Si on la laisse faire

Fidèle au vent et en quête de sens, la transe d’avant revient tête la première sur le terrain miné de l’inconscient, faisant crisser ses pneus crevés mais toujours vivants, un coup de frein n’empêche pas d’écraser une entité déjà morte la gueule éclatée sur le bitume, son sang répandu en giclées. Pas loin de là, un être en démence sourit en regardant le spectacle, se retourne et s’en va tomber dans le ravin de ses idéaux abstraits, et l’ego, toujours ce putain d’ego de merde, se met en avant et hurle qu’il existe, dans ce scénario absurde.

«  Tu t’es vue connasse ? Tu penses savoir tellement de choses, mais dans le fond ton ignorance remplit des hectares de connerie. Il est tel un chien perdu dans une savane où des hyènes le menacent. Ta vie ne tient qu’à un fil et ma haine peut le couper d’un battement de cil brûlé. Alors ferme-la, retourne-toi, et casse-toi.  »

Hébétée, l’entité se retourne finalement, et voit en face l’horizon de sa stupidité, touche le fond de sa méchanceté, disparaît dans son brouillard de vide. L’ego est content, il a réussi son coup. Mais dans la lignée de ses pensées, il pleure sa solitude qui se glace instantanément et frontalement. L’usure d’une peau devenue trop fine mais qui fut tannée, est telle que maintenant elle laisse apparaître des traces suintantes. Et la haine gagne encore.

Les « gueguerres » ne m’intéressent guère

Que ce soient celles relatées par les médias, ou celles relatées par des sites web, celles qui provoquent des réponses sur youtube, etc., ou même celles qui restent dans l’esprit commun d’une paire de personnes qui se sont aimées mais qui ont fini par se détester pour des raisons qui leur sont propres, les « gueguerres » sont le fruit des moments de stupidité de personnes pourtant intelligentes, mais qui perdent temporairement tout ce qui fait qu’elles sont évoluées lorsqu’elles y cèdent.

Ça ne m’intéresse vraiment pas, et c’est pourquoi ce billet s’arrêtera là.

Lettre d’un gueux

Les soirs d’esprit léger où le sommeil vient comme un voile
S’étaler sur mon corps et m’emporter près des étoiles,
Résident à l’opposé de mes réveils en plein gasoil
Où la haine apposée a avorté la moindre toile,

Que j’avais esquissée la veille, et posé des couleurs,
Au matin c’est du noir, du gris, mis à coups de douleur,
Le passage d’un scalpel aigri, venu griffer mes heures,
Qui a détruit l’aspect du ciel au fond de mes humeurs,

Du noir que je retrouve, arrogant sabotage étrange,
Qui sans scrupule recouvre le tableau, moi je me mange
Des montagnes de rage à la vision de ce carnage,
Qui fait revivre encore l’ancienne guerre dans laquelle je nage.

Et ça fait des années que ce combat dure dans mon cœur,
Qu’il en devient fané, remis à bas, et ça m’écœure
De constater toujours que quoi que j’fasse, tout ça revient,
Je n’crois plus aux beaux jours, leurs faux enjeux s’en vont au loin.

Les beaux jours sont pour ceux et celles qui peuvent vivre autrement,
Quand j’entends leur pipeau, leur belle chanson d’apôtre ment,
Ils n’sont pas dans ma peau, je n’ai pas leur accoutrement,
Moi j’ai mes oripeaux et ils me vont sinistrement.

Et s’ils pouvaient garder leur joie pour eux ces optimistes,
Que j’entends bavarder semant des potions d’alchimistes,
Faisant des embardées en bons papillons conformistes,
Je pourrais placarder mes maux, émotions alarmistes,

Je pourrais éluder mon mal et l’enterrer, d’autant
Plus que j’ai galvaudé des habitudes au fil du temps,
Car les voir évoluer me décourage à chaque instant,
Ne fait que me polluer ma condition et mes passe-temps,

Si je pouvais seulement goûter à la vraie solitude,
Si je n’avais vraiment pas ce niveau d’inaptitude
À rester simplement avec moi-même en altitude,
Si je ne ressentais pas ces moments de lassitude,

Ce besoin de ces autres qui sont mon enfer, ma hantise,
Cette peur où je me vautre dans le lucre et la fainéantise,
Qui me pousse à détruire mes heures, à en faire l’expertise,
L’illusion de m’instruire, mon cœur crevant de convoitise,

Je pourrais finalement me résoudre à finir le jeu,
Qu’on m’a vénalement imposé comme on jette au feu
Une lettre chiffonnée sans même avoir pris le temps de
La lire auparavant, l’expéditeur étant un gueux.

