Spiritualité, ego, alter-ego, mental & altruisme

La spiritualité, étymologiquement, si on remonte les locutions latines, signifie d’abord « immatérialité », puis « souffle » (esprit, âme). C’est le domaine de l’absolu (qui se suffit à lui-même et qui peut donner du sens à la vie, qui ne dépend de rien d’autre que de lui-même). Pour certains, ce sont des religions, pour d’autres, la nature, l’univers, etc. C’est ce qui relie tous les hommes et toutes les femmes, ainsi que tous les êtres vivants et même les minéraux. L’esprit, ou l’âme, mais aussi le karma pour d’autres individus, en dépendent. Ce qu’il y a au-delà de la mort est mystérieux, a toujours fasciné, et tenter de comprendre d’une manière la plus cohérente possible est légitime, sans toutefois accepter des explications toutes faites, arbitraires ou farfelues, dans lesquelles la réponse à la question « pourquoi, comment » ne sera pas « parce que c’est comme ça ». Ça peut donner du sens à sa vie et répondre à beaucoup de questions qu’un être humain se pose. Mais chacun est différent, et les différentes explications auront du sens pour certains, et pas pour d’autres qui en donneront par d’autres explications, et c’est pourquoi on ne devrait pas se permettre de considérer un pratiquant d’une religion qui n’a aucun sens pour nous, comme quelqu’un qui est dans l’erreur, car c’est sa vérité, et si pour lui elle donne plus de sens à sa conception de l’absolu que pour nous, grand bien lui en fasse.

L’ego, c’est le Moi, c’est la partie de soi qui revendique qu’elle existe depuis l’instant de la naissance jusqu’au dernier souffle. L’ego se nourrit des émotions, qui peuvent ou le caresser dans le sens du poil, ou le blesser. L’oeil (ou les autres sens) voit des faits. Avant d’aller au mental, les images de ces faits passent par l’ego qui avale l’émotion ressentie à la vision de ces faits. Ils atteignent ensuite le mental qui interprète ces faits en les agrémentant naturellement de l’émotion ou des émotions qui les accompagnent, ainsi le mental juge les faits et leur attribue une valeur de bien à mal en passant par toutes les nuances qu’il peut y avoir entre les deux. Seulement, les faits sont dénués d’émotions, quels qu’ils soient ils sont neutres. L’ego place donc un voile semi-transparent (et parfois complètement opaque) sur l’interprétation des faits, et le mental ne les voit pas tels qu’ils sont, mais modifiés par les émotions dont l’ego s’est nourri.

L’alter-ego est un personnage factice que l’on se fabrique tout au long de sa vie, au moins jusqu’au moment où on en prend conscience et qu’on essaye (ou pas) de s’en débarrasser. Petit à petit lorsqu’on quitte l’enfance, à partir de 6 ans, on s’éloigne de sa vraie Nature, le Moi profond, l’ego dans toute sa splendeur. L’enfant avant 6 ans s’il découvre l’extérieur, n’a d’intérêt que lui-même. Tout ce qui fait qu’il est ce qu’il est représente sa vraie nature. L’Homme devrait se souvenir toute sa vie de ce qu’il était avant ses 6 ans, or il l’oublie progressivement, et cette nature s’efface pour laisser la place à un individu postiche qu’on appelle l’alter-ego.

La spiritualité a pour effet de maintenir l’Homme dans un cadre de fonctionnement bien défini par certaines limites. Lorsqu’on s’y intéresse, si l’enseignement vise à ça alors le but deviendra de s’améliorer et de faire du bien autour de soi, selon sa propre conception du bien (cadrée par l’enseignement spirituel). Un jour ou l’autre, il se rend alors compte qu’en faisant cela, du bien autour de lui, c’est à lui-même qu’il en fait à travers ses actions. Le bien que l’on se fait à travers le bien qu’on fait aux autres est presque accidentel, involontaire, au départ puisque lorsqu’on s’en aperçoit, on peut finir par décider de le faire pour ça, pour se faire soi-même du bien grâce à celui qu’on fait aux autres, et trouver un équilibre dans tout ça.

