Overdose

Qui es-tu ? Pourquoi viens-tu à moi ? Je n’ai aucun besoin de toi.
Voir quelqu’un mourir est-il si fascinant que ça ?
Pas pour moi, moi je le vis, alors ta curiosité morbide, garde-la.
C’est tellement imbécile d’en arriver là,
Mais faut me foutre la paix maintenant, j’euthanasie ma vie,
Que ce soit légal ou pas, je m’en moque, j’en ai le droit.
Je n’ai plus la force de me mettre en colère,
Ni même de me foutre en l’air,
Ça fait bien longtemps déjà.
Alors si c’est ça, va, t’inquiète pas.
Ma façon à moi de faire ça, elle est plus progressive,
Mais tout aussi efficace et active.
J’ai le pouvoir d’atteindre l’extase avant le noir,
Ce noir total et définitif que j’ai vu parfois,
En descente dans les catacombes de Paris,
Lorsque déjà, malade et incompris,
Je me laissais distancer par les autres,
Et j’éteignais ma lampe, mauvais apôtre,
M’asseyais sur une pierre de calcaire,
Et en silence, je terminais ma bière,
Les yeux ouverts.
Le cœur écorché, tellement saigné,
Que ça m’en rendait mauvais.

Image : CC BY SA Hugo Clément

Choc anaphylactique

J’ai fait une poussière, j’ai poussé hier la porte de la mort,
Allongé, tremblant, suant et pleurant, j’ai fait une prière,
J’ai demandé à la Terre de me reprendre, redevenir poussière,
Encore une fois, elle est restée impassible devant moi,
Et tout d’un coup…
Elle s’est marrée, m’a fait comprendre qu’elle ne voulait pas de moi.
Pointant du doigt ce chemin que j’avais fait pour arriver devant elle,
Alors j’ai baissé la tête et j’ai fait demi-tour,
Je suis reparti dans mes cauchemars,
Ceux où je vois une période de mon passé.
C’est paradoxal, car dans ces moments j’étais heureux, souriant,
À mes côtés, un être vivant que je croyais sincère, aimant,
Aidant, empathique, mais j’ai trop tiré sur le fil électrique,
Je l’ai débranché, et le décor s’est éteint soudainement,
Je me suis retrouvé dans le noir, avec juste le souvenir,
Douloureux, de cette connexion perdue.

Image : libre de droits – Sam Metsfan

Transfusion de désespoir

Vidé par le néant, l’absolu m’apparaît si insignifiant,
Incomplet, je perds le goût de tout ce qui me plaît,
En secret, j’espère qu’il y aura un décret qui me sera fatal,
Mais les bulles d’air, on s’y habitue, elles ne tuent que les pétales,
Le cœur de la fleur reste, l’ensemble est fané et c’est laid.
Autour de moi, je ne vois que des fleurs fanées,
Mais certaines se prennent carrément pour des bouquets,
Sauf qu’elles sont rien de plus que ce qu’elles sont, elles ont
L’énergie vidée, tout comme la mienne,
Elles ont l’incapacité temporaire
De se régénérer.

Le sacrifice m’étonne, n’intéresse personne, il sonne faux,
Mes dents qui traînent sur le plancher laissent des traces,
Usent ma patience, je repense à toutes ces fleurs fanées et rances,
J’ai plus l’envie, et il est tard, trop tard, beaucoup trop tard,
J’avais une chance, je l’ai perdue un soir, et certains autres soirs,
Je passe en revue toutes les substitutions que j’ai eues,
Je déteste vraiment ces périodes, ces moments de vide,
Mais vite, il faut que je trouve une putain d’alternative,
Un trip suffisamment puissant, un shoot déchirant,
Qui me transforme tellement qu’il me fera oublier tout,
Définitivement.
À moins de cesser de vivre, ma petite vie est ivre d’inconsistance,
Je me suis insuffisant, je me sens mourir lentement,
C’est trop lent.

