De la servitude moderne

Film documentaire de Victor León Fuentes, adaptation du livre du même nom de Jean-François Brient (éditions Épervier, 55 pages). Le film est disponible en version intégrale, gratuitement, en plusieurs langues.

Le film et le texte sont soi-disant diffusés hors des circuits traditionnels et ont pour vocation à rester gratuits. Les auteurs incitent donc à le copier et à le diffuser autant que faire se peut. On trouve pourtant le livre sur les sites de la Fnac, Amazon, Priceminister, LesLibraires.fr, Chapitre, Decitre, etc. avec une préface de Yannis Youlountas, au prix de 5€, alors que sur la dernière page du pdf disponible sur le site officiel, est indiqué : « Le livre et le DVD qu’il contient sont totalement gratuits, ils ne peuvent en aucun cas être vendus. Le texte peut être librement reproduit, partiellement ou en totalité. La lutte contre la propriété privée, intellectuelle ou autre est notre force de frappe contre la domination présente »

L’impression d’un livre n’étant pas gratuite et les personnes qui travaillent dans les circuits littéraires ne souhaitant certainement pas jouer le jeu, on peut comprendre que ce livre est en vente. La question que je me pose est :

Y a-t-il outre la préface de Youlountas, un autre texte que celui disponible sur le site officiel ?

Une autre question me vient naturellement :

Est-ce que ce site delaservitudemoderne.org présenté comme le site officiel du livre et du film sur wikipedia est bien le site officiel en question ?

Pour l’instant on le saura pas. Mais c’est tout de même des choses que je trouve importantes, lorsqu’on fait passer un message altruiste, indiqué clairement et explicitement, faire l’inverse est quelque peu déconcertant. Voici ce film, qui soudainement me laisse perplexe alors qu’il avait énormément de valeur pour moi avant que je ne fasse ce petit travail de recherche en profondeur. Il n’en reste pas moins grandiose et hurlant de vérité.

La forme de la société

Je ne supporte vraiment pas le caractère mercantile de ce monde, ça me rend mauvais. Tout est dans la glorification des apparences au détriment du fond des choses, de leur essence. À tel point que la beauté en est salie, habillée de frusques qui sont censées la sublimer, l’augmenter, et qui ne font que la rendre vulgaire. Il n’y a rien de plus beau que les choses natures, mais pour les vendre, on les dénature. Je crois que c’est pour mieux attirer l’œil de l’acheteur. Mais qui est l’acheteur ?

Il existe heureusement des commerces qui sont dénués de cette grossièreté, ils sont rares. J’ai dû apprendre à les repérer, et ça n’a pas été facile, et d’ailleurs je pense que je suis encore loin de savoir le faire systématiquement, et encore moins du premier coup d’œil. L’ennui, j’imagine, c’est qu’étant donné que la masse est sans cesse sollicitée par le reste, elle dédaigne l’authenticité de ces exceptions, alors elles coulent, vite submergées par l’avidité de ce reste, presque tout. Pour ne pas mourir, ces raretés sont obligées de s’adapter à ce qui est devenu la normalité en une centaine d’années, afin de pouvoir survivre, elles doivent rivaliser. Et le gros problème c’est qu’en faisant ça, elles deviennent comme le reste : elles perdent leur singularité. Et encore une fois, je suppose qu’il existe quelques petites perles qui réussissent à faire ça sans s’égarer parmi l’immensité chaotique de ce qui ressemble à un grand bazar tape-à-l’œil, celui de la norme. Elles doivent être encore plus rares, forcément.

Chez nous, pourtant, on est fiers de cette fausse liberté aux allures brillantes, et on veut l’imposer partout. J’ai une sensation que le pays dans lequel je vis est le centre d’une immense tâche de sang vérolée qui s’étale et qui contamine tout le reste, en imposant ses règles et en décrétant qu’elles sont la meilleure manière de vivre. Alors que lorsqu’on regarde de plus près, on voit assez clairement toutes les incohérence de ce système bien rôdé – bien qu’elles soient cachées, mais mal cachées. L’écart entre les riches et les pauvres est l’exemple type de ces aberrations. Et plus on s’éloigne de chez nous, plus on s’aperçoit du mal que notre façon de vivre a fait aux autres, ces autres qui ont voulu rivaliser avec nous, mais qui n’avaient à l’origine pas ça dans leurs racines. Mais l’avait-on dans les nôtres ? Rien n’est moins sûr.

