Histoire de lune

Laissez-moi raconter une histoire inventée
Pour les soirs de montées fulgurantes et venteux,
Quand dehors il fait froid, qu’on est au coin du feu,
Qu’un désir sulfureux, prend les corps pleins d’effroi,

Quand les yeux dans les yeux, brillent au fil des minutes,
Que s’oublient les disputes, les projets orgueilleux,
Les envies de vengeance, et les haines éphémères,
Quand émergent des mers, des océans d’urgence,

Des engeances aux futurs incertains, l’aventure
S’écrit seule en secret dans un train aux voitures
Invisibles en silence, quand le destin s’y lance,
Quoi que fassent les solistes, quand tous les chœurs s’enlacent,

Qu’ils murmurent des notes qui s’élèvent et qui dansent,
S’entremêlent et mélangent des démons et des anges,
Quand les peaux frémissantes et brûlantes se changent
En forêts incendiées aux sensations sans noms,

Où les arbres en ont, des émotions sans dieux,
Où les cœurs amoureux oublient les religions,
Sentiments contagieux, fous dans l’excitation
D’un moment de passion, sans âge et sans région,

Quand l’esprit réagit, et quand l’âme est à jeun,
Que les « je » sont des « nous », qu’ils le savent déjà,
Que le jeu se dénoue, qu’il en devient barjot,
Qu’il emmène en voyage au centre de la Terre,

Qu’il déterre les nuages devenus locataires,
Et qu’ils nagent en nuées dans les airs médiateurs
Des pensées volatiles d’idées imaginaires,
Et de rêves inertes, qu’ont des êtres fragiles,

Laissez-moi raconter des histoires impossibles,
Qui deviennent la cible d’un mensonge éhonté,
Quand l’ennui prend le soir dans ses griffes acérées,
Sans cesser de serrer comme dans un pressoir,

Qu’il étouffe et décède sans pouvoir respirer,
Sans pouvoir espérer que le prédateur cède,
Qu’il concède à suspendre son étreinte assassine,
Qu’il reprenne racine, laisse l’air se répandre,

Dans ses poumons d’éther, où des milliers d’étoiles,
Naissent et meurent sur la toile, de son toit planétaire,
Mais c’est peine perdue, car déjà l’aube rose
Le remplace et se pose sur la sphère éperdue,

L’horizon se colore, en teintes indolores,
La rosée se dépose sur les fleurs, et alors
Sa mort est le début ou la continuité,
De ce cycle où nuitées s’enchaînent sans abus,

Aux journées éclairées qui ne m’inspirent pas,
La lune est mon repas, surtout quand elle est claire,
Et qu’elle m’hypnotise, de sa couleur dorée
Ou rouge mordorée, elle devient ma hantise.

Nuit noire

La fin est proche, le crépuscule obscur d’un virage approche, les mains dans les poches le jour je trouve tout moche, la nuit je m’écorche au son de quelques cloches atrocement écorchées à l’embrasure du porche d’un manoir en ruines dont le portail couine alors que des mains le tournent, je fouine dans quelques souvenirs épars et enfourne l’ergot de seigle dans le gouffre qui me sert de bouche, et enfonce l’aiguille au fond de mon bras terne et pousse le piston, courage fiston, la route est longue et il te reste une foule de pas à franchir, mets ta veste et sois preste, caresse la lune dans son pommeau de brume, allume la lumière de ta conscience et oublie la chance, écoute tes sens et danse au rythme binaire de l’opprobre lunaire, avale les sons atomiques de la musique au clair de l’alarme étoilée de ce ciel voilé.

Contraste de lune

J’ai deux faces qui s’effacent successivement puis se remplacent instantanément,
L’une est empreinte de souffrance, de désespérance et d’incandescence froide,
L’autre est vive, explosive, intensive, débordante de sentiments sans limite,
Et toutes les deux, elles s’alternent pensivement, passivement même,
Et parfois j’ai peur que l’une l’emporte sur l’autre, définitivement,
Alors je pars.
Je pars sur la lune dans un vaisseau construit avec des pièces d’imagination,
La lune, ma lune, car elle est à moi pendant quelques instants,
Quand je l’attrape dans ma main, elle devient mon jouet,
Quand je l’attrape dans mes mots, elle devient ma jouissance,
Et puis je la laisse, pour que d’autres puissent la posséder,
Pour que d’autres puissent puiser en elle de l’inspiration,
Pour que d’autres sentent ses effluves dans leur respiration,
La lune est infidèle, et c’est bien comme ça,
Aux confins du ciel, c’est pour tous qu’elle est là.
La lune est matricielle, c’est dans ses rêves à elle que je me promène,
Avec elle, la solitude n’existe pas, elle est une alternative existentielle,
Quand la vie ne me plaît pas, je pars avec elle.

