L’ébullition actuelle du net

Il y a quelques années, j’avais voulu me servir du système de commentaire de Youtube, et j’avais été relativement repoussé par la présence de nombreux trolls sur cette plate-forme, outre l’obligation de devoir créer un compte sur Google. Techniquement, pour pouvoir utiliser certains outils du moteur de recherche, il faut avoir un compte. Et depuis un certain temps déjà, Google a racheté Youtube, ce qui fait que le compte nécessaire pour commenter dessus dépend directement de celui de Google. Le monopole de ce dernier, sur le net, s’est étendu à cette plate-forme de streaming légal après le rachat. Il s’y est créé toute une communauté qui a progressivement pris le pas sur le trollage omniprésent sur place, bien que cette pratique y soit toujours de mise. Youtube a ses propres règles parfois arbitraires (dont la censure sur délation, comme facebook au demeurant), son propre jargon très américain, même pas anglais, mais bien américain, et sa façon de fonctionner non moins américaine. Mais quoi qu’on pense de tout ça, c’est là que se jouent beaucoup de choses, et pas ailleurs. Pourtant il existe d’autres plates formes de streaming (c’est comme ça que ça s’appelle), mais les œillères en la matière sont quasi obligatoire, et c’est là qu’il faut être si on veut avoir la chance de participer à certains débats que je trouve vraiment intéressants. Même le débat politique pour la présidentielle, de par la présence et l’interview des candidats dessus ! C’est quand même quelque chose… Car il n’y a plus guère que les personnes âgées, et ceux qui s’accrochent à leur vieux monde, qui s’intéressent à la télévision, bien qu’elle pèse tout de même dans la machine infernale électorale. Les rares extraits intéressants des émissions qui circulent sur la TV (il en reste mais par bribes) sont diffusés par des personnes lambda qui les ont enregistrées. Diffusés où ? Sur Youtube.

Mais c’est tout de même passionnant de voir, d’observer, voire de participer aux débats, et même ça donne envie de s’en servir autrement qu’en commentant, c’est à dire en faisant ses propres vidéos. Personnellement j’avais fait quelques petits montages, soyons honnêtes : nuls. J’avais aussi mis en ligne une vidéo filmée à Montreuil, que j’avais dénichée sur une liste anarchiste de diffusion par email, donc qui n’était pas de moi. C’était une personne qui habitait cette grande ville de banlieue voisine d’un squat qui avait été expulsé manu militari par une mafia hyper violente, et qui avait tout filmé de sa fenêtre à l’aide d’un téléphone portable. Je m’étais donc permis de mettre ça en ligne pour que ça sorte du cercle des anars qui s’envoient des informations alternatives en interne, car j’avais été choqué, ayant vécu moi-même en squat, m’étant fait expulser avec des copains et des copines par une horde de gendarmes, mais dans une certaine ambiance relativement calme malgré le fait qu’il avait fallu que nous déménagions avec nos chiens, que nous nous étions donc tous retrouvés de nouveau à la rue (que nous connaissions déjà assez bien), que cet endroit était resté inoccupé après notre départ, qu’on ne dérangeait personne excepté une vieille pie qui pouvait nous voir, en vis-à-vis, de sa fenêtre située à environ 50 mètres, et qui était scandalisée par notre présence. Faut dire qu’on était une bande de punks, et que dans un quartier résidentiel, ça fait tâche. Bref. Je m’étais senti concerné par cette vidéo également du fait que j’avais aussi vécu, toujours en squat, à Montreuil-même, et que les rapports avec les voisins étaient très difficiles malgré le fait encore une fois qu’on ennuyait concrètement personne. Nous étions obligés de passer par-dessus une herse avec nos chiens, car comme pour le squat dont je viens de parler, la grille n’était jamais ouverte, restant verrouillée non pas pour nous empêcher de passer parce qu’on passait quand même, des squatteurs n’ont jamais été réellement arrêtés par une grille fermée, mais bien pour nous mettre des bâtons dans les roues. Pour en revenir à la vidéo, je l’avais mise aussi parce que je m’étais senti solidaire des personnes qui s’étaient faites frapper par cette milice, que les flics avaient soutenue, jamais ils ne les ont empêchés d’agir malgré toute la violence qu’ils ont employée. Ça les arrangeait ces flics. Et donc, cette vidéo avait fait plus de 100’000 vues à mon grand étonnement. D’ailleurs pour la petite histoire, passé un certain nombre de vues, Youtube m’avait contacté en me proposant de mettre de la pub dessus, chose que j’avais refusée catégoriquement, car comme je l’ai dit plus haut, déjà la vidéo n’était pas de moi, et de plus, ça aurait été en totale contradiction avec mon positionnement et la motivation qui m’avait poussé à mettre cette vidéo en ligne. C’était il y a environ 5 ans. Ce compte est resté, et je m’en sers encore pour commenter notamment.

Ce qui se passe en ce moment, et c’est dommage que ça se limite surtout à Youtube qui détient ainsi un monopole sur le streaming légal, bien que les autres plates formes vivent aussi, mais pas dans la même mentalité, est donc très intéressant. Je viens de passer quelques semaines à strier des vidéos des comptes (des chaînes) qui me paraissent les plus intéressants. La plupart sont des chaînes de personnes lambda, provenant pas du tout des médias officiels, mais y en a aussi qui proviennent de ces médias. Pendant ces semaines, j’ai pu voir des débats entre youtubeurs et c’est ça qui m’a le plus intéressé. Car il y a des personnes qui font l’effort de tenter de réunir des gens de tous bords idéologiques, et j’insiste car parmi les participants il y a aussi des ultra… Mais modérés dans leurs propos lors des débats, moins sur leurs chaînes. Car pour qu’un débat se passe bien, il faut un certain respect entre les participants. Une certaine tolérance aussi. Alors moi ça m’intéresse. Surtout parce que je suis dans une remise en question quant à ma propre tolérance. Être discriminatoire envers une personne raciste parce qu’elle l’est, c’est pratiquer une forme de racisme… Quoi que… Le racisme concerne la couleur ou l’origine des gens, et non leur idéologie, le mot est mal choisi. Mais je ne changerai rien à ce que je viens de dire. Dans mon dernier billet, j’ai évoqué mon avis concernant l’union des français, pour qu’on puisse tous converger sur un point qui nous oppresse, nous qui provenons des classes sociales relativement défavorisées. Qu’au lieu de se taper dessus entre petits, on devrait oublier au moins temporairement nos divergences d’opinion pour arriver tous ensemble, à faire cesser l’oppression du haut de la pyramide. Et la période actuelle s’y prête justement très bien, puisqu’on approche des présidentielles. Et malgré ça, je ne pense pas qu’on y arrivera, car la plupart croient en un certain leadership. Croient que c’est en comptant sur une seule et unique personne qui représenterait tous les français, que beaucoup de choses pourront s’arranger. Mais ce modèle a prouvé depuis longtemps son inefficacité. Que lorsqu’une personne est montée au créneau, elle se corrompt progressivement. Et donc je ne pense pas qu’on pourra y arriver tout simplement parce que les uns voudront élire un-e-tel-le, qu’ils pensent davantage les représenter, et les autres, un-e autre. Et qu’il n’existe que quelques très rares exceptions de personnes intègres qui pourront arriver à dépasser la barrière des 500 signatures et se présenter, et que ceux-là, celles-là, se feront laminer au premier tour, comme toujours.

