L’escalier en colimaçon

Pour mes derniers vers, j’ai ressorti mon vieux stylo,
Comme faisait mon père, il en a usé des kilos,
Et l’inspiration arrive un peu différemment,
Transfiguration des mots qui volent au firmament,
L’horizon du monde illimité qui dans ma tête,
Dessiné en ondes s’entrechoquant dans la tempête,
A été percé par une évasion prolifique,
En train de verser ses larmes, émotions magnifiques,
Dans cet univers qu’on appelle la réalité,
Été comme hiver, sans trop d’originalité,
Où espace et temps se superposent en strates ouvertes,
Qui m’agaçaient tant, ma super prose les a couvertes,
Arrosé d’alcool, et mon mental a découché,
Saisi par le col, je l’ai collé sur un bûcher,
Avant de finir par lui laisser une seconde chance,
Et de l’assainir afin qu’il puisse entrer en transe,
Sublimer l’enfer, et voir la vie sous un autre angle,
Au final en faire, un paradis, mais je m’étrangle,
En m’apercevant que tout ceci n’est rien qu’un rêve,
C’est bien décevant, l’illusion aura été brève,
Et je dois remettre mes oripeaux et mon fardeau,
J’ai voulu renaître, mais je suis Rafi Sionado,
C’est qu’un avatar, mais il ne laisse personne dupe,
J’suis comme au mitard, sur moi on a trouvé des stups,
Dans une vie étrange, j’dois avoir un karma bien lourd,
J’voudrais donner l’change, que mes habits soient du velours,
Mais faut pas s’attendre à autre chose que la pénombre,
Quand tu ne peux tendre que vers le gris et vers le sombre,
Quand la lumière joue avec ton corps d’homme écorché,
Tends la deuxième joue, t’façon tu finiras torché,
Tu peux essayer toutes les méthodes que tu trouveras,
Et te dire « Ça y est ! » mais l’avenir te le prouvera,
Qu’encore et encore, tu r’viendras aux mêmes conclusions,
Habituelles, hardcores, la poisse et toi c’est la fusion,
Si un jour tu peux te résigner à cet état,
Sans aucune stupeur, et oublie pas d’prendre ta métha,
Comme un bon esclave aux vils labos pharmaceutiques,
Sors pas d’ton enclave, car tout le monde verra ce tic,
Qui est inhérent à ta vie flasque et inutile,
T’es persévérant, mais tes actions sont bien futiles,
Et tu ferais mieux de rester assis sans rien faire,
De fermer les yeux et d’entretenir ton ulcère,
D’attendre la mort, bien sagement sur ton fauteuil,
Seul, triste, et amorphe, elle te réserve un bel accueil,
À quoi bon penser à un av’nir déjà foutu ?
Laisse les donc danser, oublie tes désirs dévêtus,
Redescends sur terre, remémore-toi ces lois iniques,
Tout est monétaire dans cet hôpital psychiatrique,
Qu’est le monde réel, et dans lequel on doit quand même
À l’industrielle, faire semblant dans ce requiem
Jeu d’rôle dont les dés, ont étés pipés au départ,
Rongé dans l’idée, que le bonheur est là, épars,
Un p’tit peu partout, et qu’il faut savoir l’attraper,
Et y croire surtout, et qu’on peut pas y échapper,
Mais la vérité, c’est que quoi qu’on fasse on finit
Amer, irrité, aigri dans cette ignominie,
Et qu’il faut s’y faire, qu’on a pas l’choix de toutes façons,
Tout est à refaire, et on n’a pas besoin d’maçons,
Il est infini c’t’escalier en colimaçon.

Ad vitam æternam

Ce qu’on produit est le reflet de ce qu’on vit,
Qu’on soit perdu dans le conduit de convictions,
Ou qu’on soit enduit de ses idéologies,
Même si au fond, c’est toujours la même chanson,
Qu’on se ressasse ad libitum dans un logis,
Où la logique n’est toujours pas au rendez-vous,
Qu’on lui avait pourtant donné, on se dévoue,
À répéter ad nauseam que la rançon,
Est trop minime, au fond du trou que nous pensions
Avoir creusé, et dans lequel on est restés,
Autorisés à remonter, c’est sans compter,
Que la pression arrime au quai de ses pensées,
Et que le nœud est trop serré, on est honteux,
Quand se cacher est la dernière des solutions,
Qu’on s’est tâché de demander l’absolution,
Mais qu’on sait bien que rien ne sera comme avant,
La dépression envahissante emplit l’espace,
Et quoi qu’on fasse, quoi qu’on se dise…
On n’a plus envie de faire comme tous ces gens disent,
Battre le fer pour se forger des armes grises
Comme l’intérieur de son crâne, une tour de Pise,
Ça restera toujours penché, c’est pas la peine de s’épancher,
C’est pas la peine de rester indéfiniment,
Dans un espoir qui s’étendra infiniment,
Sans que jamais il ne s’étale sur le plancher,
Qu’il se remplace un jour par un apaisement,
Autre que le dernier des souffles, il faut trancher,
Qu’on ait envie de tester la résignation,
De toutes façons, qu’on ait raison ou qu’on ait tort,
On est jamais aussi bien que quand on est mort.