Comment en est-on arrivé là ? On parle souvent de l’Amérique et de ses règles financières qui polluent tout dans le monde, mais historiquement, l’Amérique, c’est nous aussi. Car nous sommes allés nous installer sur place, sans oublier de massacrer au passage les peuplades qui ont refusé de se laisser faire, ni de corrompre les plus dociles, et celles qui n’ont simplement pas voulu qu’on les détruise, et qui se sont adaptées à cet envahissement qu’on sait aujourd’hui nuisible, c’est décrété internationalement et accepté partout, bien qu’il soit encore pratiqué dans quelques endroits. Je parle de la colonisation.

Nous ne sommes pas les seuls responsables de cette annihilation progressive. Je connais assez mal l’Histoire, surtout celle des autres, enfin des autres pays, éloignés. Mais je sais par exemple que la Chine est aussi au centre de choses similaires. Bien que comme nous, elle soit fière de ses traditions et cherche à les faire perdurer. Je prends un risque en parlant de la Chine, car je ne suis jamais allé sur place, alors j’arrêterais là. Mais j’avais envie de mettre la Russie dans la liste également. Ce sont les grandes puissances mondiales. On les appelle comme ça, et des petits pays veulent avec arrogance faire pareil, et ils le font… Ils le font. Pour certains, ils utilisent donc les méthodes que nous avons utilisées auparavant (responsables de génocides, de massacres organisés), se mettant à dos de grandes organisations internationales de contrôle, qui ont décrété que les règles avaient changé. On ne doit plus coloniser aujourd’hui, on achète. La nouvelle règle acceptée par la plupart, c’est le commerce. Mais partout, il crée des inégalités, et tant pis pour les individus qui sont les dommages collatéraux d’un système qui a des allures de « mieux » alors qu’il n’est en réalité pas particulièrement « mieux », mais au moins, on ne met plus des coups de machettes impunément, sauf dans des endroits vraiment reculés où il n’y a pas l’œil de ces organes internationaux pour réguler tout ça. Moins de violence ? Pas tant que ça, car on cherche tout de même à imposer notre façon de vivre et nos règles un peu partout, on continue mais par d’autres moyens. Je pense à l’envoi de troupes armées là où il est décidé qu’il y a besoin de les envoyer. Est-ce qu’on aide les bonnes personnes en faisant ça ? J’en doute fortement, tout comme je doute qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises personnes à aider. Ce sont des accords pernicieux passés avec des dictateurs aux allures de bienfaiteurs du peuple. Expliqué d’une manière simpliste, on pourrait dire qu’après concertation avec un dirigeant corrompu jusqu’à la moelle, nous envoyons nos armées, sans chercher à réellement savoir qui combat qui (mais pourtant on le sait très bien), et elles aident vaguement les intéressés, tuant et violant allègrement des civils au passage, en échange de promesses de droits sur des matières premières que les endroits visés possèdent sous terre, par exemple.

Ce ne sont pas des complots, et je ne dis pas que les complots n’existent pas, mais là, ça n’est pas le cas. Ce sont des règles internationales qui sont suivies par la plupart. Et il n’y a que les personnes qui croient sans vérifier (car les vraies informations sont disponibles et en cherchant bien, on peut les trouver) ce que les gros titres leur annoncent, qui sont dupes sur les intentions internationales. Il y a eu des complots énormes, mais c’était du temps où l’information était monopolisée par un petit groupe. De nos jours, les informations circulent beaucoup mieux, mais étant donné que ces complots ont existé, ils ont fait naître le phénomène des théoriciens du complot, qui expliquent la plupart des choses comme ça : « on nous cache tout, on nous dit rien ». Les discussions entre puissants, dont la teneur fuite le moins possible, alimentent encore les théories les plus fumeuses, mais aujourd’hui tout se fait aux yeux du monde. Et si certaines de ces opérations scandalisent les personnes les plus engagées, les autres haussent les épaules car ils ont bien intégré leur soumission à ce système mortifère, sans parler de ceux que ça arrange, les puissants.

