Pas dupe, mais désireux

Je me fous des usages conventionnels quels qu’ils soient, même si j’en utilise encore, sans m’en rendre compte. Ainsi, la nouvelle année fait partie de ces choses dont je me moque. Lorsqu’on me la souhaite bonne, par gentillesse et/ou respect pour mon interlocuteur, je vais dans son sens, mais ça s’arrête là, et c’est rare que je le fasse en premier. Je n’ai pas été plus heureux, ni moins heureux, que d’habitude, cette nuit, de la même façon qu’à Noël d’ailleurs. Lorsque je m’imagine la plupart des gens faisant la fête comme ils savent si bien le faire par chez nous, je ne vois que des moutons qui suivent tous le même chemin et qui ont besoin d’une raison pour tous converger sur un point précis. Quand je m’imagine ceux et celles qui, seul-e-s comme je l’étais hier, dépriment plus que d’ordinaire, je vois aussi des moutons (c’est grave docteur ?), mais eux, tristes de ne pas avoir pu satisfaire leur désir conventionnel. Et attention… y a aucun mépris là-dedans, c’est global et je ne vise personne. On décide d’aller dans le courant ou pas. On est tous comme on a décidé d’être, et j’insiste sur ce point : je pense que mettre sur le dos du hasard une partie de sa personnalité est un déni de responsabilité, on choisit toujours chaque chose qu’on fait et qui mène à des changements imperceptibles sur nous-mêmes. Imperceptibles car ces changements sont infimes et on ne s’en aperçoit que lorsqu’on se remet en question (ou qu’on nous le fait remarquer si tant est qu’on accepte les remarques), qu’on fait le point, si on le fait. Beaucoup de monde ne jugent pas utile de le faire. C’est aussi leur choix, et grand bien leur en fasse.

Encore une fois, je précise que je ne suis pas mieux que quiconque, je fais aussi ces choses parfois (dénier ma responsabilité et attribuer au hasard des changements sur ma vie), davantage dans certaines périodes, moins dans d’autres. J’ai l’air de pointer du doigt des personnes, ce n’est pas le cas. Et si d’aucun se sent concerné, c’est son problème, pas le mien. Pour en revenir aux fêtes, ça m’arrive de vouloir plaire à quelqu’un de particulier, et de faire semblant d’être moins bourru qu’en réalité. Je pense notamment à des moments où j’ai des poussées d’ouverture à ces modèles sociétaires conventionnels que sont les fêtes, je l’ai fait y a deux ans par exemple. Mais soyons honnêtes, quand c’est le cas, c’est clairement feint.

Je suis souvent de mauvaise humeur depuis quelques années, voire depuis toujours, surtout au lever du lit. Le réveil est un combat, j’ai entendu ça dans une chanson, je ne sais plus laquelle, qu’importe, mais c’est une image à laquelle je peux m’identifier. Qui me voit de l’extérieur pourrait dire que je fais tout le temps la gueule. Moi, j’en ai pas l’impression, j’ai l’habitude. J’explique ça par les conclusions (aujourd’hui plus du tout définitives, alors qu’avant, elles l’étaient souvent – dans une certaine limite) que je tire au sujet de tout ce qui fait cette société, et surtout la complaisance de mes chers compatriotes Terriens dans tout ce qui est tordu. Oui, car je n’ai toujours pas de drapeau, et ma carte d’identité ne me sert toujours qu’aux usages institutionnels, et à éviter de passer quelques heures en garde à vue bien que je n’aie pas été contrôlé par les flics depuis plusieurs années (soit ils me connaissent suffisamment, soit c’est parce que j’ai quitté Paris et sa banlieue depuis longtemps).

