En regardant le plafond

Accepter la critique n’implique pas de dire amen à tout. Y a des manières de s’exprimer pour faire comprendre les choses. Alors quand je fais face à quelqu’un qui choisit sciemment de ne pas prendre de gants, qui juge qu’il est trop pressé pour étayer son propos, ou simplement qui pense qu’il faut enfoncer le couteau déjà planté pour que je me rende compte que ce couteau est là, au lieu de tenter de le retirer avec délicatesse, je me ferme. Je n’ai pas de leçon à donner et je n’en ai pas à recevoir. Cela dit je suis toujours disposé à discuter.

Parfois, donc, on doit faire face à quelqu’un qui pense avoir cerné un des freins qui nous empêche d’avancer, et qui décide de faire preuve de cynisme et de cruauté pour le faire remarquer. C’est toujours difficile de savoir réagir dans ce genre de cas. L’humilité fait son chemin, et chacun est à un niveau qui lui est propre en la matière. Reste à savoir qu’on devrait accepter chacun avec tous ses défauts, mais que dans ce cas il faut que ça aille dans les deux sens. Si ça ne va que dans un seul sens, y a un petit souci quelque part, une couille dans le potage comme disait feu une personne qui m’était chère, une coquille dans le scénario comme disait une autre qui ne m’est pas chère mais qui avait le mérite de savoir faire des analogies pertinentes.

On cherche à s’entourer de personnes qui nous ressemblent, et même si on ne le cherche pas, c’est quelque chose qui a tendance à se faire tout seul. Mais lorsque personne ne nous ressemble, on peut se retrouver tout seul. Les gens trop atypiques sont donc des solitaires. Sauf qu’aujourd’hui, avec la possibilité d’élargir son cercle de fréquentations sans que les kilomètres soient une contrainte, grâce aux réseaux sociaux notamment, il se trouve qu’une personne trop atypique peut trouver des personnes qui lui ressemblent. Car vu la diversité du monde, on a forcément des alter ego même s’ils ne se trouvent pas parmi les voisins. Et donc, ceux et celles qui restent solitaires choisissent de le faire, de se fermer à ces réseaux sur lesquels ils trouveraient des personnes semblables.

Le mépris comme habitude

Beaucoup de personnes confondent indifférence et mépris. Pourtant, ce sont deux choses radicalement différentes. L’une n’empêche pas l’autre, mais bien souvent si on dit à quelqu’un qui semble faire preuve d’indifférence que son indifférence comporte une dose de mépris, il refusera l’idée. Alors que particulièrement de nos jours, où les ego sont de plus en plus démesurés, c’est souvent le cas. Une chose qui n’est pas nouvelle, mais qui selon moi empire, c’est que nous vivons dans un monde d’aveugles. Mais ce qui est énervant, c’est que la plupart des aveugles croient qu’ils voient clair, et même une énorme partie croient qu’ils voient plus clair que les autres. En croyant cela ils annihilent la possibilité de voir un jour plus clair. La vérité est à géométrie variable, selon les individus, et énormément de ces individus croient dur comme fer détenir la vérité, et que cette vérité est globale. Ils s’enferment donc tout seuls à l’intérieur d’un carcan, et tant qu’ils n’en sortiront pas, ils ne verront l’ensemble des choses que via un seul vecteur : le leur.

La vérité sur toute chose est toujours différente selon l’individu qui pense. Pour autant qu’il pense. On a tendance à ne voir les choses que de notre angle de vue, et se mettre à un autre angle de vue est bénéfique, puisque ça apporte un autre point de vue. C’est le principe de se mettre à la place de quelqu’un. Chercher à comprendre l’autre implique de faire cela. Mais il y a beaucoup de détails que l’on ne peut pas comprendre chez l’autre même si on veut se mettre à sa place, puisque cet autre vit, à vécu, des choses très différentes, et que tant qu’on n’a pas vécu ces mêmes choses, on ne peut que les envisager sous un point de vue théorique. Les expériences de la vie sont le résultat de situations plus ou moins longues, et des fois très longues, et sans ces expériences, on ne peut que s’imaginer ce que vivent les autres. Les conclusions qu’on peut tirer de ces tentatives de visions via son imagination, peuvent être, sont souvent erronées. On ne devrait donc pas tirer ces conclusions, conclure comme dit Krishnamurti, c’est cesser d’être intelligent, et cette affirmation est sans aucun doute brutale, peut choquer au point de se fermer, mais pourtant, elle est logique. Lorsqu’on conclue, on boucle une pensée. On la limite à cette conclusion et on arrête d’y réfléchir. Et on peut constamment faire avancer une pensée. C’est aliénant de tirer des conclusions définitives. À la limite on peut poser des hypothèses, plusieurs, et partir de ces hypothèses pour tenter de comprendre. Encore eut-il fallut vouloir le faire.