Pour sortir de ce système oligarchique, ploutocrate (j’adore ces mots à la con), sans violence, on devra pourtant passer par là. Par l’élection d’un leader. Et je trouve ça lamentable. Pour ma part, je n’ai aucune envie de déléguer mon droit de parole à quelqu’un. Je n’ai pas du tout confiance en ce système républicain. Et je préconise toujours la violence, mais pas n’importe laquelle. Je suis non-violent, certes depuis peu. Je l’étais il y a trois ou quatre ans déjà, mais on m’avait fait remarquer très justement (et je ne l’avais pas accepté dans un premier temps) que verbalement, ce n’était pas le cas. D’ailleurs j’ai retrouvé des écrits à moi de l’époque, extrêmement virulents, et là, en les relisant, j’ai compris à quel point j’avais changé. Alors attention, je ne dis pas du tout que ça y est, je suis irréprochable. Non. J’ai encore pas mal de chemin à parcourir, j’en ai conscience. Mais le paradoxe entre y a 7 ans par exemple, et aujourd’hui, dans mon comportement verbal, lors de débats, lors de la rédaction de textes comme celui-ci, est énorme. Alors je suis relativement content d’observer ça. Car à cette période, lorsque je faisais face à quelqu’un qui m’insultait, je n’hésitais pas à lui en mettre plein la gueule. Aujourd’hui, j’agis différemment, même s’il est clair que je ne l’ignore toujours pas, car j’ai beaucoup de mal avec cette convention qui dit qu’il faut ignorer un interlocuteur lorsqu’il dépasse certaines limites, faire preuve d’indifférence, et d’ailleurs je la trouve hypocrite. Car la plupart des personnes qui agissent ainsi sont souvent touchées dans leur petit ego, et font semblant d’être indifférentes. Pas toutes, c’est clair, mais la plupart. Alors aujourd’hui, lorsque quelqu’un dépasse mes limites à moi, je reste calme, mais je tente de continuer de débattre, et je m’arrête si je juge que vraiment, ça ne sert à rien de continuer. Je pense que c’est la meilleure des solutions pour ne pas perdre la face, ni sa crédibilité.

Je suis toujours anarchiste, je pense que ça ne changera pas ça. Et je suis toujours punk, et ça non plus ça ne changera pas. Je suis toujours en colère contre ce système, contre certains raccourcis faciles que font des personnes avec qui ça ne me dérange pourtant pas de discuter, et qui les met (ils s’y mettent eux-mêmes) dans des cases. Celle de l’anarchie car c’en est une aussi de case, a pour particularité d’être déverrouillée, libre, de ne pas avoir de murs ou des murs pleins de trous assez grands pour pouvoir s’y glisser et partir ailleurs. Il n’y a aucune autorité que je reconnaisse en tant que telle, aucune loi sauf celle du bon sens, aucune légitimité dans le professionnalisme mais je respecte la culture qu’a acquise un professeur par exemple, autant que celle d’un SDF qui a acquis une certaine connaissance grâce à l’école de la rue. C’est mon positionnement, et malgré le mépris qu’on pourra me prodiguer à cause de celui-ci, ou à cause de certains points de mon vécu, que j’assume, je m’y sens bien. Ce mépris justement, est pourtant la principale barrière qui bouche la communication entre les gens. La notoriété de quelques personnes qui vont donc regarder de haut ceux et celles qui en ont moins, me fait penser à la lutte des classes. Et ça me rappelle encore qu’il ne faut surtout pas s’arrêter de lutter, garder la tête haute, ne pas tenir compte de ces comportements que j’estime stupides, qui sont la preuve de l’énorme problème sociétaire qui dure depuis trop longtemps, qui a commencé bien avant ma naissance, bien avant la révolution industrielle, bien avant le moyen-âge même, et que pour aider l’être humain à s’élever spirituellement afin qu’on puisse changer d’ère et je pèse mes mots, on se doit de commencer en soi, en son centre, et ça passe par là : la confrontation à ces comportements, par la mise en lumière de leur nuisance. Car j’entends des gens dire qu’ils ne faut pas juger les autres alors que j’ai tendance à penser qu’ils le font, mais sans forcément en avoir conscience, car on ne me retirera pas l’idée que pour cesser de juger lorsqu’on a eu une éducation occidentale, on doit faire un travail sur soi qui dure des années, et qu’on ne peut pas en sortir de par une simple décision : « j’arrête de juger à partir d’aujourd’hui ». J’en ai parlé longuement dans d’autres posts (cliquer sur jugement au bas de cet article dans les tags).

Maintenant je vais faire une petite synthèse de quelques commentaires que j’ai fait sous certaines vidéos, et qui risquent d’être noyés au milieu de tous les autres. Non pas qu’ils sont particulièrement mieux que ceux des autres, mais ce sont les miens, tout simplement, et ils traduisent ma façon de penser.

J’ai parlé hier par exemple, du nationalisme. C’était sous la vidéo d’une jeune fille Belge qui tentait de comprendre le point de vue de français adeptes de cette idée, et qui comparait avec l’Afrique, avec son pays d’origine : le Rwanda. Elle se demandait si elle n’aurait pas été nationaliste dans une situation similaire (c’est à dire, si dans son pays vivait une population hétéroclite), si elle avait eu la possibilité de rester dans ce pays, qu’elle a quitté si j’ai bien compris, avec sa famille quand elle était très jeune, pour éviter de se faire tuer tout simplement. M’est avis qu’elle a dû partir de là-bas à l’époque du génocide des Tutsis, bien que je n’en ai aucune certitude. Mais ça me semble logique. Mon positionnement à ce sujet, c’est que je pourrais davantage comprendre un nationalisme Rwandais, de la même manière que je pourrais aussi le comprendre pour plusieurs pays d’Afrique qui ont été pillés et colonisés, oppressés, par les Européens. Que je le comprendrais et l’accepterais plus que celui des Français qui ne veulent pas que des étrangers viennent chez eux. Car eux, dans leur positionnement, ils ignorent (ou font abstraction volontairement ou non, pour des raisons qui leur appartiennent) certaines parties de l’Histoire, et la raison qui fait que des personnes étrangères viennent chez nous. Je ne dis pas qu’ils sont incultes, certainement pas, qu’ils ne connaissent pas cette Histoire, mais qu’ils ne la prennent pas en compte pour leur explication de la situation qui les dérange. Donc pour conclure, le nationalisme en Afrique, d’Africains, n’est pas comparable avec celui des Français.

J’ai parlé aussi du racisme anti-blanc, sous une autre vidéo de la même jeune fille, c’était pour répondre à quelqu’un qui disait que le terme ne devrait pas exister. Alors que ce phénomène existe pourtant, bien qu’il soit très isolé et qu’il ne porte pas des centaines d’années d’oppression, qu’il peut être une réponse ou une vengeance par rapport à d’autres racismes. Le racisme d’où qu’il vienne, quel qu’il soit, est une forme d’intolérance sur une couleur de peau, sur une origine. Sur la différence donc. Il n’y a pas réellement besoin d’expliquer pourquoi, comment, le racisme est quelque chose de nuisible. C’est un fait, c’est évident. Mais concernant ce phénomène précis, celui envers les Blancs, il est bon de préciser certaines choses. Alors si on compare, ce que je n’aime pas tellement faire, avec celui envers les Noirs, envers les Maghrébins, envers les Juifs aussi bien qu’il s’agisse d’une religion et non d’une origine ethnique, les Juifs provenant de partout dans le monde (mais il existe et c’est certainement un des plus virulents et injuste), envers les Portugais, envers les Hispaniques, les Asiatiques, bref envers tous ceux qui ne sont pas Blancs, le racisme anti-blanc est ridicule. Mais j’insiste sur le fait qu’il existe, et de plus en plus, car les personnes aux faciès différents du mien (car je suis Blanc) se réveillent, et font la même chose en retour ce qu’ils ont toujours vécu. Et sur ce point, bien que je le comprenne, je ne l’accepte pas. Car tous les racismes sont nuisibles pour la communication, pour l’union dont j’ai parlé plus haut et qui est souhaitable pour qu’on puisse sortir de cette société de classes.

