Logorrhée allégorique

Dans un monde à part, probablement imaginaire,
Pourtant bien réel dans la p’tite tête d’un être inerte,
L’ami trentenaire vivait un dilemme bien cruel,
Et sa solitude, il l’avait rendue virtuelle,
S’était divisé, mais ne savait plus où était
Son identité, si seulement elle subsistait…

Dans son petit crâne, dansaient donc plusieurs personnages,
Des fous, des qui planent, de tous les sexes et tous les âges,
Et des très sérieux, des intellos des philosophes,
Puis des mystérieux… Le résultat : une catastrophe,
C’était le bordel, un grand chaos monumental
Et industriel, une sorte de séisme mental.

Et ses avatars, parfois se combattaient entre eux,
Se traitant d’bâtard, avec de la rage dans les yeux,
Autodestruction, dualité entre amour et haine,
Faites bien attention, cette guerre était loin d’être saine,
Certains eurent déjà l’occasion d’en payer les frais,
Ont voulu l’aider, mais sur lui ont tiré un trait.

Croyez pas qu’il ait toujours été ainsi, son coeur
Filait sans filet, mais sa folie et sa rancoeur
Étaient nées un jour, bien après celui d’sa naissance,
Mais il était sourd à tout ce qui avait du sens
Pour le plus grand nombre, qu’il appelait « la masse informe »,
Conglomérat sombre de crétins dont les esprits dorment.

Et il était mort, à l’intérieur, au fond d’son âme,
Au premier abord, on le voyait pas, mais sa came,
C’était cette haine, qui mal canalisée détruit,
Jusqu’à ce qu’on prenne acte et qu’on mette fin à la nuit,
Il le savait pas, et il n’avait conscience de rien,
Sauf de son état, qui l’faisait vivre comme un chien.

Il fallait creuser, pour bien comprendre un tel mystère,
Personne n’a osé, aller jusque-là, trop austère,
C’est compréhensible, mettre les pieds dans ce gros bordel,
C’est pas impossible, mais c’est limite sacrificiel…
Et le sacrifice, c’est pas que’qu’chose d’inné à l’Homme,
Si c’est pas son fils, il finit par s’en foutre en somme.

Il faut qu’je conclue, j’ai pas envie d’m’étendre sur lui,
Ce genre de reclus, est un effet pervers d’la vie,
Dans cette société, qui crée des pervers narcissiques,
Pour mieux les fouetter, les considérer comme toxiques,
Pour se dédouaner, d’être des monstres imbus d’eux-mêmes,
Et les condamner, en oubliant qu’ils sont les mêmes.

Ne prends pas pour toi, ce que je dis au fond d’mes vers,
Je suis pas courtois, et je suis pas dénué d’travers,
J’suis humain comme toi, aussi petit, aussi immense,
Sur ma tête un toit, dans mon esprit des rêves qui dansent,
Mais réfléchis bien, c’est tout c’que j’ai à t’conseiller,
Le mal et le bien, sont des notions ensommeillées.

 

Mister Hide

Trop de confusion dans les médias en perfusion dans les tempes,
L’information afflue devant des yeux éteints et l’esprit qui rampe,
Des lettres à profusion bougent, se mélangent et s’échangent,
Se traînent insensées, muettes et mortes, des phrases étranges,
Se collent aux cernes stupéfaites du visage vieilli d’un ange,
Rendu fou par l’actualité, l’entité se roule maintenant dans sa fange,
Pris d’un rire schizophrène qui l’entraîne jusqu’à se scarifier,
Et qui retrouve sa lucidité en un éclair, car la mort est tarifiée,
Elle coûte un bras, un des siens est déjà de côté, légèrement tuméfié,
Pour quand viendra le moment où ces putains de pompes funèbres,
Présenteront la facture au fond d’une salle mi-figues-mi-ténèbres,
Quand la souffrance se sera enfin arrêtée, et quand ses vertèbres
Auront décidé, narquoises, de lui interdire la station verticale, et qu’il
Aura payé sa dette à la vie, la sienne, celle d’un docteur Jeykil,
Sans doctorat, sans papiers, désormais sans cœur mais tranquille,
Mais le fil tient toujours, quoi qu’il lui blesse les mains quand
Il s’y accroche et se remet debout, finit sa vie de délinquant,
Qui va s’arrêter, dans deux, trois, quatre, qui sait ? cinq ans…
Qu’importe, ce temps pourri et ses nuages noirs s’entassent,
Et le naufrage est loin derrière, rien à branler du vent qui passe,
Et putain… C’est pas du courage que d’être habitué à boire la tasse.

Image : libre de droits – Das Wortgewand

Wanted : ma santé mentale

Des déclarations de haine, faites par des moutons qui se planquent sous des meubles, qui beuglent quand leurs banques leur piquent leurs boutons, et qui se marrent devant, ou ignorent, les essais infructueux mais non moins nucléaires d’autres poussières balayées par la rage résultant d’une morsure assurant la mort en faisant signer des assurances vie.

Des déclarations d’amour, faites par des nuages aux formes de visages éphémères, qui planent pendant que l’État leur pompe le peu qu’ils ont, qui croient faire le bien sur une planète où l’idée même du mal est hypocritement ostracisée, tandis qu’il est pratiqué sous toutes ses singularités, qu’elles soient cinglées ou aux apparences saines, mais éperdues.

