Apo-Calypso

La Terre tremble, la Terre s’ouvre, la Terre vomit
Des morceaux de magma s’écrasent mollement sur l’Homme,
Les maisons s’écroulent, les forêts crament, les gens crient,
Et moi je ris, ils ont tous peur de la mort, ces pantins désarticulés,
Ils fondent, ils hurlent, feu sur leurs valeurs factices, sur leurs idées,
Et sur leurs corps habillés des marques qui fusionnent un instant
Avec leurs peaux, puis qui disparaissent comme les existences de ces êtres faux.
On les avait prévenus, mais imbus d’eux-mêmes ils ont préféré continuer,
De consommer sans arrêt, le total au carré, carrément, tous en rond,
Ces milliers d’ego, qu’ils crèvent, ils ont tué l’amour et en ont fait
Un néologisme, une définition illogique, ils consomment aussi les autres,
Prenant des amants et crachant sur leurs sentiments, salissant les cœurs,
Compliquant les rapports, pratiquant la psychologie inversée,
Si tu l’aimes, il te jette, si tu t’en désintéresses, il se teste et te cherche,
Ils me dégoûtent, moi l’adepte de la simplicité, déjà mort, juste un peu vivant,
Prisonnier d’une île, esclave d’une idylle sous le joug de déesses égoïstes.

Image : libre de droits – Herbert James Draper (Île de Calypso)

Rencontre avec le diable

Le monde est une sphère en trois dimensions, parfaitement lisse, sur laquelle les plans de chacune de nos vies sont posés, et lui mettent du relief, des montagnes et des océans, des plaines et des rocheuses, ce sont tous les moments de nos existences conjuguées. Quelquefois ces plans parallèles à la sphère originelle, se croisent, se touchent, s’éloignent, se recroisent, mais certaines de nos vies sont tellement hautes, et d’autres sont tellement basses, que jamais, au grand jamais, elles ne seront en contact. Toutes nos émotions ajoutent des couleurs pâles et ponctuelles à la bulle, et nos sentiments, des couleurs vives et étendues. Et tout ça se mélange dans un grand silence, juste brisé de temps en temps par des cris, l’amour et la haine hurlent à la lune, éloignée, rarement visitée. La lune, par ailleurs, tourne autour de la sphère supportant toutes nos vies, nos émotions et nos sentiments. Elle abrite nos âmes qui regardent passivement ce spectacle, qui entendent parfois ces cris d’amour et de haine, et qui versent quelques larmes quand l’existence qui leur est attribuée souffre trop. Si on observe bien le tout de plus loin, on peut discerner des anges qui descendent et remontent, rarement, ils relèvent les plans de certaines existences qui sont descendus trop bas. Mais si on observe mieux encore, on peut apercevoir aussi des démons aux apparences diverses, eux tirent des existences vers le bas. Le spectacle de ce Tout est en soi d’une beauté indicible, et tous les adjectifs que je pourrais utiliser pour la qualifier seraient des euphémismes. Ce spectacle est inaccessible aux êtres concrets, mais pas à l’imaginaire. Essayer de le voir et réussir, c’est comme de rencontrer Dieu.

Voici l’Homme

Jeux d’enfant adultère, et le temps est figé,
Eveil au beau milieu de la nuit glabre.
Venues de folles chimères, et statues érigées,
Echec et balle au centre de l’admirable.
Ulcéré par l’acier, S je suis fiché,
X je suis classé, A pour anarchie,
Qu’elle apparaisse au palmarès des utopies.
Utopia c’est ici, c’est le nom de ce monde,
Il est né d’un non, dans ces années immondes,
Théorique au départ il en est devenu
Théologique, et nous sommes tous parvenus
En terra incognita, mais persona non grata
Réalisant le malaise, l’homme s’acclimata
Mélangeant s’adapter et souffler sur les braises,
Egotrip passionnant, tous installés à l’aise,
Sur des chaises de bureau, ressentant, ecce homo.
En sens unique éros, évitant les gros mots,
Moquant la moindre démonstration d’amour public
On tape sur des tambours, et ce jusqu’au déclic,
Trois fusibles ont pété dans mon cerveau en plastique,
Il est en vacances le mec de la maintenance,
On doit tout faire nous même, pas de chance,
Nous partons dans la nuit et sans éclairage
Saboter nos vies, les réparer, ou y faire le ménage.