« J’adhérerai à SOS Racisme quand ils mettront un s à racisme. » Pierre Desproges

Image : Il semblerait que cette image soit libre de partage et d’utilisation, me le faire savoir si ce n’est pas le cas.

La forme de la société

Je ne supporte vraiment pas le caractère mercantile de ce monde, ça me rend mauvais. Tout est dans la glorification des apparences au détriment du fond des choses, de leur essence. À tel point que la beauté en est salie, habillée de frusques qui sont censées la sublimer, l’augmenter, et qui ne font que la rendre vulgaire. Il n’y a rien de plus beau que les choses natures, mais pour les vendre, on les dénature. Je crois que c’est pour mieux attirer l’œil de l’acheteur. Mais qui est l’acheteur ?

Il existe heureusement des commerces qui sont dénués de cette grossièreté, ils sont rares. J’ai dû apprendre à les repérer, et ça n’a pas été facile, et d’ailleurs je pense que je suis encore loin de savoir le faire systématiquement, et encore moins du premier coup d’œil. L’ennui, j’imagine, c’est qu’étant donné que la masse est sans cesse sollicitée par le reste, elle dédaigne l’authenticité de ces exceptions, alors elles coulent, vite submergées par l’avidité de ce reste, presque tout. Pour ne pas mourir, ces raretés sont obligées de s’adapter à ce qui est devenu la normalité en une centaine d’années, afin de pouvoir survivre, elles doivent rivaliser. Et le gros problème c’est qu’en faisant ça, elles deviennent comme le reste : elles perdent leur singularité. Et encore une fois, je suppose qu’il existe quelques petites perles qui réussissent à faire ça sans s’égarer parmi l’immensité chaotique de ce qui ressemble à un grand bazar tape-à-l’œil, celui de la norme. Elles doivent être encore plus rares, forcément.

Chez nous, pourtant, on est fiers de cette fausse liberté aux allures brillantes, et on veut l’imposer partout. J’ai une sensation que le pays dans lequel je vis est le centre d’une immense tâche de sang vérolée qui s’étale et qui contamine tout le reste, en imposant ses règles et en décrétant qu’elles sont la meilleure manière de vivre. Alors que lorsqu’on regarde de plus près, on voit assez clairement toutes les incohérence de ce système bien rôdé – bien qu’elles soient cachées, mais mal cachées. L’écart entre les riches et les pauvres est l’exemple type de ces aberrations. Et plus on s’éloigne de chez nous, plus on s’aperçoit du mal que notre façon de vivre a fait aux autres, ces autres qui ont voulu rivaliser avec nous, mais qui n’avaient à l’origine pas ça dans leurs racines. Mais l’avait-on dans les nôtres ? Rien n’est moins sûr.

Comment en est-on arrivé là ? On parle souvent de l’Amérique et de ses règles financières qui polluent tout dans le monde, mais historiquement, l’Amérique, c’est nous aussi. Car nous sommes allés nous installer sur place, sans oublier de massacrer au passage les peuplades qui ont refusé de se laisser faire, ni de corrompre les plus dociles, et celles qui n’ont simplement pas voulu qu’on les détruise, et qui se sont adaptées à cet envahissement qu’on sait aujourd’hui nuisible, c’est décrété internationalement et accepté partout, bien qu’il soit encore pratiqué dans quelques endroits. Je parle de la colonisation.

Nous ne sommes pas les seuls responsables de cette annihilation progressive. Je connais assez mal l’Histoire, surtout celle des autres, enfin des autres pays, éloignés. Mais je sais par exemple que la Chine est aussi au centre de choses similaires. Bien que comme nous, elle soit fière de ses traditions et cherche à les faire perdurer. Je prends un risque en parlant de la Chine, car je ne suis jamais allé sur place, alors j’arrêterais là. Mais j’avais envie de mettre la Russie dans la liste également. Ce sont les grandes puissances mondiales. On les appelle comme ça, et des petits pays veulent avec arrogance faire pareil, et ils le font… Ils le font. Pour certains, ils utilisent donc les méthodes que nous avons utilisées auparavant (responsables de génocides, de massacres organisés), se mettant à dos de grandes organisations internationales de contrôle, qui ont décrété que les règles avaient changé. On ne doit plus coloniser aujourd’hui, on achète. La nouvelle règle acceptée par la plupart, c’est le commerce. Mais partout, il crée des inégalités, et tant pis pour les individus qui sont les dommages collatéraux d’un système qui a des allures de « mieux » alors qu’il n’est en réalité pas particulièrement « mieux », mais au moins, on ne met plus des coups de machettes impunément, sauf dans des endroits vraiment reculés où il n’y a pas l’œil de ces organes internationaux pour réguler tout ça. Moins de violence ? Pas tant que ça, car on cherche tout de même à imposer notre façon de vivre et nos règles un peu partout, on continue mais par d’autres moyens. Je pense à l’envoi de troupes armées là où il est décidé qu’il y a besoin de les envoyer. Est-ce qu’on aide les bonnes personnes en faisant ça ? J’en doute fortement, tout comme je doute qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises personnes à aider. Ce sont des accords pernicieux passés avec des dictateurs aux allures de bienfaiteurs du peuple. Expliqué d’une manière simpliste, on pourrait dire qu’après concertation avec un dirigeant corrompu jusqu’à la moelle, nous envoyons nos armées, sans chercher à réellement savoir qui combat qui (mais pourtant on le sait très bien), et elles aident vaguement les intéressés, tuant et violant allègrement des civils au passage, en échange de promesses de droits sur des matières premières que les endroits visés possèdent sous terre, par exemple.

Ce ne sont pas des complots, et je ne dis pas que les complots n’existent pas, mais là, ça n’est pas le cas. Ce sont des règles internationales qui sont suivies par la plupart. Et il n’y a que les personnes qui croient sans vérifier (car les vraies informations sont disponibles et en cherchant bien, on peut les trouver) ce que les gros titres leur annoncent, qui sont dupes sur les intentions internationales. Il y a eu des complots énormes, mais c’était du temps où l’information était monopolisée par un petit groupe. De nos jours, les informations circulent beaucoup mieux, mais étant donné que ces complots ont existé, ils ont fait naître le phénomène des théoriciens du complot, qui expliquent la plupart des choses comme ça : « on nous cache tout, on nous dit rien ». Les discussions entre puissants, dont la teneur fuite le moins possible, alimentent encore les théories les plus fumeuses, mais aujourd’hui tout se fait aux yeux du monde. Et si certaines de ces opérations scandalisent les personnes les plus engagées, les autres haussent les épaules car ils ont bien intégré leur soumission à ce système mortifère, sans parler de ceux que ça arrange, les puissants.

La question que je me pose, c’est la même que beaucoup de monde se pose : jusqu’à quand on va les laisser faire ? Certes, ils ont des armées de policiers locaux, des armées de militaires envoyés à des endroits stratégiques, donc ils ont la force avec eux. Mais nous, on est plus nombreux. Et on est de plus en plus au courant. Le « Indignez-vous » de Stéphane Hessel, c’était une des premières étapes, mais c’est bien beau de s’indigner, c’est nécessaire pour que l’on prenne conscience des choses et de leur ampleur. Ça a fait naître des mouvements en perpétuel renouvellement, en perpétuelle ébullition, en tous cas chez nous, et on a pu voir qu’ailleurs aussi il y a eu l’équivalent de cette indignation et de ces réunions populaires, où les peuples ont tenté malgré l’oppression policière, de reprendre le contrôle de leurs rues, de reprendre possession de ce qui leur appartient : la Terre. Personnellement, et je n’en suis pas fier, je me suis contenté de participer à ça de l’extérieur, bien isolé chez moi. Participer par l’analyse non-conventionnelle de tout ce qui se passait, par le soutien via ma voix (ma plume surtout), aux mouvements populaires.

