La publicité, la dégueulassitude

Ils sont de plus en plus nombreux ces sites qui placent soit un message qui pour moi glorifie l’usage de la publicité, soit carrément une obligation de désactiver adblock sur leur site pour accéder à leur contenu.

Je veux m’arrêter ici sur le premier modèle. Ce sont pour la plupart des sites qui disent qu’ils « vivent » de la publicité. Des gens qui ont besoin d’un salaire plus gros, ou qui ont des ayants droits qui veulent de gros salaires, la publicité n’est pas une question de quelques centimes, sauf pour les « petits »… Pyramidal comme système. Ce seront toujours ceux qui sont les moins connus, qui ont moins de cerveaux disponibles, qui toucheront les miettes, et ce seront toujours ceux qui sont en haut de la pyramide qui toucheront le plus de pognon. Ce ne sont pas ceux et celles qui ont le plus besoin de toucher un peu d’argent qui le touchent. Et on peut refuser de se faire complice de cette aberration en n’entrant simplement pas dans ce jeu vicieux. Putain, des vices j’en ai déjà suffisamment pour pas m’en ajouter un, qui plus est qui est celui d’énormément de monde, un bien plus gros pourcentage que l’ensemble de ceux qui fument par exemple. La consommation.

S’il te plaît, désactive adblock, je vis de la pub… tant pis si tu le fais pas mais quand même…

Pathétique. Qu’ils passent dans le 2e modèle… Qu’ils interdisent l’accès à leur site pour les gens qui utilisent adblock. Parce que dire des trucs comme ça, c’est effectivement justifier l’existence de la publicité. Or la publicité, selon moi, c’est un effet pervers d’une société qui s’enfonce dans un capitalisme déjà omniprésent, et qui continue de s’y enfoncer. La publicité n’a pas à exister. Si elle existe, c’est pour se faire complice du pourrissement de la société. Et si d’aucuns ont besoin de vivre de la publicité, même si j’ai pas de conseil à leur donner, qu’ils apprennent à vivre avec moins d’argent. Seulement « on » ne veut pas sacrifier une partie de son confort acquis, « on » veut croire qu’ « on » mérite ce confort surdimensionné pour énormément de monde. Des maisons trop grandes, qui bouffent la nature, des meubles trop chers, qui s’ils sont rares en plus, « on » va les trouver beaux. Même si chacun vit comme il a envie de vivre, j’insiste, je ne suis pas d’accord avec tous ces principes nuisibles.

Je suis un très mauvais client. Je ne consomme pas. Je suis plus ou moins obligé d’aller faire mes courses pour avoir de quoi bouffer chez moi, mais je prends toujours les premiers prix, et très peu de produits. Et finalement c’est pas une question d’obligation, je pourrais dédier un peu plus d’argent dans mon budget pour pouvoir acheter les produits un peu plus chers. Non, je le fais parce que je refuse d’entrer dans la logique consommatrice où on voudrait faire croire que les produits avec des marques inscrites dessus sont de meilleures qualités. Je n’achète jamais un CD, un DVD, par contre je m’offre des livres, mais toujours d’occasion… Quel intérêt pour moi d’acquérir un bouquin tout neuf ? Je le lirai, ou je le lirai pas, quand même, le contenu sera toujours le même… Je n’achète jamais de choses neuves, et même la plupart de ce qui habille mon logement, c’est des trucs qu’on me donne, pour ainsi dire. Je n’ai aucun besoin de consommer. Je ne suis pas de ceux qui jettent aux encombrants des meubles ou de l’électroménager parce que j’achète une nouvelle batterie de ces trucs. Mais je profite de cette idiotie pour meubler mon logement. On trouvera ça sans doute un peu hypocrite. Moi je trouve pas ça hypocrite du tout. Car en admettant que la société soit équitable, et vraiment équitable, les gens comme moi pourraient acheter des trucs neufs sans défoncer leur budget. Si les gens utilisaient jusqu’au bout leurs possessions, jusqu’à ce qu’elles tombent en panne, et des pannes irréparables, alors déjà on n’aurait pas des tonnes de merdes dans la nature, on n’aurait plus des montagnes de décharges qui s’entassent. Mais les gens sont malades, ils aiment l’argent.

Ça me fait penser à un truc tout ça. L’autre fois, j’étais allé lire dans la forêt, pendant 3 heures environ. Et lorsque je suis rentré chez moi, j’étais assez apaisé, contemplatif, et avant la sortie de la forêt un papillon a arrêté mon regard quelques instants accentuant mon sourire déjà présent. Sourire qui s’est éteint tout de suite car l’insecte est passé juste au-dessus de l’emballage d’un produit consommable quelconque, en plastique, qu’avait jeté un être humain (et oui, les animaux ne consomment pas donc ça ne pouvait être qu’un être humain). J’ai pensé au geste destructif pour la Nature, qu’avait fait cet être humain, me l’imaginant en train de le faire, dans une désinvolture totale. J’ai pas pu m’en empêcher. Et forcément, ça a annihilé la beauté de l’instant contemplatif. J’ai pensé à tous ces humains qui font la même chose un peu partout, et aux résultats dévastateurs. Et j’ai pensé ensuite aux personnes qui, comme moi et mes amis, vont profiter de cette Nature généreuse, et qui une fois qu’ils quittent l’endroit, n’oublient jamais de nettoyer la place et emportent leurs déchets non biodégradables, et enterrent ceux qui le sont.

Aujourd’hui je pense à cette opération qu’on a prévu de faire avec ces mêmes amis, de nettoyer de tous les déchets (dont une bâche dégueulasse en plastique noir qui se déchiquète petit à petit répandant ses bouts un peu partout dégueulassant l’endroit progressivement) qui étaient déjà là avant notre découverte de ce coin de nature, dans lequel on aime bien se poser, pour discuter, lire, fumer, boire, emmener les gosses s’amuser, s’amuser nous-mêmes. Pourtant on est une belle bande de schlags… Mais le fait d’être dans un trip « thug life » n’empêche pas de respecter la Nature.