Grandeur d’âme

L’ego est appelé à disparaître, le mental est crédule et l’émotion ment,
L’Homme est jeune pourtant, mais il se sent supérieur et croit trop à ses mots,
Sa haine est son moteur pour tout, son jugement est mis en haut d’un mât,
La discrimination d’autrui le fait avancer, et des déguisements sont mis,
L’ostracisme est maintenant une coutume, et les doigts pointent l’ennemi,
Il est tellement plus facile de savoir qui haïr, ça favorise tant l’anonymat,
Les groupes se forment et désignent lesquels seront considérés comme anormaux,
Ils le décident avec une conscience animale, et c’est là leur ralliement,
Aveugles ils sont, aveugles ils restent, ce sont les procureurs de demain,
Comme leur justice et son épée, la barbarie silencieuse est sur leur chemin,
Ils pleurent la Terre malade mais sont aussi responsables de son agonie,
Jamais de remise en question, excepté concernant toutes leurs petites luttes,
Dont l’ego, toujours l’ego, est au centre de leurs préoccupations prosélytes,
L’Homme est un loup pour l’Homme, mais le loup, lui, sait vivre en meute,
L’esprit pour l’Homme est un fantôme, et l’Homme se rit bien des mythes,
Le déséquilibre de son être n’est plus à prouver, et lentement il mute,
Il rétrograde vers un niveau de conscience négatif, il devient un automate,
Il a tout pour tout comprendre, des livres non lus, il préfère les miettes
De son cerveau qu’il ramasse à la petite cuillère, en finissant son assiette
Que Mac Donald’s a rempli, que Coca Cola aide à faire passer, spartiate,
Aidé de Monsanto qui fournit les graines, bardé de plans qu’il commandite,
Jugeant et juché sur ses grands chevaux, l’Homme te regarde de haut,
Le devant de sa porte est dégueulasse, mais il parle de balayer la tienne,
L’Homme est le pire des vivants, il est mort-né, condamné à la benne,
Ses ordures sont étalées et rendent les sols stériles, mais qu’à cela ne tienne,
C’est chez le voisin qu’il les déverse, et il les déverse en milliers de tonnes,
L’argent et l’or n’ont aucune valeur réelle, pourtant lui, il leur en donne,
Il leur en donne beaucoup plus qu’il n’en donne aux autres hommes,
Son cynisme et son mépris pour la sensibilité est une des raisons de sa perte,
À toujours se montrer dur et résistant, à toujours fermer sa pauvre porte,
Aux différences qui sont la vraie richesse, à vouloir surmeubler son appart,
À viser un confort démesuré il s’enfonce dans son gros canapé léthargique,
Il fusionne avec ses vices, qu’il visse bien solidement à sa nuque,
Et s’enterre tout seul en riant bien fort, pour qu’on l’entende, cet eunuque.

Image : libre de droits (geralt)