Je n’ai jamais cru que le système électoral était la solution et qu’il pouvait mener à un changement de toutes ces choses. Déjà parce qu’il est local et qu’il faudrait un soulèvement mondial, une prise de conscience synchrone de tous les peuples des pays dits « démocratiques » pour ça. Et puis parce que localement, la plupart des gens ont accepté docilement les règles internationales que ce soit du libre échange des produits (du commerce), que ce soient des interventions militaires dans les pays qui sont considérés comme non démocratiques, car pour toutes ces personnes, le système occidental de la démocratie qui prend ses sources en Grèce il me semble, est le meilleur qui soit, et que cette raison est suffisante pour vouloir l’imposer à tous ceux qui ne l’ont pas encore intégré. Et je n’ai aucune certitude ni que nous ayons raison sur ce point, ni que nous ayons tort. Ce qui me dérange ici, c’est la façon dont on cherche à s’insérer un peu partout, souvent sous couvert de bonnes intentions, mais comme je l’ai dit, avec des accords internationaux qui visent surtout à s’approprier des matières premières, les peuples de ces Nations passant en second lieu, alors que selon l’information officielle, c’est pour eux que l’on se bat.

Nous avons créé nos ennemis. Aujourd’hui, c’est le terrorisme. Mais c’est nous qui l’avons créé, car il est, entre autres, une réponse à nos actions armées, et d’ailleurs il est bien connu que nous armons ces personnes qu’on craint par la suite. Il semble logique que des peuples qui sont sous le joug de nos armées – et celle de la France n’est pas la principale mais elle est tout de même sur place – se rebellent et agissent violemment chez nous – sporadiquement en comparaison avec ce qu’on leur fait sur place. Car nous ne combattons pas le bon ennemi, si seulement il y en a un bon.

Ceux qui organisent des opérations terroristes chez nous sont des groupes religieux très bien organisés, qui se servent de l’Islam en le dénaturant, ce qui facilite grandement notre extrémisme à nous : celui qui pousse à voter en masse, en France, pour la famille Le Pen ou pour Fillon et consorts. Celui qui pousse une grande partie des Américains à élire Trump, et tout à fait entre nous, Clinton n’était pas particulièrement mieux même si ça aurait tout de même été un joli pied de nez au paternalisme maladif des uns, au sexisme des autres, qu’une femme soit élue comme présidente de la plus grande puissance mondiale, au même titre que lorsque Obama avait été élu, il avait été le premier Noir président et que ça avait été un joli bras d’honneur au racisme omniprésent sur place comme chez nous par ailleurs. Et pour en revenir à chez nous, justement, ceux et celles qui sont obnubilé-e-s par des discours à la gloire du nationalisme n’hésiteront pas une seule seconde (comme ils le font à chaque présidentielle) à tenter de monter au pouvoir leurs leaders, qui selon moi vont empirer la situation s’ils y arrivent, car ils ne sont pas une solution, mais ils font partie du problème. Le terrorisme est un très bon client pour ces leaders qui se servent de la confusion instaurée par des situations qui ne cessent de changer de noms, d’endroits, pour accéder au pouvoir par des promesses qu’ils n’auront pas les capacités matérielles de tenir, et qui mèneront à une augmentation des attentats chez nous. Ça me semble logique.

Un autre problème, c’est que tout ce qui n’est pas le FN se sert de l’hypocrisie, alors que justement, cette partie de l’extrême droite a quelque chose qu’on ne peut pas lui enlever, c’est un discours certes haineux, mais qui a le mérite d’être franc ; quoique moins ces dernières années, la fille Le Pen ayant fait tout un travail de communication cherchant à dénier le côté raciste de la politique du FN, ce côté que son père ne cachait pas auparavant et qui fut très longtemps son fond de commerce, et ce afin de redorer le blason du principal parti d’extrême droite, ce qui l’a rendu carrément hypocrite – personne n’étant dupe exceptés peut-être les plus jeunes, ceux et celles qui en ignorent l’histoire – le rapprochant des autres grands partis français qui sont par essence, également hypocrites. Alors, c’est une tradition chez nous, tous les autres grands partis politiques le rejette, mais les sympathisants FN, malgré la méchanceté et la stupidité d’une grosse majorité d’entre eux, existent, et va falloir faire avec, ils font partie du peuple, et ça ne sert strictement à rien de les exclure. Il serait temps de commencer à considérer que ces personnes, quelles que soient leurs idées, quel que soit ce qu’on en pense, sont là, s’expriment, existent. Ils sont diabolisés, et d’ailleurs, des slogans se servent depuis toujours des prénoms de leurs leaders, slogans certainement douloureux pour les personnes lambda qui portent ces prénoms, mais qui ne font pas partie de ces mouvements. Il y a donc une haine pour les mouvements extrémistes, qui fait des victimes collatérales, je n’ai pris que l’exemple des slogans, mais il en existe d’autres. Et il y a aussi un aspect que je voudrais aborder, c’est que parmi les sympathisants de ces mouvements, il n’y a pas que des extrémistes, il y a aussi des personnes modérées qui n’ont pas trouvé d’autres solutions pour revendiquer leur colère envers un système politique corrompu de partout. Des personnes qui pourront changer d’idées le jour où elles s’apercevront qu’elles sont dans l’erreur, si tant est qu’elles fassent preuve d’humilité et qu’elles fassent marche arrière.

Nous sommes un ensemble, et dans tout ensemble, il y a énormément de différences. Le clivage qui existe en matière de politique divise, et empêche ainsi toute évolution en la matière. L’union est impossible quand une partie de la population a la haine contre une autre partie, et que l’autre partie a aussi la haine contre la première. Mais je reste non pas certain, mais soupçonneux, sur l’idée que cette division est voulue par les puissants. Et qu’en maintenant cette haine des uns contre les autres, parmi nous, car là je ne parle plus internationalement, donc en maintenant ce clivage, on annihile toute possibilité de changement, et de plus on a un ennemi tout trouvé à qui on peut imputer la responsabilité de bien des maux. Une solution éventuelle, c’est celle que prône une personne qui a hélas été classée nationaliste du fait qu’il cherche justement à unir les gens de quelque idéologie qu’ils proviennent en discutant avec tout le monde, et qui n’a pas les idées des personnes qu’il cherche à convaincre, je parle de ce petit professeur qui croit en une version de la démocratie plus originelle, au tirage au sort parmi la populace, Etienne Chouard. Il est l’exemple type de ce rejet radical de tous ceux qui approchent les personnes qui sont ostracisées comme l’ennemi, ce qu’il ne faut pas être. Et je suis relativement d’accord avec le point de vue qui dit que l’extrême droite est dangereuse, que quelques unes de leurs idées sont à rejeter en bloc. Mais je ne suis pas du tout d’accord avec le fait qu’il faille les rejeter eux, ces personnes, avec toutes celles qui s’en rapprochent. On rejette des idées, mais pas des personnes. Je l’ai dit souvent, on s’identifie à nos idées et c’est un comportement destructif. Car nous sommes beaucoup plus que ça. Et étant donné qu’on le fait pour nous-mêmes, nous identifions les autres selon leurs idées. Et c’est également un comportement destructif. Car une idée, on peut en changer, la faire évoluer par sa réflexion personnelle, chacun a une réflexion personnelle idéologique qui évolue en fonction de ce qu’il découvre. Alors que chacun est ce qu’il est à la fois physiquement, émotionnellement, intellectuellement et spirituellement, et ces quatre notions font un être humain. Elles évoluent également, mais représentent l’identité individuelle. Or, lorsqu’on rejette quelqu’un dans son intégralité pour ses idées, on s’arrête à l’intellect. Et on passe outre tout le reste du fait que cet intellect nous répugne. Si nous voulons changer les choses, il est impératif de le faire tous ensemble.

