Squatteur

J’aimerais être dans ton cœur et m’y vautrer,
Mais ce n’est pas le cas, alors comme un voleur,
J’en ai forcé la porte, discrètement, sans violence,
J’y squatte et m’y cache, jusqu’à l’expulsion,
Jusqu’à ce que tu te rendes compte qu’un zonard,
Un intrus, un tocard, l’a visité, qu’il y est sans papiers,
Sans argent, sans payer, et que tu m’en vires,
À coups de pieds.

L’homme-orchestre

L’homme se cherche peu du côté spirituel,
Il entretient sa tête et son cœur, mais cela
N’est pas suffisant, l’esprit n’est pas actif.
Il soigne son physique, mais pas son aura,
Emplit sa tête de milliers d’informations,
Ça se bouscule, comme au fond d’un sac
Qu’il secoue, mais il faudrait faire un tri
Entre tout ce bric-à-brac, faire attention
Et décider quoi laisser et quoi il gardera.
Difficile, dans ce vacarme assourdissant,
Il faudrait pouvoir voir tout ça au ralenti,
Et petit à petit, se débarrasser de son ego,
Et mieux supporter et maîtriser l’émotion,
Trouver l’erreur dans ce grand panorama,
Sans qu’il ne prenne forme de maelström.
Il devrait, de son cerveau, être le maestro,
Trouver la clé au milieu de son trousseau,
Et qu’il puisse se regarder dans un miroir,
Accepter tout ce qui fait de lui un homme
Sans avoir ce besoin de se trouver si beau
La beauté intérieure, celle de ces humains,
De plusieurs choses, est un subtil mélange,
Tête, cœur, corps, esprit, et c’est si étrange
Certains ne nourrissent pas tous ces côtés,
Alors que l’équilibre en est très dépendant,
Et que l’être est fait de tout cela cependant.
Ne rien oublier, ce afin de bien progresser
Est bien nécessaire, et c’est tel un concerto,
Musique pleine d’instruments qui ont faim,
Piano, guitare, et il y en a encore beaucoup
L’être peut être vu tel un homme-orchestre
Aux manettes de tout, qui doit faire son jeu
Ne jamais s’arrêter, bien trouver les accords
Pour éviter de stagner, gagner la délivrance.

L’Amour véritable

Le torride sentiment de fascination ultime qu’on ressent lorsqu’on croit aimer quelqu’un est néanmoins bien loin de l’Amour vrai, celui qui se vit et grandit au quotidien.
Car la Passion ne dure, elle murmure un peu, et s’en va sournoisement silencieuse, et l’on ne s’en aperçoit souvent qu’une fois qu’elle est bien loin, trop pour qu’on la rattrape.
Et les êtres s’éloignent les uns des autres telles des milliers de barques sur un océan écumé, chacune de son côté, croisant parfois d’autres barques échouées, dérivant aux quatre vents.
Le voyage qu’ils vivent alors est long et douloureux, la souffrance est intense et n’a d’égale que les histoires suivantes qui ne tirent de leçon que sur les promesses de ne pas recommencer en faisant les mêmes erreurs, mais la vie en est souvent une suite interminable, et c’est avec un autre qu’ils continuent inlassablement, qu’ils reproduisent le même tableau avec les mêmes pinceaux, et les mêmes couleurs, en ayant l’impression d’agir différemment.
Jusqu’au jour où ils comprennent, où tout devient limpide, et que la remise en question est si nouvelle que l’histoire suivante est la dernière.
Qu’ils goûtent au bonheur.
Qu’ils commencent à vivre, peut-être pour la millième fois, mais une fois pour toutes, l’Amour le plus fort qu’ils n’aient jamais vécu, celui qui surpassera tous les autres, tant et tellement qu’ils en oublieront tout ce qui s’est passé avant.
Le partage qui s’ensuit est inégalable, l’échange n’a pas d’autre valeur que celle de l’Amour, la plus grande qui existe sur cette Terre désolée, sur laquelle ceux qui souffrent sont légion.
Ils rejoignent alors une minorité, qui ne s’étendra jamais vraiment car les humains sont aveugles et avancent en vain, dans autant de directions qu’il est possible d’en tracer, en se rentrant parfois les uns dans les autres dans des chocs douloureux, en se frôlant aussi d’autres fois dans des caresses insoupçonnables qui leurs procurent frissons et sensations profondes.
Les pages se tournent lourdement, par des efforts intenses, les cicatrices sont de plus en plus larges, les sutures sur les cœurs sont de plus en plus nombreuses, ils s’unissent et se désunissent dans des cercles vicieux qui n’auront de fins qu’avec l’éveil spirituel de leurs âmes qu’ils croient damnées ou maudites, voire inexistantes.
Ou encore ils restent, résignés, et passent des années avec des êtres bien trop différents, se persuadant de n’avoir d’autre choix que celui qui les fait tant souffrir.
Ils s’occupent parfois à changer le monde sans comprendre qu’ils ne pourront jamais sans s’améliorer d’abord…

Image : CC BY FacemePLS