Tas d’ailes

Non ! Je ne parlerai pas d’ailes !
Les ailes c’est fait pour les piafs…
Et moi, j’aime pas les piafs !
Sauf peut-être Edith… Piaf.
J’aime pas les piafs, je suis jaloux
Ils peuvent voler ces saletés,
Et moi je suis carrément scotché,
Obligé de m’inventer une seconde réalité
Pour espérer un jour décoller de la Terre
Cette vieille planète où les pays sont en guerre,
Où les maisons sont des prisons,
Cette boule bleue où le plus con est applaudi,
Cette sphère verte imparfaite
Qui sans l’humain serait si belle.
J’ai pas envie de raconter la beauté,
J’ai jamais eu envie de travailler,
J’ai toujours eu envie de trouver l’extase
Dans tout, et rien, partout, ici, ailleurs.
Et le temps passe le bougre ! Il est espiègle…
Il nous ride tous, blanchit nos cheveux,
Certains le cachent via la teinture
Certains n’ont pas besoin de ça
Et puis y a ceux qui trouvent pas
Un peu victimes de leurs passés,
Ils cherchent, encore, et putain ! Ça fait chier !
Ils tournent en rond, en huit, en carré…
Mais ils tournent, emmenés par leurs pieds.
Les réponses affluent et se mélangent,
Devenant incompréhensibles, inaudibles,
À la fin c’est un charabia de syllabes
Comme un puzzle de dix-mille pièces
Une espèce de paysage de désert plat,
Impossible à faire, une vie ne suffit pas.
Et plus le temps passe, plus les pièces manquent,
Moins la chance de finir en beauté est là.
Et comme toute beauté est relative,
Ils cherchent mais ils ne trouvent pas.
Les jugements sont impassibles, froids,
Croient, croient, les corbeaux sont là…
« Balaye devant ta porte ! » a dit le chat.
« Mets tout chez le voisin ! » a-t-il ajouté.
Et pour finir, il est parti la queue en l’air
Déchiqueter les piafs sur les toits.
On peut, on peut pas, on se dit que… c’est comme ça.
Ou on ne se dit rien, rien du tout et voilà.
Quand on voit un copain déjanter, on se demande,
On ne lui demande pas. On croit, croit, croit.
Ou on s’en fout, après tout c’est pas nous.
Chienne de vie, heureusement que l’humour est là…
Allez bisou… Je me casse de là.
J’ai des choses à faire, par ci par là.

Dans un monde inerte

Nous ne sommes que des fous exprimant nos douleurs,
Nous ne sommes que des singes évolués, des râleurs,
Nous n’avons rien du tout, nous repassons nos heures,
Par-delà les forêts, les océans de pleurs.
Nous ne possédons rien, tout n’est qu’infime erreur,
Et nous nous cultivons sans comprendre les cœurs
De nos semblables aimés, mais surtout désirés,
De nos désirs hurlant, nos rêves atrophiés,
« On » se cache dans les bois, « on » écrit des mots glabres,
« On » grave des mots clés, sur les troncs des grands arbres,
« On » torture très bien, la culture est salace,
Tout ça pour faire savoir à ce monde dégueulasse
Qu’ « on » s’aime pour la vie, mais la vie n’a qu’un temps
Qu’ « on » sème à l’envie des phrases, « on » est content.
Et « on » s’embrasse encore, très langoureusement,
« On » ne pense qu’à « on », « on » est un(e) égoïste.
Et « on » se reproduit, créant des égoïstes,
Qui iront tôt graver d’autres mots sur les troncs,
Pour ensuite pleurer quand la séparation
Viendra de sa cisaille découper l’être unique
En deux parties distinctes qui saigneront, iniques,
Qui sur elles cracheront tous ces grands mots cyniques,
Qu’ « on » entend se moquer, dans des échos qui claquent
Que l’« on » entend parfois le soir dans des cloaques
Dans des appartements lugubres, même insalubres
Aux bas desquels souvent, des pauvres êtres hélas
Vendent au plus offrant, leurs charmes, mais le temps passe
Les ridant lentement et fanant leurs beautés
Qu’ils eurent un instant, quand jeunesse habitée
Explosait aux yeux morts des marins esseulés
Ou des pervers encore occupés à violer
D’autres êtres, ou des fous, ou des îles désertes
En hissant sur un mât cette culture inerte
Celle du viol, celle-là même, qui par le vil commerce
Se perpétue et croît, dans les soirées nous berce
De ses pauvres chansons, «  on » croit qu’elle est normale
Et l’Homme à l’unisson hurle qu’il a raison
De toujours écouter la culture du mâle
Paternalisme lourd, putride et tous les cons
De concert la suivent, dans la violence se perdent.

Image : libre de droits (Muirhead Bone – 1918)

Harmoniques

Une nuit noire et blanche dans les profondeurs sombres
d’un internet perdu aux allures bleues et calmes
deux êtres qui se croisent, deux personnes, deux âmes
deux petites solitudes, deux coeurs, une paire d’ombres.

Rien ne présageait la rencontre de ces fleurs
dans les méandres immenses d’un monde virtuel
un monde tell’ment grand, où maintes hirondelles
virevoltent au hasard pour occuper leurs heures.