La question que je me pose, c’est la même que beaucoup de monde se pose : jusqu’à quand on va les laisser faire ? Certes, ils ont des armées de policiers locaux, des armées de militaires envoyés à des endroits stratégiques, donc ils ont la force avec eux. Mais nous, on est plus nombreux. Et on est de plus en plus au courant. Le « Indignez-vous » de Stéphane Hessel, c’était une des premières étapes, mais c’est bien beau de s’indigner, c’est nécessaire pour que l’on prenne conscience des choses et de leur ampleur. Ça a fait naître des mouvements en perpétuel renouvellement, en perpétuelle ébullition, en tous cas chez nous, et on a pu voir qu’ailleurs aussi il y a eu l’équivalent de cette indignation et de ces réunions populaires, où les peuples ont tenté malgré l’oppression policière, de reprendre le contrôle de leurs rues, de reprendre possession de ce qui leur appartient : la Terre. Personnellement, et je n’en suis pas fier, je me suis contenté de participer à ça de l’extérieur, bien isolé chez moi. Participer par l’analyse non-conventionnelle de tout ce qui se passait, par le soutien via ma voix (ma plume surtout), aux mouvements populaires.

Je n’ai jamais cru que le système électoral était la solution et qu’il pouvait mener à un changement de toutes ces choses. Déjà parce qu’il est local et qu’il faudrait un soulèvement mondial, une prise de conscience synchrone de tous les peuples des pays dits « démocratiques » pour ça. Et puis parce que localement, la plupart des gens ont accepté docilement les règles internationales que ce soit du libre échange des produits (du commerce), que ce soient des interventions militaires dans les pays qui sont considérés comme non démocratiques, car pour toutes ces personnes, le système occidental de la démocratie qui prend ses sources en Grèce il me semble, est le meilleur qui soit, et que cette raison est suffisante pour vouloir l’imposer à tous ceux qui ne l’ont pas encore intégré. Et je n’ai aucune certitude ni que nous ayons raison sur ce point, ni que nous ayons tort. Ce qui me dérange ici, c’est la façon dont on cherche à s’insérer un peu partout, souvent sous couvert de bonnes intentions, mais comme je l’ai dit, avec des accords internationaux qui visent surtout à s’approprier des matières premières, les peuples de ces Nations passant en second lieu, alors que selon l’information officielle, c’est pour eux que l’on se bat.

Nous avons créé nos ennemis. Aujourd’hui, c’est le terrorisme. Mais c’est nous qui l’avons créé, car il est, entre autres, une réponse à nos actions armées, et d’ailleurs il est bien connu que nous armons ces personnes qu’on craint par la suite. Il semble logique que des peuples qui sont sous le joug de nos armées – et celle de la France n’est pas la principale mais elle est tout de même sur place – se rebellent et agissent violemment chez nous – sporadiquement en comparaison avec ce qu’on leur fait sur place. Car nous ne combattons pas le bon ennemi, si seulement il y en a un bon.

Ceux qui organisent des opérations terroristes chez nous sont des groupes religieux très bien organisés, qui se servent de l’Islam en le dénaturant, ce qui facilite grandement notre extrémisme à nous : celui qui pousse à voter en masse, en France, pour la famille Le Pen ou pour Fillon et consorts. Celui qui pousse une grande partie des Américains à élire Trump, et tout à fait entre nous, Clinton n’était pas particulièrement mieux même si ça aurait tout de même été un joli pied de nez au paternalisme maladif des uns, au sexisme des autres, qu’une femme soit élue comme présidente de la plus grande puissance mondiale, au même titre que lorsque Obama avait été élu, il avait été le premier Noir président et que ça avait été un joli bras d’honneur au racisme omniprésent sur place comme chez nous par ailleurs. Et pour en revenir à chez nous, justement, ceux et celles qui sont obnubilé-e-s par des discours à la gloire du nationalisme n’hésiteront pas une seule seconde (comme ils le font à chaque présidentielle) à tenter de monter au pouvoir leurs leaders, qui selon moi vont empirer la situation s’ils y arrivent, car ils ne sont pas une solution, mais ils font partie du problème. Le terrorisme est un très bon client pour ces leaders qui se servent de la confusion instaurée par des situations qui ne cessent de changer de noms, d’endroits, pour accéder au pouvoir par des promesses qu’ils n’auront pas les capacités matérielles de tenir, et qui mèneront à une augmentation des attentats chez nous. Ça me semble logique.