Image : libre de droits – Coco Parisienne

Envolée

Un soir, que j’étais à moitié endormi à cuver mes amphets,
À croire que le monde entier m’avait jeté hors de la fête,
Allongé sur un lit, l’été, j’avais laissé la fenêtre ouverte,
J’ai entendu comme un bruit, alors j’ai lentement tourné la tête,
Et j’ai vu quelque chose.

Je me suis frotté les yeux, je me suis dit que j’hallucinais,
Ou que je dormais vraiment, c’était un rêve où se dessinait
Un être étrange, qui d’une douce lumière bleue illuminait,
L’ensemble de la pièce vide, espace que la noirceur dominait,
Il m’a tendu la main.

Puis il s’est exprimé, il a juste prononcé un mot : « Viens. »
Restant là sans bouger, et moi pétrifié, je ne faisais rien,
Je n’osais ni me lever ni respirer, et répondre, encore moins,
J’en étais à me demander si je devenais pas un peu zinzin,
Mais finalement, j’ai accepté.

On est partis par la fenêtre, on s’est comme qui dirait envolés,
Fonçant vers la lune, toute pleine, et dans un ciel voilé
Par des nuages cachant ce tableau normalement étoilé,
Qu’on a dépassé, on se rapprochait de l’astre illuminé,
Et on y est arrivé.

Elle était plus petite que je me l’imaginais, la lune,
Loin des images que j’avais déjà vues, pleine de dunes,
La lumière blanche provenait de pierres précieuses, chacune
Brillait intensément, il y en avait pour une fortune,
J’en ai ramassé une.

Mais à peine je l’ai tenue qu’elle est tombée en poussière,
Comme si sa place n’était que sur cette espèce de Terre,
Et qu’ailleurs, elle perdait toute forme et toute matière,
C’est alors que mon hôte me montra du doigt une rivière,
Qui coulait au loin.

Ce n’était pas de l’eau, mais c’était des émotions,
Elles dévalaient le lit de ce fleuve de passions,
Pleines de couleurs, allant dans toutes les directions,
Se heurtant parfois, dans de mystérieuses explosions,
Ça giclait de partout.

Mon esprit était si absorbé par ce spectacle, que je n’ai
Pas vu que l’ange de lumière qui m’accompagnait détenait
Le pouvoir d’attraper au vol les sentiments qui venaient
Du torrent, éclaboussant le vent et les spectateurs étonnés,
Autrement dit, nous.

Oui le vent, car sur ma lune, il y avait des bourrasques,
Et des habitants, dont la plupart portaient des masques,
Ils étaient habillés de bien étranges manières, fantasques,
De la musique arrivait, ainsi qu’une ambiance orgiaque,
Trop soudaine pour être honnête.

La lune était habitée, et j’en suis resté bouche bée,
Les yeux ronds, hagards, un peu perplexe j’ai enjambé
La rivière qui s’agitait, et je me suis désinhibé,
Cherchant mon ange des yeux, mais il s’était déguisé,
Et je ne le retrouvais plus.

Les notes sonnaient à mes oreilles, une mélodie extraterrestre,
Impossible de décrire cette merveille, qui se jouait sans un orchestre,
Je ne voyais pas d’instrument, ni mur de son, et le registre
Incidemment semblait sortir de l’avenir, inexplicablement,
Comme tout le reste.

Et je me suis éloigné seul, je voulais voir la face cachée,
De cette lune fascinante, sur laquelle j’avais flashé
Tellement de fois alors encore les pieds sur Terre et harnaché
À mon ego d’humain, mon corps, et ma tête et mon coeur haché,
Et là, l’impensable fut pensé.

Nulle glace, nul froid non plus, mais une cité gigantesque,
Avec des habitations sur plusieurs niveaux, des rues en arabesques,
Qui grouillaient de vie à outrance, et de scènes si romanesques,
J’eus envie de la visiter, d’entrer partout, enfin presque,
C’était le temps qui me manquait.

Ce déroulement irrémédiable, vieux résultat de l’expansion
De l’univers, de dieu, du diable aussi chez qui j’étais en pension,
Plusieurs années auparavant, il m’avait mis l’appréhension
Au fond de l’âme, un paravent dans les entrailles, et sa mission,
Un cercle vicieux incassable.

