Le négationnisme

Des archives secrètes vont être rendues publiques

Le révisionnisme est le résultat de l’esprit critique. Sachant que l’histoire a été écrite par les vainqueurs, les anecdotes historiques peuvent s’éloigner grandement de la réalité. Embellir des faits au bénéfice des pays, des personnages notables qui ont marqué certaines périodes.

On se doit de douter de tout, Bouddha le disait :

Doutez de tout et surtout de ce que je vais vous dire.

De là à en faire un style de vie (cf. la zététique), il y a un pas que je ne franchirai pas.

Une amie archéologue m’a dit un jour que l’Histoire est faite d’anecdotes. Je n’avais pas compris. Bien qu’en définitive, c’est assez simple de saisir le sens de cette affirmation, je ne m’étais jamais intéressé à l’histoire davantage qu’une personne lambda (voire beaucoup moins), et les exemples me manquaient pour imager la chose.

Petit point dialectique : est-ce qu’anecdote est synonyme de détail ? Lorsque je cherche le mot détail sur synonymo.fr, je ne trouve pas anecdote. Et vice-versa. Détail est beaucoup plus général qu’anecdote. Tandis que le mot anecdote signifie : petit fait historique. Petit…

Peut-on considérer que l’idée même que certains des alliés (les USA, les Anglais, et les Russes) savaient dès 1942 que les Nazis massacraient des Juifs et allaient continuer de le faire comme un petit fait historique ? Comme une anecdote ? J’en doute.

Rester neutre face à l’injustice, c’est avoir choisi son camp, soutenir le statu quo.

Cette citation du Prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu, je m’en sers souvent. Généralement, c’est pour argumenter lorsque je parle de la Palestine. Ici, elle prend tout son sens…

Les camps de concentration, le massacre des Juifs, est un élément crucial de l’Histoire. Une pierre rouge, couleur de sang, placée sur notre passé commun. Les alliés ont su dès 1942 que des Juifs étaient massacrés et que les Nazis prévoyaient de continuer, et ils n’ont rien fait (ou si peu) pour secourir ceux qui étaient déjà emprisonnés dans les camps. Ils avaient d’autres priorités, dira-t-on : le communisme. Mais cet élément changera le point de vue de beaucoup concernant toute cette période, et c’est bien dommage qu’on n’ait pas pu le savoir avant, ça aurait pu éviter de mettre dans la tête d’écoliers cette impression de bienveillance des alliés qui en réalité sont complices pour les trois grands, certaines entreprises se sont très bien arrangés de ce massacre (la SNCF, l’Oréal, LVMH, Renault, etc.). Cela dit, quand bien même ce soient des archives déclassifiées de l’ONU, est-ce que cette information est légale en France ? Peut-on s’en servir sans s’attirer des foudres judiciaires ? Rien n’est moins sûr.

Je me suis toujours demandé ce que venait foutre dans le panel législatif français, cette clause qui interdit de remettre en cause quelque élément que ce soit s’il concerne la 2e guerre mondiale. Au point d’ailleurs d’attribuer un mot différent du reste pour ça : le négationnisme (alors que tout doute de ce qui ne concerne pas la 2nde guerre mondiale est appelé révisionnisme). Ça empêche n’importe qui de faire des recherches, de contester certains faits qui sont communément admis comme tels, enseignés dans les écoles de la République, possiblement faux outre mesure… C’est une utilisation abusive de la loi Gayssot qui a été mise en œuvre dans une intention bien plus générale que la simple idée de nier la Shoah.

La Shoah a eu lieu, il n’est pas question de remettre ça en cause. Par contre, les raisons pour lesquelles elle a eu lieu, pour moi elles sont troubles. Entre ce qui est raconté dans les manuels, et la réalité du terrain, avec tous les petits intérêts entre les uns et les autres pour relier le tout, il y a des années lumières. Je ne me mouillerais pas tellement en affirmant que ça arrange certains pays et familles (pas forcément juives, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit), cette interdiction de douter publiquement sur ces points précis.