V.P.B.L

La vie d’individus variables est d’un vide violent, souvent ils veulent voir l’avenir via des vœux visés et vénérés avidement, mais la vérité vient inverser leurs prévisions et incurver leur combativité, les déverser dans un navrement vigoureux.

Ils passent alors par des paliers qui peuvent se prolonger à profusion, et pendant ils se planquent, ils pensent à se pendre, peinant comme des personnages répudiés, ces périodes impraticables de peurs paniques les appauvrissent passablement.

Beaucoup boivent de la bière, en bavent abondamment, abdiquent sans bruit dans l’abandon brutal des bons abrutis qui ne les blairent plus observant bêtement un bilan aberrant et débile en débitant leur bile et en bavardant entre bouffons se balançant des bêtises absurdes, beaux hybrides de blaireaux hébétés à bousiller, et de bourgeois à buter.

Les larves alanguies sans loyauté, ces lumières liquidées allègres, ces illustres imbéciles limités qui oublient leurs cycles préliminaires au long desquels, alités, ils ont également flippé, ces lâches qui négligent leurs semblables se languissant, je louche sur l’idée de les éliminer radicalement, sans indulgence ni tolérance, qu’ils clamsent.

Image : libre de droits – Paco

Bilan

Mon sourire est une façade, mais en moi je suis en rade,
J’espère que c’est qu’une passade, ou juste un genre de glissade.

C’est qu’au fond c’est si acide, violent, pas du tout placide,
J’ai envie d’un homicide, arrêt brutal, un suicide.

Ras l’bol d’être à l’antipode de mon idéal, je brode,
Je devrais changer d’méthode, j’ai raté un épisode.

Mes côtes et mes pentes sont rudes quand je goûte la solitude,
J’perds mon nord, il est au sud, c’est l’triangle des Bermudes.

J’suis perdu, j’dois jouer des coudes, dans mon cœur la pierre se soude,
Si j’avais un peu de poudre, mes maux iraient s’y dissoudre.

Je reçois de mauvaises ondes, à chacune des secondes
Qui passent et qui vagabondent, et ça rend ma vie immonde.

Et des fois je trouve de l’aide, via des êtres, des aèdes,
Ce n’est pas un vrai remède, mais c’est mieux qu’une barmaid.

Image : libre de droits – David Z

Insignifiance

Une nouvelle page déjà arrachée et chiffonnée, jetée dans le caniveau,
Je n’ai plus l’âge de me harnacher, et de tomber ainsi à un bas niveau,
J’ai pas de rage, ni même cachée, ni inhibée, ni l’envie d’un beau caveau,
Je suis pas sage, juste un peu séché, un peu plombé par cet échec que me vaut
Ce choc, l’orage, la pluie épanchée, toute incubée, larmes invisibles in vivo.

Faire marche arrière, encore une fois, m’attriste au point de me déchirer,
Et loin derrière, j’ai plus la foi, je serre mes poings, je suis aspiré,
Et par la bière, et quelquefois, sans un appoint je suis attiré,
Par la clairière, et par les bois, tous leurs recoins pour me retirer,
Depuis hier, la soif me boit, et ce besoin veut pas se tirer.

Je me vois d’un peu loin, être pathétique, un genre de mort-vivant à l’air triste,
Plus besoin d’aucun soin, ce niveau critique n’a que l’achèvement secouriste,
Rapide et sans témoin, et analgésique, pour solution un peu rigoriste,
Sans non plus faire de foin, c’est bien ironique, mais je ne suis plus qu’un vieux touriste,
Sur cette Terre pour rien, un bilan tragique, ça fait longtemps que je suis hors piste.

Image : libre de droits (John Hain)

L’ivresse du vain

La poésie, c’est bien, c’est beau, mais ça ne remplace rien,
L’envie d’amour, tous les besoins sont là, et la mort tente toujours,
La fatigue mentale, tout l’univers est en vain, et rien n’est là pour
Combler un peu les failles, soigner les entailles, la nuit et le jour.

