Antimatière

Une vieille vie vissée sur un verre à moitié vide,
La fatalité fait fi de ma folie et me force à fuir,
C’est au centre de ces certitudes qu’elle sabote ma santé,
Par des répétitions de situations passées au crible,
L’instant insiste impunément et inlassablement,
La mort m’ouvre mollement sa main, se matérialise
Dans une danse déstructurée, la distance diminue,
Son jeu semble être une joute, légèrement sournoise,
Juste un jet de dés décidés à jalonner ma route,
À me voler mes ailes, mon cœur a le vertige,
Mon verbe évolue vers le bas, voltige et s’écrase,
Forme un cratère sur cette terre terrifiante,
Je ne veux pas atterrir…

Moi je veux contourner le courant, concentrer mon courage,
Me lancer dans l’inconnu, car sous la surface se trouve
Un monde merveilleux, mystérieux, m’attirant,
Sa visite semble vraiment virtuelle, sans danger,
Un donjon étrange, et déjà il me dirige jusqu’au bord de l’abîme,
D’autres y sont tombés avant moi, s’étant trop penchés,
Ils ont cédés à l’attraction, comme aimantés,
Leurs chutes furent mémorables, et le ravin a gardé,
Tous leurs souvenirs, ils m’envahissent, m’enveloppent,
Envers et contre tout, un avaloir ouvert, un trou noir,
Absorbant les vivants, sans autre valeur que son vide,
Sa vitesse et sa volonté…

Image : CC BY SA – KIEN PRODUCTIONS

Le rythme flou de la vie

Ce soir, j’apprécie ma solitude, car elle m’inspire,
Elle qui d’habitude aurait tendance à me nuire,
Le flot des phrases écartelées en mots croisés,
Une flamme pourrait toutes les faire brûler.
Il se pourrait même qu’elles s’effacent, et ne fassent
Qu’un avec le néant, pour voir la vérité en face,
Une courte seconde, perçue comme un léger flash
Irrémédiable, autant qu’un avion qui se crashe
S’il se trouve tout à fait à l’autre bout du monde.
Irrémédiable. J’irai, mais Diable qu’elle est féconde !
Mais uniquement si on la laisse faire, si on lâche
Prise, se laisser submerger par le plancher des vaches,
Outre que la campagne a quelques pénibles côtés,
Sa tranquillité est d’un reposant, donne envie de tricoter
En mots, des habits de lumière qui ne vont qu’aux pauvres,
Saillants comme un désert qu’on entrevoit dans une alcôve,
Éphémères, car dès que la nuit tombe sur les toits,
Forts de leur magie, ces frusques disparaissent avec toi,
Et renaissent à tous les demains, à chaque fin de cycle meurent,
Revivent, l’instantanée alchimie qui s’installe en ta demeure,
Avide de tes yeux, de ton attention, de ton sourire,
De tes larmes, de tout un chacun de tes désirs,
Et de tes humeurs, piles, faces, et sur la tranche,
Ton bonheur et ton malheur, même quand tu flanches.
Et tu finiras bien par comprendre que, quoi que tu fasses,
Si ton destin est au nord, alors tu iras au nord.
Tu peux résister, partir dans le sud sans laisser trace
Et y rester, tricher, et te cacher près des bords,
Rien ne t’indique que ton destin n’était pas celui-là…

