Il y a une vie après Facebook

Si vous en doutiez, je vous le confirme. Si vous faites partie comme moi de cette catégorie de personnes particulièrement sensibles à tout ce qui a tendance à rendre « addict », et que vous avez, par curiosité ou pour n’importe quelle raison, cédé à la tentation d’ouvrir un compte sur ce réseau social, celui-là même que j’ai autrefois appelé « asocial » comme pour faire un pied de nez à la fatalité, alors vous pouvez comprendre ce que je veux dire. Non, je n’affirme pas que ce truc est le mal absolu, et je n’ai jamais clamé pareille connerie, en revanche ça m’est déjà arrivé de cracher dessus alors que paradoxalement je l’utilisais. Mais oui, cette plateforme web, ce site (qui dépasse en matière de trafic internet, et de loin, tous les autres sites quels qu’ils soient excepté Google, au point qu’il est radicalement inutile de vouloir rivaliser) a quelque chose de destructif malgré tout ce qu’il peut apporter de positif. Ne vous êtes-vous pas déjà retrouvé, tandis que vous étiez en train de faire quelque chose d’important sur votre ordinateur, pris par une irrésistible pulsion d’aller faire un tour sur la création prestigieuse de Mr. Zuckerberg (1), et ce, non pas pour voir ce que disent vos amis (ou les connaissances virtuelles que vous avez collectionnées avec le temps), mais pour rien du tout, juste comme ça ?

Chronophage (2)

C’est un peu grâce à ce réseau social que je sais que ce mot n’existe pas, alors que les résultats d’une petite recherche web suggèrent le contraire. Il s’agit, vérification faite dans un dictionnaire « en dur » (eh oui, ça existe toujours), d’un terme de Novlangue (3). Un mot qui a trouvé sa popularité avec l’avènement d’internet, que certains auteurs couillus se sont autorisés à employer parfois, et qui est utilisé à outrance comme s’il avait toujours été là. Sa consonance peut laisser penser une origine grecque, mais à ce jour il n’a pas été officiellement accepté. Rassurez-vous, vous pouvez continuer sans tiquer à le dire, il finira par intégrer le Robert et le Larousse. Il est d’ailleurs bien possible que la dernière révision du dictionnaire l’ait ajouté à notre vocabulaire ô combien riche, je ne l’ai pas eu entre les mains. On peut le trouver dans la liste des addenda (4) du site officiel de l’Académie Française. C’est pour dire, même si j’aurais pu apprendre ça via une autre source, que ce dit réseau social ne se contente pas de bouffer le temps de ses usagers. Selon l’utilisation qu’on en fait, il est clair qu’il peut avoir aussi des répercussions positives. Mais non ! Je ne vois pas tout en noir, j’aime beaucoup les couleurs (moins le bleu quand même), mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est ne pas me voiler la face.

CC BY SA - Sstrobeck23
CC BY SA – Sstrobeck23

Y a-t-il eu une vie avant Facebook ?

