Len

Au fin fond d’une nuit insomniaque, je rêvais,
Je somnolais dans mes pensées, je dérivais,
Et mon esprit perdu au fond de ma mémoire
Ardue est revenue me brandir notre histoire,
Me rappeler l’époque de nos jeunes années,
L’insouciance explosait dans des délires fanés,
Cette période lointaine, où j’ai vu ton visage,
Jamais je n’avais eu cette image, ce présage,
Celui de l’amertume, des regrets du passé,
Jamais je n’aurais su qu’un jour je me dirai :
Et si seulement j’avais simplement pu t’aimer,
Te rendre un peu de ce que tu m’avais donné,
Te donner un peu de ce que tu attendais…
Car dans mon égoïsme, moi je ne te voyais,
Non pas comme j’aurais dû, moi l’enfant torturé,
J’ai préféré te prendre, et lassé, te laisser
Partir au loin sans moi, sans même te retenir,
Sans même te regarder, sans même te voir souffrir,
Ma jeunesse m’étouffait, c’est ma stupidité
Qui tenait les commandes de ma tête atrophiée,
Pourtant tu as été la seule, peut-être bien
À ressentir pour moi ce sentiment que rien
Ne pourrait égaler, car toi, tu m’as aimé.
C’est seulement maintenant que je le vois clairement.
Puis tu m’as détesté, comment faire autrement ?

Si seulement j’avais pu te connaître à un autre
Moment de mon vécu, aujourd’hui je me vautre
Dans d’amers souvenirs, sans jamais parvenir
À m’endormir. Et toi, tu me voulais sans plus.
Je n’ai pas su saisir ma chance, dans un hiatus
Je n’ai pas su comprendre, réussir à t’aimer.
Et puis tout compte fait, ai-je vraiment essayé ?
Avec toi j’ai joué, j’ai perdu bêtement.
N’ai même pas mesuré l’erreur de mon jugement,
Et mon comportement bondit devant les yeux
Vingt ans après je vois qu’on aurait pu, à deux
S’aimer, grandir, avoir des enfants, une vie.
Tu m’aurais évité ces choses qui m’ont pourri :
Me donner à la came, me noyer dans l’alcool,
Chuter et rechuter, me mettre ces camisoles…

Ce qui est fait est fait, je ne peux réparer
Revenir en arrière et tout recommencer
Cette nuit, ce matin, le manque de sommeil
M’a fait me rappeler de toi, alors je veille.
Et la lucidité hurle dans un vacarme
Ces vains regrets amers qui font couler mes larmes.

À toi, Len

Dans la nuit

Une image me hante, quelle est-elle ?
T’es pas la nuit… Cette compagne.
Je la côtoie quotidien’ment.
T’es autre chose, au féminin.
Assez maligne, j’ai confondu
Ton odeur avec celle nocturne
De cette belle obscurité.
Est-ce la fatigue non rassasiée
Qui me ferait halluciner ?
Est-ce la folie inattendue
Qui sournoise se propag’rai ?
Ha ! Ça y est ! Je t’ai donc cernée,
Toi qui restait tapie dans l’ombre
Avant de mettre un déguis’ment
Et de venir me torturer.
Ça y est ma vieille ! Je t’ai grillée…
Je t’ai vu et identifiée.
Tu es la nostalgie salace
Teintée de tristesse dégueulasse
Agrémentée de désespoirs
Qui se brisent comme des miroirs
Des sentiments. Omniprésents.
Pensées insidieuses, tout au plus
Visant à me faire toucher terre.
Visant à détruire mon armure
Fraîche, elle se désagrège déjà.
Pas besoin de toi, tu vois ?
Je l’avais faite en plumes de geais,
Et avec elle, je m’envolais,
Sans difficulté je flottais,
Sur un nuage, hors de ma vie.
Et la nuit je l’apprivoisais.
La contrôlais, vivant mon rêve.
Puis tu es arrivée, en r’tard
Croyant bien faire en rappelant
En me mentant sournoisement,
Cette période pas oubliée.
Et tu fait tout pour que je cède,
Tu fais tout pour que je me perde.
C’est sans compter l’assiduité
La volonté intense et pure,
De te balayer sans pitié.
Une bague jetée fait un doigt nu.
Un symbole, au coeur un pincement.
Ce fil à ma patte je l’aimais
Représente une laisse portée,
Quasiment jamais retirée,
Un os jeté à un cynique.
J’y avais cru, oui j’y croyais…
Que malgré les épreuves complexes,
Jamais tu ne me saisirai.
Dans tes chaudes serres tu m’as blessé,
Moi qui pensais m’êtr’ libéré,
Ne suis-je toujours enchaîné ?
Ne suis-je entravé ? Gêné ?
Tu en profite pour me narguer,
Pour me nuire, pour m’écorcher.
Vivre avec toi est impossible.
Insupportable, presqu’ indicible.
Tu empêche mon corps de dormir.
En restant proche de mon esprit,
Guettant un premier messager :
Le premier moment de faiblesse
Pour t’insérer dur’ment en moi
Et tirer un grand coup la laisse.
J’ai décidé de te laisser.
De te chasser, de te souffler,
En laissant ma haine pénétrer.
C’est cette haine, ta prédatrice.
Elle t’absorbera, détruira
Ton essence. T’anéantira.
Elle te laiss’ra jamais tranquille.
Donc sors ! Barre toi ! J’te connais pas.
Et laisse moi retrouver la nuit.
La nuit, mon amour et ma haine
Ne forment qu’une seule entité
Parfois presque vivante, parfois
Figée, immobile, morte-née.

A moi-même et à tous ceux et celles à qui ça parlera.

Image (cc by nc) Angela Marie Henriette

Royaume des songes

Nuit
Tu m’interpelles…
Tu me nuis
M’amenuises
Me lamines
M’épuises
Me tords en tous sens
Mets mes sens au défi
Je me sens en démence
Atterré, au tapis.

Et je lutte contre toi
Chaque soir que je vis.
Chaque matin
Délivrance
Douce transe
Absence.

Chaque sortie de ta torpeur
Est plus lasse
Laisse des traces
Sur ma face
Qui les accumule
Inexorable.

Nuit
Tu es insatiable
Sans visage
Sans formes véritables
Sans vie
Une entité obsessionnelle
Que les noctambules aiment
Une notion très ordinaire
Presque médiocre.

Pourtant tu es belle,
Systématiquement.
Si tu pouvais me prendre
M’emporter dans mon royaume
Sans en dépendre
Comme ces fois passées.

Mais inique
Tu m’interdis ce monde
Celui des songes vivants
Des mille possibles
Celui dans lequel je vole
A volonté,
Ta porte m’est fermée.
Insomniaque.

Image (cc) Renzo Ferrante