Little spell

Par hasard ou par volonté, par le Lézard de Castañeda,
Les shamans peuvent absorber la sève des plantes, par les
Forces de la Terre, de l’Air, de l’Eau et du Feu unifiées,
De l’Amour et de l’Absolu, de l’infini, du vide, du plein et du rien,
La réalité n’est pas altérable, celle du passé restera la
Nature des choses, et l’action n’agit que sur l’instant d’après.
Par le présent qui n’existe pas, par le temps qui passe en coup de vent,
Toutes les vérités sont inexorables… Elles sont. Et puis…
Les détails sont des détails, et les détails, on s’en fout.
Choses réelles, mes sens vous reconnaissent, mes folies
Existantes s’effacent juste par un simple désir,
Par une petite décision si infime soit-elle, elle est.
Mon esprit l’a saisie, lui. Mais celle que je connais si peu, mon
Âme, joue les touristes, comme si elle était finement
Isolée dans un lieu inconnu, ses repères perdus, fataliste.
Je vis pourtant chaque moment de ma vie, pleinement.
Te souviens-tu, mon cœur ? N’aie pas peur, car je
Chercherai un abri pour que tu puisses te reposer.
Partout où j’irai, ma mission sera quête, et le Graal,
Où qu’il soit, finira par se révéler, et je finirai par le boire.
J’irai partout, sous la Terre, dans les Airs, dans la mer s’il le faut,
Chaque recoin de chaque montagne sera essayé, et ta
Bouche ne sera plus jamais en reste, mon cœur.
Que l’Humain m’en soit témoin, c’est une promesse que je te fais.
J’embrasserai tous les arbres, toutes les vallées, je dévalerai les pentes, parcourrai les forêts, à la recherche de ta maison.
Chaque sentier, même ancien, chaque route, et son bitume,
Visage double d’une planète jadis offerte, pour toutes et tous, alors…
Que la Vie reprenne le contrôle, si elle le peut,
Je serai là, et si elle le peut, si elle le fait, moi je…
Regarderai du haut de mon petit nuage, toujours le même nuage, bien planqué au fond du ciel, celui qui ne se voit pas, et je…
Me fondrai dans les éléments, si agités soient-ils, et ils…
Feront bien ce qu’ils veulent, tout ce qu’ils veulent.
Penser n’est que l’expression insipide d’un court passage sur la Terre,
À l’abri de la sagesse et de l’intelligence qu’il faut soi-disant chercher, parmi les Humains et leurs codes incompréhensibles. Et…
Toi… Oui, toi… Qui es-tu ?

Dark side of the dream

Belle comme l’océan, froide comme du cristal,
Inconnue com’ le temps, brillante com’ du métal,
Viendras-tu donc à moi un jour ? J’en rêverais.
Tu serais alors mienne et je t’épouserais,
À l’envers, côté glace, surface mystérieuse,
Moi je veux y roder, elle est si ténébreuse,
Un tour sur ta peau blanche serait de la folie,
Jour de ma délivrance car tu es si jolie,
Et si j’étais chanceux je pourrais y prétendre,
Si j’étais astronaute, oui, je pourrais m’y rendre,
Oui, j’aimerais vraiment marcher sur tes rochers,
Quand la nuit je me prends à errer dans les prés
Est une envie ardente qui me parcours l’échine…
Celui qui m’aidera à quitter mes racines,
Là-bas, même sans air, même pour un instant,
Car je rêve de cela depuis ma nuit des temps,
Je lui donnerai tout jusqu’à vendre mon âme !
Me comprends-tu ma belle ? Tu es comme une femme.
Languis-toi de mon corps sur ton corps étalé,
De mon être, et encore, de ma vie éthérée,
Te parcourir ma douce serait un cher plaisir,
Rencontrer ta lumière, ma lune, c’est mon désir.

Image : libre de droits (Oscar Chavez)

Petite histoire d’amour

C’était un diamant brut, elle une mauvaise herbe,
Rien n’en prédestinait l’union sur ce sol de misère,
Il traînait là sans but, et elle poussait en gerbe,
Et tout les séparait, du ciel immense jusqu’à la Terre.

Lui s’était enfoncé avec le temps qui passe,
Parti dessous l’humus, au fil des saisons enfoui,
Elle était attirée par le soleil fugace,
Elle poussait de travers, grimpait de manière inouïe.

Quand ils se rencontrèrent, ce fut comme un séisme,
Un tremblement de terre, quatorze sur l’échelle de Richter !
L’amour envahit l’air, dans un vent d’optimisme,
Ces deux êtres s’aimèrent, quoi que les avis en pensèrent.

La plante s’accrocha au diamant écorché,
Rien ne pouvait y faire, rien ne pouvait les séparer,
Le diamant se laissa par l’herbe envelopper,
Les heures s’accélérèrent, le temps passait sans les gêner.

Les racines entourèrent cette pierre au cœur pur,
Elles s’y enfoncèrent, jusqu’à carrément la briser,
Les fêlures scellèrent leurs âmes sans mesure,
Et les temps resserrèrent les brèches qui en étaient nées.

La force de l’amour fit remonter la pierre,
Et un jour ils sortirent de terre comme un bourgeon frêle,
Comme une fleur du jour, dans un morceau de verre,
Et ensemble ils fleurirent sous le soleil et sous la grêle.

Le diamant resta brut, et la plante fana,
Mais à jamais sur lui, elle restera bien fusionnée,
À jamais et sans but, l’union restera là,
Pour toujours sous les pluies, et malgré les milliards d’années.