Comment on faisait avant internet, avant le téléphone portable, avant que la technologie ne prenne le pas sur les vies ? Le summum des conséquences destructives, je pense que je l’ai vu quand l’application Pokémon GO est sortie. Déjà avant, les générations nées avec un smartphone dans les mains (mais que font les parents ? Ils se « textent » leur date de divorce) avaient du mal à décoller de leur petit écran magique, à lever le nez et à se rendre compte qu’autour d’eux, y avait du monde. Avec cette application explosive, les générations d’avant, les premières à avoir pu connaître les joies de ce dessin animé éponyme mais qui ont aussi connu la vie sans le mobile dans la poche, se sont retrouvées happées à leur tour comme des zombies. J’imagine (j’espère) que c’était un effet de mode… Moi je n’ai jamais eu de smartphone, excepté lorsque je piquais celui de mes ex, et qui plus est je suis de la génération d’avant Pokémon, j’ai toujours trouvé que cette série d’animation était vraiment à chier, enfin ça ce sont mes (mauvais) goûts, et je m’excuse auprès de toi lecteur, si tu es adepte de ce machin zarbi ultra commercial. Tu ne pourras pas dire le contraire : cette chose a été l’origine, avec les albums Panini (5) et les robots Transformers (6), d’un nouveau concept, le dessin animé populaire qui impose un produit commercial à côté, à savoir un jeu de carte et des figurines en plastique (cartes et figurines qui valent la peau du cul) dans les cours de récréation. Nous on a eu les Crados (7), eux ils ont eu les Pokémons. Chacun sa merde… Mais tout ça ne répond pas à ma question : est-ce qu’il y a eu une vie avant Facebook ou bien est-ce qu’on s’emmerdait comme des rats morts avant ça ? Les temps changent, les habitudes aussi. Dans cent ou deux cents ans, voire plus, lorsqu’on aura suffisamment de recul et qu’on pourra réellement comparer sur des longues périodes, ça ne m’étonnerait pas qu’on apprenne que les cerveaux ont rétrécis de quelques millimètres après l’an 2000. Je m’en fous, de toutes façons je ne serais pas là pour voir ça. Je m’en fous mais parfois, ça m’inquiète tout de même. Quoi qu’il en soit, j’ai toujours eu du mal à croire en l’humanité, surtout la partie qui ignore le côté spirituel de la vie ou qui le résume à des blagues moyennement fines. Alors en admettant que ça soit le cas, qu’on apprenne dans plusieurs siècles que l’Homme a globalement régressé, je dirais qu’il n’a que ce qu’il mérite. Bon, cherche pas, j’y répondrai pas…

Il a bon dos Bebert

On attribue beaucoup à Einstein, ça donne de la crédibilité. Je dis ça parce que je repense à cette phrase qui n’est absolument pas de lui, de ce cher savant mais aussi philosophe : « Je crains le jour où la technologie surpassera nos interactions humaines. Le monde aura une génération d’idiots. » ou toutes ses variantes. Il suffit qu’un petit marrant crée un panneau, orné d’une belle phrase philosophique, qu’il le signe d’un nom prestigieux (ça donne du poids aux mots), pour qu’on voie la toile s’animer de « partages » facilités par des boutons aux conditions d’utilisations complexes que presque personne ne prend le temps de lire. La rumeur se répand, insidieusement, et le mythe se créé. Et mea culpa, combien de fois ça m’est arrivé de croire quelque chose sans vérifier sa véracité, et même d’aller le répéter pour donner une certaine consistance à mon discours ? Je ne sais pas, des dizaines sans aucun doute. C’est ce qu’on pourrait appeler «  l’effet j’ai pas le temps ». L’Homme moderne n’a pas le temps de vérifier, car l’actualité en temps réel est tellement riche que s’il le prenait, ce temps, il passerait probablement à côté de quelque chose d’important, comme cette super vidéo sur laquelle on peut voir un chat chanter la Marseillaise en dansant le twist ! C’est tellement plus important que de s’assurer qu’on ne dit pas n’importe quoi…

Abstinence

Ma solution – se passer de réseaux sociaux virtuels – a du bon en soi, car par exemple, pendant le temps que j’ai pris à rédiger ces lignes, je n’ai pas une seule fois pensé à me connecter. Je sais pertinemment que si ça ne m’aurait pas empêché de finir d’écrire le texte, il aurait été forcément différent, moins poussé, moins incisif aussi, bâclé peut-être. Ça, c’est la théorie du chaos. Dans une réalité parallèle où un seul détail diffère, les causes à effets changent du tout au tout, et il existe une infinité de possibilités de résultats. Bon, je ne suis pas allé dans le passé, et je n’ai pas tué mon grand-père, donc question paradoxe, on repassera. J’espère simplement qu’on m’a compris, que j’ai été suffisamment clair quand bien même ce billet soit un peu « capillotracté » (8)… Ha ! Ha !