Ces derniers temps, j’ai eu des discussions (toujours surtout via un moyen virtuel, mais pas que) politiques qui m’ont fait un peu espérer, je me laisse facilement avoir, mais pas tant que ça, car je garde toujours une lueur de lucidité : rien ne changera et surtout pas grâce aux élections prochaines. Mais je me suis permis de me dire (et de dire tout court), qu’il pourrait y avoir une embardée politique chez nous. J’ai eu cette sensation que pour une fois, moins de personnes s’abstiendraient aux prochaines élections présidentielles, et qu’il serait possible qu’on puisse apercevoir un début de lumière, le bout du tunnel, et j’ai eu envie de prendre le train en marche. Alors attention hein ! Non seulement on n’y est pas, mais en plus je n’y crois pas concrètement. Mais j’ai eu cette petite sensation. Je n’ai jamais voté, et si je le faisais cette année, ce serait une grande première. Et j’ai presque 40 ans. J’ai cette impression, mais alors légère hein… qu’on est nombreux à se dire la même chose, tout en étant dans le même cas. Ayant compris que le système électoral chez nous était très stratégique, reste à savoir comment s’y prendre pour aider à ce que ça arrive. Il y a tellement de candidats (mais qui proviennent tous d’une oligarchie ploutocrate) que si tout le monde continue à fonctionner de la même manière que d’habitude, à s’éparpiller, ce sera forcément les mêmes truands provenant des mêmes partis capitalistes (qui ne portent que le nom de grands courants politiques précis, dont les représentants et/ou candidats promettent des choses qu’ils « oublient » une fois au pouvoir, et ces derniers sont tous malhonnêtes et capitalistes, voire libéraux) qui se retrouveront au second tour, et c’est ce qui va probablement arriver. Mais c’est là que ce serait intéressant de continuer à parler avec un maximum de personnes possible, histoire de se mettre plus ou moins d’accord sur la manière la plus efficace de foutre un coup de pied au cul de ce système hermétique à tout réel changement.

J’ai donc, au dernier moment, été me faire faire ma carte d’électeur. Non pas parce que j’estime que c’est un droit, car si c’était un vrai droit, on n’aurait pas à se faire recenser pour ça et on pourrait voter sans, après tout nous sommes tous ici, et le simple fait de l’être devrait être une raison suffisante pour avoir possibilité de voter sans devoir montrer patte blanche (quitte à faire une liste des votants au fur et à mesure, dans une base de donnée intranet, pour que personne ne puisse le faire plusieurs fois – autant je suis contre le vote électronique à cause des possibles fraudes, autant ici je préconise d’utiliser une technologie à la fois moderne et simple pour éviter les abus). Mais parce que pour une fois, j’ai envie de faire autrement. D’agir autrement. Non pas que j’estime que je n’agissais pas jusqu’à maintenant, ces dernières années j’ai énormément écrit, et j’ai énormément discuté aussi. Mais de le faire autrement que d’ordinaire. Alors on verra ce que ça donnera, et il reste suffisamment de temps pour choisir une stratégie, qui se résumera hélas à terme à choisir le moins pire (selon nos conceptions personnelles), comme je l’ai toujours dit. Mais après tout, la certitude est un poison, et c’est en changeant de méthodes qu’on peut espérer. Espérer quoi ? Espérer tout court.

Image : libre de droits (NeuPaddy)