Il arrive un moment où la douleur ne peut plus augmenter,
Où les larmes ont tant coulé que le cœur est à sec, plus de montée
Plus de descente, plus d’espoir, ou alors il ne se développe plus,
Et on est à la merci des prédateurs, vulnérable et on en peut plus.

Je me demande encore, pourquoi je crée des choses, pourquoi ?
Ça vient d’un corps vidé, un cœur mort qui aurait bien besoin
D’une décharge électrique, d’une réanimation énergique, de soins,
Si ça parle à des gens, c’est bien, mais ça ne me fait rien de rien.

Un sursaut de l’esprit, et puis ça retombe mollement sur le sol,
Il est dur le sol, il est en pierres, et mon âme est en liesse,
Les cordes chantent en chœur, s’amusent, et les déesses,
Qu’elles soient d’un jour ou deux, abandonnent le terrain.

Et les pointes d’acier s’enfoncent, comme pour se venger,
Les pistons se poussent, et la mer se vide lentement dans un trou,
Un genre de trou noir qui aspire tout, les sentiments, vraiment tout,
Et laisse l’esprit totalement vide, le cœur brisé, remisé dans un coin.

Image : CC BY Darwin Bell

Faim de tout

La fatigue s’étend, la famine de sentiments d’un étang vaseux isolé au milieu d’une forêt vierge reste en suspens, se remplissant lentement, des feuilles mortes tombant irrémédiablement dedans chaque automne, des guerres individuelles qui détonnent, des duels qui tonnent, de substitution en traitements qui cartonnent de sensations vides par tonnes, debout, les deux pieds dans la boue, le cerveau et le sang qui boue, aller jusqu’au bout même si on est à bout, s’abreuvant de paroles pathétiques, quand bien même esthétiques, les tiques et les sangsues squattent, se battent pour avoir une place sur un corps inerte en perte, la tremblotte apporte un léger mouvement sans contrôle, mais c’est si drôle… l’ostracisme trahit par le regard des badauds, traduisant la haine par leurs grimaces, le racisme des races et de toutes les différences laisse des traces sur les gens en errance, je capte en différé vos événements inintéressants qui se trament autour d’un Moi depuis trop longtemps abandonné par ma conscience, la science avance et l’économie devance l’existence d’êtres mis en démence par la bière et qui seront bien vite mis en bière, je m’en branle, je suis en transe.

Image : libre de droits (annca)

Transfusion de désespoir

Vidé par le néant, l’absolu m’apparaît si insignifiant,
Incomplet, je perds le goût de tout ce qui me plaît,
En secret, j’espère qu’il y aura un décret qui me sera fatal,
Mais les bulles d’air, on s’y habitue, elles ne tuent que les pétales,
Le cœur de la fleur reste, l’ensemble est fané et c’est laid.
Autour de moi, je ne vois que des fleurs fanées,
Mais certaines se prennent carrément pour des bouquets,
Sauf qu’elles sont rien de plus que ce qu’elles sont, elles ont
L’énergie vidée, tout comme la mienne,
Elles ont l’incapacité temporaire
De se régénérer.

Le sacrifice m’étonne, n’intéresse personne, il sonne faux,
Mes dents qui traînent sur le plancher laissent des traces,
Usent ma patience, je repense à toutes ces fleurs fanées et rances,
J’ai plus l’envie, et il est tard, trop tard, beaucoup trop tard,
J’avais une chance, je l’ai perdue un soir, et certains autres soirs,
Je passe en revue toutes les substitutions que j’ai eues,
Je déteste vraiment ces périodes, ces moments de vide,
Mais vite, il faut que je trouve une putain d’alternative,
Un trip suffisamment puissant, un shoot déchirant,
Qui me transforme tellement qu’il me fera oublier tout,
Définitivement.
À moins de cesser de vivre, ma petite vie est ivre d’inconsistance,
Je me suis insuffisant, je me sens mourir lentement,
C’est trop lent.