Ode à la mort

Trop de mauvais souvenirs trop de sales aventures,
Trop de fois trop déçu des dizaines de blessures,
Mais il y en a eu une qui fut mon héroïne,
Pas du tout féminine, amazone assassine.
Le corps droit comme un I, électrique, une anguille,
Elle m’a blessé aussi, percé de son aiguille,
Tout comme une libellule avec son aiguillon,
Qui flâne autour de moi m’a piqué des millions
De fois et elle revient, le fantôme d’un lion,
Comme un tourbillon froid, une malédiction,
Comme un loup décharné, prédateur affamé,
Comme une voie muette, ou une fleur fanée,
Elle sème ses gouttes, épaisses et rouges, sans âge
Sur ma putain de route accidentée, mes pages,
Les salit de son encre aux globules morts, inertes,
Elle refroidit mon corps, elle est glaciale certes,
Mais elle n’a jamais tant trahi ma confiance
Autant que toutes ces aventures d’errance
Que furent celles qui furent mes reines, mes Déesses
Mes amers souvenirs, tous ces échecs et mat
M’enfermant dans leurs toiles m’attribuant leurs paresses
Me vidant goutte à goutte et jouant de leurs pattes
Avec mon corps meurtri sanguinaires animales.
Elle, au moins est ici, à mes côtés ses pales
Me labourent les poignets mais l’abandon n’y est
Jamais intervenu, pas partie et sa rage,
Elle, est toujours restée, pas la peine de nier
Et je l’ai dans la peau, ce n’est pas une image,
C’est sous mon épiderme que sa folie présage
Encore des années à partager son vin.
Mon destin est tracé, je la prends dans mes mains,
Je dessine sur mon corps d’improbables tatouages
En scarifications, en peintures de folie,
Indélébiles options, lentement me spolient,
Me font croire aux faux anges, ces losanges étrangers
M’éliminent à l’envie m’entourant de danger.
La voie que j’ai choisie est sans voix, sans issue,
Et les murs rétrécissent, ses six traits, ces sangsues
Sont si près maintenant, je sens se rapprocher
L’heure d’une mort vivante pâle comme de la craie,
Une silhouette dont les formes voluptueuses trompent
Ma vision qui flouée, est attirée, m’effraie.
Je plonge dans ce vide, laissant mon âme au frais.

Cercle vicieux

Une vieille gueuse émoussée, dans une vieille veine usée
S’enfonce enflammée comme un paquet d’uranium qu’on envoie dans le soleil,
Rien ne semble pouvoir l’arrêter, même pas l’absence totale d’éruption
Même pas le réveil, mais ce n’est pas un rêve.
Et l’absence d’amour me rend cynique.
Tant et tellement que je continue à m’enfoncer
Dans ce putain de cycle de panique
Qui se reproduit encore et encore et encore et toujours
À l’infini, et j’en ai bien l’impression
Jusqu’à ce que j’en crève…

Image : CC BY SA – Franck Louchet

Insuline

Le poison s’échappe,
Passe à la trappe,
Et la mort est comme un rhume qui s’attrape,
Une figurante fulgurante,
Elle file,
Suit le fil,
Full of blood,
Dévide ses entrailles entre les rails,
Et trace,
S’arrache les yeux,
Se taquine en soins crasses,
S’effiloche et s’étiole en fins lambeaux,
Ou se cache,
Lâche,
Le sang tache le plancher…

Image : libre de droits (Iggy7117)

Danse avec les seringues

L’extase.
Une petite mort, un orgasme
Un désir aussi fort que vital
L’oubli radical de l’amour et de l’âme
L’absence recherchée, primale

Mes veines sont des autoroutes
Sur lesquelles voguent les seringues
Avec elles au moins, pas de doute.
J’ai la rage en moi. Une rage de dingue.

Me faites pas chier, ma haine m’envahit
Vos putains de jugements je m’en carre
Et je continuerai à m’envoler ici
Les pompes soudées au sol, j’tiens bon la barre

Mes yeux se froncent,
La colère assassine
Le rêve se casse comme du verre
Ma trêve est finie

L’alcool n’est pas une héroïne
Même pas mort, finesse crasse
Pavot et coquelicot
et merde

Image : (cc by) Zach Dischner