Un autre problème, c’est que tout ce qui n’est pas le FN se sert de l’hypocrisie, alors que justement, cette partie de l’extrême droite a quelque chose qu’on ne peut pas lui enlever, c’est un discours certes haineux, mais qui a le mérite d’être franc ; quoique moins ces dernières années, la fille Le Pen ayant fait tout un travail de communication cherchant à dénier le côté raciste de la politique du FN, ce côté que son père ne cachait pas auparavant et qui fut très longtemps son fond de commerce, et ce afin de redorer le blason du principal parti d’extrême droite, ce qui l’a rendu carrément hypocrite – personne n’étant dupe exceptés peut-être les plus jeunes, ceux et celles qui en ignorent l’histoire – le rapprochant des autres grands partis français qui sont par essence, également hypocrites. Alors, c’est une tradition chez nous, tous les autres grands partis politiques le rejette, mais les sympathisants FN, malgré la méchanceté et la stupidité d’une grosse majorité d’entre eux, existent, et va falloir faire avec, ils font partie du peuple, et ça ne sert strictement à rien de les exclure. Il serait temps de commencer à considérer que ces personnes, quelles que soient leurs idées, quel que soit ce qu’on en pense, sont là, s’expriment, existent. Ils sont diabolisés, et d’ailleurs, des slogans se servent depuis toujours des prénoms de leurs leaders, slogans certainement douloureux pour les personnes lambda qui portent ces prénoms, mais qui ne font pas partie de ces mouvements. Il y a donc une haine pour les mouvements extrémistes, qui fait des victimes collatérales, je n’ai pris que l’exemple des slogans, mais il en existe d’autres. Et il y a aussi un aspect que je voudrais aborder, c’est que parmi les sympathisants de ces mouvements, il n’y a pas que des extrémistes, il y a aussi des personnes modérées qui n’ont pas trouvé d’autres solutions pour revendiquer leur colère envers un système politique corrompu de partout. Des personnes qui pourront changer d’idées le jour où elles s’apercevront qu’elles sont dans l’erreur, si tant est qu’elles fassent preuve d’humilité et qu’elles fassent marche arrière.

Nous sommes un ensemble, et dans tout ensemble, il y a énormément de différences. Le clivage qui existe en matière de politique divise, et empêche ainsi toute évolution en la matière. L’union est impossible quand une partie de la population a la haine contre une autre partie, et que l’autre partie a aussi la haine contre la première. Mais je reste non pas certain, mais soupçonneux, sur l’idée que cette division est voulue par les puissants. Et qu’en maintenant cette haine des uns contre les autres, parmi nous, car là je ne parle plus internationalement, donc en maintenant ce clivage, on annihile toute possibilité de changement, et de plus on a un ennemi tout trouvé à qui on peut imputer la responsabilité de bien des maux. Une solution éventuelle, c’est celle que prône une personne qui a hélas été classée nationaliste du fait qu’il cherche justement à unir les gens de quelque idéologie qu’ils proviennent en discutant avec tout le monde, et qui n’a pas les idées des personnes qu’il cherche à convaincre, je parle de ce petit professeur qui croit en une version de la démocratie plus originelle, au tirage au sort parmi la populace, Etienne Chouard. Il est l’exemple type de ce rejet radical de tous ceux qui approchent les personnes qui sont ostracisées comme l’ennemi, ce qu’il ne faut pas être. Et je suis relativement d’accord avec le point de vue qui dit que l’extrême droite est dangereuse, que quelques unes de leurs idées sont à rejeter en bloc. Mais je ne suis pas du tout d’accord avec le fait qu’il faille les rejeter eux, ces personnes, avec toutes celles qui s’en rapprochent. On rejette des idées, mais pas des personnes. Je l’ai dit souvent, on s’identifie à nos idées et c’est un comportement destructif. Car nous sommes beaucoup plus que ça. Et étant donné qu’on le fait pour nous-mêmes, nous identifions les autres selon leurs idées. Et c’est également un comportement destructif. Car une idée, on peut en changer, la faire évoluer par sa réflexion personnelle, chacun a une réflexion personnelle idéologique qui évolue en fonction de ce qu’il découvre. Alors que chacun est ce qu’il est à la fois physiquement, émotionnellement, intellectuellement et spirituellement, et ces quatre notions font un être humain. Elles évoluent également, mais représentent l’identité individuelle. Or, lorsqu’on rejette quelqu’un dans son intégralité pour ses idées, on s’arrête à l’intellect. Et on passe outre tout le reste du fait que cet intellect nous répugne. Si nous voulons changer les choses, il est impératif de le faire tous ensemble.

