Littérature

Encore une fois, je me réveille en pensant à un rêve rompu,
Une fois supplémentaire, encore une, une dernière, interrompue,
Page arrachée, froissée, laissée en désuétude sur le plancher,
Tournée et retournée, envisagée, délaissée, réenvisagée, flanchée,
Le sort livre ses forces invincibles et fatales,
Livre l’impossibilité d’une suite favorable et détale,
Semble se roidir comme un macchabée, m’échapper,
Arriver à terme, s’enfuir au vent comme une mèche happée,
À la lisière de mon rêve aux fins illusoires,
La destinée n’avait été qu’une histoire dérisoire,
Fin d’une aventure, début d’une autre, accessoire,
Mais mon esprit vagabondera encore quelques soirs,
On sera ensemble sans l’être, l’imagination faisant le reste,
Ajoutera des éléments au sud, au nord, à l’ouest, à l’est,
Autant qu’il en faut pour qu’une fois revenu à la réalité,
De ma vie dévidée, je sois à la fois debout et alité,
Pages volantes, que la folie a remplie de mots inexistants,
Qu’il faudra effacer d’une manière ou d’une autre, qu’il
Faudra déchirer sans regret, juste pour être tranquille,
Pour naître à nouveau et passer à autre chose,
Terminer le manuscrit sans le bâcler, sans overdose,
L’histoire doit avoir une fin, un point final original,
Sur la blancheur de cette page et de son grain médicinal,
Une petite mais non moins froide terminaison,
Teinte fade, voire pastel, suppurant la déraison,
Positive sur une face, négative sur l’autre, amère à foison.

Explosion

Dedans mes traits tirés, ma détresse étirée, je rêve de me tirer,
C’est folie de penser que je pourrais danser dans ses nuits éthérées,
Et je suis atterré d’être ainsi attiré, altéré par ses yeux,
Ils sont deux et dedans, se cache l’univers, et dans les miens l’averse,
Et au fond de son cœur, dans ce géant qui cogne, se marie l’océan,
La lueur minuscule, mon aliment vital, et ma faim se rapproche,
L’angoisse et l’apogée, le danger du métal, que mon âme se raccroche,
Rien ne sera compris, rien ne se racontera, et je le garderai,
Égoïste, rien qu’à moi, rien qu’à moi, moi, moi, Moi, MOI.
Rien qu’à moi, juste à moi, que pour moi, putain j’ai si froid,
Je fais abstraction des autres, leur bonheur me répugne,
Il est comme un larsen, dans mes oreilles sature, sale comme une rature,
Ça rouvre mes sutures, ça suinte et ça suppure, j’aspire à autre chose,
De plus grand, de plus fort, d’infini, plus encore que l’osmose,
Moi je veux étouffer, dans des bras enserré, et ne plus respirer,
Mon esprit torturé, tourne autour de la Terre, et par elle aspiré,
S’engouffre dans son cœur, et fonce en son noyau, s’insère et l’insémine,
En toute sincérité, l’extase est à son point, culminant, l’étamine,
S’envole et va toucher, le ciel et se lover, dans un soleil trop seul,
Qui l’attendait sans bruit, pour briller dans la nuit, pour tomber sur le sol.

Touché

Mon arc bandé, mes flèches taillées, de mon œil j’ai visé,
Mais soudain, mon corps s’est déséquilibré et mon cœur s’est divisé,
Pour plonger dans deux prunelles noisettes, ils s’y sont noyés,
Sondant les paysages immenses que ce passage cachait,
L’aventure non avisée avait un goût de miel sauvage,
Aussi doux que du satin, des soirs jusqu’aux matins,
Sauvage, c’est l’adjectif qui convient à merveille,
Merveille, c’est le souvenir que j’en ai gardé.
Mes phases amères veillent, résultat de mon passif défaillant,
Reviennent systématiquement, s’insèrent dans la moindre faille,
Ces souvenirs les enveloppent ponctuellement, me les font oublier,
L’ennui, c’est qu’elles finissent toujours par se montrer à nouveau,
Et qu’elles en gâchent tout de même la totalité,
Car en face, l’incompréhension se vautre, toute alitée,
Lorsque d’un sourire je passe à des larmes aveugles,
Des larmes qui coulent en silence, mais qui beuglent,
Ma souffrance latente, montrent mes cicatrices et dévoilent l’attente,
Le désir qu’elles disparaissent un jour, ces brûlures douloureuses,
Par la venue d’une coupeuse de feu, d’une magicienne amoureuse.
Même si c’est en vain, si c’est un besoin qui restera inassouvi, à vie,
Même si c’est impossible, trop improbable, aberrant et risible,
Ma folie s’autorise à continuer d’espérer, mais ma raison,
Me remet les pieds sur Terre, sur le port m’arraisonne,
Et ces voix résonnent, répètent et psalmodient le rêve,
Ma bouche a déjà goûté la sève irréelle, j’ai déjà connu la trêve,
Et de revoir ce pays illusoire, putain j’en crève…
C’est pour ça que lorsque je plonge dans ces iris,
Je touche presque du doigt ce but que garde Éros,
Et que mes yeux brillent, que ma tête part en vrille.