Wanted : ma santé mentale

Des déclarations de haine, faites par des moutons qui se planquent sous des meubles, qui beuglent quand leurs banques leur piquent leurs boutons, et qui se marrent devant, ou ignorent, les essais infructueux mais non moins nucléaires d’autres poussières balayées par la rage résultant d’une morsure assurant la mort en faisant signer des assurances vie.

Des déclarations d’amour, faites par des nuages aux formes de visages éphémères, qui planent pendant que l’État leur pompe le peu qu’ils ont, qui croient faire le bien sur une planète où l’idée même du mal est hypocritement ostracisée, tandis qu’il est pratiqué sous toutes ses singularités, qu’elles soient cinglées ou aux apparences saines, mais éperdues.

J’ai perdu mon bon sens un jour où j’étais saoul, j’ai mis des annonces un peu partout, la plupart se sont affadies à cause des intempéries, on ne peut plus lire le message initial qui était inscrit dessus, et signé de mes initiales, et tel un cracker qui cherche des petits bouts blancs toute la journée la tête baissée en parlant seul, l’air totalement timbré mais sensiblement pas assez pour arriver au destinataire, je le cherche depuis.

Image : Libre de droits – creativity5

Y a pas d’amour

Y a pas d’amour dans les coeurs, y a que du sang et des pulsations bidons qui peuvent s’arrêter sur un coup de tête, de revolver ou de fusil, précédé parfois d’un coup de pute. Le crime passionnel n’est pas le fait uniquement de psychopathes, mais aussi d’amoureux pleins d’amertume qui n’eurent été que des amants achetés et usés tels des jouets ou des fringues prêtes à porter, et faut pas se plaindre si certains deviennent des pierres prêtes à lancer, alors qu’avant ils étaient une viande tellement attendrie que leurs yeux brillaient en une seconde à la remontée d’un sentiment provenant des profondeurs de leur âme, une fois un temps passé il n’y a plus que la haine qui les fait osciller. Mes armes d’apparences vaines ce sont mes textes, et soyez pas si circonspects et condescendants avec cette affirmation, des textes peuvent marquer à vie et laisser des cicatrices indélébiles, tout comme la répétition de situations, car si tu tapes plusieurs fois sur un doigt, attends-toi à avoir de plus en plus mal…

Image : Libre de droits – Dinokfwong

Elle aime haine

C’était facile nos vies ne tenaient qu’à un fil, mais c’est pas toi qu’a mal quand l’animal se défile, quand la lame s’enfile dans ma peau, que s’effile mon âme salope, fume ta clope sur ta musique pop de merde charogne, toi qui lorgnes et éborgnes des cyclopes, choisis les oisifs ou moisis, et de préférence rances, ta chance c’est ton âge et le mirage de ta gueule est dans une cage, tous les caves qui t’ont crue et qui sont passés par tes griffes ont tournés la page, y a aucune rage pour ton pif, rêve pas, une chèvre aurait plus de présence que toi, crève.

Image : libre de droits – Maialisa

Merci bien

Merci à la vie, cette putain d’ordure, qu’elle aille se faire foutre,
De m’avoir vomi, cloué sur un mur, pendu à la poutre,
Perfusé d’envie, de désir obscur, rempli comme une outre,
De besoins malsains, de haines clandestines, de vices reptiliens,
D’opiacés desseins, de rages intestines, et d’absence de liens,
De sombres dessins, symboles qui destinent, l’existence pour rien.

Merci à la vie, et je lève mon verre, les yeux dans le vide,
À cette survie, à cet univers, à ces cons avides,
Camé à l’envi, dans les veines des vers, qui me rendent livide,
Qui grouillent et provoquent, des douleurs atroces, et des insomnies,
Des phrases équivoques, qui semblent féroces, mais sont calomnies,
De simples breloques, des rumeurs véloces, courent à l’infini.

Merci à la vie, hurlant dans la nuit, assoiffé de sang,
J’y suis asservi, bombardé d’ennui, j’épie les passants,
Ces proies poursuivies, du destin qui nuit, à ces innocents,
Pleins de protéines, mes crocs aiguisés, sont prêts à briser,
Les cous, l’héroïne, les fous déguisés, les têtes excisées,
Les cœurs, les poitrines, je veux les baser, et les inciser.

Merci à la vie, putain de salope, faut la poignarder,
La laisser se vider des psychotropes, qu’elle a placardé,
Et puis, assouvi, moi le lycanthrope, que vous regardez,
J’irai sous la terre, errer dans des caves, pour me reposer,
Ou dans des cratères, ravaler ma bave, me recomposer,
M’abreuver d’éther, fixer la déprave, jusqu’à la nausée.

