Sensualité

Mes yeux sont dans le vague entre le rêve et l’âme du rêve,
Ils divaguent, font des vagues, ils volent la vie avec avidité,
L’évidence arrive, vide les songes violets évoluant via ces deux perles ovales,
Mes sens sont satisfaits, sans doute est-ce éphémère, un flash,
Jusqu’au centre de l’océan, j’irai jeter mon asservissement sans sourciller,
Cracher au visage du patriarcat, épouser mes idéaux, sans noce et sans regret,
Sans papier, sans signature, sans sarcasme, sans méchanceté,
Mais avec fermeté, avec force et froideur glacée,
Mon intention n’était pas celle que l’on pensait, et ma motivation,
Plus complexe, tassée au fond d’un inconscient constamment éprouvé.

Ma bouche est cousue de fil blanc bariolé, faufilé sur mes lèvres averties,
Les paroles qui en sortent s’envolent et se perdent dans le bleu du ciel,
Les notes d’un violon viennent voiler de velours quelques mots éperdus,
Si ce sont des mots-clés, ils ouvriront la cage de mon cœur un instant,
Un court… Juste une seconde suspendue dans l’espace immense,
Si ce sont des mots pour mots, ce qui est sûr c’est que ce seront
Des mots pour moi, ou même des demi-mots, tranchés en deux parties,
Éclaboussés de couleurs chaotiques que quelque peintre aurait clamées,
Ils seront toujours miens, comme mes seules propriétés,
Mais je veux bien te les prêter…

Mon nez s’est réveillé au passage d’un parfum fleuri, il a tout de suite envoyé
Un message olfactif à mes yeux, leur ordonnant de rester bien ouverts,
Pour trouver d’où provenait cet Éden odorant, le dire à mon esprit, puis à mon cœur,
Le fil de cet effluve persiste et signe au fin fond de mon âme, y reste,
Remontant parfois à la surface, comme le souvenir d’un souffle,
Caressant dans le sens du poil ma conscience bien éveillée, mon ego,
Ravivant le désir brûlant des dunes désertiques d’une peau douce,
Où le nombril est une île, une oasis perdue, un coin de paradis,
Où les hanches sont accessibles par un détour invitant à aller s’égarer
Plus loin, encore plus loin, là où la mort est tendre et légère.

Mes oreilles ont frémi lorsque j’ai osé laisser aller ce cri,
Qui s’est noyé en decrescendo dans un peu d’eau, une rivière,
Était-ce un torrent ? J’en ai bien l’impression, c’est si loin,
C’est si vieux, si violent, six pieds sous terre, sifflant encore,
Un air vu et revu, un air de rien, un air de tout,
Un nerf de bœuf, délaissé, dissocié par les séquelles,
Avec une envie incommensurable de douceur et d’écume,
Oui, la mer m’attire, l’océan est séant, de sel serti, du ciel se mélange,
Boire la tasse cul sec, si c’est celle d’une sirène, soit,
Alors j’irai entier et sans attendre, sans entrave.

Mes mains tremblent, mon émotion est trahie, traduite par d’autres,
Tâchées de nicotine, sur les doigts dessinées comme du henné,
Le souvenir de la douceur d’un corps, lisse comme le sable,
Satiné, embrassé et soulevé, serré jusqu’à l’étouffement,
Et couvert de baisers,
Mon visage mal rasé accrochant de longs cheveux sentant le miel,
La géographie de lèvres rougies par la chaleur de l’Enfer,
Le renversement d’yeux fermés sur un sourire sauvage,
Savoureux, dont la vue seule me saoule, dont l’ivresse est sans égale,
Nostalgie d’instants furtifs, ils resteront.

La comète

Parti de rien du tout, faut quand même y aller,
La vie est bien souvent un tantinet étrange,
Animée de destins et de hasards mêlés,
Ni plus ni moins que la silhouette d’un ange,
Sur un nuage blanc, qui regarde la Terre,
Se marrant bien devant tous ces êtres bizarres,
Un smartphone dans la main, dans l’autre, de l’éther,
Rayonnante auréole, et fumant son pétard.