Doux rêve

Je cherche encore ton prénom
Dont toutes les lettres s’emmêlent
Au fil de textes inutiles
Que seuls les amoureux peuvent comprendre
J’ai faim, soif, un besoin intense de nourriture spirituelle
C’est dans les livres que je n’irai pas la chercher
Au fond d’un cœur plutôt
Dans les limbes de marais désertés où la lune se reflète amère
Dans un terrain vague où des voitures retournées flottent tristement
Au plus profond des rivières immobiles
Au plus haut des immeubles dressés comme des monuments
Ou dans un ciel zébré d’éclairs menaçants
Je cherche encore ton prénom
Quel qu’il soit je sais que je l’aimerai
L’instant n’est pas autre qu’un temps arrêté sur des souvenirs
Nous sommes l’un en face de l’autre, sans nous voir
La réalité n’est qu’un semblant de destin
Vidé…
Tu restes dans mes rêves, sans visage et sans un mot
J’aimerais ne plus en sortir, ne plus me réveiller
Les lumières sombres clignotent dans cette pénombre claire obscure
Le sentiment n’est pas
Il n’y a que l’émotion et la réaction d’un fantôme enfermé dans un labyrinthe
Je cherche encore ton prénom
Qui es-tu ? Qu’es-tu ? La quiétude me traverse en cet instant
Le sourire se dessine sur mes lèvres mais ce n’est pas le mien
J’étais un train dans une nuit, je suis maintenant ses rails
Le bonheur est intemporel et l’instant dure sans aucune commune mesure
Le trait est tracé et indélébile, l’origine, incertaine
Le rêve s’estompe.

Image : libre de droits (cocoparisienne)

Impromptue

J’aime tant le hasard, je l’aime tant et tellement,
Il fait si bien les choses, au moindre relâchement
Il te prend dans sa foudre, te projette au-devant
D’une histoire qui pourtant fut improbable avant…
C’est quand tu cesses d’attendre qu’inexorablement
Le hasard intervient et vient te bousculer,
T’ébranler, te gifler, te tordre et t’hébéter…
Certes, il te laisse parfois, lui cynique, toi saignant,
Les yeux ouverts et tristes, apeurés et pleurant,
À genoux sur des ronces, atterré, sur les dents,
Laissant un livre ouvert aux pages vides devant
Ton corps qui épuisé ne réclame que repos.
Moi j’aime me relever, reprendre l’écriture
Remplir ces feuilles blanches sans penser à l’usure
Ni au temps trop sournois qui ajoute ses blessures
Et j’aime recommencer, et inlassablement
Laisser toujours la chance, au hasard et au vent,
D’apporter parmi les feuilles mortes à ma porte
Parmi les feuilles froissées et jetées par cohortes
Les murmures des rumeurs, l’espoir et la passion
La passion, oui, surtout, l’amour et l’impression,
De toi, douce inconnue, que je ne connais pas,
De qui j’ignore tout, l’existence, ton aura
Que je sens dans mes songes, toi seule, celle qui saura
Me réveiller, me prendre, m’envoler dans tes bras
Et m’emmener ailleurs, hors de ce monde, là-bas…
Dans ton jardin secret, rêves tracés à la craie
Desseins faits au fusain, où le faux frôle le vrai
Qu’une simple pluie efface, que le désir retrace
Dans le noir de ta nuit, et dans le temps qui passe
Que le repos prélasse, qu’il abonde et qu’il casse
Toute notion insipide, toujours plus près du vide
Des pensées qu’on avait crues bien trop intrépides
Pour qu’elles se réalisent, que jamais on s’enlise
Prisonniers d’un destin incertain et aux prises
Improbables, effrayantes, où l’usure ineffable
S’installe ; mais au contraire où la surprise s’attable
Avec nous quand les odeurs de café encensent
Les pièces, quand nos esprits s’éveillent au monde, quand danse
Le soleil qui s’insère à travers les persiennes
Et qui atteint nos cœurs, pour que l’osmose vienne
Nous envelopper de son duvet chaud protecteur…
Oui j’aime ce hasard qui je sais te fera
Venir à moi un jour, ou une nuit, comme ça
Sans prévenir, sans rien dire, sans t’annoncer
Et pire, me surprendra tellement que je n’y croirai pas,
Mais je sais à l’avance qu’à ce moment précis
Je me laisserai prendre, sans le déprécier si
Je sens ton cœur qui bat, même à distance, l’amour
De son gant de velours, m’emmènera faire le tour
De la Terre aux couleurs éthérées, ses faubourgs
De forêts, ses chemins de sable, où tous les jours
S’écoulent au long cours de rêves teintés d’espoir,
Des soirs où les promesses se taisent, et laissent croire
À l’impossible hasard qui dessine le destin
Et le place dans nos mains.