Récemment j’ai visionné avec plaisir quelques vidéos faites par une personne dont la capacité d’analyse m’a beaucoup plu, m’a beaucoup fait réfléchir. C’est Usul, plus besoin de le présenter, ses vidéos ont touché énormément de monde et il est déjà suffisamment connu. J’avais envie d’aborder plusieurs choses non pas à son sujet, mais au sujet de la série de petits documentaires qu’il a réalisé, et qui s’appelle « Mes chers contemporains ». J’avais d’ailleurs posté ici-même une de ses vidéos, c’était au sujet du salaire à vie, ce qu’on appelle plus communément le revenu universel, il s’était servi de l’argumentaire de Bernard Friot (que je ne connaissais pas) en y ajoutant ses commentaires personnels. Mais il y a une autre vidéo de la même série, que j’avais regardé, elle concernait justement Étienne Chouard. Il semble que dans un premier temps, Usul ait réalisé son documentaire – que j’ai trouvé au demeurant fort juste et intéressant dans la plupart des points abordés, quoique légèrement timide (comme s’il avait fait très attention et qu’il ne voulait surtout pas dire certaines choses qu’il pensait pourtant) – puis qu’il ait eu une conversation d’abord avec sa compagne, ensuite avec des personnes violemment hostiles à Chouard, et pour finir, avec Étienne lui-même, et qu’il ait après coup et réflexion, ajouté un encart sur la vidéo en question (encart qui couvre toute la vidéo, le genre qu’il faut fermer avec la souris, et qu’on voit dès le lancement), expliquant faire marche arrière et reniant la plupart de ses propos. J’avais d’ailleurs failli la mettre ici, mais après visionnage je suis allé lire le texte sur lequel renvoyait l’encart, et ce retournement de situation m’avait refroidi, j’ai donc renoncé à partager ladite vidéo. Dans le texte, il expliquait entre autre choses, que selon lui, lorsqu’on est un personnage public, on a certaines responsabilités qu’on n’aurait pas quand on ne l’est pas. En gros, l’aspect « Chouard qui va discuter avec des fachos » c’était des portes laissées ouvertes aux possibles idéologies nauséabondes, et qu’il ne fallait surtout pas faire ça. Et je ne suis vraiment pas d’accord avec ça. Je ne vois pas pourquoi, dans quelle mesure, Chouard devrait se comporter autrement que comme il a l’habitude de le faire, c’est à dire avec tolérance, cherchant à convaincre surtout des personnes qui ne sont pas d’accord avec lui (sans quoi ce serait prêcher des convertis et ça n’aurait plus aucun intérêt, non ?), qui ont des idées différentes et peut-être extrémistes… Et je dirais que ces personnes là sont celles qui auraient le plus besoin d’être convaincues ! Et donc, je trouve assez incohérente l’idée qu’il ne devrait pas faire cela parce qu’il est davantage connu aujourd’hui. L’argument de laisser des portes ouvertes n’est pas suffisant. Pour la petite histoire, Étienne Chouard, à son grand étonnement, suite aux discussions qu’il avait eues avec des personnes comme Soral, s’était fait mettre dans le sac de la « fachosphère ». Mais c’était allé plus loin, il s’était fait menacer par des copains antifas (je dis copains, mais je ne les connais pas) et aurait eu peur pour son intégrité physique. Et ces personnes qui sont – à juste titre – contre le fascisme omniprésent chez nous et ailleurs, en se comportant ainsi, en ne cherchant pas à comprendre la motivation du geste de Chouard lorsqu’il va parler avec des fachos, en le menaçant parce qu’il se permet de le faire, en le collant dans le même sac que des Philippot, des Le Pen, des Ayoub et j’en passe, sont aussi extrémistes que ceux qu’ils combattent. Je l’ai dit plus haut et je le répète, je pense qu’il ne faudrait pas (et remarquez que j’utilise le conditionnel, c’est pour bien marquer le côté spéculatif de mes propos) combattre des personnes, mais des idées, et qu’il ne faudrait pas amalgamer les deux. Quand bien même des personnes s’identifient volontiers, eux, à leurs idées. Et que plus ces idées sont puantes, selon mon point de vue, plus ils s’enfoncent dans l’identification. Chouard est depuis boycotté par une partie de ce que j’appelle les « contestataires », et je continue à trouver cela injuste, car ce qu’il a fait en débattant avec des personnes un peu trop à droite, n’enlève rien à ses discours professoraux, à sa culture, à sa démonstration qu’en changeant le système électoral pour quelque chose de plus démocratique, voire de vraiment démocratique (l’adverbe insinue que nous ne serions pas dans une démocratie, idée que j’ai souvent abordée ici et qui me tient à cœur), en formant des assemblées constituantes pour discuter entre citoyens, en ayant la possibilité de faire nos propres lois, au lieu que ce soit l’oligarchie gouvernante qui s’en charge, on avancerait beaucoup, et le système dans sa globalité serait bien plus égalitaire. En faisant cela, on réconcilierait énormément de monde avec la politique, politique que ces gens estiment corrompue, et qu’ils ont fait sortir de leurs vies, se condamnant à la subir encore longtemps sans jamais avoir une chance de la changer. Et pourtant, je comprends tout à fait que nombre des citoyens soient tellement dégoûtés par elle, qu’ils ne veuillent plus en entendre parler.

Concernant Usul, j’avais été étonné de ne pas trouver sur sa chaîne, une vidéo de la même série, qu’il avait faite sur Besancenot, et qui portait ce nom : « le révolutionnaire ». Alors peut-être qu’il explique quelque part la raison de cette absence, et maintenant que j’y pense, il se peut que Youtube l’ait ennuyé à cause de certains passages issus d’émissions de télévision qu’elle contenait, du fait du problème qui se pose souvent sur ce média, celui des droits d’auteur. J’en avais été d’autant plus troublé qu’il avait posté une autre vidéo (comme pour chacune de cette série, apparemment) dite « commentaire audio » du révolutionnaire, et que je souhaitais d’abord voir le film concerné avant d’écouter le commentaire audio. Toujours est-il qu’après une recherche succincte, j’ai pu finalement la voir, sur Dailymotion, sur une autre chaîne qui semble-t-il n’appartient pas à Usul (car ce dernier possède aussi une chaîne sur Dailymotion, mais la vidéo en question était également absente de ce miroir).

Le jour où j’ai découvert les analyses sociétaires d’Usul, j’ai passé la journée à les regarder, et j’ai pris un pied d’enfer. Je me souviens que j’avais enchaîné sur Pierre Carles, un réalisateur que j’affectionne particulièrement, qui a fait plusieurs documentaires anti-système s’attaquant surtout au monde des médias, monde qui l’avait d’ailleurs malmené car Pierre était (et est sensiblement toujours) quelqu’un d’intègre, qui refuse de se plier aux exigences et aux contraintes imposées par ses chefs, un vrai journaliste quoi… contrairement à la plupart de ses collègues. Et je trouve que malgré la différence d’âge entre Usul et Pierre Carles, leurs films se valent largement.

Je n’ai pas envie de conclure, j’ai envie au contraire de pousser encore plus loin cette réflexion, cet écrit. Mais il va bien falloir que j’y mette un terme à un moment ou à un autre. Donc je me réserve le droit de poursuivre, et pour le moment, voici le point final pas forcément définitif : « . »

Léger détour

Je n’ai que faire de tout ce positivisme, ces sophismes,
Sortis tout droit de buissons d’orties, d’esprits abrutis,
Je n’aime que la réalité, et la réalité c’est la souffrance,
Car plus on comprend la vie, plus on s’éprend, ravis,
De son côté aberrant, et si on se retrouve errant,
C’est qu’on l’a décidé, c’est qu’on a adopté ces idées,
Je n’ai que faire de soins, je ne crois plus en rien,
Toute la subtilité et les codes des humains, c’est du foin,
Je refuserai toujours de m’y plier, je préfère me replier,
Sur moi-même, entretenir la colère comme théorème,
C’est cet état de fait qui m’a aidé à survivre, imparfait.