Urgent est le besoin, et tordue est la clé,
Nuits et jours se succèdent à vitesse ralentie,
Entre espoir et fatigue divaguent les pensées,
Comme un enfant croirait parce qu’il l’aurait senti,
On se perd dans des films aux scénarios brumeux,
Martelant le désir d’un demain différent,
Et chauffant l’illusion sur un doux feu fumeux,
Théorisant l’envie par des mots transparents.

Elles sont belles ces idées, mais où est le concret ?
Allumé par la flamme et brûlant sur le grill,
Une image qui s’efface, dessinée à la craie,
Née d’un mot envolé dans un discours fébrile,
Et le soir quand les yeux se ferment et que l’esprit
Annihile la raison, le rêve prend les devants,
Noue au cœur le poison qui de ton corps épris
Nuit immanquablement et t’expose aux grands vents,

Éternise la tempête, et chahute le bateau,
Envoie au loin valser les dernières feuilles mortes,
Livre à l’hiver le temps comme sur un plateau,
Univers si petit où des phrases par cohortes
Misent que l’heure est venue, que l’attente est trop longue,
Irréelle, incertaine, le mirage disparaît,
Entre une dune, un volcan, une visée oblongue,
Rester là, espérer, c’est la vie il paraît.

Et la vie est mortelle…

Solstice

Je ne montre que ce que j’ai envie de montrer,
Et des signes dans le vent, sur un papier des traits,
Ne voulant qu’on ne voie qu’un semblant de lumière,
Entre deux, c’est la mort, qui me tente à travers,
Sur les bords de mon cœur la couleur est ternie,
Au centre, la mesure est battue par la pluie,
Il court bien lentement, la tension ralentit,
S’estompe, et ma conscience descend encore
Plus bas, là où je ne sens plus mon corps,
Le visage de ton âme s’efface dans l’horizon,
Ultime regard que je vois disparaître, ma prison
Se précise, m’enveloppe, ses murs gris m’amenuisent,
T’effacent, je le refuse, toi ma muse en qui je puise,
Renais juste un instant, reviens, j’en ai besoin,
Ouvre-moi, mon cœur manque de tes soins,
Prisonnier de toi, perdu dans ses blessures,
Oublie le temps, libère le vent, et sois sûre
Une fois, juste une fois, que je suis là pour toi,
Je ne suis sûr de rien, je suis juste sur un toit,
En train de rêver à toi en nommant les étoiles,
Ne disparais pas, toi, dessine-toi sur ma toile,
Sous ce ciel trop noir de ma longue nuit d’hiver,
Un printemps reviendra, peut-être par un vers,
Il te remontrera que je ne suis pas mort,
Simplement, par un premier bourgeon, alors
Je sortirai enfin définitivement de la nuit,
Et de la première fleur qui éclora ensuite, l’ennui
Se ternira dans l’explosion de milliers de couleurs,
Un arc-en-ciel au-dessus de toi, plus de douleur,
Il t’expliquera, sans lassitude, que je t’attends
Sur un quai, assis, laissant passer le temps
Pour qu’un seul train un jour te dépose enfin,
Et que nous puissions dire : le sursit est défunt,
Revole autour de moi, ma luciole, mon guide,
Dessine de tes fils de lumière, remplis mon vide,
Un mot, le symbole de l’infini, j’en suis avide.

Image : Libre de droits – LucasFZ70

Palpitations

La peur et le désir sont intimement liés,
Ils interviennent ensemble sur le même sujet,
Quand l’incertitude est torture et élude les questions,
Et qu’elle balaye la confiance de l’intuition,
Qu’elle induit la méfiance et tue la persuasion,
L’Homme est tiraillé entre envie et frayeur,
Entre besoin et peur, son cœur sans cesse oscille,
C’est un métronome douloureux qu’il veut bloquer,
Jeter contre un mur comme on lance un mobile,
Quand l’impulsion prend son crâne dans ses griffes,
Qu’il regarde le plafond à la recherche d’une poutre,
Lui qui n’a même pas une corde…
L’innocence ne sait pas à quel point elle peut mordre,
Blesser, faire mal, induire les larmes, et tordre,
Et la même question qui revient tout le temps :
Pourquoi ?
C’est une révolution, un cercle vicieux,
C’est la molaire cariée qu’on avait oubliée,
Qui revient lancer la mâchoire au milieu de la nuit,
C’est un mal tellement fort qu’on peut avoir envie
De se faire mal ailleurs, juste pour le zapper
Le désespoir sournois où la résignation
Apparaît comme salvatrice.