Froid et plat

Ces vers ne sont adressés à personne, sauf moi.
Moments de confusion, paradoxes intensifs,
Vides de sens, plein de vide, ça me laisse pensif,
Où l’horloge est bloquée sur midi, enfin sur toi,
Je repense à avant, quand «  toi  » signifiait «  tout  »,
Goûte encore à ce souvenir douloureux, le spleen surtout,
L’ennui quoi, vient frapper à ma fenêtre en bois,
Profond, il n’a pas de fond, ou je ne le vois pas,
Tout se teinte d’une couleur grisâtre, mon aura
En noir, en blanc, qu’importe, je ne la vois pas davantage.
Ne croyant qu’une partie infime de cette réalité sans âge,
Souffrant en continuant de respirer, même alité je nage,
Pas après pas, je perds plus d’énergie, mais tout va bien,
Ça ne pourra jamais être pire que ça l’a déjà été, plus rien ne
Me parle, quand j’oublie, je suis le fil de mon passé, le nœud
Fait systématiquement le même effet, cette pierre noire,
Chuter dessus est toujours aussi douloureux, envie de boire,
Au drame de l’existence, c’est de ma faute, c’est mon histoire.
Fond du trou dont je connais les moindres recoins,
D’un œil jeté en bas, d’une grimace générée de loin,
Précipice, s’il te plaît, reste à distance, ne reviens point.

Image : libre de droits (Devanath)

Analyse nostalgique

Toutes les bouteilles de la terre ne seront jamais suffisantes,
Une si délétère, après tout ce temps, ton visage me hante toujours,
Mon esprit voyage entre une vipère et un papillon ne vivant qu’un jour.
« Être ou ne pas être », mais un grand l’a faite avant moi, et
Ma vie dérive depuis toujours, elle avait repris son cours
Avec toi, mais
Ne reviens pas, si tu savais comme ma haine est forte…
Que tu m’as condamné, tu ne le sais pas, tu t’en fous certainement.
Un silex peint couleur or, au milieu d’une pauvreté minérale.
Et je me suis laissé tromper par ton visage, celui d’un ange,
Serpent à l’intérieur, le genre qui plante ses dents dans mon cœur
Pour le saigner jusqu’au dernier battement, et pour
Ouvrir mes veines tu n’as eu qu’à défaire les sutures.
Unilatérale dans tes idées, dans ton engagement, tes valeurs, alors
Reste où tu es, mon destin je l’espère définitivement loin du tien.
Que me reste-t-il ?
Un semblant de vie à trépas. Toi, tu ma tuer.
Olive pourrie dans un bocal.
Illusion trompeuse.
Maïs dans lesquels on n’était pas nus, et tu n’étais pas mon Anaïs.
Arriviste dangereuse, tu t’es approprié mes vers et as introduit les tiens en moi, trop solitaires.
Seule dans ton désert, rien ne pouvait t’atteindre sauf le soleil.
Tu n’étais qu’un mirage.
Un naufrage, le mien.
Assouvie maintenant, repue, cannibale aux apparences de végétarienne.
Bien mal m’a pris de t’approcher, de te toucher, de te goûter et d’avaler tes couleuvres.
Araignée, veuve noire, tu as juste ravalé et vomi mon cœur, alors
Ne reviens pas.
Dans ce qui me reste de cerveau ton image est interdite, et puis
On ne pourra jamais faire un poème d’une diatribe salace, alors
Ne reviens pas.
Ne reviens pas.
Et reste dans ta toile, tu finiras bien par attraper un corps, tu t’en nourriras comme à ton habitude, en lui retirant tout ce qu’il avait de vivant, tu le laisseras comme mort.