On peut être altruiste toute sa vie sans en avoir conscience. J’ai déjà théorisé de manière utopique et même sans grande conviction, que grâce à l’altruisme, l’humanité pourrait sortir de sa condition individualiste, se débarrasser de ses habitudes d’échange via une monnaie, ne plus attribuer des valeurs souvent arbitraires (comme celles attribuées aux métaux soi-disant précieux, l’exemple extrême) aux choses lors de la demande, de l’offre, de ces choses. L’offre et la demande constituent des situations qui peuvent mener à des conflits, et en admettant que tout le monde soit altruiste (le côté utopique de cette théorie), il n’y aurait plus aucun problème et les échanges deviendraient des dons sans attente en retour. En France, nous avons des expressions qui maintiennent une situation de prêts et dettes même concernant les services qu’on peut se rendre les uns aux autres : les expressions « à charge de revanche » ou « renvoyer l’ascenseur » même si elles partent d’une bonne intention, sont significatives sur ce sujet. Elles signifient normalement à quelqu’un que son service lui sera rendu en retour un jour ou l’autre, par un autre service de valeur équivalente, toujours selon une échelle de valeur définit par soi-même et sans le consentement de l’autre. Mais pour beaucoup, ces expressions signifient aussi que sans retour de la part de l’autre, ils ne feront rien. Conclusion, ces expressions vont à l’opposé de l’altruisme.

CNV, la relation de couple

Conférence enregistrée à Neuchâtel, avec Marshall Rosenberg et la participation d’une traductrice.

Pour les novices, la CNV (communication non-violente) est un processus de communication non-conventionnel, qui implique de s’interroger sur les besoins et les émotions de ses interlocuteurs. Il sort complètement du principe manichéiste (du bien et du mal) et cherche à éliminer le principe de récompense/punition. C’est un concept qui continue à se développer et qui a inspiré beaucoup de personnes qui ont créé d’autres branches où ils l’ont intégrée en complément d’autres enseignements, parfois ésotériques, parfois religieux, et la CNV a fait ses preuves et mérite qu’on s’y attarde et qu’on tente de l’assimiler à sa manière de communiquer. Si ça fait partie du domaine du « développement personnel », Marshall se contente de transmettre son savoir (en évolution perpétuelle) et ne se met jamais en avant comme le font énormément de soi-disant experts en développement personnel, coachs de vie, etc. Il est un vecteur, alors il fait certes payer l’accès à ses conférences (la location des salles n’est pas gratuite), mais lorsqu’elles sont filmées, il les laisse en accès libre sur internet afin qu’elles puissent être découverte par des novices, inspirer des gens, en plus de se transmettre par ce biais.

Concernant les coachs, pour ma part, et comme toujours ce que je dis reste spéculatif, subjectif, et est un avis que je n’impose pas aux autres (qui reste très personnel), j’ai tendance à penser que ce métier profite d’un problème d’ordre mondial, l’incapacité de beaucoup de personnes à faire des choses censées être « normales » au quotidien, essentiellement pour faire de l’argent. Pour faire fonctionner un commerce sur une base libérale, il ne faut surtout pas que les clients n’aient plus besoin du produit qu’on leur vend. Donc je me méfie énormément de tous ceux qui s’autoproclament « coachs ». Je ne me permettrais jamais de dire que tous les coachs sont vénaux, ni qu’ils ne sont pas efficaces dans leur activité, et même il y en a qui sont altruistes, qui s’autorisent à travailler bénévolement dans certains cas, et qui rendent service à des personnes perdues. Mais je vois nettement un paradoxe négatif dans ce métier. Et si on va sur le terrain des « coachs en séduction » par exemple, on atteint le summum de l’horreur, car étymologiquement, le terme de séduction est de la manipulation (du latin seductio : corruption). J’arrêterais là mon pamphlet sur les coachs.

Les professionnels du développement personnel ne devraient pas oublier l’aspect spirituel de leur spécialité. S’il faut bien que tout le monde vive, le fait de conditionner un savoir à l’échange monétaire va à l’encontre du don de soi, de l’altruisme. Et ceux, celles, qui se spécialisent dans un courant bien spécifique oublient souvent volontairement qu’ils ont le pouvoir d’apprendre à leurs clients (qui ne devraient pas être des clients, mais des élèves) à se développer au détriment d’autrui. Selon moi ils devraient prendre en compte ce point et chercher à ouvrir les yeux à ceux à qui ils enseignent, sur ces choses. Que le développement personnel serve à vivre mieux individuellement, c’est une très bonne chose. Mais si cette progression vers le bonheur individuel doit se faire sur le dos de la souffrance d’autres personnes, ça devient clairement nuisible.