Société immonde

C’est le symbolisme ironique d’un tableau saisonnier où les mois me font prisonnier,
Auquel la masse inique faite d’ovins enchaînés à des bovins avinés, se soumet,
Où l’alcoolisme agonique moutonnier pousse aux embrouilles de poissonniers,
Où l’on casse, cynique, l’altruisme et les vitres, mon moral assassiné, où tout n’est
Que dualisme laconique canonnier, tousse tonton ! tu rouilles comme un tisonnier,
Sur ta face stoïque, ton égoïsme chapitre tes vieux râles bien dessinés, où même
Quand tu veux, ironique braconnier d’une brousse que tu souilles en pionnier,
Sourire, tes rides de pitre mécanique ne trompent pas, t’es pâle, et ton anathème
Pend ton jeu par les couilles jusqu’à ce que mort s’ensuive, pas douce, cordonnier
Mal chaussé, même ton rire fait un bide atonique qui pompe tout ton système
Vasculaire, ton cœur bafouille et s’endort, ton muscat ressort par tes pores,
Et dès lors ton odeur laisse une effluve abjecte que seul un être anosmique
Pourrait supporter, ou d’autres ivrognes à la limite, le reste t’éjecte dans ta cuve,
Pour que tu crèves seul et si possible oublié, et ton sablier finit de s’écouler,
Comme ton monde qui est en train de s’écrouler, continue à te saouler mon con,
Attention en allumant ta cigarette, une allumette pourrait t’enflammer,
Le commun des mortels t’a d’ores et déjà inhumé, mais tu respires encore,
Ton sort a été jeté, aux ordures, par des ordures d’ailleurs, soi-disant supérieures,
Des qui sont sûres d’être au-dessus de catégories qu’elles mesurent
Du bas de la pyramide pourtant, et qu’elles intimident par l’usure,
Par leurs allégories spéculatives et hypocrites, hâtives et transcrites par mes mots,
Car elles nécessitent d’être traduites, pour bien saisir toutes leurs nuances,
Toutes leurs nuisances, leurs médisances, alors que la complaisance
Dans la soumission à un système aux belles allures de bienfaisance,
Est l’habitude de ces êtres – bien sous tous rapports ? Non…
Philistins imbus d’ignorance, qui éludent, bredouillent ou s’indignent,
Voire sourcillent et grimacent, passent leurs chemins sans mot dire,
En te regardant de haut, quand tu les mets à jour, mais qui vont te maudire
Par la suite, dans ton dos, sans que jamais tu ne le saches.

Fragile

Saleté de société qui dévalue quelques êtres du fait de leur apparente fragilité, des êtres qui sont bien plus forts sous certains aspects qui ne se voient pas au premier abord. La vision binaire des abrutis qui pensent ainsi est vraiment fatigante et fait pourtant office de loi, sauf que pour des personnes spirituellement élevées, cette loi apparaît telle qu’elle est : comme un sophisme. La force (ou la fragilité) qui est prônée comme importante n’est qu’une partie infime de l’être humain, et ne voir que ça, c’est vraiment être stupide, porter des œillères et freiner l’évolution de l’humanité. C’est des personnes comme ça qui sont responsables de la pauvreté du monde. Cette vision qu’ils imposent et que le plus grand nombre (les moutons) choisit délibérément de suivre par facilité, est digne du moyen-âge. Pire : de la préhistoire. Qu’ils retournent vivre dans des cavernes et qu’ils nous foutent la paix, qu’ils nous laissent apprécier toutes nos caractéristiques humaines, ces caves, au lieu de les dénier. Ils glorifient des points de caractères qui sont des défauts, mais qui sous un angle primitif, apparaissent comme des qualités. Aucune subtilité, cette façon de voir les choses est désuète, dépassée, obsolète. C’est celle du pluriel, de la division, elle est grossière, vulgaire, vole au ras des pâquerettes. Elle sent les égouts, la crasse, les eaux stagnantes. Elle n’est là que pour rassurer quelques crétins qui se croient supérieurs aux autres.

Image : CC BY Sean McCormick

Le vouvoiement

Chacun peut choisir de se plier ou non aux conventions traditionnelles, ou «  normales  », les moeurs, les morales populaires, à tout ça. Je prends souvent l’exemple des frontières qui n’existent que pour les personnes qui leurs donnent légitimité en les considérant, pour moi elles n’existent pas, mais ici je vais prendre un autre exemple : le vouvoiement. En temps «  normal  » le vouvoiement est une marque de respect, une certaine distance qu’on met entre soi et quelqu’un qu’on ne connaît pas, ou quand on souhaite garder un rapport spécifique, professionnel ou autre. Pour moi, c’est tout l’inverse, sachant que je considère (pour ce cas précis) que le professionnalisme n’a aucune valeur, car ça n’empêche pas que l’expert es truc ou machin puisse être (et est souvent) un con fini. Ces notions de supériorité car untel a des connaissances ne sont pas les miennes, ce sont celles d’une société malade qui refusera toujours d’admettre qu’elle l’est, et dès lors que quelqu’un se sent supérieur, je le vois comme un rigolo. Si je te tutoie, c’est très bon signe. Si je te vouvoie, dis toi qu’il y a un problème.

Image : CC BY SA Paille