Image : libre de droits – Alex Koch

Programmes corrompus

Janvier accourt, et l’émoi passe, j’ai la visite d’une
Araignée que j’enfume à l’occasion et à raison d’une
Innocente clope, ça la ralentit dans sa lancée, l’endort,
Mais ne semble pas tellement la déranger, j’adore
Embêter sans méchanceté ces bestioles, quand elles
Libèrent leur curiosité et qu’elles m’interpellent
En s’approchant trop de moi, car l’univers animal
Se doit chez moi de rester à sa place, sur les toiles
Satinées de soie qu’elles tissent hiver comme été,
Et il m’a fallu du temps, elles n’étaient pas décrétées
Nativement bienvenues, ce n’est qu’après avoir
Tiré mon voile opaque que j’ai commencé à voir,
Illuminer mon quotidien, travailler sur ma haine,
Et la chasser, ne garder que l’amour, sans la peine,
Résiliente, qui nourrit la souffrance, et fait tourner
Sur soi-même, flatte bien l’ego et fait séjourner
Illusions et passions vaines, rêveries éveillées,
Nuées de croyances futiles, qui croient nous réveiller.
Et la nuit est trop belle pour être honnête, et moi,
Xérophyte piquant résistant au froid, aux mois,
Planté dans un désert strié de chemins boueux,
Livré à la soif et l’abandon, j’ai l’estomac noueux,
Origine d’un parcours qui revient à sa source,
Resté en court circuit, mais continuant sa course,
Elle se finira quand les batteries seront
Soit vidées, soit grillées, et ce sera selon…

Fatigué

J’oscille toujours entre haine et amour,
Ce n’est que ma vie, certains me pensent mort,
D’autres me voient sombre, les pieds dans la mare,
La vase pour compagne et la boue pour murs,
Mais moi je vous jure que c’est une mer,
Avec des marées dans lesquelles dormir
Est un grand exploit, l’insomnie demeure.

Ce n’est qu’une image, une ombre où l’humour
Est un vain refuge tout plein de remords,
Mon âme se remplit d’amers cauchemars,
Ma bouche ne susurre plus que des murmures,
Et ma tête n’entend que des bruits sommaires,
Ces bruits solitaires vous feraient frémir,
Mes yeux et mon cœur à petits feux meurent,
Ils sont grands ouverts, mais jamais l’amour
N’y entre avec fougue telle une claymore,
Au dessus de moi, cette épée menace,
Et je sais qu’un jour ce sera ma noce
Funèbre déserte, et tout en finesse,
Le monde m’oubliera dans ce terminus.

Je suis un poisson coincé dans la nasse,
Au milieu d’un lac où jamais ne naissent
Des histoires de rêve, et toujours un os
Gâche le pluriel, la paire où Vénus
Pourrait être reine, mais elle n’est hélas
Rien qu’une chimère, un songe qui me laisse
De glace au matin, quand sonne l’angélus,
Toujours trop rapide, toujours trop véloce,
Alors je me ferme, je sens les secousses
De la fin qui vient, ma faim me fracasse.

Image : libre de droits (Diego Torres)

Fade up

La stupidité crasse est l’essence de ce monde,
elle fait avancer les imbéciles qui abondent,
et les ignares traitent d’ignares d’autres ignares,
la pauvreté d’esprit est le moteur de ces barbares,
et la haine est devenue le mien, à force de m’y coller,
car toute qualité se cache, rare et apeurée,
les imbéciles glorifient la médiocrité
tout en étant applaudis par des tarés,
qui forment à eux seuls la majorité…
Situation ubuesque, mais tellement présente,
les créatifs inconnus travaillent en silence, dans l’attente
de considération mais on leur impose
l’anonymat et l’ignorance à haute dose,
et le reste du monde, dénué lui d’imagination,
s’approprie leurs œuvres et se donne raison
afin de toujours mieux se mettre en valeur :
rares sont ceux ou celles qui citent les auteurs.
Ce nouveau monde égoïste ne fait que dupliquer
et fait passer ça pour du partage légitimé,
et quand on ose faire remarquer cette ingérence
on est ignoré, on essuie l’indifférence,
mais à force d’essuyer l’indifférence des snobs,
cette lourde indifférence et leur jugement qui l’enrobe,
à force d’essuyer leurs silences
on finit par s’épuiser
et cesser d’exister
et la haine,
même vaine,
vient tout remplacer, elle se substitue à tout.
Il est également facile de passer pour ce qu’on est pas
sous les jugements des rats,
les esprits mal tournés pensent qu’ici bas
tous ceux qu’ils croisent sont aussi miteux
que leurs putains de mentalités à eux.
Alors après tout pourquoi je reste là ?
Pourquoi continuer à marcher dans ces pas ?
Bonne question… Il me faudrait un peu de courage
pour arriver enfin à partir, quitter ma cage,
fermer la page,
quitter la fausse beauté et ainsi ne plus entendre
l’avis d’ignorants que j’aimerais voir en cendres.

Image : libre de droits (thephilippena)

Ode à un amour

Humanité, tu me fais gerber
des milliards de cons assis sur un coin d’herbe ou de bitume
je te hais à un point tel que tu ne pourrais te l’imaginer, au moins autant que j’aime cette fille.
Tu ne pourrais même pas en deviner une minime parcelle
quand bien même tu additionnerais tous les cerveaux
alignés sur les mêmes idées rances et puantes
Je te hais, et je me hais pour commencer
je balaye devant ta putain de porte depuis trop longtemps
maintenant j’y crache, éjacule et chie d’dans
la fiente est encore trop noble pour toi
tu y trouverais encore trop de beauté
et la haine est trop de considération
pour ton existence salace.
Crève.