Jugement et ordre de priorité

Considérer que quelqu’un juge les autres, c’est aussi juger. Lorsqu’on souhaite sortir de cette logique de jugement, d’évaluation de tout ce qui nous entoure – et de tous ceux qui nous entourent – il est nécessaire d’y réfléchir suffisamment pour réussir à le faire convenablement. L’éducation occidentale impose le jugement partout, on nous apprend à le faire dès l’école primaire par le système de notation et le classement des élèves selon leurs notes. Certains et certaines d’entre nous ont compris que ce comportement était destructif. J’ai souvent entendu dans le discours de personnes qui souhaitaient sortir de cette logique comportementale, dire « je ne juge pas ». Alors qu’ils le faisaient malgré eux, ils continuaient à le faire, sans s’en rendre compte. Le simple fait de dire que des personnes jugent est un jugement (duquel je ne m’apercevais pas auparavant).

Lors de ce travail sur moi qui vise à abandonner le jugement, travail dans lequel je suis toujours actuellement, j’ai commencé par le déni. Tout en étant conscient que juger n’est pas constructif, je disais que c’était naturel. Je suis occidental, et j’ai eu cette éducation dont je parle plus haut, qui invite, oblige même, à tout juger. Et je contredisais les personnes qui m’expliquaient qu’il ne fallait pas juger en leur disant qu’elles avaient juste un problème d’interprétation. Je leur disais : « On peut juger, car c’est naturel, c’est condamner qu’il faut éviter de faire. » et je me trompais – le déni. Car c’est bien le jugement en général, qu’on peut aussi appeler « évaluation », qu’il est intéressant d’abandonner au profit d’autres comportements plus ouverts. Il m’a fallu du temps pour comprendre ça.

Quand on prend conscience que le fait de juger tout ce qui nous entoure est destructif, on commence à se rendre compte qu’on le fait tout le temps, et il se peut qu’une forme de culpabilisation apparaisse lorsqu’on se surprend à le faire, mais généralement, la culpabilisation intervient uniquement quand ce jugement est négatif, et on s’autorise toujours à le faire de manière positive, on peut même aller jusqu’à se dire qu’un jugement positif n’en est pas un… Considérer que quelqu’un est « quelqu’un de bien » a beau être positif, ça n’en est pas moins un jugement. Il est tout à fait possible de désapprendre ce comportement. On n’a pas à culpabiliser de juger, mais pour arriver à cesser de le faire, on doit dans un premier temps repérer les moments où on le fait. Par la suite, plus on s’en rend compte, plus on est capable d’éviter de l’exprimer. Sauf qu’on continue à le penser. Par la suite, le repérage se fera de plus en plus en amont alors qu’au départ il se faisait en aval, autrement dit après l’avoir exprimé. C’est de la vigilance cognitive. Et cesser de juger n’est ni plus ni moins qu’une prise d’habitude. La plupart de nos comportements, qui sont tellement incrustés dans notre manière d’être qu’ils sont inconscients, sont des habitudes toutes simples. Et l’être humain est tout à fait capable de perdre une habitude, même inconsciente, en étant vigilant.

Le jugement est le résultat d’associations d’idées. La pensée fonctionne ainsi, c’est une suite d’associations d’idées qui va très vite. Pour cesser de juger il faut vraiment prendre le temps de s’écouter penser, de réaliser lorsqu’on associe une idée à une autre et qu’on aboutit à une évaluation. Il y a un ordre de priorité, des étapes à passer une par une, afin de réussir à mener à bien cette entreprise. J’entreprends de cesser de juger, et je commence par m’écouter parler. Lorsque je me prends à exprimer un jugement, je prends conscience de mes paroles. Une fois que j’ai l’habitude de me rendre compte de ces paroles, je peux commencer à surveiller mes pensées et à repérer les moments où elles aboutissent à un jugement. Et petit à petit, j’en viens d’abord à ne plus l’exprimer. À ce stade, je continue à le penser, mais je ne le dis plus. Une fois que cette habitude est prise, alors je peux passer à la suite : par la vigilance sur mes associations d’idées, je comprends comment j’en viens à penser cela, et je finis par ne plus le faire. Ainsi, je peux bien mieux écouter les autres, et me concentrer sur l’empathie et la compassion.

Toutes les choses de la vie correspondent à des ordres. Il y a seulement deux types d’ordres : l’ordre de grandeur, et l’ordre de priorité. Ça, c’est quelque chose qu’on n’apprend pas à l’école. Et c’est bien dommage d’ailleurs, mais ce n’est pas le sujet. Une fois qu’on a compris ce fonctionnement humain, on peut savoir à quel type d’ordre correspond telle ou telle chose. C’est une réflexion très utile, car elle va aider à bien mieux comprendre toutes ces choses qui nous entourent. Et à beaucoup mieux nous comprendre, que ce soit les uns les autres, ou nous-même.