Phrases froides

L’homme est tellement imbu de lui-même, tellement persuadé de sa grandeur et de sa supériorité, qu’il a inventé un dieu qui lui ressemble et qui aurait tout créé.

Certaines idées d’émancipation étatique entrent en contradiction avec la le désir d’autodétermination d’un peuple, et de l’alignement de ce peuple sur la « norme » mondiale.

Quand tout le monde va dans un sens, il est tellement tentant d’aller dans le sens inverse...

L’histoire ne peut plus être écrite correctement, on ne peut parler avec cohérence que des conséquences, mais les causes et les actes restent souvent voire toujours troubles.

On ne s’occupe pas assez de ce sur quoi on a un réel impact direct : nos vies, nos proches, le présent.

Et la mort se balade sur un air de classique ténébreux, jonglant avec des âmes glacées en forme de balles étincelantes, la regarder tue en un éclair.

Profite bien de ton existence, car la vie perd sous la mort sûre de son pouvoir (c’est nul, je sais).

Image : libre de droits – Barbara Bonanno

Histoire crue

Il y avait un fou qui tous les jours criait,
D’une manière naïve, un peu bête, il riait,
Il s’en allait pensif, ou bien il tournoyait,
Sur lui même, et son pif était rouge, il brillait.

Vous l’aviez deviné, c’était un alcoolique,
Tous le temps aviné, et pas très catholique,
Sa face ravinée vous donnait la colique,
Il était grave, innées étaient ses colériques

Petites crises affreuses, et aussi répétées,
Manières bagarreuses, firent que sociétés,
Même les plus scabreuses, lui étaient refusées,
Sa tête malheureuse, en était toute usée.

Et pourtant il restait dans la ville si dense,
Les gens le détestaient, certains mettaient des danses
À ce bougre, ou testaient sa si maigre patience,
Bien souvent l’insultaient, il en avait conscience.

C’est pourquoi il hurlait le soir seul dans la rue,
C’était plutôt burlesque, il était si bourru,
Il était si clownesque, il était bien couru
Qu’il finirait, ou presque, le nez droit dans le ru,

Ou dans le caniveau charriant de l’eau sale,
Chaque soir son niveau, de façon colossale,
Descendait, ce poivrot frôlait les abyssales
Profondeurs des nouveaux égouts des succursales.

Les commerçants d’ici voulaient qu’il disparaisse,
De la superficie de l’espace, leurs adresses,
Car l’aristocratie, jeunesses et vieillesses,
Donzelles aux châssis superbes, belles fesses,

Fuyaient tout le quartier, depuis que l’homme obscur
Qu’il fallait châtier, en tenait tous les murs,
Pour lui, pas de pitié, c’est dans le vide-ordure,
Qu’ils le mettraient entier, scalperaient sa tonsure.

Et un jour, un dimanche, ils s’unirent à douze,
Des bâtons et des manches de pioche, ces barbouzes,
C’est entre quatre planches, et puis sous la pelouse,
Qu’ils le mettraient en tranches, cette foutue tarlouze.

Ils ne mirent longtemps à le trouver, l’ivrogne,
Allongé, végétant dans le ruisseau, sa trogne
Cuvait, son palpitant accéléra, la rogne
Des Bourgeois s’abattant sur lui, cette charogne.

C’était là leurs propos, moi j’étais spectateur,
Il n’a pas eu de pot face à ces prédateurs,
Face à ce beau troupeau de cons, ces exploiteurs,
Qui lui firent la peau, dans la suie, la moiteur,

De l’été suffoquant, le mirent en valise,
Tandis que les croquants, eux, sortaient de l’église,
Et les preux commerçants, lançant des vocalises,
Menèrent ce manant, au fond de la Tamise.

