Le monde de l’édition

Mon petit défouloir, ma feuille de papier,
Qu’elle soit virtuelle, un traitement de texte,
Ou bien encore réelle, arbre à corps et à pied,
C’est le même travail dans le même contexte.

Et je vais à nouveau m’en prendre à quelque chose,
C’est un comportement que révise mon arc,
Bien nuisible et pourri, et même un peu morose,
Qui participe au mal sociétaire, se démarque.

On a même instauré un sophisme pour lui,
C’est celui du prestige des métiers hiérarchiques,
Dont les professionnels disent qu’ils font la pluie,
Et le beau temps du monde, leur monde oligarchique.

Particulièrement, le domaine empirique,
De l’édition, dont les représentants hissés,
Sur leurs grands chevaux jaugent, les auteurs homériques,
Comme des viles merdes, futurs citrons pressés.

Ces faux-culs qu’il faudrait lécher jusqu’à plus soif,
Me répugnent, et pourtant j’aime le résultat :
Le livre, objet qui fait bosser les biographes,
Et rêver les auteurs, leurs desiderata.

La logique voudrait qu’on leur doive beaucoup,
Or c’est eux qui nous doivent, faudrait pas se leurrer,
Eux se contentent de mettre la corde au cou,
De leurs chèvres qu’ils font sans égards labeurer.

Entre les charlatans, qui à compte d’auteur,
Se permettent aisément de dépouiller les gens,
Leur montrant des factures qui vont faire leur beurre,
Des miroirs aux alouettes dont ils sont les agents.

Entre les pure players, dématérialisés,
Qui impriment les livres, sur commande et qui font,
Payer des exemplaires aux auteurs épuisés,
Petites vaches à lait, qu’ils baisent bien profond.

Entre les ridicules minuscules entreprises,
Qui ne sont diffusées, et pire : distribuées
Que par elles, pour trouver leurs titres, y a méprise,
Il faut faire des pieds, et des mains, s’exténuer.

Au final, et le mieux, pour un auteur qui veut
Pouvoir avoir dans sa bibliothèque à lui,
Les bouquins qu’il écrit, réaliser ses vœux,
Y a l’auto-édition, travailler jour et nuit.

C’est un boulot énorme, mais on évite ainsi,
De se frotter aux prétentieux professionnels,
On se serre la ceinture, et on est aminci,
Mais on garde ses clous, qui restent passionnels.

Inspirez, expirez

Comme d’habitude, je commence avec une page blanche,
Sans certitude, je balance deux trois mots perdus,
En altitude, je l’ambiance d’un vers et déclenche,
Une multitude, sans romance d’averse éperdue.

Même si je triche, ayant peu de vocabulaire,
Aux rimes riches, je ne suis qu’un acteur meurtri,
Un qui défriche, un qui jette ses feuilles en l’air,
Mes acrostiches, sont un peu de la psychiatrie.

L’ennui profond, et le besoin de m’exprimer,
Tel un bouffon, me poussent à parfois atterrir,
Sur le plafond, la tête en bas pour faire rimer,
Le mot tréfonds, avec le verbe surenchérir.

Et je ne sais, jamais comment ça va finir,
Crever l’abcès, serait un scénario parfait,
Car mon français, y aurait besoin de l’assainir,
Et mon procès, me punirait de mes forfaits.

Quoi qu’il arrive, je m’inspirerai toujours de tout,
À la dérive, de la musique et de vos mots,
Je ne vous prive, de pas grand-chose et mon atout,
Est l’excessive, mentalité fortissimo.

C’est cette verve, qui sort toute seule de mon esprit,
Si je m’énerve, ne pensez pas que c’est à vous,
Que je réserve, ma violence et je vous en prie,
Qu’elle vous serve, ramassez-la comme des cailloux.

Puis jetez-les, sur toutes les choses qui vous oppressent,
Abattez-les, n’hésitez pas à les détruire,
Canardez-les, et visez donc avec adresse,
Et sans délais, tirez et éclatez de rire.

Ce sera tout, inutile de mander la note,
Et puis surtout, fermez bien la porte en partant,
De mon fourre-tout, laissé au vent cela dénote,
Qu’un touche-à-tout, est quelquefois déconcertant.

Je vous salue, bien bas et mon dos craque fort,
Sur mon talus, j’observe au loin les gens qui partent,
Leurs plus-values, sont planquées dans leurs coffres-forts,
Qu’il eût fallut, ouvrir au monde avec pancarte.

La liberté, d’accès aux choses est primordiale,
Et sans fierté, laissez les uns utiliser,
Votre clarté, ne pas le faire est déloyal,
C’est grossièreté, l’avidité aseptisée.