La dernière heure

Il est alité, les litres avalés descendent lentement dans son estomac,
Son cœur bat et lutte, mais la survie est difficile ici-bas, agrippé au mât
D’une vie fadasse, vide de sens, sans scénario, u sorte de coma
Éthylique, est-il une loque ou un simple drogué à l’amour en trauma ?
S’il suffit d’un miracle, il a consulté l’oracle et constaté la futilité du film
De son existence, tout ce qu’il a trouvé c’est la transe en tranches effilées,
Des moments mémorables soumis à un souvenir trop vague qui a filé.
Sur un fil de soie le funambule aveugle titube, il se trouve débile, il est
Un peu étonné de ne pas tomber, mais c’était sans compter la rupture,
Inévitable, il a tout mis sur la table, et a vu sa ligne vitale s’estomper
Petit à petit, une ombre dans un désert la nuit qui rétrécit, il s’est trompé,
Sous une pluie battante, acide, l’éclair qui déchire sa chair, il est trempé,
Trucidé, c’est étrange, de sa propre vie il se fait l’effet d’être un étranger.

Image : CC BY SA Jeanne Menjoulet & Cie

La clé

Certains jours je désespère, spirituellement aspiré,
À moins que ce ne soit l’envie, ou le manque d’envie,
Ou sinon, un besoin quasi assouvi, bien inséré sous ma vie,
Quoi qu’il en soit, ce soir je n’ai plus l’appétence des mots,
Pourtant l’inspiration est ici, m’aspergeant, me submergeant,
C’est quelque chose de complexe, un peu con, presque incompréhensif,
Un dilemme en moi-même qui me peine, je suis en panne,
Une satire qui se tire en vitesse, je sature, statique et stoïque,
Je reste en place, attiré et tenté par un tour du monde, torturé,
Non, ce serait simplement un bond, même pas un pas de géant,
Une enjambée de Terrien, arriver entièrement à ta porte, éthéré,
Astreint à la patience, pas de chance, j’aime pas attendre,
Tourner autour d’un sentiment d’un centimètre, moi je veux qu’il grandisse,
Qu’il explose ses couleurs, qu’elles t’éclaboussent d’un sourire,
Sans rire, l’arc-en-ciel de mon cœur trépigne d’impatience,
J’ai peur qu’il perde son éclat, et je veux qu’il soit libéré,
Il crie au secours, cherche cette clé, séparée en deux parties distinctes,
J’en ai juste une moitié, l’autre s’est perdue au fil d’un soupir.
À ton nom, ta peau satinée, ton sourire fugace, tes yeux d’alcôve,
Sur un désir désert l’usure susurre l’azur d’un horizon emprisonné dans ton regard,
Et tes lèvres… j’arrête car je divague et vogue sur les vagues de ton visage,
Et je sens que je vais défaillir… car à mesure la plongée est plus profonde et mon coeur étouffe,
La pression m’empêche de respirer, je m’apprête à imploser,
Mais comment remonter ? Je pense que c’est impossible, inadmissible,
Alors je m’égare, dans le labyrinthe de ton coeur, je ne cherche pas la sortie,
Non, je cherche à y mourir, l’amour, les rires, la folie me guette…

Alunissage

Au clair de la lune, mon amie la muse,
Toi qui t’amuses à briller par son absence,
Et me muselles par son inexistence,
Ma petite musique nourrit mon appétence
À m’user sans commune mesure, je mise
Sur la malchance, et m’isole à outrance,
Coule dans un marécage de misère,
Submergé par les lames de fond du désert,
Errant au gré du courant et du désir,
Sous l’embrun écœurant d’un vide amer,
De l’océan, affleurant ma mer tranquille,
Battant mes côtes amaigries, mes îles,
Mon corps où l’hiver s’éternise.

Ô clair de lune, imperceptible tant est sombre
La nuit, et dans l’ennui je sombre, seul,
Tous mes sens sont si peu satisfaits,
La suie semble sourdre, m’esseuler,
Je suis sourd dans ces quatre murs.
Où le vent s’immisce dans les rainures,
Me glaçant les cuisses, me transmettant
La chair de poule, ou de murène,
L’erreur arraisonne ma raison, sans reine,
Mon fou est mis échec et mat, bascule,
Et tombe, il se sent ridicule, mis à nu,
Dépossédé de tous les possibles, fané,
Fini, croulant sous les rochers, déchu.

Sous le clair de lune, s’immole ma passion,
Si j’avais pu j’aurais fait attention, mais…
J’avance désormais sans mission, saoul,
Abruti par la brutalité, alité et brisé,
La fatalité qui dure, purement m’astreint
Aux reproductions des cercles vicieux,
Ces révolutions qui n’ont de la révolte
Qu’un vague lien lointain, un rêve
Qui revient me hanter dès que la nuit
Intervient, un jour sans fin,
Qui n’a de diversité que la date,
Et mes délires dès lors divaguent,
Je ne vis que quand je dors.