Moralité, mon gars, si tu veux t’enivrer,
De vin, de pastaga, mieux vaut aller cuver,
Comme un vieux béluga, au chaud dans ta carrée,
Sinon les fellagas viendront te dégivrer.

Mieux encore, éviter les effluves odorants,
De l’alcool, te cuiter, prends un truc différent,
Un pétard, ta nuitée sera comme un torrent
De calme à satiété, et c’est bien plus marrant.

Image : libre de droits (Holgi)

Petite histoire d’amour

C’était un diamant brut, elle une mauvaise herbe,
Rien n’en prédestinait l’union sur ce sol de misère,
Il traînait là sans but, et elle poussait en gerbe,
Et tout les séparait, du ciel immense jusqu’à la Terre.

Lui s’était enfoncé avec le temps qui passe,
Parti dessous l’humus, au fil des saisons enfoui,
Elle était attirée par le soleil fugace,
Elle poussait de travers, grimpait de manière inouïe.

Quand ils se rencontrèrent, ce fut comme un séisme,
Un tremblement de terre, quatorze sur l’échelle de Richter !
L’amour envahit l’air, dans un vent d’optimisme,
Ces deux êtres s’aimèrent, quoi que les avis en pensèrent.

La plante s’accrocha au diamant écorché,
Rien ne pouvait y faire, rien ne pouvait les séparer,
Le diamant se laissa par l’herbe envelopper,
Les heures s’accélérèrent, le temps passait sans les gêner.

Les racines entourèrent cette pierre au cœur pur,
Elles s’y enfoncèrent, jusqu’à carrément la briser,
Les fêlures scellèrent leurs âmes sans mesure,
Et les temps resserrèrent les brèches qui en étaient nées.

La force de l’amour fit remonter la pierre,
Et un jour ils sortirent de terre comme un bourgeon frêle,
Comme une fleur du jour, dans un morceau de verre,
Et ensemble ils fleurirent sous le soleil et sous la grêle.

Le diamant resta brut, et la plante fana,
Mais à jamais sur lui, elle restera bien fusionnée,
À jamais et sans but, l’union restera là,
Pour toujours sous les pluies, et malgré les milliards d’années.

Le charmeur de lettres

Il était une fois un jongleur de la rue
Coiffé d’un bonnet rouge et blanc aux formes vertes
Qui s’amusait des mots, qui s’amusait des lettres
Les faisant tournoyer, il en était féru.

De pays en régions il voyageait toujours,
Il arpentait les routes, découvrait des contrées,
Accompagné d’un singe d’un tricot accoutré,
Et d’un chapeau de feutre, ils jouaient tous les jours.

C’était un maître adroit, il savait captiver
Des foules intriguées par ses gestes arabesques,
Habillé tout de large, de façon très rupestre,
On riait de concert devant cet étranger.

Il prenait les voyelles, les faisait disparaître
Derrière son dos habile, les jetant par-dessus,
Et par-dessous ses jambes, des syllabes cossues
Surgissaient de nul’ part, comme s’il les faisait naître.

Il balançait des mots et du vocabulaire
Dans les airs embrumés, jusqu’aux nuages hauts,
Fabriquait des propos, des satires en sursaut,
Néologismes crus, des formules peu claires.

Mais parfois le destin et sa dextérité
Entonnaient éphémères des poèmes si beaux
Que tous les yeux ouverts, jusque ceux des corbeaux
Restaient écarquillés semblant exorbités.

Quand on le regardait de son cœur en éveil,
On ne pouvait lâcher ce spectacle étonnant
Qu’une fois qu’il rangeait ses outils de manant
Dedans son sac sans fond, débordant de merveilles.

Car le soir il partait, pour marcher sur les routes
Partager son trésor, montrer aux gens ses tours,
Choisissant au hasard un chemin sans détour,
Continuant son voyage, sa parade sans déroute.