La séduction se noie dans des formules de production,
Où la compétition fait force de loi, où les plus cons sont les rois,
Et je vois depuis des années de la mauvaise foi, tant de fois,
Où des êtres se croient si forts qu’ils courent à leur perte,
Soumis à d’autres êtres qui sentent le souffre, dans des gouffres,
Si profond qu’ils ne peuvent pas, mais jamais, en remonter,
Pour venir ensuite se planter devant moi, et pleurer,
Et moi, à chaque fois, je les crois, et je pleure avec eux,
Mais c’est terminé, car c’est un terrain miné, malheureux,
Oui je fais le procès de la connerie, vous n’aurez plus mon empathie,
J’ai trop absorbé de flagornerie, j’ai trop souffert, écorché,
Que ce soit par mes fers, ou par ceux de ces porchers,
Dont les porcs se sont retournés contre eux, fallait s’en douter…

Et même si je sais que j’aurais encore des sursauts de sollicitude,
Je vais m’accrocher à ma solitude et en faire une habitude,
Je n’entrerai plus jamais dans la ronde conventionnelle,
De toutes façons, j’ai les mains sales, tâchées de mon sang,
Oui, c’est fini, mon idéal est en train de changer, fini le bal,
Je ne danserai plus jamais dans vos soirées tribales, le métal,
Sera mon élément, et je mourrai peut-être seul, mais pas dément,
Pas la tête pleine de vos illusions, ce sont des excréments,
Et quand je vois ces fous extasiés aux sourires émaciés,
Tous mains dans les mains, marchant sur le même chemin,
Je vomis, je prends la tangente, et je coupe par les bois,
Sans oublier ma bière que je bois, quitte à être aux abois,
Ton aide, je n’en veux pas.

Conneries existentielles ou blabla du mercredi

Il y a environ deux ans, je faisais passer mon ego avant les causes auxquelles je croyais. Je faisais passer ce que je pensais être mon bien-être, avant tout, mais est-ce que le bien-être dépend de l’ego ? Parce que je ne suis pas plus heureux depuis, je n’ai rien gagné ou presque niveau bien-être, j’ai juste changé de « société », que je mets entre guillemets puisque cette société a un aspect virtuel que je trouve assez pathétique. Celle d’avant était politique mais non moins virtuelle, celle d’aujourd’hui est poétique, juste deux lettres de différence, mais un précipice immense entre les deux quoique parfois il y a des passerelles qui peuvent lier l’une à l’autre. Une chose est vraie pourtant, c’est que ce que je fais aujourd’hui me semble mieux apprécié, ou du moins, j’en ai l’impression (il doit y avoir au moins une petite part d’hypocrisie là-dedans). Question appréciation, ce n’était pas le cas avant, ou alors par beaucoup moins de monde. Mais alors, ma vie est donc une course à la reconnaissance ? La conclusion ici pourrait être que je ne militais pas pour les bonnes raisons. Pourtant, je n’ai jamais demandé explicitement de reconnaissance, mais je me plaignais souvent que les actions que je faisais étaient ignorées, se noyaient dans la masse, ou passaient inaperçues (j’employais souvent le mot « boycotté »).

Je n’ai jamais regretté avoir arrêté mon engagement politique, au lieu d’être acteur aujourd’hui je ne suis plus que spectateur qui exprime de temps en temps et de manière explosive mais non moins froidement, son avis, car je n’ai jamais abandonné les idées qui m’étaient chères, je crois toujours à l’importance des causes que je défendais, mais il y a maintenant de la distance entre ces engagements et moi. J’ai envie de faire la même chose avec la poésie. Et je suppose que ce sentiment est banal, que beaucoup de pratiquants, de poètes – et certain(e)s par humilité refusent de se qualifier ainsi – ressentent cette espèce de lassitude, l’envie d’arrêter. Rien que pour ça, ça ne sera pas pour aujourd’hui, je n’aime pas faire des choses si je ressens que d’autres personnes veulent (ou ont voulu) aussi le faire, je n’aime pas la foule, je n’aime pas la conformité. La pratique de la poésie est anticonformiste, on est combien de pour cent à faire ça ? À mon avis, peu.

Image : libre de droits (Paravion)

L’Olympe

Je me fous bien d’aller en enfer ou encore au paradis,
Je veux juste prendre un peu l’air, c’est ce que ma part a dit,
Je veux me rendre à l’ère suivante, celle où les arts maudits
Ne seront plus à vendre, et où on attendra plus vendredi,
Pour se détendre et sourire, après une semaine de labeur,
Où on n’allumera plus tous les soirs un instrument de peur
Ludique, où on ne vivra plus la vie d’inconnus trompeurs
Par procuration, où l’illusion ne sera plus source de stupeur,
Où on n’aura plus deux discours différents avec ses pairs,
Où la violence ne sera plus enseignée par les mères et les pères,
Où le travail apportera directement tous ses points de repère,
Au lieu d’aller nourrir un sentiment de capital prospère,
Où on n’apprendra plus aux enfants à être des vipères,
Des machines de compétition, manger les autres compères
Avant qu’ils ne les mangent, tout ça me désespère.
C’est pour toutes ces raisons que je me détruis à fond,
Je ne me fais pas d’illusion, je profite de l’instant profond,
J’écourte ma vie sans façons, j’évite le mauvais temps que font
Les dieux dans leurs maisons fermées, où la foi est le plafond,
La soumission les murs, la culpabilisation les fenêtres,
À l’unisson chacun murmure des leçons aux autres êtres,
Et je n’écoute pas leurs voix, leurs sermons c’est du paraître,
Je ne les ai pas attendu pour croire en moi et pour renaître.

Image : libre de droits (La chute des Titans – Cornelis Cornelisz van Haarlem)

Impressions

Parfois, j’ai l’impression de vivre dans un monde où la souffrance est conventionnellement admise comme étant la norme. Que le bonheur est tellement rare qu’il en est devenu suspect. La domination est partout, elle se glisse sournoisement dans les rapports les plus basiques, et la loi du plus fort qui est pourtant une règle du règne animal, est banale et acceptée sans résistance. Que l’amour se mérite, comme il n’y a pas d’acte gratuit, on n’en donne que si on en a reçu. Pourtant, il m’avait semblé, il me semble encore, que l’être humain est capable de belles choses. Il est capable d’évoluer vers le haut, mais il y a tellement de personnes qui le tirent vers le bas qu’il a beaucoup de mal à s’envoler.

Parfois, j’ai tristement l’impression que certains de mes comportements sont inappropriés, suspects, ne vont pas avec le monde dans lequel je vis. que certaines de mes idées, aussi belles et bienveillantes me paraissent-elles, restent des utopies. Qu’elles ne pourront devenir des faits que lorsqu’il se sera passé, au niveau mondial, quelque chose de déterminant, quelque chose qui fera se retourner la situation. Alors, quoi ? Je ne sais pas. En réalité je n’en ai vraiment aucune idée. Et comme je pense que c’est un événement qui ne s’est jamais réalisé par le passé, je ne peux même pas me baser sur l’Histoire pour avoir un début d’idée (et puis je suis nul dans cette discipline).