Je devenais vieux, je voyais des rides s’accumuler sur mes mains,
Je touchais mon visage, j’avais maigri, tout ça en un tournemain,
Je devais retourner à mon espace, quand bien même si commun,
Sans quoi j’allais mourir sur place, c’était en marche, et demain,
N’arriverait jamais.

Je me suis rendu compte, là, que je tenais à la vie, ma vie,
Comment revenir ? la panique s’inséra en moi, sans mon avis,
Avant de m’en aller d’en bas, mon âge était en vis-à-vis
Avec ce temps parfois lassant, mais qui passait à l’envi,
Lentement, il m’en restait.

J’ai passé quelques heures à errer, éclairé par le sol phosphorescent,
Et puis finalement, finalement je me suis réveillé. En sueur et convalescent,
J’étais en manque, malade comme un chien, avec le front incandescent,
Si quelqu’un m’avait vu, il m’aurait certainement trouvé indécent,
Je me suis soigné à ma façon.

Mais à partir de ce jour là, je n’ai plus vécu de la même manière,
C’est comme si s’était déroulée une histoire bien particulière,
Qui m’avait marquée, les conclusions grimpaient comme du lierre,
Gagnant lentement sur mon esprit, le transformant en poudrière,
La mèche et l’allumette en mains.

Image : libre de droits (josecab)

Alunissage

Au clair de la lune, mon amie la muse,
Toi qui t’amuses à briller par son absence,
Et me muselles par son inexistence,
Ma petite musique nourrit mon appétence
À m’user sans commune mesure, je mise
Sur la malchance, et m’isole à outrance,
Coule dans un marécage de misère,
Submergé par les lames de fond du désert,
Errant au gré du courant et du désir,
Sous l’embrun écœurant d’un vide amer,
De l’océan, affleurant ma mer tranquille,
Battant mes côtes amaigries, mes îles,
Mon corps où l’hiver s’éternise.

Ô clair de lune, imperceptible tant est sombre
La nuit, et dans l’ennui je sombre, seul,
Tous mes sens sont si peu satisfaits,
La suie semble sourdre, m’esseuler,
Je suis sourd dans ces quatre murs.
Où le vent s’immisce dans les rainures,
Me glaçant les cuisses, me transmettant
La chair de poule, ou de murène,
L’erreur arraisonne ma raison, sans reine,
Mon fou est mis échec et mat, bascule,
Et tombe, il se sent ridicule, mis à nu,
Dépossédé de tous les possibles, fané,
Fini, croulant sous les rochers, déchu.

Sous le clair de lune, s’immole ma passion,
Si j’avais pu j’aurais fait attention, mais…
J’avance désormais sans mission, saoul,
Abruti par la brutalité, alité et brisé,
La fatalité qui dure, purement m’astreint
Aux reproductions des cercles vicieux,
Ces révolutions qui n’ont de la révolte
Qu’un vague lien lointain, un rêve
Qui revient me hanter dès que la nuit
Intervient, un jour sans fin,
Qui n’a de diversité que la date,
Et mes délires dès lors divaguent,
Je ne vis que quand je dors.

Image : libre de droits – Jette55

Voyage intérieur

Elle rêve,
Assise sur un rocher, les yeux ouverts,
Les yeux au fond de l’horizon azur,
Noyés dans un lever de soleil,
L’étoile s’efface lentement derrière des nuages parsemés.

Elle s’envole,
Une petite musique au fond de son esprit,
Juste une mélodie, quelques notes,
Qui deviennent un concert joué rien que pour elle,
Portée par la musique, elle devient la partition.

Elle danse,
Sans bouger pourtant, elle danse au rythme du temps,
Les bras écartés, elle plane doucement, elle chevauche le vent,
Elle s’évade de son monde un instant, tournoyant,
Quelques secondes, dans les bras d’un partenaire sans visage.

Elle file,
Elle file au loin, elle vole par-delà l’océan,
Épouse l’horizon azur, puis monte haut dans le ciel,
Au-dessus de l’air, au-dessus des nuages, au-dessus,
Elle atteint la lune, elle ne brille que pour elle.

Elle se pose,
Les pas qu’elle fait lui semblent légers, tellement légers,
Elle respire la liberté, ses pieds font monter la poussière,
Lentement, et puis elle s’envole à nouveau,
Libre au fond de ses rêves, ils se dessinent autour d’elle.

