Fenêtre sur rue

À travers la fenêtre opaque, je vois
La silhouette des passants, et je bois,
Car toi, oui toi, tu ne viendras pas.

Les couleurs diverses de leurs fringues,
Et leurs voix, tout ça me rend dingue,
Les voitures qui passent, formes vagues.

Je suis caché au fond de ma solitude,
Je sème des mots aux quatre vents, j’élude,
J’invente ma vie, je me la vends, en fraude.

La musique sonne ses notes et ses paroles,
Comme une compagne, j’ai réparti les rôles,
J’ai défini ma quête, trouverais-je mon Graal ?

Je lis des romans, ces histoires improbables,
Leurs personnages s’animent, imperturbables,
Certains sont nobles, et d’autres ignobles.

Le seul plaisir de mes journées est une torture,
Les pointes d’acier créent d’éphémères ouvertures,
Des passages aspirants vers le Tartare.

Rien ne pourrait défaire cette réalité,
Elle est trop enfoncée, c’est une fatalité,
Elle est devenue mon unique finalité.

Image : libre de droits (Frank Winkler)

Littérature

Encore une fois, je me réveille en pensant à un rêve rompu,
Une fois supplémentaire, encore une, une dernière, interrompue,
Page arrachée, froissée, laissée en désuétude sur le plancher,
Tournée et retournée, envisagée, délaissée, réenvisagée, flanchée,
Le sort livre ses forces invincibles et fatales,
Livre l’impossibilité d’une suite favorable et détale,
Semble se roidir comme un macchabée, m’échapper,
Arriver à terme, s’enfuir au vent comme une mèche happée,
À la lisière de mon rêve aux fins illusoires,
La destinée n’avait été qu’une histoire dérisoire,
Fin d’une aventure, début d’une autre, accessoire,
Mais mon esprit vagabondera encore quelques soirs,
On sera ensemble sans l’être, l’imagination faisant le reste,
Ajoutera des éléments au sud, au nord, à l’ouest, à l’est,
Autant qu’il en faut pour qu’une fois revenu à la réalité,
De ma vie dévidée, je sois à la fois debout et alité,
Pages volantes, que la folie a remplie de mots inexistants,
Qu’il faudra effacer d’une manière ou d’une autre, qu’il
Faudra déchirer sans regret, juste pour être tranquille,
Pour naître à nouveau et passer à autre chose,
Terminer le manuscrit sans le bâcler, sans overdose,
L’histoire doit avoir une fin, un point final original,
Sur la blancheur de cette page et de son grain médicinal,
Une petite mais non moins froide terminaison,
Teinte fade, voire pastel, suppurant la déraison,
Positive sur une face, négative sur l’autre, amère à foison.

Sous un ciel noir

C’est la série acérée des textes attestés, estampillés « existence »,
Sans son « ciel » en suffixe, elle est succinctement sans saveur,
Sans distance, sans envergure, mais elle peut être dévergondée,

Tout ça pour justifier le sens d’un discours souvent asocial, mais sûr.
Sûr de lui, en toutes circonstances, avisé, alcoolisé et sauvage,
Acerbe, car la verve et le verbe sont versés d’un cerveau révolté,
Qui rêve, qui vole, de façon survoltée, et qui divague envoûté,
Par des avertissements où des maux avérés avilissent, des averses,
Des ovulations d’idées, sans aveux, où ma vie ne vaut que le vide.

Tout ça pour justifier l’indécence de pensées mesurées, incandescentes,
L’intérêt tout soudain pour des mots étrangers, et des vers arrangés,
En phrases qui frisent une affreuse sensation d’indifférence rangée,
De laquelle je ne veux percer l’intimité, certain d’être superflu.

Le mystère me fait fuir, ses affres m’affolent, et au fond de moi,
Je me refuse d’affleurer ses faces, l’efficacité d’habitudes ont fait
Que jamais je n’aurais la prétention de croire que j’ai gagné.
La profondeur des blessures affrétant mon cœur m’a fait fataliste.

À ma liste s’empilent à foison une foule de cicatrices dont certaines,
Sont encore ouvertes et n’attendent que du temps pour se refermer.
La plupart n’ont pas été recousues, et quelques unes sont infectées.
Et je ne sais comment je fais pour garder la foi, est-ce génétique ?
Ou est-ce général, et la masse est-elle aussi dans l’espérance ?
Foutues questions, inutiles et futiles, aux réponses ultérieures,
À la forme altérée, mais au fond, fatidiques.