission d’enquête parlementaire publie ses préconisations
12 janvier 2017 – Libération – Caméras dans les abattoirs : feu vert surprise de l’Assemblée
12 janvier 2017 – Assemblée Nationale – Compte rendu de la séance

Image : CC BY SA Joan Charmant

Marineland, manifestation, silence total de la presse

Voici une petite playlist, c’est la chaine zad partout téloche archives qui publie les films de sa manif du 20 novembre 2016. Bien entendu, cette manifestation est totalement ignorée par la presse, le but est de faire stopper la maltraitance animale dans ce parc aquatique, Marineland d’Antibes.

Les parcs aquatiques, on y emmène les enfants, on y prend plaisir à voir batifoler les gros poissons dressés, et on peut même aller croire (et faire croire aux gosses) que c’est le paradis pour ces animaux qui sont en fait en prison, maltraités, malgré l’amour (une forme d’amour spécial, avec domination incluse) que leur portent leurs dresseurs. On peut comprendre un peu mieux l’importance de ce combat en regardant le documentaire d’Arte appelé Blackfish (1) (hélas plus du tout visible sur le replay) et en transposant ça sur tous les parcs aquatiques.

(1) Blackfish partie 1Blackfish partie 2