J’ai perdu mon bon sens un jour où j’étais saoul, j’ai mis des annonces un peu partout, la plupart se sont affadies à cause des intempéries, on ne peut plus lire le message initial qui était inscrit dessus, et signé de mes initiales, et tel un cracker qui cherche des petits bouts blancs toute la journée la tête baissée en parlant seul, l’air totalement timbré mais sensiblement pas assez pour arriver au destinataire, je le cherche depuis.

Image : Libre de droits – creativity5

La folie selon Einstein

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. » Albert Einstein

– Si on m’y reprend, alors j’aurais touché la folie du bout des doigts, et elle est comme une mare sombre pleine de vase, on peut être trompé par son propre reflet ou celui des choses qui l’entourent, mais sous la surface, c’est trouble et plein de parasites. Et on peut, à force de trop observer cette mare, y tomber et couler. Parce qu’elle attire toute chose qui s’en approche de trop près.
– Elle attire ?
– Oui, c’est un peu comme si pendant que tu tentais d’entrevoir sous la surface, quelqu’un arrivait par derrière et te poussait.
– Quelqu’un ?
– Ou personne. Un changement est parfois nécessaire dans son fonctionnement afin de continuer tout en gardant sa santé mentale.
– Mais continuer de quoi ?
– De vivre, d’avancer, de parfois subir, parfois profiter.
– Et l’amour là-dedans ?
– L’amour ? Laisse-le où il est. L’amour est une névrose, ce qu’on appelle l’amour n’en est pas. C’est juste une illusion, un mélange d’émotions diverses qui peuvent aller de l’admiration à la haine. L’amour lui, le vrai, est bien supérieur à tout ça, c’est quand tu te promènes dans la forêt et que le simple fait de regarder un oiseau te donne le sourire, quand tu plonges dans la mer et que sa fraîcheur te fait frissonner, quand tu voles dans tes rêves avec une sensation que n’importe quoi ne pourra jamais égaler. L’amour, c’est quelque chose qui t’est donné gratuitement et sans condition.
– Et Einstein, là-dedans ?
– Einstein te dis de tirer des leçons de tout ce que tu vis, et de les intégrer à la suite des événements. D’éviter de refaire les mêmes erreurs, et d’appliquer les enseignements que tu en tires sur chaque action que tu feras.

Image : libre de droits (Albert Einstein en 1921, Vienne – Autriche)

Jupiter

Un soir, alors que j’arrosais ma haine en l’engraissant,
Comme d’ailleurs chaque soir ces derniers temps,
J’avais laissé la fenêtre ouverte un court moment,
C’était ces genres de baies vitrées à balcon, plein sud,
Je cherchais Jupiter depuis des jours, un point brillant,
La lune était dans une période tardive,
Je me couchais bien avant qu’elle arrive,
Et ce soir-là, occupé à scruter la voûte céleste en ruminant,
Je n’ai pas vu qu’une chose était entrée chez moi,
Je ne l’ai vue qu’après…
Ça flottait dans l’air, comme une sorte de sphère,
De la taille d’une balle à moitié transparente, laissant deviner des paysages étonnants, des portraits me rappelant des sentiments,
Ça m’a étonné au début, mais je m’y suis habitué assez vite,
Et j’ai partagé mon studio étriqué avec cette espèce d’entité.
Je n’ai jamais su ce que c’était, mais chaque jour davantage elle m’intriguait.
Mais surtout, à partir du premier soir, dans ma vie tout a changé.
Jusqu’aux couleurs que je voyais, des couleurs et des formes.
L’aspect liquide de sentiments en duels versés dans la farine,
La progression évolutive des dégradés déposés, mais sans un mot,
L’aspect moelleux des sentiments mixés et malaxés, sans un grumeau,
L’émotion grandissante que peut transmettre juste une note de musique,
L’aspect malléable des sentiments et les formes données, exotiques,
Qui durcissent en séchant et deviennent aussi prolifiques…
Que des conclusions appelées à éclore sur de nouvelles questions,
Sans chercher à répondre, entre métaphysique et imagination,
Garder cœur et tête suffisamment ouverts pour recevoir l’amour,
En prendre plein la gueule… se laisser faire, surtout, toujours…
Et repartir, un sourire béat imprimé, rechargé.
Comment ça ? Je me suis éloigné du sujet ?
Mais pas du tout, je persiste et signe, et désormais,
C’est à elle que vous vous adresserez !

Mad sailor

Folie folie folie, quand je relâche pression,
tu n’es qu’une fourbe vile qui vient à la rescousse,
qui accourt ventre à terre, rase les pâquerettes
de mon cœur apaisé

Folie folie folie, ma vieille usurpatrice
ce n’est qu’identifiée par le regard de l’autre
que tu deviens folie affalée à la porte
de mon âme occupée

Folie folie folie, arrête de tourner
autour de moi comme ça, et vas y une bonne fois
emporte moi vivant, avant que dans le vent
les rêves meurent

Folie folie folie, c’est moi qu’tu fais tourner
en une bourrique têtue, ou comme le lait le beau
en beau le laid se tourne et la mer apparaît
à mes yeux fermés

Folie folie folie, amertume étonnante
je te goûte comme un vin, je te savoure froide
je joue avec ton feu et descends ta cascade
en pente dure

Folie folie folie, furieuse un jour ou l’autre
tu finiras en moi et alors je te jure
que jamais je ne te laisserai sortir vive
de mon cœur déchaîné

Hibernation annulée

Résumé :
Un homme vivant dans un endroit mystérieux s’apprête, comme tous ses voisins, à passer l’hiver au chaud en hibernant. Mais ça ne se passe pas comme prévu, et la panique gagne rapidement l’ensemble de la « ville ». Une nouvelle très courte aux allures futuristes.

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