Image : libre de droits

Conneries existentielles ou blabla du mercredi

Il y a environ deux ans, je faisais passer mon ego avant les causes auxquelles je croyais. Je faisais passer ce que je pensais être mon bien-être, avant tout, mais est-ce que le bien-être dépend de l’ego ? Parce que je ne suis pas plus heureux depuis, je n’ai rien gagné ou presque niveau bien-être, j’ai juste changé de « société », que je mets entre guillemets puisque cette société a un aspect virtuel que je trouve assez pathétique. Celle d’avant était politique mais non moins virtuelle, celle d’aujourd’hui est poétique, juste deux lettres de différence, mais un précipice immense entre les deux quoique parfois il y a des passerelles qui peuvent lier l’une à l’autre. Une chose est vraie pourtant, c’est que ce que je fais aujourd’hui me semble mieux apprécié, ou du moins, j’en ai l’impression (il doit y avoir au moins une petite part d’hypocrisie là-dedans). Question appréciation, ce n’était pas le cas avant, ou alors par beaucoup moins de monde. Mais alors, ma vie est donc une course à la reconnaissance ? La conclusion ici pourrait être que je ne militais pas pour les bonnes raisons. Pourtant, je n’ai jamais demandé explicitement de reconnaissance, mais je me plaignais souvent que les actions que je faisais étaient ignorées, se noyaient dans la masse, ou passaient inaperçues (j’employais souvent le mot « boycotté »).

Je n’ai jamais regretté avoir arrêté mon engagement politique, au lieu d’être acteur aujourd’hui je ne suis plus que spectateur qui exprime de temps en temps et de manière explosive mais non moins froidement, son avis, car je n’ai jamais abandonné les idées qui m’étaient chères, je crois toujours à l’importance des causes que je défendais, mais il y a maintenant de la distance entre ces engagements et moi. J’ai envie de faire la même chose avec la poésie. Et je suppose que ce sentiment est banal, que beaucoup de pratiquants, de poètes – et certain(e)s par humilité refusent de se qualifier ainsi – ressentent cette espèce de lassitude, l’envie d’arrêter. Rien que pour ça, ça ne sera pas pour aujourd’hui, je n’aime pas faire des choses si je ressens que d’autres personnes veulent (ou ont voulu) aussi le faire, je n’aime pas la foule, je n’aime pas la conformité. La pratique de la poésie est anticonformiste, on est combien de pour cent à faire ça ? À mon avis, peu.

Image : libre de droits (Paravion)

La clé

Certains jours je désespère, spirituellement aspiré,
À moins que ce ne soit l’envie, ou le manque d’envie,
Ou sinon, un besoin quasi assouvi, bien inséré sous ma vie,
Quoi qu’il en soit, ce soir je n’ai plus l’appétence des mots,
Pourtant l’inspiration est ici, m’aspergeant, me submergeant,
C’est quelque chose de complexe, un peu con, presque incompréhensif,
Un dilemme en moi-même qui me peine, je suis en panne,
Une satire qui se tire en vitesse, je sature, statique et stoïque,
Je reste en place, attiré et tenté par un tour du monde, torturé,
Non, ce serait simplement un bond, même pas un pas de géant,
Une enjambée de Terrien, arriver entièrement à ta porte, éthéré,
Astreint à la patience, pas de chance, j’aime pas attendre,
Tourner autour d’un sentiment d’un centimètre, moi je veux qu’il grandisse,
Qu’il explose ses couleurs, qu’elles t’éclaboussent d’un sourire,
Sans rire, l’arc-en-ciel de mon cœur trépigne d’impatience,
J’ai peur qu’il perde son éclat, et je veux qu’il soit libéré,
Il crie au secours, cherche cette clé, séparée en deux parties distinctes,
J’en ai juste une moitié, l’autre s’est perdue au fil d’un soupir.
À ton nom, ta peau satinée, ton sourire fugace, tes yeux d’alcôve,
Sur un désir désert l’usure susurre l’azur d’un horizon emprisonné dans ton regard,
Et tes lèvres… j’arrête car je divague et vogue sur les vagues de ton visage,
Et je sens que je vais défaillir… car à mesure la plongée est plus profonde et mon coeur étouffe,
La pression m’empêche de respirer, je m’apprête à imploser,
Mais comment remonter ? Je pense que c’est impossible, inadmissible,
Alors je m’égare, dans le labyrinthe de ton coeur, je ne cherche pas la sortie,
Non, je cherche à y mourir, l’amour, les rires, la folie me guette…

Le rythme flou de la vie

Ce soir, j’apprécie ma solitude, car elle m’inspire,
Elle qui d’habitude aurait tendance à me nuire,
Le flot des phrases écartelées en mots croisés,
Une flamme pourrait toutes les faire brûler.
Il se pourrait même qu’elles s’effacent, et ne fassent
Qu’un avec le néant, pour voir la vérité en face,
Une courte seconde, perçue comme un léger flash
Irrémédiable, autant qu’un avion qui se crashe
S’il se trouve tout à fait à l’autre bout du monde.
Irrémédiable. J’irai, mais Diable qu’elle est féconde !
Mais uniquement si on la laisse faire, si on lâche
Prise, se laisser submerger par le plancher des vaches,
Outre que la campagne a quelques pénibles côtés,
Sa tranquillité est d’un reposant, donne envie de tricoter
En mots, des habits de lumière qui ne vont qu’aux pauvres,
Saillants comme un désert qu’on entrevoit dans une alcôve,
Éphémères, car dès que la nuit tombe sur les toits,
Forts de leur magie, ces frusques disparaissent avec toi,
Et renaissent à tous les demains, à chaque fin de cycle meurent,
Revivent, l’instantanée alchimie qui s’installe en ta demeure,
Avide de tes yeux, de ton attention, de ton sourire,
De tes larmes, de tout un chacun de tes désirs,
Et de tes humeurs, piles, faces, et sur la tranche,
Ton bonheur et ton malheur, même quand tu flanches.
Et tu finiras bien par comprendre que, quoi que tu fasses,
Si ton destin est au nord, alors tu iras au nord.
Tu peux résister, partir dans le sud sans laisser trace
Et y rester, tricher, et te cacher près des bords,
Rien ne t’indique que ton destin n’était pas celui-là…