Récemment j’ai visionné avec plaisir quelques vidéos faites par une personne dont la capacité d’analyse m’a beaucoup plu, m’a beaucoup fait réfléchir. C’est Usul, plus besoin de le présenter, ses vidéos ont touché énormément de monde et il est déjà suffisamment connu. J’avais envie d’aborder plusieurs choses non pas à son sujet, mais au sujet de la série de petits documentaires qu’il a réalisé, et qui s’appelle « Mes chers contemporains ». J’avais d’ailleurs posté ici-même une de ses vidéos, c’était au sujet du salaire à vie, ce qu’on appelle plus communément le revenu universel, il s’était servi de l’argumentaire de Bernard Friot (que je ne connaissais pas) en y ajoutant ses commentaires personnels. Mais il y a une autre vidéo de la même série, que j’avais regardé, elle concernait justement Étienne Chouard. Il semble que dans un premier temps, Usul ait réalisé son documentaire – que j’ai trouvé au demeurant fort juste et intéressant dans la plupart des points abordés, quoique légèrement timide (comme s’il avait fait très attention et qu’il ne voulait surtout pas dire certaines choses qu’il pensait pourtant) – puis qu’il ait eu une conversation d’abord avec sa compagne, ensuite avec des personnes violemment hostiles à Chouard, et pour finir, avec Étienne lui-même, et qu’il ait après coup et réflexion, ajouté un encart sur la vidéo en question (encart qui couvre toute la vidéo, le genre qu’il faut fermer avec la souris, et qu’on voit dès le lancement), expliquant faire marche arrière et reniant la plupart de ses propos. J’avais d’ailleurs failli la mettre ici, mais après visionnage je suis allé lire le texte sur lequel renvoyait l’encart, et ce retournement de situation m’avait refroidi, j’ai donc renoncé à partager ladite vidéo. Dans le texte, il expliquait entre autre choses, que selon lui, lorsqu’on est un personnage public, on a certaines responsabilités qu’on n’aurait pas quand on ne l’est pas. En gros, l’aspect « Chouard qui va discuter avec des fachos » c’était des portes laissées ouvertes aux possibles idéologies nauséabondes, et qu’il ne fallait surtout pas faire ça. Et je ne suis vraiment pas d’accord avec ça. Je ne vois pas pourquoi, dans quelle mesure, Chouard devrait se comporter autrement que comme il a l’habitude de le faire, c’est à dire avec tolérance, cherchant à convaincre surtout des personnes qui ne sont pas d’accord avec lui (sans quoi ce serait prêcher des convertis et ça n’aurait plus aucun intérêt, non ?), qui ont des idées différentes et peut-être extrémistes… Et je dirais que ces personnes là sont celles qui auraient le plus besoin d’être convaincues ! Et donc, je trouve assez incohérente l’idée qu’il ne devrait pas faire cela parce qu’il est davantage connu aujourd’hui. L’argument de laisser des portes ouvertes n’est pas suffisant. Pour la petite histoire, Étienne Chouard, à son grand étonnement, suite aux discussions qu’il avait eues avec des personnes comme Soral, s’était fait mettre dans le sac de la « fachosphère ». Mais c’était allé plus loin, il s’était fait menacer par des copains antifas (je dis copains, mais je ne les connais pas) et aurait eu peur pour son intégrité physique. Et ces personnes qui sont – à juste titre – contre le fascisme omniprésent chez nous et ailleurs, en se comportant ainsi, en ne cherchant pas à comprendre la motivation du geste de Chouard lorsqu’il va parler avec des fachos, en le menaçant parce qu’il se permet de le faire, en le collant dans le même sac que des Philippot, des Le Pen, des Ayoub et j’en passe, sont aussi extrémistes que ceux qu’ils combattent. Je l’ai dit plus haut et je le répète, je pense qu’il ne faudrait pas (et remarquez que j’utilise le conditionnel, c’est pour bien marquer le côté spéculatif de mes propos) combattre des personnes, mais des idées, et qu’il ne faudrait pas amalgamer les deux. Quand bien même des personnes s’identifient volontiers, eux, à leurs idées. Et que plus ces idées sont puantes, selon mon point de vue, plus ils s’enfoncent dans l’identification. Chouard est depuis boycotté par une partie de ce que j’appelle les « contestataires », et je continue à trouver cela injuste, car ce qu’il a fait en débattant avec des personnes un peu trop à droite, n’enlève rien à ses discours professoraux, à sa culture, à sa démonstration qu’en changeant le système électoral pour quelque chose de plus démocratique, voire de vraiment démocratique (l’adverbe insinue que nous ne serions pas dans une démocratie, idée que j’ai souvent abordée ici et qui me tient à cœur), en formant des assemblées constituantes pour discuter entre citoyens, en ayant la possibilité de faire nos propres lois, au lieu que ce soit l’oligarchie gouvernante qui s’en charge, on avancerait beaucoup, et le système dans sa globalité serait bien plus égalitaire. En faisant cela, on réconcilierait énormément de monde avec la politique, politique que ces gens estiment corrompue, et qu’ils ont fait sortir de leurs vies, se condamnant à la subir encore longtemps sans jamais avoir une chance de la changer. Et pourtant, je comprends tout à fait que nombre des citoyens soient tellement dégoûtés par elle, qu’ils ne veuillent plus en entendre parler.

