Blabla du dimanche

Faire connaissance avec quelqu’un me prend beaucoup d’énergie. À chaque fois, je prends sur moi pour dévoiler les choses que (j’ai cru remarquer) les autres ne dévoilent pas en temps normal, à cause des mœurs. Je pense que ça s’appelle « être authentique ».

Les moyens de communication ont beaucoup évolués depuis vingt ans. Quand j’étais gosse, à part le minitel, y avait le téléphone, et c’est tout, comme moyens alternatifs pour communiquer, et de toutes façons je n’ai jamais connu les joies du 36 15 Blabla, et n’ai jamais été réellement à l’aise à parler dans un combiné téléphonique.

Lorsque j’ai vraiment découvert internet, en 2000, j’avais dépassé la majorité absolue, et ça a été une révélation, car (c’est une analyse rétroactive, à l’époque je n’en avais pas conscience du tout) étant hypersensible depuis toujours, la plupart des gens m’apparaissaient difficilement abordables de visu, à cause de leurs fausses personnalités, de leurs valeurs ou morales conventionnelles. Mal à l’aise en public, c’est ce que j’étais, alors lorsque j’ai pu commencer à discuter par l’entremise d’un ordinateur, je me suis senti bien d’office (quoique). Exit les gênes dues aux regards dérangeants que je ne comprenais pas, exit les silences pesants, mais surtout exit les émotions parasitaires des autres ressenties par moi-même, étant très réceptif, empathique, sans maîtriser correctement ce don. Exit les impressions de foutage de gueule quand mon interlocuteur identifiait cette réceptivité comme une vulnérabilité.

En grandissant, en devenant adulte, je me suis mis à me fabriquer des personnalités qui ne me ressemblaient pas du tout, pour me protéger, pour m’intégrer, pour arrêter d’être pris pour un con parce que je suis doux, voire gentil. Et j’ai mis très longtemps à m’en rendre compte cette réaction étant inconsciente, et donc autant de temps pour me débarrasser de ces habitudes stupides, attitudes anti-naturelles. Je suppose que ce travail n’est pas terminé, enfin qu’importe, l’essentiel étant d’arriver à vivre le plus souvent possible sans ces armures que j’estime inutiles et aliénantes. Seulement, en face de certaines personnes, que d’ailleurs pour beaucoup, j’apprécie, c’est très difficile. Aussi, si j’essaye pourtant de privilégier les discussions en face à face, je me sens toujours beaucoup plus à l’aise par écrit, via un ordinateur.

Image : libre de droits (Ady Satria Herzegovina)