L’autre fois, les gosses faisaient une cabane au bord de l’eau et j’étais enchanté de cette initiative, jusqu’au moment où par paresse, ou bien par facilité, ils ont pris un morceau de cette bâche pour isoler un peu les bouts de bois qui formaient un genre de tipi. A partir de ce moment-là, je ne pouvais plus me faire complice de cette entreprise car elle allait clairement à l’encontre de mes convictions. Pour un gamin relativement innocent, ça n’a aucune incidence et d’ailleurs on les a laissé faire, pourquoi les en empêcher s’ils avaient envie de le faire ? Pour une personne adulte déjà dégoûtée du monde dans lequel elle vit, ça en a. Et à un moment, un des mômes est venu me demander d’attacher la bâche puisque j’étais assez grand pour le faire, et que lui non. Et j’ai refusé catégoriquement. En lui expliquant gentiment que ce truc était dégueulasse, et qu’il dénaturait la beauté simple de leur petite construction innocente. Et puis le plastique ça pollue, certes, mais ça crame bien aussi. Imaginons qu’un gosse moins jeune voit ça et ait l’idée de faire prendre feu l’ensemble, irresponsable. L’endroit aurait été détruit. Avant de partir j’ai remis le bout de bâche là où ils l’avaient pris, et c’est là que j’ai proposé qu’on nettoie l’endroit. Proposition qui a été accueillie avec enthousiasme.

Toutes ces choses desquelles je viens de parler sont reliées les unes aux autres par un fil qui porte le nom de consommation. Et si on prend encore un peu plus de recul, de capitalisme. Sans ce besoin d’entasser des merdes alors qu’on les emportera pas avec soi une fois mort, sans ce besoin d’avoir toujours plus de pognon, y aurait pas tous les effets pervers… dont la publicité qui pousse à consommer encore plus, qui induit l’idée qu’en le faisant via ce moyen (un clic sur un lien qui propose un produit) on rendra un peu plus riche une personne déjà assez riche, qu’on fera certes le bonheur d’un petit en lui accordant quelques centimes grâce à un clic, mais le faire c’est, encore une fois, se faire complice de tout ce système.

Tripalium

Sous prétexte qu’un niais propose du travail
Il s’octroie le vil droit de ne pas te répondre
Je suis pas fâché de penser que ça ne vaille
Pas une once de valeur, sans me correspondre
Leurs vieux jobs ne sont que des marchés aux esclaves
Juste destinés à consommer dans l’enclave
Que l’on nomme, hypocrite, super « supermarché »,
Qui n’a que de super le préfixe harnaché
À « chérie », sans l’accent ni l’étymologie,
Car la supercherie, chacun dans son logis
L’introduit volontiers pour la faire ressortir
En poubelle odorante abandonnée au vent,
Cette société faite de nombreux paravents,
Placés là pour que les boeufs touristes de base
Ne voient pas ce qu’il y a derrière, la rase
Campagne est salie par le bitume bourgeois
D’une catégorie d’individus sournois.
La vulgarité est bien question de snobisme.

PS : un gros fuck off pour la société de consommation

Image : CC BY Nikolas Moya

Des mots non dits

Encore une putain de nuit à ne rêver que de compagnie,
Ces rêves inventent une vie parallèle d’attente éternelle,
Remplissent la solitude par l’illusion de certitudes telles qu’elles
arrachent le goût à la tristesse, apportent la paresse et fauchent l’envie,
L’envie donnée de voir, de raconter des histoires,
L’envie donnée de les boire et d’introduire des déboires
L’adversité dans une forme sans forme, un arbre où des hommes
Sont descendus des millions d’années avant et par millions
Juste là, sur un sol, où les attendaient l’existentiel et le fiel
Où aujourd’hui ils se pavanent en s’encombrant de fioritures,
Et condamnent dès qu’ils sentent d’autres hommes ressentir
Où ils les montent en liesse, transformant ça en faiblesse
Où ils se moquent, insipides, et génèrent des envies de suicide,
Où se foutre en l’air n’est qu’un songe, une rêverie qui me ronge
De l’intérieur de mes pensées, s’emporte le chaos défait…
Je choisis une lettre et commence un mot, de son étroitesse s’enchaîne le flot
Des autres lettres et du langage, de ces mots qui deviennent des pages,
Que j’enchaîne dans la verdure, et l’hiver dure, où l’existence est placide,
Où le médiocre devient gastronomie, et les atomes de l’astronomie,
Où l’esprit simple s’attarde un instant, dans un intemporel arrêt dans le temps
Qui se transforme en éternité, où la vie n’est qu’option inutilisée,
D’obligatoire elle est passée à aléatoire, plus besoin de la terminer
Nulle nécessité de cette chaleur, du sang, des veines, des battements du cœur,
Dans ce non sens, l’existence et l’anatomie n’ont plus d’intérêt,
Un désert autour d’un fantôme, plus de lumière sous ce dôme transparent
Sans limite, ce mur à l’intérieur duquel je suis enfermé, dans le froid et l’obscurité
Sans émotion, pas de référence ni de notion de sentiment, l’indifférence
Remplit l’aura, l’incohérence vient soulager ce qui n’est plus maintenant
Qu’une présence absente, l’âme vague, l’envolée dans le néant,
L’esprit seul touche la folie, l’autorise à entrer, elle qui n’en sortira plus jamais.
Et ce n’est plus la peine, il est trop tard.

Image : libre de droits (Nikiko)