Image : libre de droits (Cukierek)

Providence

« Tout ce qui doit arriver arrivera quels que soient vos efforts pour l’éviter. Tout ce qui ne doit pas arriver n’arrivera pas, quels que soient vos efforts pour l’obtenir » Râmana Mahârshi

Le destin et le hasard, si au premier abord on peut trouver ces deux notions opposées, sont pourtant très proches.

Le hasard est l’arrivée inopinée de choses (que l’homme estime imprévues) sur sa vie, sur sa route.

Le destin est l’arrivée d’événements (que l’homme estime fortuits), l’homme ne peut pas les prévoir, mais qui devaient arriver.

Si je reste quelque part une heure de plus que prévu, cette heure changera beaucoup de choses. Toutes les personnes que je vais croiser ne seront soit pas au même endroit, soit pas les mêmes, que si j’étais parti avant. Et un événement qui serait survenu si j’étais parti plus tôt n’arrivera pas au même endroit, voire pas du tout.

J’ai la certitude que chaque événement, le moindre petit geste de chaque élément vivant sur cette Terre, a son importance. Et que l’ensemble de tous ces événements aussi insignifiants qu’ils soient, forment le destin.

Le destin et le hasard sont une seule et même personne. Il n’y a pas de hasard tel qu’on peut l’entendre habituellement. Ce qui ne signifie pas que nous ne sommes pas maîtres de nos actes, car nous sommes maîtres de nos actes, assurément. Et nos actes font partie du destin.

Qu’on choisisse ou non d’agir comme ceci ou comme cela, qu’on change de choix au tout dernier moment, quoi qu’on fasse, l’enchaînement infini d’actes ou d’événements qui vont suivre devait arriver.

Il est difficile de comprendre que d’un côté nous sommes réellement maître de nos actes, et que «  tout était écrit  » quand même. C’est peut-être un peu frustrant. Moi ça me rassure.

Quand par exemple, je ne peux pas me connecter à internet, il y a une raison. Alors je fais autre chose.

Quand dans un formulaire, tout un texte est avalé à cause d’un bug, si j’estime le texte important je vais tenter de réessayer de le faire passer. Ce qui allonge le temps de l’action, et laisse donc un laps de temps suffisant pour qu’une autre action – qui peut entrer en interaction avec moi – se fasse. S’il ne passe pas une seconde fois, alors je peux avoir deux choix : le premier sera que je n’insiste pas, quelque chose a décidé que je ne devais pas faire passer ce texte à ce moment précis. Le second sera de réessayer encore et encore. Dans le second cas je ne « force pas le destin », car quoi que soit le résultat, il y a une raison précise pour qu’il arrive, ou pour qu’il n’arrive pas, ou pour qu’il arrive plus tard.

Image : CC BY NC SA allison

La dernière vie

Résumé :
Cette nouvelle très courte aborde le sujet subtil métaphysique de la réincarnation, comme quelques unes de cette section. Rapide zoom sur l’avant-dernière vie et sa fin tragique, mais néanmoins nécessaire pour accéder à la suivante, l’ultime. Un être humain naît, doté de dons ahurissants et innés, son âme est très ancienne et a engrangé suffisamment de connaissances pour passer à la suite. Elle va vivre sa dernière vie sur Terre.

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Des âmes et des humains

Résumé :
L’enchaînement d’une mort et d’une naissance. Pénétrez dans un lieu inconnu de l’homme, celui des âmes, qui entre les morts et les vies, choisissent les corps dans lesquels elles vont passer leurs prochaines années terrestres. Là où l’espace et le temps n’existent pas… Cette nouvelle emmène à différents endroits terrestres, et est contée dans un langage relativement poétique.

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Fumeurs parisiens

Résumé :
Deux êtres humains sont séparés par quelques mètres, l’un vit dans la rue, est assez jeune, et mendie au pied de l’immeuble du second, un homme âgé sur le point de mourir de vieillesse. Leur point commun, outre que d’une manière concrète, terrestre, et d’une autre, plus spirituelle, ils se connaissent, est qu’ils sont tous les deux amateurs des effluves du cannabis. Cette courte histoire vous mènera de la mort à la vie.

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