Sans titre

Je suis un hérisson hérissé d’épines sales,
Squatté par de sales puces assassines trop humaines,
Les cailloux sur ma route sont des sources de haine,
Ces obstacles me coûtent, laissent échapper des râles
De ma cage thoracique ma respiration vaine
Est bruyante et typique, laisse sur ma voix un voile,
Emprisonne mes cris dans une critique toile
D’origine tabagique, noyant le poisson-peine
Qui eût été pêché un soir de douce automne
Au bord d’un lac mineur au milieu d’une tonne
D’événements tragiques que d’aucuns minimisent,
Que d’autres ignorent blêmes tels des marins qui tisent.
– Hé ! Homme ! Relève-toi ! Cesse de te lamenter !
– Mais je t’emmerde toi ! Retourne à tes pavés !
– Et pourquoi donc mon cher ? De quoi as-tu donc peur ?
– De rien, de tout, de l’air, de toi et du bonheur.
Je ne saurais sortir de ce qui te parais
Comme des sables mouvants, où je m’enfoncerais,
Car sous la surface leurre, est un monde inconnu
Dont même toi tu as peur, tant et tell’ment que tu
En interprète le cœur sans en voir l’enveloppe.
A défaut des aveugle je préfère les cyclopes,
Ils ont fait tomber tout ces petits rois si borgnes,
Leurs ont crevé les yeux sans pitié, sans vergogne.
Allez tous vous faire foutre… et comme ça, j’ai le droit ?
Les insultes qui outrent le plus con des hommes droits,
Et mes répétitions sont telles des poignards
Qui avides de ponctions lombaires, tas d’ignares
Vous visiteraient bien, aim’raient vos carrotides
Alors me faites pas chier, sans quoi je vous trucide.

Withdrawal

Non tu me manques pas, même tu n’existes pas,
et moi je suis sur Terre c’est bien là mon calvaire,
je n’ai ni chaud ni froid, dans ta main mon cœur bat,
et ça coule vas-y serre, broie-le jette-le par terre.

Non tu me manques pas, j’ai craché sur nos pas,
l’indifférence me reste, et puis toutes ces vestes
s’accumulent en un tas, laminé par tes bras,
toi tu jouis dans les siens je t’entends même au loin.

Non tu me manques pas, j’ai fait une croix sur toi,
tu n’es rien qu’un écho, rien qu’une note froide un mot
tu étais une rivière, maint’nant un réverbère
sur lequel je m’épanche, je vomis pisse et flanche.

Non tu me manques pas, tu n’es plus que des draps
où perdure ton odeur, le souvenir d’une fleur
fleurant l’amour déchu, un souvenir perdu,
une espèce menacée, un animal brisé.

Non tu me manques pas, je t’ai tuée, voilà.
Tu n’es plus rien qu’un trait tiré sur un passé,
un souvenir éteint, la douce mort d’un destin,
une direction zappée, un visage oublié.

Non tu me manques pas, reste où tu es là-bas,
en retrait effacée, et ne reviens jamais
ton souvenir est mort, ton histoire est dehors,
ta vie et ta souffrance, ton errance, ton enfance.

Non tu me manques pas, et tes regards trop froids,
ta ferveur ta chaleur, ta fausseté se meurt,
ta couleur et tes formes et tes idées qui dorment
tout ce qui te concerne reste bien loin en berne.

Image (cc) Tal Bright

Prison

Quand les petits matins appellent au rire cynique,
la folie n’est pas loin mais elle avance inique,
moi je vois les matons rigoler, ces cynoques,
faisant vibrer d’un ton leurs matraques et leurs trocs
parmi les prisonniers enfermés dans leurs blocs,
leurs chambres de béton aux murs pleins de breloques
leurs prières égarées se fondent dans le stock
des rances pénitenciers où s’étale le paddock
violence omniprésente, véhémente, et ça claque
les gifles magistrales sur les joues, les micmacs
se teinte la cabale et commence la traque
des sentiments ouverts, qui ne sortent couverts
qui pourrissent, et les vers bouffent tous les lovers
les poètes à l’envers enfermés dans leurs peurs
leurs angoisses éphémères dégoulinantes des cœurs
les impôts de misère leurs prodiguent l’horreur
l’appréhension terrible, l’envie de disparaître
de ce monde imbécile fait juste pour les maîtres
à la pensée débile qu’ils aillent se faire mettre
ces hommes forts ces virils, ces vilains pauvres êtres
fièrement ils défilent, se montrent aux fenêtres
de leur stupidité, moi je crache dans leur soupe.
Je pisse dans leur vin, et crame leurs chaloupes
leurs rêves étriqués leurs muscles faits de fiente
ce guano populaire qui brille et pleut et vente
sur nos mâchoires serrées, la vengeance nous tente
Mais pourquoi tant de haine, tant d’aigreur si soudaine ?
Pourquoi ai-je tout d’un coup cette envie qui me gène ?
Jamais je ne saurai, jamais raison j’aurai
et les blaireaux se moquent des états d’âmes des geais.