Notes

(1) Marc Zuckerberg, créateur de Facebook

(2) qui bouffe le temps

(3) langue d’Océania, dans le roman d’Orwell, 1984

(4) variante ou pluriel d’addendum, note additionnelle

(5) magazine pour images autocollantes à l’effigie d’une série animée ou d’un club de sport populaire, dont les dites images sont à acheter par paquets de 5 ou 6 (je me souviens plus bien) sans qu’on ne connaisse jamais à l’avance le contenu des paquets, ce afin qu’on achète parfois 15 fois les mêmes images alors qu’on cherche celle d’à côté pour finaliser l’album en question (piège à con de ma jeunesse qui a tellement bien fonctionné que ça existe encore)

(6) figurines en métal, plastique, à l’effigie du dessin animé « Transformers », qui coûtaient excessivement cher, et pour lesquelles nombre de gamins se roulaient par terre en hurlant dans le supermarché, afin que les parents le leur achètent

(7) même principe que les albums Panini, mais sans dessin animé ni équipe de sport, et le succès de ce produit a été dû à son côté provo pipi caca

(8) tiré par les cheveux


Image d’entête : CC BY SA – Kotone Breitbarth

Message in a bottle

Lancer une bouteille à la mer est un acte désespéré. Surtout lorsqu’on le fait dans l’espoir qu’une personne particulière, et pas une autre, pourra trouver cette bouteille, d’une, et comprendre que le message s’adresse à elle et pas à quelqu’un d’autre, de deux. Ça fait beaucoup de probabilités, c’est un peu comme jouer au loto, on peut gagner, mais on a une chance sur des millions de gagner. Et dans ce cas, pour la personne à qui s’adresse le message de la bouteille, trouver le juste milieu entre présomption et fatalisme, c’est être carrément clairvoyant. Selon moi, c’est juste impossible. Alors quand on a des choses à dire à quelqu’un, et qu’on pense que ces choses sont importantes, il faut les dire, simplement, et vite, parce que le temps tue tout quand on n’exprime pas ce qu’on a sur le coeur. Et qu’on peut passer à côté de choses essentielles et finir sa vie en attendant qu’une autre occasion se présente.

Image : libre de droits (955169)

Blabla du dimanche

Faire connaissance avec quelqu’un me prend beaucoup d’énergie. À chaque fois, je prends sur moi pour dévoiler les choses que (j’ai cru remarquer) les autres ne dévoilent pas en temps normal, à cause des mœurs. Je pense que ça s’appelle « être authentique ».

Les moyens de communication ont beaucoup évolués depuis vingt ans. Quand j’étais gosse, à part le minitel, y avait le téléphone, et c’est tout, comme moyens alternatifs pour communiquer, et de toutes façons je n’ai jamais connu les joies du 36 15 Blabla, et n’ai jamais été réellement à l’aise à parler dans un combiné téléphonique.

Lorsque j’ai vraiment découvert internet, en 2000, j’avais dépassé la majorité absolue, et ça a été une révélation, car (c’est une analyse rétroactive, à l’époque je n’en avais pas conscience du tout) étant hypersensible depuis toujours, la plupart des gens m’apparaissaient difficilement abordables de visu, à cause de leurs fausses personnalités, de leurs valeurs ou morales conventionnelles. Mal à l’aise en public, c’est ce que j’étais, alors lorsque j’ai pu commencer à discuter par l’entremise d’un ordinateur, je me suis senti bien d’office (quoique). Exit les gênes dues aux regards dérangeants que je ne comprenais pas, exit les silences pesants, mais surtout exit les émotions parasitaires des autres ressenties par moi-même, étant très réceptif, empathique, sans maîtriser correctement ce don. Exit les impressions de foutage de gueule quand mon interlocuteur identifiait cette réceptivité comme une vulnérabilité.

En grandissant, en devenant adulte, je me suis mis à me fabriquer des personnalités qui ne me ressemblaient pas du tout, pour me protéger, pour m’intégrer, pour arrêter d’être pris pour un con parce que je suis doux, voire gentil. Et j’ai mis très longtemps à m’en rendre compte cette réaction étant inconsciente, et donc autant de temps pour me débarrasser de ces habitudes stupides, attitudes anti-naturelles. Je suppose que ce travail n’est pas terminé, enfin qu’importe, l’essentiel étant d’arriver à vivre le plus souvent possible sans ces armures que j’estime inutiles et aliénantes. Seulement, en face de certaines personnes, que d’ailleurs pour beaucoup, j’apprécie, c’est très difficile. Aussi, si j’essaye pourtant de privilégier les discussions en face à face, je me sens toujours beaucoup plus à l’aise par écrit, via un ordinateur.