Image : libre de droits – Jette55

Des espoirs

Froide, c’est l’heure de ranger sa douleur,
Leurs âmes rôdent ailleurs, des fantômes criards,
Tumeurs sordides, glaciales mais c’est un leurre,
Les amitiés irascibles, avenantes, au creux du rien,
Traversant le pont terrien des souffrances coulantes,
Formant un tout, là où la séparation n’existe pas,
Se combattant à coups de fusils bien chargés,
Chargés de mépris et de haines hurlantes.
Les chairs meurtries cicatrisent lentement,
Laissant au temps leurs rêveries brûlantes,
Si chaudes, à l’abri des pluies de doutes,
Qui reviennent toujours refroidir des mains
Liées aux humains, sans visage, en déroute,
Par des membres insignifiants et superflus.
La moiteur tropicale de quelques larmes acides,
Fuit le bruit lancinant des vivants occupés,
Au rythme de leurs peurs, arrimés à leurs quais,
Leurs quais intimes, sales et impraticables,
Au fond d’un monde différent pour les uns,
Avides de rumeurs serpentant au-dessus d’eux,
Ou d’un toit aux tuiles de jugements lâches,
Composés de soleils petits comme des atomes,
Des vies fastes qui dévient, et des notes si fausses,
Se fondant derrière une mélodie sans fin,
L’air de rien, passant inaperçues, aphones,
Sourdes même, mais munies de sonotones,
Aux invisibles couleurs telle l’aura d’un mystère.
Nous n’aurons plus de mots dans nos verres,
Vides de tout et de rien, mais de rien surtout.
Les lumières allumées au fin fond des masures,
Battent la mesure aux bouts des rouleaux de murmures,
Amusant les passions dépassant l’inconscient,
Des sourires des muses au fil des morts infimes,
Englobant tous les fruits des paroles muettes,
Assises sur l’horizon de nos nuits agitées.
Il n’est plus nécessaire de laisser s’aérer,
Les pièces amenuisées par la jungle rougeoyante,
Des cascades de sang qui l’hiver coagulent,
Où baignade interdite et noyade inédite s’adulent.

Image : libre de droits (Pavlofox)

Hydrocution

Nous tournons en rond, nous, les écorchés
Sommes-nous donc maudits pour vivre ça ?
Des galaxies semblent nous éloigner, des
Millions et des millions de kilomètres supposés
À l’opposé de la rencontre, elle tarde sous les corps embrumés.
Être là est pour certains une torture, un supplice,
Las de devoir traîner chaînes et boulets
De canon qu’on s’envoie, bourrés d’amour pourtant.
Cette réalité est si lourde, pour tant d’années, où est ma
Vie ici-bas ? Je me le demande parfois…
Solitaire par obligation, attendant une déviation,
Sans espoir ni résignation, juste un peu d’abnégation.
Se voir dériver ainsi semble si pathétique, vu par des yeux fermés,
Voir quelqu’un se noyer de loin…
Il se débat, il coule, remonte, coule à nouveau, il
Suffirait d’une bouée, mais la prendrait-il ?
D’un semblant d’amour perdu, car c’est ça qu’il attend.
Coup pour coup, il finira par se laisser tomber,
De haut et en profondeur, mais il suffit parfois d’un
Pouce décalé, ou en l’air, il n’est pas sur l’autoroute
Du hasard, et il voit tristement les affres du
Destin qui se marre, se perdant dans le soir,
Pour longtemps.
Qu’on se le dise, la vie n’est pas acquise,
Se trouver est parfois quasi impossible
Rencontre entre deux astéroïdes, improbable,
Ne demandant qu’à se heurter pour pouvoir exploser,
Perds-tu le nord dans cette contrée où la nuit n’est
Pas étoilée ? Ton contrefort est un refuge où tout
Espoir n’existe pas, la lune s’étouffe derrière les nuages,
Car elle a peur, elle se cache, ici c’est comme la guerre…
Je voudrais l’arrêter, apaiser ses assauts, mais
Suis-je donc en Enfer ?
Là, le temps commence à me manquer,
Quelque carte pourrait se dessiner, mais à
Part l’horizon trop plat, je ne vois rien.
À travers les volets de mes paupières,
T’attendre est vain, alors je dors.