Je terminerais par l’extrait de ce livre :

« Réfléchissez aux différents sens qu’on peut donner à ce mot « ordre » : ordre de priorité, ordre de grandeur. « Ordre » est une traduction du mot « dharma ». C’est un terme très riche, avec ses nuances et ses sens dépendant plus ou moins les uns des autres.

Il faut que vous ayez le sens de l’ordre ; c’est impératif. Il ne s’agit pas seulement de savoir dans quel dossier vous avez mis tel papier et dans quel tiroir vous avez mis le dossier en question mais d’un ordre mental. Quel est l’ordre de priorité ? Quel est l’ordre de grandeur ? De cette manière-là seulement, vous pourrez arriver à progresser. Mais cela concerne aussi l’ordre au sens le plus concret et le plus matériel du mot et une discipline indispensable doit vous guider.  »

Arnaud Desjardins, Un grain de sagesse, chapitre « Pas d’excuse »

Le chemin, la vague et l’océan

Qui suis-je exactement ? La question ne concerne pas mon identité, celle qui m’a été imposée, qui est écrite sur ma CNI, mais elle est plus profonde. Elle est en rapport avec les états mentaux dans lesquels je me trouve successivement, selon ce que j’ai dans le ventre. Les drogues, médicaments compris, modifient ces états. Ils les améliorent selon un degré de bien-être ressenti, ou les empirent, toujours selon la même mesure. Mais cette mesure est subjective. Alors maintenant que j’ai clarifié ce que j’entends par cette question, j’aimerais pouvoir y répondre. C’est une chose que, j’imagine, la plupart des humains se demandent un jour ou l’autre de leur vie, parfois plusieurs fois dans leur vie, lors de remises en question, lors de dépressions, lors de diverses et variées situations. Une question existentielle, souvent posée par de très jeunes gens, mais pas pour autant puérile. Est-ce que je suis cette personne nerveuse et effrayée par la réalité, qui lorsqu’elle y est confrontée se rend presque toujours compte qu’elle n’avait aucune raison d’avoir peur, ou bien suis-je l’autre… celle qui est apaisée par l’effet d’un produit contenant des molécules synthétisées donc chimiques ? Est-ce que je suis cette personne enthousiasmée par l’effet de la cocaïne ou du speed, ou encore celle qui est assommée par un quelconque opiacé ? Suis-je celle qui est calmée par les anxiolytiques ? Je n’élude pas, j’approfondis. Je pense que je suis tout ça à la fois, car systématiquement, quel que soit le produit qui circule dans mes veines, ces dernières sont entourées d’une certaine manière par mon corps. Mon cerveau est avant tout dirigé par ma conscience. Mes pensées et mes paroles reflètent mes idées, mon vécu, ma situation, mon tempérament, mon caractère. J’ai failli dire  » derrière  » au lieu de  » autour « , ce qui aurait signifié que ces produits sont au premier plan, et que mon être est lui, au second plan. Et je pense que ça aurait été faux. Je ne me définis pas par les substances qui effectivement modifient mon état général ou mental, mais par un ensemble de choses qui vont bien au-delà de tout ça.

Je suis donc un subtil mélange de plusieurs choses : mon corps, qui représente l’apparence physique que l’autre voit en tout premier lieu. Mon cerveau, que je remplis avec des idées que j’essaye de développer seul au lieu d’adopter celles d’autres bien que les avis et idées des autres me servent toujours dans l’évolution de ma pensée, de la culture, etc. Mon cœur, qui est lui, à l’origine de mes émotions, de mes sentiments (et ici, on parle de cœur par convention, car évidemment, le cœur fait concrètement partie du corps physique, c’est la pompe qui fait circuler le sang, et les émotions ainsi que les sentiments sont issus du cerveau, ils ne sont qu’une interprétation des sensations ressenties au cours de divers événements). Et dernière chose, plus subtile que les autres, mon esprit, souvent utilisé comme synonyme du mental, mais que je définis comme l’âme, et c’est une chose, la seule, que l’on ne peut pas contrôler car son existence est d’ordre métaphysique. Et tout ça mélangé, ça donne un être humain, moi.