Concernant Usul, j’avais été étonné de ne pas trouver sur sa chaîne, une vidéo de la même série, qu’il avait faite sur Besancenot, et qui portait ce nom : « le révolutionnaire ». Alors peut-être qu’il explique quelque part la raison de cette absence, et maintenant que j’y pense, il se peut que Youtube l’ait ennuyé à cause de certains passages issus d’émissions de télévision qu’elle contenait, du fait du problème qui se pose souvent sur ce média, celui des droits d’auteur. J’en avais été d’autant plus troublé qu’il avait posté une autre vidéo (comme pour chacune de cette série, apparemment) dite « commentaire audio » du révolutionnaire, et que je souhaitais d’abord voir le film concerné avant d’écouter le commentaire audio. Toujours est-il qu’après une recherche succincte, j’ai pu finalement la voir, sur Dailymotion, sur une autre chaîne qui semble-t-il n’appartient pas à Usul (car ce dernier possède aussi une chaîne sur Dailymotion, mais la vidéo en question était également absente de ce miroir).

Le jour où j’ai découvert les analyses sociétaires d’Usul, j’ai passé la journée à les regarder, et j’ai pris un pied d’enfer. Je me souviens que j’avais enchaîné sur Pierre Carles, un réalisateur que j’affectionne particulièrement, qui a fait plusieurs documentaires anti-système s’attaquant surtout au monde des médias, monde qui l’avait d’ailleurs malmené car Pierre était (et est sensiblement toujours) quelqu’un d’intègre, qui refuse de se plier aux exigences et aux contraintes imposées par ses chefs, un vrai journaliste quoi… contrairement à la plupart de ses collègues. Et je trouve que malgré la différence d’âge entre Usul et Pierre Carles, leurs films se valent largement.

