Comme un roc

L’enfer est encore loin, même si Faust et Dante ont vieilli,
Reste une photo dans un coin, d’où des souvenirs ont sailli,
On se rappelle, un jour on fut enfant rêveur, on se souvient,
Des motifs amusants imprimés sur un pyjama, tout ça revient…
On s’interpelle, et c’est pour fuir ce présent, qui va et vient,
Qui fautif, abusant, arrimé à soi, mais plus jamais
On n’oubliera, toute la famille qui était là, et même ceux
Qui sont partis depuis longtemps, dieu ait leurs âmes,
Qu’ils soient bénis… Mais penser à ceux qui sont là,
C’est rassurant, on aimerait bien, messieurs mesdames,
Qu’ils restent encore, même aux abords de nos flammes
Qui, brûlantes d’enthousiasme à l’idée qu’on soit éternels,
Tels des sentiments uniques, tels des rêves sempiternels…
L’amour des siens, on voudrait bien qu’il dure longtemps,
On voudrait croire, une vie faite que de bon temps,
Et puis parfois on vient à rêver doucement, et tout sourire,
On se revoit alors avant, arriver innocemment à courir,
À gagner la course, sans penser aux lendemains, ce futur,
On boit à la source, sans pouvoir recommencer, mais les sutures
Laissent des cicatrices, dont la guérison dépend de soi,
Et l’on choisit, soit de l’aider, et elle devient expiatrice,
Soit on l’empêche, et les blessures suppurent, elles s’infectent.
Quoi qu’il en soit, on est responsable du résultat, de son affect,
Architecte de ce qu’on garde, et qu’on a sur le dos à vie,
Ce peut être un fardeau, et assombrir toutes ses envies, ses avis,
Mais ce peut être une paire d’ailes, et soulever son corps ravi,
De s’envoler… Car le destin est ainsi fait : ou bariolé,
Ou de grisaille… C’est un festin avec buffet, à volonté,
En victuailles… Où les sapins sont décorés, par la bonté,
Ou bien encore par d’autres choses, d’autre côtés que je ne veux,
Plus détailler, mais détaler, loin des humeurs détricotées,
Où le tonnerre éclate et gronde, fait sursauter, sans beauté,
Quand la vie tend l’envie, d’une main généreuse, la saisir,
Elle qui est faite, de jours avec et de jours sans, où le sang
S’enfuit malgré les barricades, en cascades, comme la pluie
Précède le soleil, les saisons se relayent, font des révolutions,
Tournent en rond, et reviennent à l’origine, nous ne saurons,
Que demain s’il fera beau, si les nuages androgynes partiront,
S’il suffira d’un placebo, pour se sentir à merveille, respirons,
Les particules douces et vermeilles, que l’on transpire,
Que la Nature altruiste transmet, et prenons le pire
Du meilleur, ignorons les ratures tristes des ondes de choc,
Car au final, c’est à nous de choisir… Soit on rejette tout en bloc,
Soit on soupire, puis on respire, et l’on devient fort comme un roc.

Image : libre de droits (Vero Noumea – Nouvelle-Calédonie)

Comme Ulysse

Ployer sous le poids d’un soleil froid, broyé
Foudroyé par la solitude sans voix, envoyée
Par le sort ordinaire qui perdure, sanguinaire,
Quand le réveil vermeil atténue la merveille
De la douce caresse des rayons sans pareil,
Leur chaleur de laquelle je suis immunisé,
Glacé, agacé, et l’espace agencé est trop vide.
Ovide aurait trouvé de quoi poétiser l’endroit,
Moi je ne suis personne, et ce n’est pas une ruse
Destinée à tromper un cyclope misanthrope,
Mais fatalité intruse, un rude supplice qui dure,
Si dur, mon cœur sèche avec le temps, j’endure
L’amertume, les jours prennent un goût aigre,
Les acides ponctuent onctueusement l’existence,
Et Lucie est dans les nuages, ornée de diamants,
Mais mes dents se brisent, s’effondrent sciemment,
Comme si un accident les avaient sciées discrètement,
Pendant qu’endormi je rêvais à des lendemains plus cléments.