C’est bien beau tout ça, mais à quoi ça rime ? Quel est l’intérêt de tout ça ? Tout le monde (ou presque), comme je l’ai dit un peu plus haut, souhaite savoir qui il est. Ça fait partie des questions existentielles et un peu mystérieuses de la vie. Ce n’est pas vital au pied de la lettre, mais essentiel. Essentiel du mot essence. Et si beaucoup pensent, je le sais, que c’est une perte de temps de se poser ce genre de questions, et de chercher à y répondre, je ne suis pas de cet avis. Je pense au contraire que c’est quelque chose de primordial. Savoir qui on est, comment on fonctionne, pourquoi on ressent des émotions, comment on les gère, les mécanismes qui interviennent lorsque ces émotions sont ressenties, comment fonctionne son ego, pourquoi nous avons un ego, alors qu’à la base l’enfant naît sans réellement avoir conscience de lui, donc sans ego, comment on le développe, pourquoi on se sent mieux avec certaines idéologies qu’avec d’autres, pourquoi on aime davantage tel style musical, tel style cinématographique, plus largement, pourquoi on préfère tel ou tel art, ou même pourquoi on aime l’art, ou pourquoi on ne l’aime pas, pourquoi on se sent mieux auprès de certaines personnes plutôt que d’autres, sorti de tout intérêt matériel évidemment… Pouvoir s’expliquer tout cela mène à la connaissance de soi. Car nous (nous, les humains) sommes des êtres complexes, d’ailleurs complexés parfois mais c’est une autre histoire. Comprendre comment on fonctionne dans le détail peut aider à accéder à son idée du bien-être. Accéder au bonheur tel qu’on le conçoit. Ce n’est qu’une des nombreuses marches qu’on peut parcourir, car une fois que ce mystère est résolu (et selon moi il n’est jamais résolu complètement, on peut toujours apprendre quelque chose de nouveau sur soi-même), si on peut mieux se sentir, l’escalier comporte encore beaucoup de marches.

Oui, j’aime les métaphores, ces images m’aident à mieux comprendre les choses. Pour expliquer quelque chose de compliqué, j’arrive mieux à y voir clair lorsque je compare ça à ces illustrations. Le chemin, les marches de l’escalier, les paliers. J’ai vu que dans les écrits d’un homme que j’ai toujours respecté énormément malgré le fait que je n’ai jamais eu la chance de le connaître, qu’il se servait très souvent du mot « chemin » et qu’il l’écrivait avec une majuscule. Ce dernier sage, parce que pour moi et d’ailleurs pour énormément de monde, c’est un sage, avait plusieurs autres images desquelles il se servait pour apporter en occident, tel Matthieu Ricard, la pensée spirituelle orientale. C’est Arnaud Desjardins, et la métaphore est la vague et l’océan. Il s’agit là d’expliquer dans quelle mesure nous sommes tous liés les uns aux autres, nous ne formons qu’une seule et même entité (ce qui peut rebuter lorsqu’on pense à certaines personnes détestables), imagée par l’océan. L’univers à la base n’était qu’une boule d’énergie qui s’est étendue, c’est l’expansion, en tournant à la manière d’une spirale. Donc en théorie, tout dans l’univers est issu de la même origine, et un jour, tout n’a été qu’un. Il s’agit donc ici de se rendre compte que même si la dualité, la division de toute chose, est apparue dès le Big Bang, il y a un lien commun qui unit et qui unira toujours tout ce qui réside dans l’univers. Lorsqu’on rejette cette idée, qu’on la trouve absurde ce qui peut paraître juste au premier abord, on peut aller beaucoup plus loin en disant que finalement, chaque être humain se divise en des centaines de milliards de cellules, d’atomes, de molécules, et que finalement, chacun n’existe pas en tant qu’entité propre. Mais si on adopte le point de vue de non-dualité, qu’on prend conscience qu’on est l’océan et non la vague, quand bien même chacun est une vague dans l’océan, on peut se donner une première raison d’arrêter de souffrir constamment, car si l’autre fait partie de la totalité des choses, tout comme soi-même, et qu’il n’y a plus de réelle séparation entre soi et l’autre, entre soi et la Terre, mais aussi les autre planètes, étoiles, galaxies, nébuleuses, etc. alors on peut commencer à comprendre comment se détacher de l’ego. Mon ego fait partie de moi, mais moi, je fais partie du tout, comme tous ceux et toutes celles qui sont des proches avec qui j’ai – ou pas – des liens du sang, mais aussi de parfaits inconnus. À ce moment-là, on a une raison (supplémentaire si on en avait déjà d’autres avant) pour considérer tout être humain, mais aussi tout être vivant, animal, végétal, minéral, avec ou sans conscience, mobile ou inerte, proche ou lointain, comme les pièces d’un immense puzzle, où chacune a son utilité.