Elle rêve,
Assise sur un cheval blanc, elle sent sa douce chevelure,
Son odeur, sa chaleur, son mouvement qui bat la mesure,
Elle sent son propre sourire, elle le sent sur son visage,
Déesse d’une heure, d’un royaume où elle retourne souvent,
Elle sent le souffle léger du vent.

Another poem

La lune ce soir me semble aussi profonde que tes yeux,
Elle me donne envie de me perdre en eux,
Les centaines de mystères que j’y vois
Sont résolus instantanément.

Quand je ferme les miens,
Je garde en mémoire la lueur de cet astre,
Et je crois voir nos deux âmes se mélanger,
Nous ne faisons plus qu’un,
Une douce lumière reste au loin.

Mes songes sont infinis,
Mon désir grandit,
Tu es au centre de ces rêveries,
Mon égérie.

Que dieu paraît petit,
Insignifiant,
Comparé à nous deux,
Et l’univers,
Un atome.

Tu peux vois ces histoires avec ton cœur,
Comme je les vois,
Ou les interpréter avec ta tête,
Mon âme sait que je te veux aussi belle que mes yeux transforment mon esprit,
Quand ils te regardent,
Car c’est toi qui m’inspires tous ces rêves,
Qui me fais respirer,
Et qui me pousses à avancer encore.

Prends ce bouquet de mots,
Ils sont pour toi,
Pure et nature,
C’est telle que je te vois.

Et pour moi jamais rien n’égalera ton visage,
Ni ton cœur,
Ni ta lumière,
Celle que tu me donnes,
Celle que tu me renvoies.

Oui pour moi,
Tu seras toujours,
Quoi qu’il arrive ou n’arrive pas,
Le souvenir d’une éternité sans mesure,
Impossible à imaginer,
Impossible pour qui n’est pas moi,
La puissance de mon désir pour toi,
Est telle celle de mille volcans.

Il est inutile de chercher à comprendre,
Puisque c’est impensable,
Et puis…
Comment saisir l’infini ?

Image : libre de droits – Ponciano

Luna

De deux choses lune, pleine ou en croissant
Satinée, sanguine, ou encore d’argent
Je rêve de la regarder avec toi
Pour pouvoir tourner la tête et m’apercevoir
Comme un mirage, que tu es là
Les nuits sans lune le ciel est vide
Et les nuages de mes pensées livides
Sont gris.

De trois choses lune, un instant ou une éternité
Ou le néant, rien, le vide à ne pas remplir
Je ne rêve pas, je n’existe pas
Sauf quand j’écris ces non sens
Encensés mais pas moins insipides
La vie et la mort flirtent comme la nuit et le jour
Tout se brise, tout se répare, et tout se brise à nouveau
Froidement…

De quatre choses lune, haute dans le ciel
La force, la confiance, la certitude, la volonté
La conscience d’être et de s’aimer
Sans prétention, saisir la beauté essentielle
Être plus qu’un amas d’atomes et de lumière
S’aimer soi-même donne les capacités premières
De créer, d’assimiler, de se comprendre,
Simplement…

Faire un avec l’univers,
De la plus petite particule à la plus grosse étoile,
Résider en soi,
Voyager dans sa tête plus loin que l’infini,
Vivre l’amour,
Ouvrir son cœur et ses bras et fermer ses yeux,
Être.

Dark side of the dream

Belle comme l’océan, froide comme du cristal,
Inconnue com’ le temps, brillante com’ du métal,
Viendras-tu donc à moi un jour ? J’en rêverais.
Tu serais alors mienne et je t’épouserais,
À l’envers, côté glace, surface mystérieuse,
Moi je veux y roder, elle est si ténébreuse,
Un tour sur ta peau blanche serait de la folie,
Jour de ma délivrance car tu es si jolie,
Et si j’étais chanceux je pourrais y prétendre,
Si j’étais astronaute, oui, je pourrais m’y rendre,
Oui, j’aimerais vraiment marcher sur tes rochers,
Quand la nuit je me prends à errer dans les prés
Est une envie ardente qui me parcours l’échine…
Celui qui m’aidera à quitter mes racines,
Là-bas, même sans air, même pour un instant,
Car je rêve de cela depuis ma nuit des temps,
Je lui donnerai tout jusqu’à vendre mon âme !
Me comprends-tu ma belle ? Tu es comme une femme.
Languis-toi de mon corps sur ton corps étalé,
De mon être, et encore, de ma vie éthérée,
Te parcourir ma douce serait un cher plaisir,
Rencontrer ta lumière, ma lune, c’est mon désir.

Image : libre de droits (Oscar Chavez)