Est-ce que cette impression globale est un type de désespoir, du fatalisme ou du pessimisme ? C’est possible. Est-ce que c’est une triste vérité ? Encore une fois, je ne sais pas. Toujours est-il que c’est vraiment malheureux de constater ça. Je vois certes, beaucoup de gentillesse autour de moi, beaucoup de choses qui laissent des fenêtres ouvertes tandis que les portes sont verrouillées, mais ces minces ouvertures sont toujours trop peu. Tout simplement parce que l’être humain se met des barrières pour se protéger – et à juste titre – contre ceux qu’on appelle les profiteurs, ceux qui prennent et qui ne donnent jamais rien, contre beaucoup d’individus dont la conscience n’évolue pas. Et alors, il reste du même coup bloqué à un niveau, il pourrait continuer de grimper, et entraîner le reste du monde avec lui, mais à cause d’une catégorie nuisible de personnages, tout est enrayé.

Image : CC BY SA Mogador (Liège, Belgique)

Dimension impersonnelle

Ça met tellement longtemps, c’est lent,
La ligne lumineuse s’étend, élastique insolent,
Les yeux fermés, elle apparaît, l’air statique,
Brillante comme de l’alu, illuminant l’être mystique,
Qui évolue, se dessine des ailes de cristal,
Fragiles, mais agiles, encore trop lourdes,
Au milieu d’une mélodie aux notes sourdes.
Si parfois il décolle, sa maladresse reste là,
Irrémédiable, alors il penche, se redresse,
Maintenant une direction incertaine, une adresse
Que son esprit connaît, mais sa conscience,
Ignore toutes ses limites, de sa patience
Soutenue par sa vigilance, il s’y lance,
Le jeu de l’horloge irréelle se livre au combat,
Dualité éliminant les efforts, pour qu’il tombe,
Funambule amateur, son filet est filé,
Et des lames effilées amplifient la douleur,
Tant pis, il se soignera tout à l’heure,
Pour le moment, il avance et suit les couleurs
D’un arc-en-ciel slalomant autour de son monde,
Que parfois, découragé, il trouve immonde,
Mais d’autres fois merveilleux, et il le sonde.
Si la beauté n’est pas là, il l’invente,
Et la sublime, elle devient fervente,
Omniprésente, et son visage chante
Des sourires communicatifs, des éclairs
Chaleureux, rayonnements invisibles.

Image : libre de droits (Monoar)

Pas de leçon

L’ego est responsable de la souffrance,
La souffrance est responsable de l’errance,
L’errance est responsable de la chute,
La chute est responsable de la blessure,
La blessure est responsable de l’usure,
L’usure est responsable de l’aigreur,
L’aigreur est responsable de la laideur,
La laideur est responsable du rejet,
Le rejet est responsable de l’isolement,
L’isolement est responsable de l’alternative,
L’alternative est responsable de la chute,
Et ainsi de suite.

Chacun a son petit schéma indépendant,
Qui comprend tel ou tel scénario,
Son petit cinéma en projections privées,
Ressassement d’années et d’erreurs accumulées,
Ce, jusqu’à la prise de conscience,
Suivie d’actes, ou pas,
Ou pire, de la rupture avec la vie,
La destruction jusqu’à la mort,
On croit parfois ne pas pouvoir choisir,
Pourtant la décision peut être inconsciente,
Et toujours elle existe,
Et elle est déterminante.

J’ai décidé de vivre,
J’ai décidé de m’améliorer,
J’ai décidé d’agir,
J’ai décidé de faire,
Mon passé restera là,
Sans lui je ne serais pas ce que je suis,
Tant pis pour ceux et celles qui rient,
Tant pis pour ceux et celles qui nient,
Tant pis pour ceux et celles qui renient,
Nous sommes tous autour de notre propre ego,
Tous responsables des choix qu’on fait,
Alors assumons. Ou pas.

Je n’ai aucune leçon à donner.

De la plaie au coeur

La plume dans la plaie, celle qui était plantée,
De l’encre remplaçait le sang qui a coulé,

Perfusion dans les veines, la pointe dans la valve,
Qui me servait de pompe, faire circuler la lave,

De mon signe de feu, Sagittaire hors troupeau,
Mon corps est un volcan désormais au repos,

Un esclave affranchi qui était sous le joug,
D’une sorcière amère au cœur dur acajou,

Passée sur un bûcher, et brûlée par mes sens,
Ses cendres sont jetées, sont en évanescence,

Et mon âme sauvée respire enfin de l’air,
Elle qui était sous vide, défoncée à l’éther,

Emprisonnée au sein d’un coma éthylique,
Aveuglée par deux seins, un organe ombilic,

Je suis libre à présent, tout en haut d’une montagne,
Regardant l’horizon, échappé de mon bagne,

Du fond de ma poitrine, il reste un souvenir,
Comme une prévention alerte l’avenir,

Cicatrice éprouvée, d’où sort un artifice,
C’est la plume affligée, sans faire de sacrifice,

Elle reste plantée là, je la garde à toute heure,
Vous ne la verrez pas, la plume dans mon cœur.

Image : libre de droits (Erik Stine)

Un

Je suis comme une seconde sur le cadran d’une montre,
Ne ferme plus les yeux, de rien je ne suis contre,
Pense à l’instant présent, je vis là où je suis,
Plus loin que mes questions, j’oublie, je les essuie.

À travers un mirage, mon être est un miroir,
L’avenir est très flou, qu’importe ce mouroir,
Même si je n’y échappe, ça me semble invisible,
Une incohérence froide, le probable est risible.

Seconde après seconde, dans la contemplation,
En été en hiver, au diable l’inflation,
Avant j’étais un homme, aujourd’hui un humain,
Plus brûlant qu’un soleil, je me fous de demain,

De l’ailleurs et du rêve que je fais dans la nuit,
Projection d’un soupir comme pour tromper l’ennui,
Je suis une équation résultant l’unité,
Vis au-delà du monde et de l’impunité.

L’instant est mon trésor, c’est ma sérénité,
Présent dans mon décor, je suis l’unicité.

Page tournée

Je me sens si bien ! C’est grave docteur ?
Je sors d’un monde de douleur, d’une vie de rien…
J’ai l’impression d’arriver à ma destination,
Que tout est solutionné, il n’y a plus d’équation…
Et je respire enfin, après des années d’asphyxie,
De sommeil perturbé, de faim et d’anorexie…
Le virage est passé, je vois le bout de la route,
L’horizon irisé, le bleu du ciel, plus de doute.
J’ai répondu à mes questions, et je me sens décoller,
Dans la beauté d’un soir d’hiver, des ailes ont poussé
Sans prévenir et dans la nuit, ce matin j’ai touché
Mon dos, et sans trop y croire je les ai constatées…
J’ai découvert mon vieux miroir, celui que j’avais voilé
Pour ne plus jamais me voir, et je me suis regardé.
Ce que j’ai vu en m’approchant, pour la toute première
Fois ne m’a pas dérangé, et j’ai allumé la lumière,
Pour m’assurer du résultat, tout ce que j’espère,
C’est que ce n’est pas un rêve, que ce n’est pas éphémère.
Là, je regarde autour de moi, solitaire,
Cet état de fait n’est plus délétère,
Je me délecte de cet instant, fermant les yeux,
Je prends une respiration, oui, je vais mieux.
Je sens des frissons m’envahir, et mon corps
Léger comme une plume, s’envole alors.
Je m’évade par la fenêtre, quand bien même close,
Même les murs ne sont plus infranchissables, et j’ose
Les traverser, car je peux tout, rien n’est plus impossible,
Je peux choisir n’importe quoi et en faire ma cible.
Sans plus jamais être entravé par quoi que ce soit,
Je suis une sorte de guerrier à l’armure de soie.
Mon sentiment est indicible, il se matérialise
En atomes d’amour et d’infini dans lesquels je m’enlise,
Et loin de résister, non, je me laisse faire
C’est si plaisant, enrichissant, peu ordinaire,
Si je pouvais transmettre ça, je le ferais,
Pour le moment je me promène dans une forêt,
Pleine de couleurs, où l’émotion est enterrée,
Elle germera bientôt, en lumière éthérée
Qui poussera, je viendrai l’arroser chaque jour.
La suite reste à écrire à partir de ce carrefour…

Anticyclone

Et n’étant rien qu’un homme dont l’esprit s’évanouit,
Mon âme s’abandonne à regarder la pluie,
Tomber d’un ciel si sombre qu’on se croirait la nuit,
Sur mon être qui flâne à ne rien faire, assis.