Je suis la vague, trop souvent, mais je suis aussi l’océan. D’ailleurs où est la limite entre la vague, la mienne, celle qui me représente, et la suivante ? Les particules d’eau circulent de vagues en vagues, elles ne savent pas et elles se fichent de leur emplacement. Je suis la vague quand je suis prisonnier de mon ego, mais je suis l’océan quand je me rends compte que l’union de tout ce qui existe est là, intemporelle, concrète. C’est aussi là que les religions quelles qu’elles soient ont un aspect erroné, car si dieu existe quel que soit son nom (ce n’est pas la question), mais que toute chose est unie à toute chose, alors je suis dieu… Or, dire ça est un blasphème selon les lois respectives aux religions. Ce qui ne veut pas dire que je ne pense pas qu’elles soient inutiles, elles sont utiles car énormément de monde n’est pas capable de distinguer ce qui se fait de ce qui ne se fait pas, de par son éducation, son vécu, son tempérament, et d’autres détails, et pour ces cas là, elles aiguillent ceux et celles qui sont perdus et qui ne verraient pas où est le problème lorsqu’ils se comportent de façon nuisible avec le vivant. Alors les religions, lorsqu’elles ne sont pas poussées à l’orthodoxie, aident les gens, ceux qui en ressentent le besoin. Par contre, mal interprétées, poussées aux extrêmes, elles deviennent dangereuses, au même titre que les sectes.

Je suis l’océan, et ma vie ne s’arrête pas lorsque la vague que je crois encore trop souvent être, s’échoue sur la plage et se dissous dans le sable.

Le jugement et l’esprit

J’ai des périodes de boulimie créatrices pendant lesquelles je ne me contente pas de pratiquer, mais je projette. L’ennui est que la plupart de ce que je fais n’est pas vraiment politiquement correct. La façon dont je vois la vie, ma façon de l’appréhender, de la considérer, et cette forme d’exhibitionnisme par l’écriture, c’est destructif. L’erreur serait ici de me dire « Qui ça intéresse ? », parce que ça intéressera toujours quelqu’un, mais pas dans le bon sens. Il y a une formule de Jiddu Krishnamurti qui circule un peu partout, très mal traduite. On peut ainsi lire çà-et-là « Observer sans évaluer est la plus haute forme d’intelligence humaine. » alors que la vraie traduction, basée sur sa déclaration en anglais, c’est « S’observer [soi-même] sans s’évaluer est la plus haute forme d’intelligence humaine. » et pour un esprit trop peu renseigné sur la philosophie orientale, ce n’est rien, presque identique. Or, ces deux traductions (dont la première est donc erronée) sont très différentes. La première parle d’une personne qui juge l’extérieur, les autres. L’autre parle d’une personne qui se juge elle-même. Même si les deux sont importantes en soi, ce sont deux notions très différentes, et quelqu’un qui en est à un niveau de conscience où il ne juge plus les autres, peut tout à fait continuer à s’auto-évaluer, et à s’auto-flageller. Celui ou celle qui en est à ne plus se juger peut se moquer totalement, faire abstraction du jugement des autres envers lui ou elle. Je pense qu’il est beaucoup plus difficile, pour quelqu’un qui a reçu une éducation occidentale, de ne plus se juger, de ne plus porter importance au jugement que les autres ont de lui, que de ne plus juger les autres. Il est alors logique de considérer que l’ordre de priorité pour arriver à cet état de conscience dans lequel les évaluations extérieures dirigées sur soi n’ont plus d’importance, et dans lequel il n’y a plus d’auto-évaluation de sa personne, commence par l’élimination par la vigilance de chaque instant quant aux associations d’idées, de l’habitude de juger les autres. Je suppose qu’on ne peut pas commencer par cesser de se juger soi-même. Mais j’ai un doute, il est tout à fait possible que l’ordre soit l’inverse ou que tout intervienne en même temps via un changement radical de la façon de penser, de voir les choses.

Ce qui fait souffrir, c’est l’ego. L’ego est blessé lorsqu’on se rend compte qu’une personne importante pour soi est dans le jugement, dans la condamnation. L’éducation occidentale oblige presque à passer par là. Sans jugement, plus rien n’a de sens. Or, il se trouve que sans jugement, on peut écouter l’autre sans l’interrompre, sans avoir de désir soit de l’aider soit de l’enfoncer (tout dépend du degré de conscience de l’individu, mais s’il en est là c’est qu’il est dans le positif). Écouter l’autre permet d’entrer en empathie avec lui. Ne pas juger ce n’est pas s’en foutre, c’est faire abstraction de son ego.

Donc, inversement, ce qui rend heureux, ou plutôt ce qui fait cesser de souffrir, c’est la non personnalisation, l’absence d’ego, ou pour dire ça autrement, l’absence de prise au sérieux de son ego. L’abandon de l’ego. Et comme le dit plus ou moins Krishnamurti, c’est effectivement une des choses les plus difficiles à faire, et réussir, c’est atteindre un niveau d’intelligence qui n’a pas de valeur supérieure.