Image : libre de droits (Ady Satria Herzegovina)

Inversion des pôles

J’ai envie de discuter avec toi, mais j’ai peur,
J’ai peur de toi, de me retrouver face à un mur,
Car quand j’en regarde la façade, putain j’en pleure,
Pourtant tu m’interpelles, tu m’intrigues, c’est sûr.
Alors qui es-tu donc ? Comment puis-je le savoir ?
Qu’est-ce qui te plais dans mes mots ?
C’est parce que je joue avec mes maux ?
Que je remue ma plume dans ma plaie ?
Me voir souffrir, agoniser, c’est ça qui te plaît ?
Mes mots, ils n’expriment que mes valeurs,
Tu sais, celles qui sont chères à mon cœur,
Certes, le sentiment y est omniprésent,
Dans la contradiction, le paradoxe comme un présent,
Je ne te comprends pas, et je ne sais pas pourquoi,
Mais ma curiosité m’incite à tenter de te heurter,
Est-ce que tu crois vraiment à ces valeurs du sang ?
Pourquoi vois-tu comme des voleurs mes amis les partisans ?
Je te sens embrumée dans des mille et des cent,
Des milliers de souffrances, que la douceur apaiserait,
Mille fois j’ai voulu t’envoyer un billet,
Mais je n’ai pas osé, car moi aussi j’a priorise,
Priorisé par des idées qui ne sont pas compatibles,
Avec certaines qui me font horreur, mes cibles,
Pourtant tu es comme moi, une humaine,
Aux lèvres gercées par des glaciations de haine,
Si tu savais ma vie, alors tu grimacerais,
Et j’ai peur que tu te trompes, aveuglée par l’erreur,
Adoucis-toi, ouvre ton cœur, change, évolue,
Ne laisse pas le froid glacer ton cœur,
Ne laisse pas ton cœur durcir encore
Une viande tendre, chaque battement est preuve
Qu’il est vivant, chaud, sous ta poitrine
Qui se lève à chacune de tes respirations.
Ne laisse pas le cynisme le corrompre,
Tu étais spectatrice, et les rôles s’inversent,
Car je te regarde depuis le ciel, je te vois,
Je soupçonne que parfois tu entends ma voix,
Si c’est le cas, écoute-là, elle est triste,
Qu’as-tu vécu pour en arriver là ?
Est-ce que tu es heureuse au fond de toi ?
Dis-moi…

Poème pour un con

Réponds quand on t’cause !
Tu vas pas t’choper une mycose !
La politesse c’est pas fait pour les chien(ne)s !
Moi qui croyais que tu étais humain(e)…
Tes valeurs sont pas supérieures.
Ton temps se perd aussi au fil des heures.
Ta fierté est mal placée.
Ton mépris inapproprié.
Et ta pitié… issue d’un délire de fennec
Qui transfère sur moi ton putain d’échec.

Bon… Tu réponds ?
Tu vas pas t’chopper des morpions !
Ton jugement est émoussé.
Il ne tranche que le vide de tes idées.
En me condamnant tu te condamnes.
Tu te condamnes à rester profane.
Ignorant et entouré d’autres cons,
Qui comme toi croient fort avoir raison.
Tous calés sur la longueur d’onde de la masse,
Vous avancez de concert, tas de limaces.

Alors bon sang, réponds bordel !
Tu vas pas t’prendre un coup d’scalpel !
T’as beau être con on sait jamais ça peut changer,
Tu peux être traversé par un éclair de lucidité !
Au milieu d’une conversation,
Enfin… une où tu réponds !
Tu perdrais ton statut de con,
L’espace d’un intemporel instant…
L’instant d’une étoile crevant la voûte du temps.
Y voir clair serait nouveau pour toi,
Ce serait une expérience tu crois pas ?
Une lanterne dans ta nuit perpétuelle,
Celle dans laquelle tu collectionne les coups d’pelle…
Ceux que tu prends, ceux que tu donnes
Enfin… Quand t’es pas scotché au téléphone…

Image : Abode of Chaos from above – La Demeure du Chaos vue du ciel (photo de Thierry Ehrmann)