Image : libre de droits (fradellafra)

Programmes corrompus

Janvier accourt, et l’émoi passe, j’ai la visite d’une
Araignée que j’enfume à l’occasion et à raison d’une
Innocente clope, ça la ralentit dans sa lancée, l’endort,
Mais ne semble pas tellement la déranger, j’adore
Embêter sans méchanceté ces bestioles, quand elles
Libèrent leur curiosité et qu’elles m’interpellent
En s’approchant trop de moi, car l’univers animal
Se doit chez moi de rester à sa place, sur les toiles
Satinées de soie qu’elles tissent hiver comme été,
Et il m’a fallu du temps, elles n’étaient pas décrétées
Nativement bienvenues, ce n’est qu’après avoir
Tiré mon voile opaque que j’ai commencé à voir,
Illuminer mon quotidien, travailler sur ma haine,
Et la chasser, ne garder que l’amour, sans la peine,
Résiliente, qui nourrit la souffrance, et fait tourner
Sur soi-même, flatte bien l’ego et fait séjourner
Illusions et passions vaines, rêveries éveillées,
Nuées de croyances futiles, qui croient nous réveiller.
Et la nuit est trop belle pour être honnête, et moi,
Xérophyte piquant résistant au froid, aux mois,
Planté dans un désert strié de chemins boueux,
Livré à la soif et l’abandon, j’ai l’estomac noueux,
Origine d’un parcours qui revient à sa source,
Resté en court circuit, mais continuant sa course,
Elle se finira quand les batteries seront
Soit vidées, soit grillées, et ce sera selon…

Le roseau

Je vais tout droit, dans le sens inverse de la marche du train,
Enfermé comme tout un chacun dans cette immense machine,
Rêvant de m’envoler hors d’ici, de survoler les petits chemins,
Être libre une dernière fois, cesser de toujours courber l’échine.
Voyager dans ma tête et dans le monde, sans jamais aucun frein,
Et quand je me réveille, le rêve s’interrompt, et la réalité revient
Dynamiter ces objectifs, projeter brutalement dans une vraie vie,
Ultime basculement finalisé d’une désillusion, un manque d’envie,
Nerfs d’une vicissitude mécanique, désarticulée et souvent viscérale,
Entouré d’habitudes hébétant les plus forts des vivants, ancestrales,
Falsifiant quelques paroles, mentant au plus offrant, trahissant des
Idées qui sont miennes, celles les plus à même de me transcender.
Né au vingtième siècle, j’ai appris naturellement à imaginer l’avenir,
Dans ma génération, on n’a pas vraiment tous vu les choses venir,
Entre une fin de siècle et un début de millénaire, on n’a pas pu choisir
Chahutés dans les virages, souvent à l’affût des derniers loisirs,
Happés par le tourbillon de la vie, gelés dans des nuages de souvenirs,
Attendant la pluie et tombant à nouveau de haut, pour encore atterrir,
Pile sur un os, à moins que ce ne soit dans le pays imaginaire
Illimité, où l’illusion est de nouveau autorisée par formulaire
Trié, vérifié et tamponné par ces administrations séculaires,
Représentées par des clowns juste un peu plus classieux,
Et protégées par une hydre menaçante régnant sur leurs cieux.