La question que je pourrais alors poser serait « Comment arriver à un niveau de conscience où l’ego est secondaire, voire oublié ? ». C’est un travail de chaque instant, révolutionnaire au sens propre du mot, on fait le tour de soi, et lorsqu’on arrive au bout, on est radicalement changé. On peut goûter alors à la tranquillité de la conscience. Et encore une fois, c’est un travail très long et difficile. Une erreur serait d’abandonner, ce serait une erreur car ce serait retourner en arrière, à un niveau de conscience auquel est la plupart des humains, un niveau de conscience animal.

Où en suis-je personnellement ? Même pas à mi-chemin. Et trop souvent, j’oublie l’essentiel, mais une chose est certaine et plutôt encourageante, c’est que systématiquement, j’en reviens toujours à reprendre ce travail où je l’avais laissé. On dit souvent que plus on en chie, plus on apprend. Plus les épreuves sont difficiles, plus on en sort fort et plus on progresse sur la voie de la sagesse. Je pense qu’on ne devrait jamais se dire « Ça y est, j’y suis arrivé ! », car ce serait arrêter de progresser. Tant qu’on est vivant on peut encore monter, de plus en plus haut, autant qu’on peut toujours descendre plus bas. Le niveau le plus bas, c’est la mort. Le niveau le plus haut, c’est la mort. Mais, le dernier niveau, et ce que je vais affirmer ne peut pas se vérifier, ça ne sera donc qu’une simple spéculation, c’est la mort définitive. Alors que le niveau le plus bas, c’est la mort, suivi de la renaissance. Car plus on progresse que ce soit dans cette vie, dans la dernière, dans la prochaine, plus on fait progresser ce que j’appelle l’esprit, que les chrétiens appellent l’âme. Là, il est clair que j’ai dépassé la pensée philosophique pour entrer dans le domaine métaphysique, la pseudo-science. Même si je m’intéresse à l’ésotérisme, enfin à certains aspects, certains enseignements, pas n’importe lesquels car dès qu’on entre dans ces eaux là, ça peut être particulièrement dangereux, et un esprit crédule peut se faire mener en bateau, au naufrage, facilement, donc même si je m’intéresse à ce type d’enseignement qui nécessite une initiation extérieure, je m’y intéresse de manière autodidacte, ce qui me permet de toujours garder mon libre arbitre et mon esprit critique. Je pense que c’est très important, car les aspects métaphysiques de la vie ne peuvent pas se prouver. Il y a certains de ces aspects qui semblent avoir plus de sens que d’autres complètement farfelus, comme de croire à un homme qui serait le fils de dieu né d’une vierge, magicien pour ne pas dire faiseur de miracles, et qui aurait avalé toutes les fautes de tous les hommes passés, présents, et futurs, dans une coupe alors qu’il était cloué sur une croix, et que pour lui rendre hommage et ainsi entrer dans son paradis qui se situerait dans le ciel, on devrait manger son corps et boire son sang tous les dimanches… Bref… Mais surtout, il y a des enseignements plus sensés qui accélèrent le véhicule qui mène à la sagesse. Et ce sont ceux-là qui méritent qu’on s’y attarde. Quand ça a du sens, quand ça semble presque logique, alors oui. Si ça semble stupide, sans substance, alors non… Ça paraît simple dit comme ça, mais en définitive, l’esprit humain n’est souvent pas au niveau pour déceler ce qui est probable de ce qui ne l’est pas, en tous cas sur ces plans.

Image : libre de droits (teetasse)

