Je tue vous

Le vouvoiement est une habitude classiste. Je ne vouvoie jamais personne, excepté ceux et celles que je considère comme nuisibles, et aussi lorsque je fais face à quelqu’un qui me semble très loin de l’avancée de réflexion pragmatique que j’estime avoir eu – le temps de lui expliquer – et qui utilise encore cette aberration de la langue française, que je mets au même niveau du « madame » et du « mademoiselle ». Comme je n’ai aucune envie de tergiverser là-dessus, je m’arrêterais là. Bonne continuation à toi (ou à vous seulement si vous êtes plusieurs ou si je ne vous aime pas).

Image : libre de droits – Geralt

Avertissement

Je déteste faire comme tout l’monde,
Je conteste les conventions chaque seconde.
Quand plusieurs personnes font la même chose,
Ça les cloisonne dans une psychose,
Un sentiment pénible m’envahit vite,
M’électrise carrément, me bouffe et m’irrite,
Oui, c’est comme une électrocution,
La foudre en somme, une hydrocution…

Je n’comprends pas les lois des hommes,
Je n’les apprends pas, j’les gomme,
Ce sont des sectes de dépendance,
Je n’respecte que l’bon sens,
C’qui va de soi, comme on dit,
Chacun chez soi, j’approfondis
Toujours solitaire, mes convictions,
Unique commanditaire de mes passions.

J’ai deux côtés, deux facettes,
Je m’emporte et j’pars en sucette,
Très facilement, faut pas m’chercher,
Et mon calmant, moi l’écorché,
C’est la douceur de l’amitié,
D’un frère, d’une sœur, d’un cœur entier,
La compréhension et la foi,
Sans prétention, je n’suis que moi.

Image : libre de droits – Geralt

Le vouvoiement

Chacun peut choisir de se plier ou non aux conventions traditionnelles, ou «  normales  », les moeurs, les morales populaires, à tout ça. Je prends souvent l’exemple des frontières qui n’existent que pour les personnes qui leurs donnent légitimité en les considérant, pour moi elles n’existent pas, mais ici je vais prendre un autre exemple : le vouvoiement. En temps «  normal  » le vouvoiement est une marque de respect, une certaine distance qu’on met entre soi et quelqu’un qu’on ne connaît pas, ou quand on souhaite garder un rapport spécifique, professionnel ou autre. Pour moi, c’est tout l’inverse, sachant que je considère (pour ce cas précis) que le professionnalisme n’a aucune valeur, car ça n’empêche pas que l’expert es truc ou machin puisse être (et est souvent) un con fini. Ces notions de supériorité car untel a des connaissances ne sont pas les miennes, ce sont celles d’une société malade qui refusera toujours d’admettre qu’elle l’est, et dès lors que quelqu’un se sent supérieur, je le vois comme un rigolo. Si je te tutoie, c’est très bon signe. Si je te vouvoie, dis toi qu’il y a un problème.

Image : CC BY SA Paille

Essai raté

Au fil du temps s’étendent les files d’attente, alors si c’est ton tour, tente le coup et tais-toi. Si t’es atterré que tes traits ne soient pas éternels, fais attention, relativise, étire ta conscience, évite de déblatérer ta science, les pédants sont tués dans cette société autoritaire, fais profil bas, patiente. N’obéis jamais aux beaux parleurs, abats-les, et ne baisse pas les yeux devant eux, fusille-les. Écoute ton cœur sans oublier ta tête, crois en toi sans flatter ton ego, n’attise pas la haine.

Moi je pisse sur les étendards et sur leurs détracteurs, ces têtes de lard, j’offre mon corps au martyre, qu’on me tire dessus, mais en face, et pas dans le dos… De toutes façons, je suis adossé au mur et j’observe, je m’abreuve de tout ce qui tourne autour de moi, d’aucuns me disent inactif, je suis juste inaccessible, et les théories terrestres ne conviennent qu’aux moutons et aux loups, je ne suis ni l’un ni l’autre, à la limite un centaure au menton relevé et à l’œil ouvert.