La cruauté, l’électrochoc

Être cruel lorsqu’on veut faire comprendre quelque chose à quelqu’un, à propos de lui, de sa vie, de ses freins, peut fonctionner. À condition que cette personne réfléchisse à ce qu’on lui dit. Sauf que la plupart du temps, cette méthode ne fonctionne pas car elle ferme l’autre. C’est rare que ça lui fasse comme un électrochoc, qu’il se retrouve face à lui-même bouche bée, qu’il vive l’éclair de lucidité qu’on a souhaité lui provoquer en faisant cela. Et quand ça arrive, c’est souvent involontaire, indirect. Par exemple, lorsque quelqu’un s’adresse à un public large en utilisant des formules choc, il peut y avoir dans le public une ou plusieurs (selon la largeur de ce public) petites exceptions qui vivront cela, et ce sera accidentel. Ça n’arrivera pas à tous les coups. Alors lorsqu’on souhaite convaincre il vaudrait mieux bien choisir ses mots, y réfléchir avant. Lorsqu’on parle pour soi, on peut s’en moquer, et là justement, on peut provoquer l’électrochoc chez l’autre, accidentellement.

Je précise que tout ce que je viens de dire reste encore une fois spéculatif.

Démasquage et démarquage

Je suis du genre à ne pas sourciller si on s’en prend à moi, à me foutre – mais alors royalement – des railleries des petits rois et de leurs cours remplies de cons. Je suis du genre à me substituer aux opprimés, préférant qu’on s’en prenne à moi plutôt qu’à mes pairs, les gens que j’aime sont pour moi sacrés, et je manipule les abrutis, crève leurs bulles, faisant croire à des fous qu’ils gagnent, tandis que je meurs de rire à petits feux, oui ces situations m’achèvent, moi le situationniste anarchiste, je n’ai aucune liste et si je suis l’ennemi de quelques uns, moi je n’en ai aucun. Les guerres minuscules n’existent guère que dans les têtes aux allures bourgeoises d’une demi-douzaine de fantassins qui reculent, ces soldats ou guignols en mocassins, chasseurs de mouches et de moulins à vent, à l’image de celui qu’ils brassent à longueur de temps. Entre illusionniste et magicien il y a un précipice, l’un serait mieux en hospice à consulter des praticiens, l’autre n’a pas besoin de prouver sa valeur, musicien propice toujours à l’heure, jonglant avec les notes, provoquant la pâleur de l’assistance médusée. Un bel ange bienfaisant n’a aucune raison de se mettre en avant, ce n’est pas un savant courant après des prix Nobel, et s’il affiche ses exploits ce n’est rien qu’un charlatan. Si moi, je n’ai pas de leçon à donner, je n’en ai pas à recevoir, rien ne me fera abandonner mes convictions ni m’abonner à des valeurs factices qui font émouvoir les aveugles aux aguets de la moindre fragilité pour la souligner, envieux sûrement du reste, vu qu’ils ne peuvent pas voir. Les chasseurs d’ivoire prêts à détruire des espèces ne peuvent que décevoir, et devraient remettre leurs bavoirs afin de pouvoir garder propre leur conscience, et s’ils pouvaient cesser de déblatérer leur science, ces pédants prolixes, aidants seulement par intérêt quand il y a des rixes, mais restants fixes et inactifs le reste du temps, ces mesquins qui ne connaissent qu’un vague relent du mot altruisme, ils rendraient service à l’humain. Leurs entreprises leur ressemblent, leurs méthodes reprises de périodes sombres de l’Histoire les assemblent à des êtres impuissants au talent médiocre.

Image : libre de droits – Unsplash

Poème à sketches

Sketch #1

Certains textes ne peuvent être écrits qu’à la main,
Ils ne sont que les courbes d’un très long chemin,
Des descriptions étranges qu’on ne comprendra pas,
Sauf en ouvrant la porte aux semences de folie,
Qui ont frappées trois fois, qui ont fait s’affoler,
Le cœur dans la froidure d’un sentiment connu.

Sketch #2

Une absence, un sentiment de vide,
Insensé, comme un visage livide,
Censé trépasser, l’heure approche,
Des années ont passé, sonnent les cloches,
Funérailles d’une époque révolue…

Sketch #3

Courir, toujours courir, s’enfuir, revenir, repartir,
Quand est-ce qu’on se repose dans tout ça ? Plus tard.
L’envolée est une visée pragmatique, si si…
Regarde le ciel, tu comprendras.

Sketch #4

C’est la série des sourires sous-vide,
Rassurez-vous, elle se sera vite désintégrée
Telle un sortilège qui s’évapore passivement.
Ce ne sont que des bribes choisies
Tranchées finement dans un esprit,
Qui retournera prochainement dans son tiroir,
Peut-être demain… Ou après-demain,
Et dès lors mes mains maintiendront
Qu’elles n’ont jamais existé,
Mentant éhontément, sans mérite.
Et ça n’aura été qu’un court instant
Sous un vent léger…
Juste une seconde humble de création,
De plaisir momentané, partagé…
Aux desseins mitigés.

Sketch #5

Il y a des rêves, pluriels,
Mais il n’y a qu’une seule réalité, singulière.
Des yeux peuvent voir l’univers,
Quand ils sont fermés.
Ils ne voient souvent rien,
Quand ils s’ouvrent.
L’illusion virtuelle d’une existence assise,
Reste en deux dimensions.