Strates et vie

La vie est faite de stratégies, uniquement de stratégies,
Le bien et le mal et le normal sont des notions bien différentes pour chacun d’entre nous.
Nous les humains, avec nos routes qui sont censées mener à des horizons meilleurs, grâce à nos stratégies.
Mais meilleurs que quoi ?
L’élément de comparaison est toujours individuel, il correspond à un vécu duquel on garde souvent les moments les plus pénibles en mémoire au détriment des meilleurs.
On a tendance à sublimer le souvenir de ces moments les meilleurs, et les horizons qu’on vise sont basés sur ces souvenirs sublimés, ou sur des rêves.
Et pour atteindre ces horizons, pour réaliser ces rêves, nous choisissons des stratégies différentes.
La vie en est faite.
Nous les humains, nous avons tous des besoins.
Parmi ces besoins, il y a le besoin d’amour.
Pour obtenir l’amour dont on a besoin, on choisit parfois d’être la stratégie de quelqu’un, d’être vital pour ce quelqu’un, et nous pensons que de par la réussite d’avoir comblé ce besoin d’amour, ou pas, nous seront heureux, ou pas.
Donc nous sommes des humains avec des stratégies qui visent à être heureux, et pour certains nous voulons être la stratégie d’une autre personne, et grâce à ça, la rendre heureuse, cette autre personne.
Seulement, parfois, ça ne fonctionne pas, et on est malheureux.
La stratégie qu’on a utilisé pour atteindre le bonheur n’a pas marché.
Chez certains humains, la stratégie utilisée est l’argent.
Chez d’autres, le pouvoir.
Et même chez d’autres, nuire à autrui.
Mais dans tous les cas, le résultat est mitigé.
Lorsqu’une stratégie ne fonctionne pas, on a souvent tendance à répéter encore et encore, en espérant obtenir des résultats différent, mais la plupart du temps, lorsqu’une stratégie ne fonctionne pas, elle continuera à ne pas fonctionner.
Il suffit donc de changer de stratégie, me direz-vous… Mais encore eût-il fallu se rendre compte de tout ça, le comprendre, et surtout, réussir à se faire à l’idée que ce n’est pas nous qui sommes en faute, ni l’autre, mais que c’est à cause de la stratégie qu’on a utilisé jusqu’à maintenant et qu’il faut changer.
J’ai envie de changer de stratégie pour viser mon bonheur.
Mais en serais-je capable ?
Bonne question… Tout ça reste à voir.
Vous pouvez fermer vos livres, en déchirer les pages, les lancer en l’air, le cours est fini. En fait, il n’a jamais commencé

Dimension impersonnelle

Ça met tellement longtemps, c’est lent,
La ligne lumineuse s’étend, élastique insolent,
Les yeux fermés, elle apparaît, l’air statique,
Brillante comme de l’alu, illuminant l’être mystique,
Qui évolue, se dessine des ailes de cristal,
Fragiles, mais agiles, encore trop lourdes,
Au milieu d’une mélodie aux notes sourdes.
Si parfois il décolle, sa maladresse reste là,
Irrémédiable, alors il penche, se redresse,
Maintenant une direction incertaine, une adresse
Que son esprit connaît, mais sa conscience,
Ignore toutes ses limites, de sa patience
Soutenue par sa vigilance, il s’y lance,
Le jeu de l’horloge irréelle se livre au combat,
Dualité éliminant les efforts, pour qu’il tombe,
Funambule amateur, son filet est filé,
Et des lames effilées amplifient la douleur,
Tant pis, il se soignera tout à l’heure,
Pour le moment, il avance et suit les couleurs
D’un arc-en-ciel slalomant autour de son monde,
Que parfois, découragé, il trouve immonde,
Mais d’autres fois merveilleux, et il le sonde.
Si la beauté n’est pas là, il l’invente,
Et la sublime, elle devient fervente,
Omniprésente, et son visage chante
Des sourires communicatifs, des éclairs
Chaleureux, rayonnements invisibles.

Image : libre de droits (Monoar)

Pas de leçon

L’ego est responsable de la souffrance,
La souffrance est responsable de l’errance,
L’errance est responsable de la chute,
La chute est responsable de la blessure,
La blessure est responsable de l’usure,
L’usure est responsable de l’aigreur,
L’aigreur est responsable de la laideur,
La laideur est responsable du rejet,
Le rejet est responsable de l’isolement,
L’isolement est responsable de l’alternative,
L’alternative est responsable de la chute,
Et ainsi de suite.

Chacun a son petit schéma indépendant,
Qui comprend tel ou tel scénario,
Son petit cinéma en projections privées,
Ressassement d’années et d’erreurs accumulées,
Ce, jusqu’à la prise de conscience,
Suivie d’actes, ou pas,
Ou pire, de la rupture avec la vie,
La destruction jusqu’à la mort,
On croit parfois ne pas pouvoir choisir,
Pourtant la décision peut être inconsciente,
Et toujours elle existe,
Et elle est déterminante.

J’ai décidé de vivre,
J’ai décidé de m’améliorer,
J’ai décidé d’agir,
J’ai décidé de faire,
Mon passé restera là,
Sans lui je ne serais pas ce que je suis,
Tant pis pour ceux et celles qui rient,
Tant pis pour ceux et celles qui nient,
Tant pis pour ceux et celles qui renient,
Nous sommes tous autour de notre propre ego,
Tous responsables des choix qu’on fait,
Alors assumons. Ou pas.

Je n’ai aucune leçon à donner.