Ostracisme

ostracisme /ɔs.tʁa.sism/ masculin
  1. (Antiquité) Vote par lequel certaines cités grecques bannissaient pour dix ans les citoyens qui avaient encouru la défaveur publique.
  2. (Par analogie) Parti pris d’exclusion à l’égard d’une personne ou d’un groupement.
    • Si Gobineau a été l’objet du dégoût, de la crainte, de l’ostracisme de nos « rationalistes », c’est qu’il s’est élevé à la fois contre leurs faux raisonnements et contre leur absurde principe de la primauté de la raison : […]. (Louis ThomasArthur de Gobineau, inventeur du racisme (1816-1882), Paris : Mercure de France, 1941, p.33)
Source : Wikitionnaire

Ça c’est un mot que j’ai découvert récemment, et je me suis aperçu qu’il manquait cruellement à mon vocabulaire. Utilisant à la place certaines alternatives depuis toujours, comme discrimination, ou pointage de doigt, avec ostracisme, le puzzle se complète et vient à point nommé pour qualifier nombre d’actions populaires, politiques, médiatiques, etc. On a tous ostracisé quelqu’un un jour ou l’autre, voire carrément un groupement de personne, une communauté, un peuple ou une nation au complet. Mais comme l’ostracisme peut être mérité, il s’inscrit dans une logique pas forcément mauvaise. C’est quand il n’est pas mérité qu’il devient discrimination, ségrégation, apartheid, racisme, désignation faussée du coupable.

Mais qui est ostracisé parce qu’il le mérite ? 

Tout est à l’interprétation de chacun. Si on est une personne ouvertement raciste, on pensera que les étrangers méritent ce traitement, et si on est une personne antiraciste, tolérante avec la différence, on pensera que ce sont les personnes racistes qui le méritent. Pour une personne anti-drogues ce seront les usagers et les trafiquants. Pour les punks, les bourgeois. Pour les chrétiens, les Satanistes et les gens « de petite vertu ». Pour un militant, ceux contre qui il milite, ou ceux qui sont contre ce pour quoi il milite. Je vais parler de ma vision de l’ostracisme, en rapport avec mes propres convictions, et cette analyse est loin d’être complète et se veut subjective. Donc il se peut que vous ne soyez pas du tout d’accord avec ce qui suit, selon votre positionnement politique ou idéologique.

De plus en plus et de façon populaire, ceux qui transmettent des idées reconnues comme étant nauséabondes ou comme étant des mensonges éhontés destinés à manipuler les foules, sont ostracisés, et pour moi, à juste titre. Que ce soit les gens violents, racistes, mythomanes, véreux, corrompus, mal intentionnés, tous méritent d’être évités, et dénoncés. Par exemple, les experts de rien du tout qui viennent témoigner de leur grand savoir à la télévision, par exemple la télévision elle-même ainsi que tous les présentateurs vedettes, et tous ceux là méritent le mépris populaire pour leur manque d’intégrité et leur désir clair de nuisance informationnelle, financières, de maintien d’un système corrompu où seuls les plus fortunés ont leur mot à dire. Les patrons qui touchent 15 fois le salaire de leurs employés, les traders, les banquiers et les lobbys en tous genre, sont également détestés de plus en plus, car la population citoyenne voit de plus en plus clair dans leur jeu. Grâce notamment à internet et sa possibilité de se renseigner sur à peu près n’importe quel sujet ou sur à peu près n’importe quelle personne physique, le peuple peut communiquer et trouver les failles du capitalisme qui est la règle chez nous, que le gouvernement soit de droite ou de gauche.

Et qui est ostracisé gratuitement ?