La pierre

Je suis une pierre immobile posée sur une planète condamnée, je
Pense à l’univers qui se dessine au-dessus du ciel, perdant d’un jeu
Que tous voient, mais auquel personne n’a envie de participer, moi
Je voudrais y jouer, quitte à perdre aussi, mais je n’ai aucun choix
Vais-je réussir un jour à trouver un but ? Vais-je réussir ou dois-je
Arrêter de rêver comme si j’étais vivante, mais j’ai ce besoin d’aller
Là-bas, ailleurs, autre part, autour de moi il n’y a rien d’autre que
Le vent qui souffle et qui fait bouger les arbres morts de rire et de
Désespoir car ils étaient plein de vie, l’amertume les a bouffés, cela
Est la destinée de chaque chose qui respire, qui naît et qui a le vague
À l’âme abîmée, un sac de souvenirs traîné le long d’une route est
Son seul fardeau, glacé et vulnérable à la merci de toute autre chose.
Apogée de son existence, summum de l’habitude sans plus d’émotion
Une histoire était née au fond de ce monde inutile, je mens encore une
Dernière fois, avant de me suicider. Une pierre ne peut pas boire une
Bière ni même rien d’autre, une pierre n’est rien ici. Peut-être qu’
Avant, il fut un temps, j’étais quelque chose, mais là, que suis-je ?
La folie, même ça ne peut m’atteindre, je n’ai pas de début, pas de
Fin, pas d’existence, je suis là, à rien faire. Je ne suis qu’une pierre.
Demain sera le même jour qu’aujourd’hui, rempli du vide habituel
À l’abri de tout ce qui peut se vivre vraiment. Protégé tu dis ? Mais
Tous les êtres vivants ont au moins l’espoir, et moi je n’ai que le rien.
Les arbres, les animaux, j’en suis jaloux. Je voudrais leur donner des
Coups. Et les humains, ceux-là ne connaissent pas la chance qu’ils ont.
Je mens encore, je n’ai aucune émotion, ni haine ni amour. Juste le vide.
Serai-je, un jour, réincarnée dans quelque chose qui bouge ? J’en doute
Encore, comme toujours. Mais même ce monologue qui dit que je suis
Là est un mensonge pathétique, ressens le désespoir d’un être minéral.
J’oserais dire que tu ne me comprends pas, si seulement je vivais ici bas.
Aimerais-je quelque chose si j’étais vivante ? Ou encore mieux : quelqu’un ?
Que ce soit clair, mon existence même est à remettre en doute. Je pourrais,
Ce serait naturel, éclater en morceaux, et donner naissance à d’autres pierres.
Ne comprends-tu pas ? Mon calvaire est le simple fait que mon pauvre destin
Soit un ramassis plat de choses vaines. Que tu me ramasses et me jettes ne serait
Pas une fin en soi. Tu peux me mettre sur une étagère, me garder mais où serait
Le beau là-dedans ? Est-ce que c’est ça ma vie ? Je ne pleure même pas, et mon
Cas est désespéré. Je n’ai même pas la possibilité de la tristesse, de la joie et puis
Je m’ennuie. Comment pourrais-je un jour ne serait-ce que savoir ce qu’est l’ennui ?
Ne me juge pas, tu ne vois pas ce qui ne se passe pas, ce qui manque, et d’ailleurs,
Manquerais-je à quelqu’un si j’éclatais en poudre, serais-je mieux si j’étais du sable ?
Vraiment, est-ce qu’une pierre vit, ressent ? Je sais que non, et ce que je dis ne sert
À aucun être vivant. Toute ma vie misérable n’est qu’une suite de petits riens, jamais
Personne ne pourra vraiment comprendre l’absence de tout ça, je voudrais juste vivre.

L’homme déjà mort

Aux confins d’une montagne de douleur,
Dans les tréfonds d’un puits de tristesse,
Tout en haut d’un lourd ciel de paresse,
Loin au large d’un océan de peur,

Un petit homme restait immobile,
Il vivait mais rien n’était moins sûr,
Sur le flanc appuyé contre un mur,
L’existence ne tenant qu’à un fil.

Ses deux yeux étaient bien grands ouverts,
Mais figés ils trahissaient le vide,
De son regard vieilli par ses rides,
Et son cœur n’existait que sous verre.

Vivant à travers ses souvenirs,
Il attendait la mort maintenant,
Patientait, elle viendrait sûrement
L’emporter car il voulait partir.

Et c’était bien là sa seule envie,
Son seul désir était de mourir,
Car cela ne pourrait qu’être pire
De vouloir se maintenir en vie.

Il avait fait une croix sur ses rêves,
Abandonné l’espoir d’être heureux,
Il ne voulait pas devenir vieux,
Vieux et seul, c’est une vie sans sève.

Oh que non, il n’était pas de ceux
Qui de la solitude pouvaient jouir,
L’idée même le faisait dépérir,
Son idéal était d’être deux.

Mais sa vie était pluie et brouillard,
Qui aurait voulu la partager ?
Sacrifier des instants, faire lever
Le soleil sur cet être bizarre ?

Ses semblables l’avaient ignoré,
Se sentant impuissants face à lui,
Le laissant s’essouffler sous sa pluie,
Et le forçant à se résigner.

Plus le temps s’écoulait, plus le froid
L’engourdissait et moins il voulait
Continuer d’espérer, il coulait
À pic et sans lutter, sans effroi.

Son chant était si beau, ses semblables
En profitaient, ils ne voulaient pas
Que ça change, le préférant comme ça,
Ils le trouvaient tellement affable.

Alors lui, il chantait, espérant
Qu’un jour quelqu’un serait révolté
Et lui donnerait un coup d’épée,
Un coup de grâce, tuant ce mourant.

Mais tout au fond de lui il savait,
Il savait que personne et jamais,
Que jamais personne n’oserait
L’achever, tous ces lâches riaient.