Vertige

Et merde, fait chier, j’ai encore déconné !
C’est plus fort que moi j’arrive pas à m’y faire !
C’est plus fort que moi, j’ai encore merdé !
Et je sens encore que je vais tomber par terre…
Je me vois déjà chuter comme un arbre,
Un qu’on a abattu et qui va s’écrouler,
Pour la Nième fois, un qu’on avait comme rescotché,
Et qu’on a à nouveau attaqué à la hache.
J’aimerais pourtant rester droit comme un I,
Mais à chaque fois un détail vient m’ébranler,
Me promettant toujours des scénarios endiablés,
Qui se terminent toujours en téléfilms de série B.
Et systématiquement je m’emballe, nez en l’air,
Et y en a qui doivent bien rigoler, par derrière…
Ceux qui ont de la chance, et à qui tout sourit,
Ceux qui depuis toujours dansent avec la vie.
Mais allez ! Je m’en fous, c’est pas la première fois !
Mais quand même, je sens venir le froid,
L’eau glacée du seau qu’on jette à ceux
Qu’un coma éthylique a fait perdre l’équilibre,
La raison, le contrôle, la connaissance, et black out…
C’est un peu comme une longue montée de LSD,
Quand on n’aime pas le LSD…
Ma vie fait des vagues, c’est des montagnes russes,
Faudrait que je descende du train, mais…
Je suis attaché par un collier de fonte,
Et je me sens comme un condamné
Un ce ceux qu’on n’a pas encore pendu,
Et qu’on fait attendre des semaines en cellule,
Dont la fenêtre, pleine de barreaux d’aciers,
Est juste en face de la potence,
Je vois déjà le bourreau se marrer.
Quelle ironie…

Illusion féerique

Je t’aime car tu es là et tu n’as rien à faire,
En toi je vois un rêve qui flotte dans une sphère
Transparente et géante comme une boule de cristal
Au cœur d’une peinture couleurs sentimentales,
Images d’un royaume de tailles paradoxales,
Mélangeant les atomes, les astres en spirales,
Éclats multicolores, la splendeur d’une aurore,
Cernée de particules qui bombardent mon corps.
À l’envers du décor, dans l’iris du désir,
Ravivé par ma flamme, ravi par ton sourire,
Tu es au fond de moi, omniprésente et belle,
Un ange que j’imagine, une protection rebelle.
Même si ce n’est qu’un songe que je suis seul à vivre,
Émerveillé je plonge, l’illusion me délivre,
Féerie onirique, je veux garder cela
Auprès de ma mémoire, là tout au fond de moi.
Innocente et si pure, je n’ai jamais connu
Sortie de toute mesure, une si douce inconnue
Dans toute ma vie d’homme, j’ai croqué maintes pommes
Utilisé mille âmes, mon Ève, mon summum,
Beauté d’un ciel éther, de nuages dans la nuit
Illuminés de lunes sanguines, tu m’éblouis,
Égérie magicienne, je vois ça dans ton cœur,
Naturelle, spontanée, tu fais vibrer mes heures
Sans bouger, sans agir, juste par ton amour
Altruiste et ta candeur illumine le jour.
Non, je ne veux rien faire pour arrêter ce sort
Si agréable et fort, même s’il est éphémère,
Rien ne pourra jamais, je mens mais je l’espère
Interrompre ce tour de magie, ce trésor.
Enfoui au plus profond de ma tête, illusoire
Né d’un désir intense, d’une douce folie moire
Fruit d’un hasard sucré, rencontre au fil des temps
Au détour d’un réseau de données, impudent.
Il se pouvait qu’au fond tu ne sois qu’un fantôme
Riant de ce crédule amoureux qui se pâme,
Empressé, étourdi, s’accrochant à une âme
Parjurée et fictive, factice et sans arôme.
Oui mais mon instinct sait, que tu es celle que j’aime
Unique et d’exception, sincère comme un poème,
Rares sont les gens comme toi, je te veux spirituelle,
Tournant autour de moi, déploie tes ailes frêles.
Autant que faire se peut, je resterai offert
Naïvement disponible, et les bras grands ouverts
Tu auras juste à dire, à me dire que tu m’aimes.