Il ne dormait jamais, nul ne savait comment
Il tenait nuit et jour avec son animal,
Certains parlaient du Diable, le pensant anormal,
S’imaginant qu’il fut un démon, un dément.

Alors un jour le roi donna un ordre injuste,
Écoutant son église qui chuchotait rumeurs,
Il le fit arrêter comme un vulgaire voleur,
Et jeter enchaîné dans une prison vétuste.

Et depuis lors des lois régissant l’orthographe
Sont venues interdire la liberté des mots,
La sémantique en toc, le langage, ses rameaux,
Et tous les chiens de garde défendent leurs paraphes.

Notre beau saltimbanque mourut beaucoup trop tôt,
Chaînes aux mains et aux pieds, derrière sa porte close,
Dans les tristes villages les citadins moroses
N’entendront, ne verront, ce chantre de sitôt.

Histoire perdue

Et l’amour, comme toujours, tarde à montrer son nez…
Et la peur, à toutes heures, lui fait des bras d’honneur…
— Salut l’amour, pourquoi te caches-tu ?
— Mais je ne me cache pas. J’ai peur.
— Ah bon. Et… De quoi as-tu donc peur ?
— J’ai peur du bonheur.
— Mais pourquoi as-tu peur du bonheur ?
— Le bonheur m’a toujours effrayé, depuis une belle nuit d’été.
— Mais l’amour, le bonheur, c’est beau, et ça ne fait pas mal.
— Si. Ça fait mal quand ça s’en va.
— Explique-moi pourquoi tu penses cela.
J’ai rencontré le bonheur un jour, il y a longtemps,
Il était tout petit, perdu, il avait froid et il était souffrant,
Alors je l’ai ramassé, et je l’ai pris sur mon ventre,
Je m’en suis occupé, l’ai soigné, l’ai gardé dans mon antre,
Et puis il a grandi, il a pris de plus en plus de place,
Il allait mieux, me faisait oublier le temps qui passe
Tous les deux nous avancions, oui, c’était la passion,
Mais une nuit, il s’est envolé, je n’avais pas fait attention,
Il n’est jamais revenu. Je ne l’ai jamais revu.
Pourtant depuis ce temps, je l’ai toujours attendu.
Cette nuit-là, j’avais laissé la fenêtre ouverte,
Elle était belle cette nuit, mauve et noire et verte,
Et j’avais chaud, c’était une de ces nuits brûlantes,
Une de ces nuits où la chaleur est écrasante,
Je n’avais pas vu ces ailes qui lui avaient poussées,
Elles étaient pourtant belles, ces longues ailes de papier,
Et les saisons ont passé, et je n’ai jamais refermé,
La fenêtre ouverte par laquelle il s’était envolé,
Je suis tombé malade, l’hiver a commencé,
Il s’est installé, et il ne s’est jamais terminé.
La fièvre me tient maintenant, et j’ai peur de mourir
J’ai perdu le bonheur, et j’ai perdu mon sourire,
Je crois que je suis un oiseau, parfois je m’envole moi aussi
Je m’éloigne de la Terre, et je pars dans la nuit,
Et je le cherche depuis, mais j’ai oublié son visage,
J’ai tout oublié, le temps, la joie, mes pages
Sont vides maintenant, il me manque tellement,
Et je suis si seul, si triste, à chaque moment
Je voudrais qu’il revienne, qu’il me raconte son voyage,
J’aimerais qu’il m’emmène voir tous ces paysages,
Toutes ces contrées qu’il a visitées, tous ces horizons,
Je suis perdu et j’ai peur, je me sens en prison,
La fenêtre reste ouverte, je m’évade de temps en temps,
Mais je suis attaché par un fil invisible qui se tend,
Quand j’arrive au bout, je tombe irrémédiablement,
La chute est tellement longue que je crois m’évanouir,
Et je me réveille là, au même endroit, dans un soupir.

Image : libre de droits (DeeDee51)