Image : John William Waterhouse (1849–1917) Ulysse et les sirènes

La comète

Parti de rien du tout, faut quand même y aller,
La vie est bien souvent un tantinet étrange,
Animée de destins et de hasards mêlés,
Ni plus ni moins que la silhouette d’un ange,
Sur un nuage blanc, qui regarde la Terre,
Se marrant bien devant tous ces êtres bizarres,
Un smartphone dans la main, dans l’autre, de l’éther,
Rayonnante auréole, et fumant son pétard.

Urgent est le besoin, et tordue est la clé,
Nuits et jours se succèdent à vitesse ralentie,
Entre espoir et fatigue divaguent les pensées,
Comme un enfant croirait parce qu’il l’aurait senti,
On se perd dans des films aux scénarios brumeux,
Martelant le désir d’un demain différent,
Et chauffant l’illusion sur un doux feu fumeux,
Théorisant l’envie par des mots transparents.

Elles sont belles ces idées, mais où est le concret ?
Allumé par la flamme et brûlant sur le grill,
Une image qui s’efface, dessinée à la craie,
Née d’un mot envolé dans un discours fébrile,
Et le soir quand les yeux se ferment et que l’esprit
Annihile la raison, le rêve prend les devants,
Noue au cœur le poison qui de ton corps épris
Nuit immanquablement et t’expose aux grands vents,

Éternise la tempête, et chahute le bateau,
Envoie au loin valser les dernières feuilles mortes,
Livre à l’hiver le temps comme sur un plateau,
Univers si petit où des phrases par cohortes
Misent que l’heure est venue, que l’attente est trop longue,
Irréelle, incertaine, le mirage disparaît,
Entre une dune, un volcan, une visée oblongue,
Rester là, espérer, c’est la vie il paraît.

Et la vie est mortelle…

Décompte aléatoire

Capturer le soleil et le mettre dans une boîte,
Pour pouvoir le ressortir dans la nuit noire
De mon désespoir, quand tout paraît foutu,
Lorsque j’ai regardé dans ta direction, je l’ai vu,
Et il m’a éclairé alors que j’étais dans le noir.
Et plus j’avance, moins ça paraît facile, éteint,
Mais plus j’avance, et plus l’envie s’ancre en moi.
L’envie, l’expression d’un désir aux allures d’impossible,
Ma vie, était une forteresse imprenable et j’y suis.
Chaque jour qui passe, me donne l’impression
De m’éloigner de moi-même, mais plus ça passe,
Et plus j’ai envie de me battre pour y arriver.
Chaque nuit qui passe, mes blessures empirent,
Mais plus je me rapproche de la mort,
Et plus j’ai envie de m’en sortir, tu vois ?
C’est un besoin, de ne plus survivre,
De continuer de rêver et m’approcher du but,
Si difficile qu’il puisse être, c’est le mien.
J’aimerais te donner des raisons de cultiver
Cette puissance qui est en toi, d’aller plus loin,
Et parfois, il faut se rendre à l’évidence, penser
Qu’on ne peut pas tout faire tout de suite,
Mon cœur est posé au centre d’une cible,
Le centaure bande son arc, et décoche une flèche,
S’il loupe, j’aurais gagné un instant.
S’il touche, j’aurais gagné sa victoire.
Et l’un dans l’autre, je n’aurais rien perdu.
Car je suis cet animal mythique, et je suis aussi
La providence incertaine de ses mouvements,
La grâce de son galop, la grandeur de sa liberté.
La constellation qu’on voit depuis la Terre
Cache des galaxies de souvenirs délétères,
Invisibles à l’œil nu, seul l’inconscient décèle
Ces myriades d’étoiles, amassées en petits tas lumineux.
Je voudrais qu’on soit capable de tous les surmonter,
S’en servir pour mieux discerner les tiens,
En faire des armes.
Capturer l’amour et le mettre dans ton cœur,
Pour pouvoir le sentir à toutes les heures
De nos journées pas encore acquises,
Elles sont ma quête.
Ma question, mon équation, à résoudre.
Ne dis rien, le destin s’en chargera, si tu le veux,
Tu l’auras.

Image : libre de droits (Skeeze)