Mais le monde est petit, le dicton le dit bien
et seules les montagnes ne se rencontrent pas,
il n’y a que les Dieux habillés de leurs draps
qui restent isolés dans les vapeurs des vins.

Au-dessus des nuages, sous la voûte céleste
la terre est composée de matières étonnantes
c’est l’eau, c’est la poussière, la mer, la pluie qui chante
c’est l’herbe et les rochers, c’est l’Homme qui proteste…

L’Homme, un être indigeste, un animal conscient
qui se nourrit des guerres, mais qui sait pourtant bien
aimer et conjuguer ce verbe et son destin
qui sait la rhétorique, entité magnifique.

Et quand deux de ces choses, deux humains imparfaits
se croisent ici bas, le tonnerre peut sonner
la lune peut se lever, le soleil peut briller…
et l’amitié peut naître d’une parole ou d’un souhait.

Pour Isabelle & Danielle

Image : libre de droits (Randnotizen)

50 nuances de merde

L’univers a décidé d’être solitaire
De toute façon, il n’avait pas de vie sociale
Il est passé par quelques stades, s’est bien foutu à l’envers
Puis a nié sa partie héritée des humains trop sales
Il a joué avec la classe foireuse de ses états d’âme
Il a ignoré sa dualité masculin/féminin,
S’est masturbé et s’en est foutu plein les mains,
S’est essuyé dans le voile étoilé d’une flamme
Est parti sans attendre, crachant au passage sur le Cygne et le Chien, un clope au bec.

Attention vieille branche, tu mets le pied dans un trou noir
Tu vas tomber de haut, disparaître à jamais
Sans rien laisser à ces connards de métèques
Qui se croient supérieurs à leurs semblables dérisoires
Qui squattent une minuscule Terre au taquet
Qui sans y penser l’exploitent et y défèquent
Y vomissent leurs vanités et leurs gloires.

En fait finalement, vas-y…
Tu peux y aller, mets cartes sur table
N’hésite pas à tous les dézinguer
Ce ne sont que des merdes, des petites merdes affables
Qui se phagocytent avec une joie non dissimulée,
Puis qui culpabilisent, s’arrêtent un instant, pleurent
Des larmes de crocodiles, s’embrassent
Des bisous de chat(te)s, s’indignent
Mais uniquement quand Hessel le suggère
Ils ont besoin d’un guide, un genre de Führer
Une merde ou un diamant, l’un dans l’autre c’est la même,
Quand les stéréotypes jouent leurs petites musiques
Et que les plus cons des plus cons l’écoutent et la suivent
Ce sont des moutons, et Panurge est un petit roi
Pantagruel sordide rit au rythme des drogues
Salées, acides, amères, sauvages ou léthargiques.
Furibardes, lancinantes, clouées au sol bitume
Caracole et décolle pour oublier le vin
Et les pétards éteints des cadavres graveleux.

Alors vas-y mon vieux, ton grand âge te monte
Sur une chaire grotesque, de ces valeurs humaines
Quand dans le sable l’autruche va chercher la lumière
Le prédateur la bouffe commençant par le cul
La bouteille n’est pas vide, elle pleut encore ses larmes
Ses sanglots colorés, aux goûts de pourriture,
L’homme imite l’animal et se roule dans la fange
Et les cochons se marrent, entre les poils pubiens des anges..

Image : libre de droits – 1899441

Ode à un amour

Humanité, tu me fais gerber
des milliards de cons assis sur un coin d’herbe ou de bitume
je te hais à un point tel que tu ne pourrais te l’imaginer, au moins autant que j’aime cette fille.
Tu ne pourrais même pas en deviner une minime parcelle
quand bien même tu additionnerais tous les cerveaux
alignés sur les mêmes idées rances et puantes
Je te hais, et je me hais pour commencer
je balaye devant ta putain de porte depuis trop longtemps
maintenant j’y crache, éjacule et chie d’dans
la fiente est encore trop noble pour toi
tu y trouverais encore trop de beauté
et la haine est trop de considération
pour ton existence salace.
Crève.