Image : libre de droits

Pardonne-moi

Pardonne-moi camarade, ma familiarité,
Car si je te dis « tu », c’est sans vulgarité,
Et si je te dis « vous », je ne suis pas à l’aise,
Si ça t’ennuie, dis-le, je suis une falaise,
Et je passerais outre mes fades habitudes,
Je peux m’en contrefoutre, prendre de l’altitude,
Mais vois-tu, de là-haut, ma vision est plus large,
Elle voit tout le chaos de ce monde de barge,
Je scrute l’horizon, n’y vois que des moutons,
Rêve de m’envoler, mais j’ai pas de bouton
Sur lequel appuyer, pour faire naître des ailes,
Je ne fais qu’aboyer, je rame avec une pelle,
Dans le vide, sans eau, sans espoir, sans appel,
Rien d’autre que des mots, et si ça t’interpelle,
Tu peux venir me voir, m’expliquer ton problème,
Je saurais m’émouvoir, et t’écouter sans peine…

Image : libre de droits (WimdeGraaf)

Dangereux étranger

J’écris pas pour qu’on m’aime, ni même pour qu’on m’admire
Ni encore pour qu’on trouve des sous-sens à mes mots
J’écris pas pour décrire la beauté et les rires
Des enfants ou des beaufs qu’on entend déjà trop.

Je n’écris que pour moi, parfois pour te parler
J’écris pour m’exprimer, pour gueuler mes souffrances
Parfois pour raconter des histoires torturées
Que tu n’veux pas entendre, dans ton indifférence.

Je ne force personne à lire, à m’écouter
Je ne me force pas, à écrire des horreurs
Ça sort ou ça sort pas, ça sort comme ça, entier
Ce ne sont que mes heures, que mes pleurs, que mes peurs.

Alors si ça t’emmerde je t’invite à partir
Je t’invite à me fuir, car tu vas déchanter
Tu risques de pâlir, de trembler, devenir
Très cynique et c’est moi qui viendrais te hanter.

Réfléchis à deux fois avant de continuer
Passer au vers suivant, il risque d’insinuer
Que tu n’es pas ici pour les bonnes raisons
Que tu pourrais tomber, ou changer de saison.

Je me fiche de l’effet que je fais, c’est te dire
Si tu m’importes peu toi le public ignare
Le public n’est pas, chacun comprend mon art
Avec ses propres maux, son âme de triste sire.

Si tu te sens vraiment différent de la masse
Alors tu m’intéresses, c’est à toi que je parle
Tu es un être unique en son genre, et tu passes
Par ici dans tes buts que j’ignore, une escale.

Si tu te sens vraiment ou touché ou frappé
En plein visage, alors j’ai réussi mon coup
Car dans ma nuit interminable j’ai visé
Tout juste et à distance, et je visais ton cou.

N’y vois aucune violence, ce put être un baiser
Chuchotement intense ou un simple mot doux
Ce put être une caresse, une morsure douce que mes
Yeux t’ont lancé comme ça, ils sont perdus partout.

Ce sont ces yeux de braise qui crament mon intérieur
Ces yeux noirs de chaleur qui fument à toute heure
Mais fais donc attention, ils peuvent de leur noirceur
Se transformer en loup, un masque de rêveur.

Ils peuvent être assassins, acteurs itinérants
Et devenir ta peur, ton chagrin, et le vent
Se lever doucement par delà l’océan
Et venir te bercer à toutes les heures du temps.

Alors je te conseille de rester sur tes gardes
Je ne suis pas de ceux qu’on aime par mégarde
Je suis de ceux qu’on pleure, de ceux qu’on ne comprend
Un éternel maudit, qui ne s’aime pas vraiment.

Non, j’aime la Nature morte, la pluie, le froid, le noir
La nuit, les rues désertes, et marcher tard le soir
Je fuis les lumières jaunes et oranges de la ville
J’aime la forêt, les arbres, la mer, ses vagues idylles.

J’aime les odeurs d’humus, j’aime la terre fertile
J’aime mes rêves étranges, où je vois mes fantômes
Rencontrés au hasard, les soirs au creux du fil
Du rasoir émoussé de mes songes sans arôme.

Et au gré des humeurs, parfois je n’aime rien
Je m’enfonce profond dans la tristesse étrange
Étrangère à tes connaissances, comme un chien
Tu ne comprendras pas qu’au fond je suis un ange.

Image : libre de droits (GDJ)