Insignifiance

Une nouvelle page déjà arrachée et chiffonnée, jetée dans le caniveau,
Je n’ai plus l’âge de me harnacher, et de tomber ainsi à un bas niveau,
J’ai pas de rage, ni même cachée, ni inhibée, ni l’envie d’un beau caveau,
Je suis pas sage, juste un peu séché, un peu plombé par cet échec que me vaut
Ce choc, l’orage, la pluie épanchée, toute incubée, larmes invisibles in vivo.

Faire marche arrière, encore une fois, m’attriste au point de me déchirer,
Et loin derrière, j’ai plus la foi, je serre mes poings, je suis aspiré,
Et par la bière, et quelquefois, sans un appoint je suis attiré,
Par la clairière, et par les bois, tous leurs recoins pour me retirer,
Depuis hier, la soif me boit, et ce besoin veut pas se tirer.

Je me vois d’un peu loin, être pathétique, un genre de mort-vivant à l’air triste,
Plus besoin d’aucun soin, ce niveau critique n’a que l’achèvement secouriste,
Rapide et sans témoin, et analgésique, pour solution un peu rigoriste,
Sans non plus faire de foin, c’est bien ironique, mais je ne suis plus qu’un vieux touriste,
Sur cette Terre pour rien, un bilan tragique, ça fait longtemps que je suis hors piste.

Image : libre de droits (John Hain)

Encore

Encore un échec, je mate l’horizon le cœur plein d’amertume,
Encore une gamelle, dans la boue et la vase ou le fumier qui fume,
Encore une histoire, que je laisserai pas continuer, et j’assume,
Encore un mur, qui s’est dressé tout d’un coup dans la brume.

Je suis un collectionneur, mais c’est loin d’être une passion,
Je suis un saule pleureur, un qui ment par omission,
Je suis un échiquier, toutes les pièces loupent leurs missions,
Je suis un vieux métier, en voie de disparition.

Je ne sais qu’aimer, c’est vraiment mon seul talent,
Je ne sais que faire l’amour, avec ardeur, rapide et lent,
Je ne sais que donner, pas recevoir et c’est violent,
Je ne sais que mourir, d’amour, et un peu rêver, ambivalent.

Image : libre de droits (Suppenkasper)

Essai raté

Au fil du temps s’étendent les files d’attente, alors si c’est ton tour, tente le coup et tais-toi. Si t’es atterré que tes traits ne soient pas éternels, fais attention, relativise, étire ta conscience, évite de déblatérer ta science, les pédants sont tués dans cette société autoritaire, fais profil bas, patiente. N’obéis jamais aux beaux parleurs, abats-les, et ne baisse pas les yeux devant eux, fusille-les. Écoute ton cœur sans oublier ta tête, crois en toi sans flatter ton ego, n’attise pas la haine.

Moi je pisse sur les étendards et sur leurs détracteurs, ces têtes de lard, j’offre mon corps au martyre, qu’on me tire dessus, mais en face, et pas dans le dos… De toutes façons, je suis adossé au mur et j’observe, je m’abreuve de tout ce qui tourne autour de moi, d’aucuns me disent inactif, je suis juste inaccessible, et les théories terrestres ne conviennent qu’aux moutons et aux loups, je ne suis ni l’un ni l’autre, à la limite un centaure au menton relevé et à l’œil ouvert.

Image : libre de droits