C’est là que ça devient intéressant, car c’est énormément de groupes de personnes qui sont touchées. Je met également en garde, ceci est ma propre vision de l’ostracisme gratuit, et elle ne reflète pas forcément la vôtre. Je vais lister quelques groupes de personnes qui sont généralement rendues responsable de choses gratuitement, liste non exhaustive.

rrom masculin singulier

  1. Relatif aux Roms (ou Tsiganes) ou à leur langue, le romani (ou tsigane).

Source : Wikitionnaire

Les étrangers nationalisés français, les clandestins sont des exemples de personnes ostracisées par une recherche du coupable. Ils sont rendu responsables, par les partis politiques, par la presse, et par extension par le peuple qui suit aveuglément ce que raconte les menteurs de métier, de beaucoup de maux et de mythes. En France, les Portugais, les Arabes, et tous les gens de couleur, ont subit et subissent encore cette mise au ban qu’ils soient Asiatiques, Africains, ou encore Russes ou Polonais.

Aujourd’hui ceux qui sont au plus au bas de l’échelle du respect des Français, grâce notamment à un acharnement de déclarations stupides dans les médias de la part de certains ministres, certains journalistes, ce sont les Rroms, évidemment, je ne vous apprend rien. Ce racisme est latent chez la plupart des Français qui ont un besoin viscéral de haïr une caste de personnes particulière, ceux qu’on lui a montré comme étant l’ennemi.

homosexuel /ɔ.mo.sɛk.sɥɛl/

  1. (Sexualité) Relatif à l’homosexualité.
    • Des relations homosexuelles.
    • Être homosexuel n’est pas spécifique aux êtres humains. Dans la nature, 8 % des rapports sexuels se font entre lions, tandis que les activités entre lionnes ne sont toutefois observables qu’en captivité.

Source : Wikitionnaire

De tous temps les homosexuels furent désignés comme des personnes déviantes, dangereuses (SIDA et autres MST), dépravées, voire amenées à dévergonder des enfants, bref n’importe quoi. Les parents homosexuels sont rendus responsable par avance de résultats potentiels sur leurs enfants, non prouvés, non avérés systématiquement, la transmission de leur mal. Les homos, garçons ou filles, sont insultées par des mots qui entrent dans l’usage populaire dès la primaire. Comme pédé ou tantouze, etc. Vous verrez plus loin que leur communauté est associée avec celle des usagers de drogues, à qui on reproche la même chose qu’aux homosexuels : des transmissions de maladies sexuellement transmissibles.

toxicomane /tɔk.si.ko.man/ masculin et féminin identiques

  1. Consommateur abusif d’une ou plusieurs substances toxiques (analgésiques, psychotropes, excitants, etc.) sans justification thérapeutique.
    • Une ancienne toxicomane.

Le mot toxicomane est péjoratif car il implique que l’usager consomme un toxique alors que ce n’est pas forcément le cas, et porte un passif lourd d’ostracisme. Le toxicomane est la personne passivement dangereuse, par excellence. Il est bien souvent associé aux homosexuels car ce qui effraie, ce sont les maladies qu’ils peuvent se transmettre aussi bien par la salive que par un partage de seringue lors d’une injection, le partage d’une paille pour sniffer, le passage d’un joint de bouche en bouche avec la probabilité qu’une des bouches soit porteuse d’un virus ou d’une maladie transmissible par la salive.

Le toxicomane est appelé plus justement Usager de Drogues.

Sale tox, sale toxico, sale drogué… sont des insultes extrêmes pour ceux qui les prodiguent. Sale est un terme générique qui peut s’ajouter devant n’importe quel qualificatif (sale pédé, sale Arabe, sale blanc, sale noir, sale con, sale pute) pour indiquer que l’on aime pas les personnes représentées par ce qualificatif, et pour les insulter. Qu’on les désigne comme « sales » donc « à éviter« … Ostracisées.

Alors, où se situer dans ce bric-à-brac populaire ignoré de beaucoup ? A vous de décider, si vous souhaitez avoir des ennemis désignés d’office ou si vous souhaitez plutôt la tolérance et la tentative de compréhension et de dialogue, avec ceux qui vous effraient ou de ceux que vous détestez déjà…

Image : Jérôme Bosch – Le jardin des délices (centre du triptyque – libre de droits)

Exorcisme

La haine me lamine.
Une pelle à mon chevet…
Juste au cas où.
Haine me fera crever.
Si je la laisse faire.
Je suis pas fait pour haïr.
Je suis fait pour aimer.
Tous les salauds sont là.
Toutes les fées aussi.
Ça tourne.
La haine me ronge.
Besoin d’air et d’aimer.
Juste d’aimer et d’air.
Mais la rage me darde.
Fatigué de haïr.
Cette condition qui me bouffe
De l’intérieur, me grignote
Absorbe toute mon énergie
Dans une violence incomparable
Une corde ou une rallonge
Parait que ça marche une rallonge
Ce serait une solution
S’en foutre de tout, et crever
Faire mal, tant pis.
Fallait bien que ça arrive.
Mais c’est encore trop dur.
La haine a tout pris,
S’est substitué au courage
Planter une seringue souillée
Dans le cou de la vie…
Et appuyer sur le piston.
Sans sentiments.
J’exorcise.

