Sous un ciel noir

C’est la série acérée des textes attestés, estampillés « existence »,
Sans son « ciel » en suffixe, elle est succinctement sans saveur,
Sans distance, sans envergure, mais elle peut être dévergondée,

Tout ça pour justifier le sens d’un discours souvent asocial, mais sûr.
Sûr de lui, en toutes circonstances, avisé, alcoolisé et sauvage,
Acerbe, car la verve et le verbe sont versés d’un cerveau révolté,
Qui rêve, qui vole, de façon survoltée, et qui divague envoûté,
Par des avertissements où des maux avérés avilissent, des averses,
Des ovulations d’idées, sans aveux, où ma vie ne vaut que le vide.

Tout ça pour justifier l’indécence de pensées mesurées, incandescentes,
L’intérêt tout soudain pour des mots étrangers, et des vers arrangés,
En phrases qui frisent une affreuse sensation d’indifférence rangée,
De laquelle je ne veux percer l’intimité, certain d’être superflu.

Le mystère me fait fuir, ses affres m’affolent, et au fond de moi,
Je me refuse d’affleurer ses faces, l’efficacité d’habitudes ont fait
Que jamais je n’aurais la prétention de croire que j’ai gagné.
La profondeur des blessures affrétant mon cœur m’a fait fataliste.

À ma liste s’empilent à foison une foule de cicatrices dont certaines,
Sont encore ouvertes et n’attendent que du temps pour se refermer.
La plupart n’ont pas été recousues, et quelques unes sont infectées.
Et je ne sais comment je fais pour garder la foi, est-ce génétique ?
Ou est-ce général, et la masse est-elle aussi dans l’espérance ?
Foutues questions, inutiles et futiles, aux réponses ultérieures,
À la forme altérée, mais au fond, fatidiques.

Je

Ma vie ne plaît pas à tout le monde, et tant mieux.
Je n’ai rien à prouver à personne, même pas à dieu.
Il y en a qui n’assument pas leur passé, et c’est bête,
Franchement, tant pis pour eux si ça les embête.
Je suis extraverti et extra perdu, mais c’est pas grave,
Tous les chemins mènent à la route de la déprave.
Philosophe à mes heures « on », là je suis en « off »,
L’interrupteur est bloqué, mais c’est pas une catastrophe.
C’est très facile de me blesser, il n’y a aucun mérite,
Mon hypersensibilité est vulnérable, surtout aux hypocrites.
Certains me trouvent fascinant, c’est très étonnant…
J’ai pas l’impression d’être exceptionnel ni détonnant.
Je suis hermétique à la flatterie, enfin ça dépend,
Il y a quelques cas spéciaux, mais je reste Serpent.
Je n’ai rien à cacher, quoique j’ai deux trois secrets,
C’est pas ceux qu’on croit et ils sont écrits à la craie.
Ils s’effacent et je les oublie dès qu’il se met à pleuvoir,
Et ils reviennent quand je m’attendais pas à les revoir.
Je ne suis personne, et même très souvent invisible,
Ça peut être pratique, mais c’est un handicap risible.
Si on me cherche au milieu d’une foule, c’est facile,
Je suis celui qui marche à contresens de toutes les files.
Je me fous qu’on ne m’aime pas, c’est pas mon problème,
Moi j’aime tout le monde, sans a priori, et sans emblème.
Jusqu’à ce qu’on m’attaque ou qu’on se foute de ma pomme.
J’ai un sixième sens pour repérer ça chez l’Homme.
Je n’accepte pas d’entrer dans le cercle des gens pour rien,
J’attends avant qu’on me parle, ma particularité de terrien.
Car j’ai conscience que mon humanité a une différence notable,
Avec les animaux qui sont incapables d’être affables.
Alors ne prenez pas pour acquis mon amitié, ni ma confiance,
Avant qu’elle vous soit accordée, il faudra quelques circonstances.
Jamais je ne m’estime mieux que personne, pas même des pires,
Nous avons tous le yin et le yang en nous, qu’on y aspire,
Ou non.

Mas questions

Pourquoi suis-je ici, dans ce monde cruel ?
Ça n’a pas de sens, je suis enfermé, ce tunnel
N’a pas de fond, n’est pas ascensionnel,
Pas à pas, à tâtons, ma vie est superficielle.

Marché aux esclaves, c’est l’impression que j’ai,
Entre un homme fort et quelques armes de jet,
Nous sommes vendus sur une estrade, des objets,
J’en suis malade, mais d’évasion je n’ai pas le projet.

Suis un être sans ambition, pourtant insoumis,
Contrarié à outrance de n’être qu’une fourmi,
Et je hurle en silence, je fais des compromis,
J’aimerais une chance de m’envoler, un permis.

Qu’on me laisse y croire, partir dans le ciel, qu’on
Reprenne ces chaînes qui m’entravent, c’est con,
Tout semble impossible vu d’ici, depuis ce balcon,
À des kilomètres du sol, il ne tombe jamais de flocons.

Zéro sur vingt ou zéro degré, c’est toujours nul,
Mais moi je sais compter, et sortir de ma bulle,
Es-tu un être à part, une espèce de pit-bull ?
Tu me semblais si douce à moi, le noctambule.

Prête-moi ta folie, montre-moi tes limites,
À toute fantaisie, j’allume la dynamite,
Ça pourrait être drôle, je n’étais qu’un ermite,
Toi, tu m’as tiré hors de ma grotte de granit.

Merci bien

Merci à la vie, cette putain d’ordure, qu’elle aille se faire foutre,
De m’avoir vomi, cloué sur un mur, pendu à la poutre,
Perfusé d’envie, de désir obscur, rempli comme une outre,
De besoins malsains, de haines clandestines, de vices reptiliens,
D’opiacés desseins, de rages intestines, et d’absence de liens,
De sombres dessins, symboles qui destinent, l’existence pour rien.

Merci à la vie, et je lève mon verre, les yeux dans le vide,
À cette survie, à cet univers, à ces cons avides,
Camé à l’envi, dans les veines des vers, qui me rendent livide,
Qui grouillent et provoquent, des douleurs atroces, et des insomnies,
Des phrases équivoques, qui semblent féroces, mais sont calomnies,
De simples breloques, des rumeurs véloces, courent à l’infini.

Merci à la vie, hurlant dans la nuit, assoiffé de sang,
J’y suis asservi, bombardé d’ennui, j’épie les passants,
Ces proies poursuivies, du destin qui nuit, à ces innocents,
Pleins de protéines, mes crocs aiguisés, sont prêts à briser,
Les cous, l’héroïne, les fous déguisés, les têtes excisées,
Les cœurs, les poitrines, je veux les baser, et les inciser.

Merci à la vie, putain de salope, faut la poignarder,
La laisser se vider des psychotropes, qu’elle a placardé,
Et puis, assouvi, moi le lycanthrope, que vous regardez,
J’irai sous la terre, errer dans des caves, pour me reposer,
Ou dans des cratères, ravaler ma bave, me recomposer,
M’abreuver d’éther, fixer la déprave, jusqu’à la nausée.