Image : CC BY SA Mbzt (Le Christ mort – attribué sans certitude à Philippe de Champaigne – Église Saint-Médart – Paris V)

Feu de paille

Demain c’est l’automne, et tonneront ses couleurs d’ocre et de brun
Qui vont voiler le vert de la Nature cyclique, comme chaque année.
Aujourd’hui c’est encore l’été, le dernier jour d’une saison sèche.
Et pour certains le temps s’est arrêté, il sertit le monde
De son voile d’argent, enveloppant la vie et ses vérités.
S’il passe, arrêtez-le, et demandez-lui l’impossible…
S’il trépasse, sondez-le, obtenez qu’il cache les cibles
Trop usées, que sont les écorchés, criblés des balles
Fusant des fusains et des fusils froids au fatras foisonnant.
Car demain c’est l’automne, les tonnelles des jardins
Seront tristes sans les feuilles accolées aux branches qui les habillent.
Demain déjà, l’autre jour jouant sa musique lancinante
Je n’ouvrirai pas ma fenêtre et ne verrai pas le ciel gris,
Aux relents de soleil qui se montre par intermittence,
Les notes saturées aux tons torturés montent lentement,
Des sons électroniques acidulés, crescendo solitaire étouffé,
Par les voix trop fortes des discours répétés qui abondent.
Les yeux enfermés dans un songe au fond de la nuit,
Observent et surveillent ce que l’imagination inconsciente
Dicte, cette histoire inconnue qui raconte la lune suspendue
Sur laquelle s’est assis mon cœur un peu perdu, un peu mort
Ses battements sont trop insonores, que l’on ne les entend
Que l’on les guette attentif, laissant passer les secondes,
Lesquelles fanées se taisent et attendent patiemment
Le prochain siècle où l’ère aura changée, et l’air de rien
Sera devenu, désinvolte, la norme aux mœurs mortifiées.
Tristesse longuement ressentie, parfois, ou exaltation s’emmêle,
De son fil souvent brisé qui se désagrège avec le temps,
Le temps qui s’est arrêté un instant, intemporalité sans morale
Car inutile à l’endroit où il sied, fermées les portes des maisons
Les clés cachées qu’on cherche en permanence, solutions
Introuvables, et se meurt petit à petit, s’endort doucement,
En pensant à toi, chaque fois que mon regard croise ce papier,
Où tes mots sont inscrits et resteront gravés dans mon cœur
Repêché, rejeté à la mer, pour lui laisser un semblant de liberté
C’est du sport, désagréable, j’aurais aimé qu’il reste entre tes mains,
Mais c’est sur cet astre qu’il a atterrit, et s’est posé en t’attendant
En observant les cernes se creuser et les rides se dessiner,
Un cinéma ambulant où se projette le film de ma vie, trop long.
Quand vas tu me voir, du haut de ta falaise ? T’envoler,
Tourner un peu dans ce ciel d’été qui s’achève, tournoyer
Monter au-dessus des nuages, traverser l’atmosphère,
Laisser derrière toi la sphère dormir paisiblement, tes peurs…

Fatigué

Je verse des larmes de tristesse, je ne peux plus rien faire
Ou ne verse plus rien, je n’arrive pas à pleurer, à me taire
Je vais terminer là, arrêter tout, ne plus rien entreprendre
Plus de rêves, plus d’espoir, et le soir je verrai s’envoler mes cendres
Plus de motivation, rien de plus que de vaines émotions
Je n’ai plus que des émotions tristes, aucune considération
La laideur pour compagne, Léonard Cohen pour ambiance
Je regarde le sol et je n’ai plus la moindre confiance
J’ai plein de fantômes, ils dansent autour de moi, elles dansent
Plus d’appétit, plus rien, juste des rêveries inutiles, vaines
J’ai perdu toutes celles que j’aimais, elles résonnent, forment ma peine
Je n’étais pas assez bien, une espèce de chose brisée
Ma cigarette n’a plus de goût, l’eau ne reste pas dans mon ventre torturé
Je n’ai plus de colère, je vais aller m’allonger, un moment.
Et rester là, sur ce matelas, à mouiller mes tempes
Attendre que la mort vienne me prendre, seul.

Image : CC BY Bill Strain (Leonard Cohen)

Cercle vicieux

Une vieille gueuse émoussée, dans une vieille veine usée
S’enfonce enflammée comme un paquet d’uranium qu’on envoie dans le soleil,
Rien ne semble pouvoir l’arrêter, même pas l’absence totale d’éruption
Même pas le réveil, mais ce n’est pas un rêve.
Et l’absence d’amour me rend cynique.
Tant et tellement que je continue à m’enfoncer
Dans ce putain de cycle de panique
Qui se reproduit encore et encore et encore et toujours
À l’infini, et j’en ai bien l’impression
Jusqu’à ce que j’en crève…

Image : CC BY SA – Franck Louchet