Image : libre de droits – Scym

Des mots non dits

Encore une putain de nuit à ne rêver que de compagnie,
Ces rêves inventent une vie parallèle d’attente éternelle,
Remplissent la solitude par l’illusion de certitudes telles qu’elles
arrachent le goût à la tristesse, apportent la paresse et fauchent l’envie,
L’envie donnée de voir, de raconter des histoires,
L’envie donnée de les boire et d’introduire des déboires
L’adversité dans une forme sans forme, un arbre où des hommes
Sont descendus des millions d’années avant et par millions
Juste là, sur un sol, où les attendaient l’existentiel et le fiel
Où aujourd’hui ils se pavanent en s’encombrant de fioritures,
Et condamnent dès qu’ils sentent d’autres hommes ressentir
Où ils les montent en liesse, transformant ça en faiblesse
Où ils se moquent, insipides, et génèrent des envies de suicide,
Où se foutre en l’air n’est qu’un songe, une rêverie qui me ronge
De l’intérieur de mes pensées, s’emporte le chaos défait…
Je choisis une lettre et commence un mot, de son étroitesse s’enchaîne le flot
Des autres lettres et du langage, de ces mots qui deviennent des pages,
Que j’enchaîne dans la verdure, et l’hiver dure, où l’existence est placide,
Où le médiocre devient gastronomie, et les atomes de l’astronomie,
Où l’esprit simple s’attarde un instant, dans un intemporel arrêt dans le temps
Qui se transforme en éternité, où la vie n’est qu’option inutilisée,
D’obligatoire elle est passée à aléatoire, plus besoin de la terminer
Nulle nécessité de cette chaleur, du sang, des veines, des battements du cœur,
Dans ce non sens, l’existence et l’anatomie n’ont plus d’intérêt,
Un désert autour d’un fantôme, plus de lumière sous ce dôme transparent
Sans limite, ce mur à l’intérieur duquel je suis enfermé, dans le froid et l’obscurité
Sans émotion, pas de référence ni de notion de sentiment, l’indifférence
Remplit l’aura, l’incohérence vient soulager ce qui n’est plus maintenant
Qu’une présence absente, l’âme vague, l’envolée dans le néant,
L’esprit seul touche la folie, l’autorise à entrer, elle qui n’en sortira plus jamais.
Et ce n’est plus la peine, il est trop tard.

Image : libre de droits (Nikiko)

Court moment de lucidité

Sous le soleil d’été, je marche dans le brouillard
J’avance pas après pas, hagard, et au hasard
J’avance sans lassitude, dans une lumière étrange
Et mon esprit esquisse un désir de vidange
De tous ces à côtés qui détiennent mes rênes
Qui me tentent, qui me vantent leurs fausses forces vaines
Mais séduit par un ange, un démon, au-delà
De tous ces longs voyages, qui volent, mais volent bien bas
Qui m’ont jeté au fond d’un marécage bidon
Profondeur d’une noyade, la beauté d’une naïade,
La main tendue vers moi sauve un être aux abois
Un être qui mettait les pieds dans tous les pièges
Sans volonté réelle, mais quand même consciemment,
Toujours tête la première, sans jamais voir l’enfer
La chaleur de l’hiver, l’existence engourdie
L’impression d’exister, l’illusion de rêver
Le vide pour terminus, le vice à terre minaude
Le paon étale ses plumes, même à distance je hume
Parfum inhabituel, lointain, vieux songe qui rode
La lumière de la lune, sous un volcan qui fume…
Pourrais-je la saisir ? Ou n’est-ce qu’un mirage ?
Un virage radical, dans mon rêve, un visage,
Dont je n’vois pas les traits, perdus dans la pénombre,
D’une ombre morcelée qui s’étiole dans le feu
De mes désirs brûlants, à toi je pense souvent,
Sentiments endormis, tués, ressuscités,
Ils renaissent aujourd’hui, et je n’ai plus envie
De creuser plus profond et de m’ensevelir
Sous la terre sous les pierres, sous les vils souvenirs
D’une vie lourde de sens.

À Élodie

Image : livre de droit (Wunderela)