Dissociation

Écrire, c’est peindre avec des mots,
C’est dessiner avec des lettres,
C’est hurler silencieusement,
Du fond de son lit ou du haut d’une montagne,
Sans écho.

Écrire, c’est sculpter des phrases,
C’est graver des idées, des souvenirs,
C’est chanter sans notes, sans musique,
Seul, sans orchestre, sans instrument,
Sans public.

Écrire, c’est se déshabiller
Alors qu’on est déjà nu,
Crier des émotions, créer des sentiments,
Inventer sa vie, secouer son âme,
Sans un bruit.

Écrire, c’est s’enfuir sur la pointe des pieds,
S’envoler sans ailes, planer sans drogues,
Nager sans eau, plonger au fond de soi,
Poursuivre le néant et trouver le chaos,
Sans théorie.

Écrire, c’est arracher son cœur,
Le mettre en pièces et l’étaler,
Creuser la pierre avec ses ongles,
Ouvrir les yeux dans le noir,
Sans mystère.

Image : libre de droits (fill)

Dangereux étranger

J’écris pas pour qu’on m’aime, ni même pour qu’on m’admire
Ni encore pour qu’on trouve des sous-sens à mes mots
J’écris pas pour décrire la beauté et les rires
Des enfants ou des beaufs qu’on entend déjà trop.

Je n’écris que pour moi, parfois pour te parler
J’écris pour m’exprimer, pour gueuler mes souffrances
Parfois pour raconter des histoires torturées
Que tu n’veux pas entendre, dans ton indifférence.

Je ne force personne à lire, à m’écouter
Je ne me force pas, à écrire des horreurs
Ça sort ou ça sort pas, ça sort comme ça, entier
Ce ne sont que mes heures, que mes pleurs, que mes peurs.

Alors si ça t’emmerde je t’invite à partir
Je t’invite à me fuir, car tu vas déchanter
Tu risques de pâlir, de trembler, devenir
Très cynique et c’est moi qui viendrais te hanter.

Réfléchis à deux fois avant de continuer
Passer au vers suivant, il risque d’insinuer
Que tu n’es pas ici pour les bonnes raisons
Que tu pourrais tomber, ou changer de saison.

Je me fiche de l’effet que je fais, c’est te dire
Si tu m’importes peu toi le public ignare
Le public n’est pas, chacun comprend mon art
Avec ses propres maux, son âme de triste sire.

Si tu te sens vraiment différent de la masse
Alors tu m’intéresses, c’est à toi que je parle
Tu es un être unique en son genre, et tu passes
Par ici dans tes buts que j’ignore, une escale.

Si tu te sens vraiment ou touché ou frappé
En plein visage, alors j’ai réussi mon coup
Car dans ma nuit interminable j’ai visé
Tout juste et à distance, et je visais ton cou.

N’y vois aucune violence, ce put être un baiser
Chuchotement intense ou un simple mot doux
Ce put être une caresse, une morsure douce que mes
Yeux t’ont lancé comme ça, ils sont perdus partout.

Ce sont ces yeux de braise qui crament mon intérieur
Ces yeux noirs de chaleur qui fument à toute heure
Mais fais donc attention, ils peuvent de leur noirceur
Se transformer en loup, un masque de rêveur.

Ils peuvent être assassins, acteurs itinérants
Et devenir ta peur, ton chagrin, et le vent
Se lever doucement par delà l’océan
Et venir te bercer à toutes les heures du temps.

Alors je te conseille de rester sur tes gardes
Je ne suis pas de ceux qu’on aime par mégarde
Je suis de ceux qu’on pleure, de ceux qu’on ne comprend
Un éternel maudit, qui ne s’aime pas vraiment.

Non, j’aime la Nature morte, la pluie, le froid, le noir
La nuit, les rues désertes, et marcher tard le soir
Je fuis les lumières jaunes et oranges de la ville
J’aime la forêt, les arbres, la mer, ses vagues idylles.

J’aime les odeurs d’humus, j’aime la terre fertile
J’aime mes rêves étranges, où je vois mes fantômes
Rencontrés au hasard, les soirs au creux du fil
Du rasoir émoussé de mes songes sans arôme.

Et au gré des humeurs, parfois je n’aime rien
Je m’enfonce profond dans la tristesse étrange
Étrangère à tes connaissances, comme un chien
Tu ne comprendras pas qu’au fond je suis un ange.

Image : libre de droits (GDJ)