La veuve noire

C’est l’histoire d’un soir qui avait commencé comme un cauchemar,
D’un garçon de la nuit qui trompait son ennui dans un vieux hangar,
Faisant l’amour sans crier gare, avec de l’héroïne, en bon fuyard
De la vie, il n’avait pas d’avis sur la question, assouvi et hagard.

C’est l’histoire d’un soir qui a continué comme un rêve, une trêve
Dans son existence, l’exception qui lui a donné une chance, une brève,
Sans lui dire qu’elle allait le détruire, qu’elle l’avait choisi cette Ève,
Car elle l’estimait fichu, ce ne serait pas une grosse perte qu’il crève.

C’est l’histoire d’un soir qui s’est fini en incendie dans un plumard,
Pendant plusieurs nuits, les amants y sont restés, ces flemmards,
Pour elle, il a tout arrêté, ses escapades qui devaient finir en corbillard,
Pour lui, elle n’a rien fait, et puis elle l’a mis au centre d’un long brouillard.

C’est l’histoire d’un soir qui aurait mieux fait de finir en overdose,
Sans poésie, de la prose, un peu d’amnésie, un petit quelque chose
De condamné d’avance, scénario rance, l’absence totale d’osmose,
De l’amour sous-dosé, quelques baisers déposés, des ecchymoses.

C’est l’histoire d’un soir qui s’est vraiment terminé des années plus tard,
Dans une toile d’araignée, le désespoir baigné, la rechute du bagnard,
Dans la saignée, à la potence accompagné, il avait fini par le voir,
Qu’elle ne l’aimait pas, une égoïste voulant régner, un étouffoir.

C’est l’histoire d’un soir qui avait inexorablement mené à l’abattoir,
Lui était son miroir, à elle, il ne cessait de boire son propre désespoir,
Il vivait dans un mouroir, son amour avait un cœur de pierre illusoire,
Et à force de manquer d’ailes, il a fini étalé sur le bord du trottoir.

Le cœur et le corps en morceaux, après une chute de plusieurs étages,
C’est dommage, mais bye-bye, l’amour est assassin, c’est un grillage
De fils barbelés, bien serré autour de la cage thoracique, la rage
Sans morsure, c’est un nuage noir, c’est un orage d’un autre âge.

L’ivresse du vain

La poésie, c’est bien, c’est beau, mais ça ne remplace rien,
L’envie d’amour, tous les besoins sont là, et la mort tente toujours,
La fatigue mentale, tout l’univers est en vain, et rien n’est là pour
Combler un peu les failles, soigner les entailles, la nuit et le jour.

Il arrive un moment où la douleur ne peut plus augmenter,
Où les larmes ont tant coulé que le cœur est à sec, plus de montée
Plus de descente, plus d’espoir, ou alors il ne se développe plus,
Et on est à la merci des prédateurs, vulnérable et on en peut plus.

Je me demande encore, pourquoi je crée des choses, pourquoi ?
Ça vient d’un corps vidé, un cœur mort qui aurait bien besoin
D’une décharge électrique, d’une réanimation énergique, de soins,
Si ça parle à des gens, c’est bien, mais ça ne me fait rien de rien.

Un sursaut de l’esprit, et puis ça retombe mollement sur le sol,
Il est dur le sol, il est en pierres, et mon âme est en liesse,
Les cordes chantent en chœur, s’amusent, et les déesses,
Qu’elles soient d’un jour ou deux, abandonnent le terrain.

Et les pointes d’acier s’enfoncent, comme pour se venger,
Les pistons se poussent, et la mer se vide lentement dans un trou,
Un genre de trou noir qui aspire tout, les sentiments, vraiment tout,
Et laisse l’esprit totalement vide, le cœur brisé, remisé dans un coin.

Image : CC BY Darwin Bell

Cercle vicieux

Une vieille gueuse émoussée, dans une vieille veine usée
S’enfonce enflammée comme un paquet d’uranium qu’on envoie dans le soleil,
Rien ne semble pouvoir l’arrêter, même pas l’absence totale d’éruption
Même pas le réveil, mais ce n’est pas un rêve.
Et l’absence d’amour me rend cynique.
Tant et tellement que je continue à m’enfoncer
Dans ce putain de cycle de panique
Qui se reproduit encore et encore et encore et toujours
À l’infini, et j’en ai bien l’impression
Jusqu’à ce que j’en crève…

Image : CC BY SA – Franck Louchet

Insuline

Le poison s’échappe,
Passe à la trappe,
Et la mort est comme un rhume qui s’attrape,
Une figurante fulgurante,
Elle file,
Suit le fil,
Full of blood,
Dévide ses entrailles entre les rails,
Et trace,
S’arrache les yeux,
Se taquine en soins crasses,
S’effiloche et s’étiole en fins lambeaux,
Ou se cache,
Lâche,
Le sang tache le plancher…

Image : libre de droits (Iggy7117)

Damoclès

Sans chercher à tout fuir,
Sans même chercher la bête,
Sans provoquer personne,
Sans haranguer les foules,
L’espace semble quand même,
Lentement rétrécir.
Et les murs m’étouffer,
Car les espèces s’espacent.

Mes peurs refont surface,
Ma folie, ses démons,
Le vil désir profond
D’une déchéance crasse
Dans sa danse me menace,
Quand pour l’heure je m’enivre,
De volutes clémentes,
Fumerolles tournoyantes
Mes minutes sont des livres.

Mais d’un lourd voile trop sombre,
Sans même chercher mon âme,
Qui, tapissée dans l’ombre,
Se faisait oublier,
L’idée d’une potion,
Un flasque nauséabond,
Un raccourcis trop long,
Revient pour me tenter.

Ce bon vieux Mister Hide,
Me braque au demeurant,
D’une arme de jet qu’il
Me lance dans le dos.
Pour l’heure je flippe et sue,
Je tente de rêvasser,
De ne pas y penser
De feinter, de siffler.

Je m’autorise la bulle.
Ces secondes prélassent,
Sans arrêter le temps,
Le train qui passe pourtant
Quand bien même les rails
Par moi, furent sabotés
Avec un pic à glace…
Damoclès me les casse.

Image : libre de droits (Richard Westall – L’épée de Damoclès – 1812)