Image : CC BY SA (Havré – Belgique – la Haine vue depuis le petit pont situé au nord du village. photo : Jean-Pol GRANDMONT)

Violence animale

Internet est frustrant. Parfois on a envie de hurler réellement, mais tout se passe à l’intérieur. Parfois on peut avoir besoin d’exprimer des souffrances avec des mots sortis de sa bouche, et non uniquement de son cerveau et de ses doigts. Faire fonctionner sa voix pour dire ce que l’on pense, pour dire qu’on en a marre de ça, de ci, de tout, de rien.

Hurler est parfois nécessaire à certain-e-s pour faire sortir des choses qui ne sortent pas. Quand on a besoin de hurler on peut se précipiter devant son clavier et rédiger, raconter ce qui casse les couilles ou ce qui exalte. Quand on a besoin de faire sortir ces choses, on peut laisser aller ses doigts sur un clavier. L’organisation des mots n’est pas la même, et l’expression verbale peut mener à des envies de violence directe sur l’interlocuteur, et étant donné que l’équation est probablement vraie de l’autre côté également, on préférera tout simplement éviter de côtoyer ces interlocuteurs, plutôt que de vivre des instants de violence.

C’est un choix comme un autre, éviter les gens aussi impulsifs que soi. Les gens qui, comme soi, ne regardent pas toujours dans toutes les directions lorsqu’ils prennent en compte une information, ceux qui foncent tête baissée sans jamais analyser les choses autrement qu’avec une logique manichéenne, et donc faussée.

Le besoin de violence s’analyse comme ceci : c’est une faiblesse. L’homme est capable de faire autrement, alors que l’animal n’a ni la notion de réflexion pour lui faire comprendre des choses, ni la parole pour communiquer.

Les hommes et les femmes qui cèdent à la facilité de la violence, ceux et celles qui s’isolent parce qu’ils savent que confrontés à leurs pairs ils/elles seraient probablement violents, ceux et celles qui usent de leur pouvoir de persuasion dominatrice, même par des regards prévenant un possible accès de violence, toutes ces personnes sont bien loin de l’humanité, et proche de l’état d’animal. En choisissant de céder à leurs pulsions primaires ils/elles choisissent le camp de l’inintelligence, le camp de la régression.

Mais ceux et celles qui choisissent la communication posée, ceux et celles qui demandent à leurs interlocuteurs énervés de s’asseoir et de parler, ceux et celles qui montrent une humilité qui cache peut-être de la peur conventionnellement honteuse pour quelqu’un de « fort », ceux et celles qui choisissent de ne pas utiliser leur force mais leur pensée, ceux et celles qui ne sont pas touché-e-s par les attaques parce qu’ils semblent détachés de leur ego, ceux là, celles-là, ont coupé le cordon avec le règne animal, ou sont sensiblement en train de le faire.

Cherchez pas, vous êtes certainement dans les deux camps, à hésiter encore à trancher entre les deux, à vous autoriser de la violence pour certains sujets tabous ou sensibles, mais pas pour le reste. Mais demandez vous ceci : où est la limite, qui la fixe, et combien de centaines de moyens existe-t-il pour la repousser ?

Je vais maintenant parler directement de moi-même : je ne suis pas violent parce que chaque coup de poing, coup de tête, coup de coude ou de genou, de pied, chaque coup que j’ai mis, chaque gifle même, aura été une douleur pour moi, de par la réflexion qui s’en est suivie systématiquement, la conscience de ne pas avoir évité quelque chose d’évitable, forcément.

C’est là que je me dis que certain-e-s tueur-euse-s doivent vivre avec les fantômes de ceux et celles qu’ils ou elles ont tué-e-s. J’imagine pas pour les militaires.

La violence, il n’y a aucune raison, jamais, pour en user. Le faire est un aveu de manque d’arguments. Le faire est aussi assumer sa part animale, donc régresser. Le faire est un pur désir de domination, s’attribuer un droit de jugement définitif et celui de punir soi-même.

Illustration : 1er mai 1891 – l’échauffourée de Clichy (domaine public)