Je n’ai pas envie de conclure, j’ai envie au contraire de pousser encore plus loin cette réflexion, cet écrit. Mais il va bien falloir que j’y mette un terme à un moment ou à un autre. Donc je me réserve le droit de poursuivre, et pour le moment, voici le point final pas forcément définitif : « . »

Le monde de l’édition

Mon petit défouloir, ma feuille de papier,
Qu’elle soit virtuelle, un traitement de texte,
Ou bien encore réelle, arbre à corps et à pied,
C’est le même travail dans le même contexte.

Et je vais à nouveau m’en prendre à quelque chose,
C’est un comportement que révise mon arc,
Bien nuisible et pourri, et même un peu morose,
Qui participe au mal sociétaire, se démarque.

On a même instauré un sophisme pour lui,
C’est celui du prestige des métiers hiérarchiques,
Dont les professionnels disent qu’ils font la pluie,
Et le beau temps du monde, leur monde oligarchique.

Particulièrement, le domaine empirique,
De l’édition, dont les représentants hissés,
Sur leurs grands chevaux jaugent, les auteurs homériques,
Comme des viles merdes, futurs citrons pressés.

Ces faux-culs qu’il faudrait lécher jusqu’à plus soif,
Me répugnent, et pourtant j’aime le résultat :
Le livre, objet qui fait bosser les biographes,
Et rêver les auteurs, leurs desiderata.

La logique voudrait qu’on leur doive beaucoup,
Or c’est eux qui nous doivent, faudrait pas se leurrer,
Eux se contentent de mettre la corde au cou,
De leurs chèvres qu’ils font sans égards labeurer.

Entre les charlatans, qui à compte d’auteur,
Se permettent aisément de dépouiller les gens,
Leur montrant des factures qui vont faire leur beurre,
Des miroirs aux alouettes dont ils sont les agents.

Entre les pure players, dématérialisés,
Qui impriment les livres, sur commande et qui font,
Payer des exemplaires aux auteurs épuisés,
Petites vaches à lait, qu’ils baisent bien profond.

Entre les ridicules minuscules entreprises,
Qui ne sont diffusées, et pire : distribuées
Que par elles, pour trouver leurs titres, y a méprise,
Il faut faire des pieds, et des mains, s’exténuer.

Au final, et le mieux, pour un auteur qui veut
Pouvoir avoir dans sa bibliothèque à lui,
Les bouquins qu’il écrit, réaliser ses vœux,
Y a l’auto-édition, travailler jour et nuit.

C’est un boulot énorme, mais on évite ainsi,
De se frotter aux prétentieux professionnels,
On se serre la ceinture, et on est aminci,
Mais on garde ses clous, qui restent passionnels.

Mas questions

Pourquoi suis-je ici, dans ce monde cruel ?
Ça n’a pas de sens, je suis enfermé, ce tunnel
N’a pas de fond, n’est pas ascensionnel,
Pas à pas, à tâtons, ma vie est superficielle.

Marché aux esclaves, c’est l’impression que j’ai,
Entre un homme fort et quelques armes de jet,
Nous sommes vendus sur une estrade, des objets,
J’en suis malade, mais d’évasion je n’ai pas le projet.

Suis un être sans ambition, pourtant insoumis,
Contrarié à outrance de n’être qu’une fourmi,
Et je hurle en silence, je fais des compromis,
J’aimerais une chance de m’envoler, un permis.

Qu’on me laisse y croire, partir dans le ciel, qu’on
Reprenne ces chaînes qui m’entravent, c’est con,
Tout semble impossible vu d’ici, depuis ce balcon,
À des kilomètres du sol, il ne tombe jamais de flocons.

Zéro sur vingt ou zéro degré, c’est toujours nul,
Mais moi je sais compter, et sortir de ma bulle,
Es-tu un être à part, une espèce de pit-bull ?
Tu me semblais si douce à moi, le noctambule.

Prête-moi ta folie, montre-moi tes limites,
À toute fantaisie, j’allume la dynamite,
Ça pourrait être drôle, je n’étais qu’un ermite,
Toi, tu m’as tiré hors de ma grotte de granit.