Elle fut d’abord douce, fine, éparse, hésitante,
Et me mouillait à peine, puis elle devint battante,
Aujourd’hui torrentielle, elle s’écroule et elle vente,
Je n’aurais jamais cru qu’elle serait si violente.

Mais depuis un instant j’ai décidé d’agir,
De me couvrir de frusques, d’ouvrir un parapluie,
Juste pour m’abriter, afin de m’en sortir.

Car depuis tant d’années l’angine puis la grippe,
Ont su envenimer ma vie, mon existence,
Tellement que souvent, j’en suis saisi aux tripes.

Image : libre de droits – Adrianna Calvo

Poème à sketches

Sketch #1

Certains textes ne peuvent être écrits qu’à la main,
Ils ne sont que les courbes d’un très long chemin,
Des descriptions étranges qu’on ne comprendra pas,
Sauf en ouvrant la porte aux semences de folie,
Qui ont frappées trois fois, qui ont fait s’affoler,
Le cœur dans la froidure d’un sentiment connu.

Sketch #2

Une absence, un sentiment de vide,
Insensé, comme un visage livide,
Censé trépasser, l’heure approche,
Des années ont passé, sonnent les cloches,
Funérailles d’une époque révolue…

Sketch #3

Courir, toujours courir, s’enfuir, revenir, repartir,
Quand est-ce qu’on se repose dans tout ça ? Plus tard.
L’envolée est une visée pragmatique, si si…
Regarde le ciel, tu comprendras.

Sketch #4

C’est la série des sourires sous-vide,
Rassurez-vous, elle se sera vite désintégrée
Telle un sortilège qui s’évapore passivement.
Ce ne sont que des bribes choisies
Tranchées finement dans un esprit,
Qui retournera prochainement dans son tiroir,
Peut-être demain… Ou après-demain,
Et dès lors mes mains maintiendront
Qu’elles n’ont jamais existé,
Mentant éhontément, sans mérite.
Et ça n’aura été qu’un court instant
Sous un vent léger…
Juste une seconde humble de création,
De plaisir momentané, partagé…
Aux desseins mitigés.

Sketch #5

Il y a des rêves, pluriels,
Mais il n’y a qu’une seule réalité, singulière.
Des yeux peuvent voir l’univers,
Quand ils sont fermés.
Ils ne voient souvent rien,
Quand ils s’ouvrent.
L’illusion virtuelle d’une existence assise,
Reste en deux dimensions.

La part du colibri

Voilà, on y est. C’est une révolution radicale. Les citoyens commencent à comprendre, à prendre en compte tout ce qui doit être mesuré. On est au cœur d’une prise de conscience. Alors bien sûr, on a toujours des idiots qui passent leur temps à discréditer les luttes globales, aidés d’un langage bureaucratique, qui utilise des termes comme « théorie du complot », et « obligation de consommation », « développement permanent », « croissance », « besoin d’argent », « économie », « crise », « dette », « marché », mais dans le fond, on a tous compris où est l’importance, on est tous, en grande partie, dirigés vers les mêmes buts aujourd’hui – sauf les plus fortunés. Et maintenant il est temps de concrétiser ce changement par une union, il est temps de faire converger toutes les luttes qui ont pour buts les mêmes finalités, vers une cohésion concrète qui ne sera plus divisée par les petites querelles des uns et des autres. Nous sommes tous dépendants d’un système où l’argent a une place vitale, d’un système qui favorise la compétition, qui crée des couches sociales entre lesquelles les fossés ont beau n’être que virtuels – car nous sommes tous fait de peau, de sang, nous respirons tous le même air, nous mangeons tous, buvons tous – ils existent tout de même et sont pour énormément de monde, des valeurs inaliénables parce qu’ils décident que c’en sont. La propriété privée à laquelle on accède uniquement en payant, la possibilité de se déplacer plus facilement, de faire ses courses ou de voyager, sont dépendantes de ces différences virtuelles. Plus on possède, plus on a tendance à vouloir protéger ses possessions, plus on a de choses auxquelles on tient, et plus on a des raisons de vouloir maintenir les choses telles qu’elles sont, l’argent, le pouvoir de cette fausse valeur, et aussi moins on a une réflexion globale sur tout ce qui se passe et sur ses responsabilités dans l’augmentation de la pression sur le peuple, car moins on en souffre, moins on subit cette pression. Et ça, c’est une des choses qu’il faut comprendre – pas accepter – afin de voir clair dans tout ce qui se passe dans le monde : les plus fortunés ont des raisons de vouloir maintenir un système oppresseur. Chaque événement grave qui arrive est instrumentalisé et va servir les couches sociales les plus hautes, afin que toujours elles continuent à faire grandir leurs fortunes même si ça nuit à la majorité. Et nous, c’est là qu’on peut intervenir. Chacun d’entre nous peut quelque chose, et si chacun fait une toute petite chose à son petit niveau au lieu de faire du fatalisme et de baisser les bras, l’ensemble a des chances d’être particulièrement gênant pour ce système. C’est la part du colibri. Qui être, si ce n’est le colibri ? La réflexion avance, alors il est peut-être temps de faire cesser la dualité perpétuelle, et de s’unir. Et ce ne sera pas par le vote, parce que changer un être vil pour un autre être vil sans changer la base du système qui fabrique des êtres vils, c’est synonyme de ne rien faire.

Image : CC BY SA Guayacancr

Je ne veux plus juger

Je ne veux plus. Non. Juger l’autre ici bas.
La vigilance est de mise, c’est compliqué parfois.
On a été habitués à toujours se faire juger,
Et à juger en retour, comme pour se venger.
Mais la vengeance n’est pas une solution en soi.
Et d’ailleurs, juger qui, et pourquoi ?
Les actions des autres, ou leurs réactions,
Est-ce que nous les comprenons ?
Alors changer, ne plus juger
Et se contenter d’observer.
Muter, dans ce monde en mutation,
Saisir la perche qui passe,
Elle repassera.
Ou pas.
Sommes-nous à l’aube de ce changement d’ère
Où l’empathie est réellement nécessaire ?
Sommes-nous des êtres doués de raison ?
Pouvons-nous comprendre celui ou celle qui se trouve là,
En face de nous, dans son corps en prison ?
Être humble, en accord avec soi-même.
Chasser la colère et les perturbations émotionnelles.
Cesser d’interpréter systématiquement ce qu’on voit.
Et se contenter de le voir.
Et l’amour, qu’est-ce que c’est au juste ?
Est-ce que ça se mérite ?
Ou est-ce que ça se donne sans condition ?
L’amour, je veux qu’elle explose hors de moi.
Je veux lui donner priorité sur toute chose.
Et pour ça, je dois cesser de juger.
Je n’étais que la moitié de moi-même.
J’ai maintenant décidé de récupérer ce qui me manquait.
En chassant le trop plein, c’est paradoxal.
Donner, c’est recevoir.
Alors quand je donne, je reçois, j’aime.

Image : libre de droits (Jérôme Bosch – The garden of earthly delights – entre 1490 et 1510 – détail de la 3e partie du triptyque)