Interlude

J’ai pas envie de vous parler d’amour.
Je sais pas si c’est pire de souffrir,
Ou de ne rien ressentir, au fond de soi,
Pire d’avoir vécu ça, doux comme un chiffon de soie,
Et de ne plus pouvoir le saisir entre ses doigts,
L’absence pèse, mes sens crèvent, ma violence rêve
De s’évanouir. Et ma tête veut la voir partir,
Être à l’aube d’un jour nouveau.
…Réatterrissage. Tous les instruments s’affolent.
…Crash, retour à la nage. Besoin d’une luciole.
Les étoiles s’étiolent mais semblent éternelles.
Univers magnifique, mais je suis vite ramené sur Terre.
Imaginaire prolifique, mais mes chaînes sont délétères.
Elles me maintiennent au sol, je me noie dans l’éther.
Ou c’est juste une impression, un auto-coup de pression.
Faut nager, même si t’es épuisé.
Des bateaux passent au loin, mais pas d’épuisette
Assez grande pour contenir ton grand coeur et ce corps gênant qui vit autour,
Que tu connais par coeur.
Lourd…
Un instant d’égarement et tu coules, tu bois la tasse et elle te saoule.

CNV, la relation de couple

Conférence enregistrée à Neuchâtel, avec Marshall Rosenberg et la participation d’une traductrice.

Pour les novices, la CNV (communication non-violente) est un processus de communication non-conventionnel, qui implique de s’interroger sur les besoins et les émotions de ses interlocuteurs. Il sort complètement du principe manichéiste (du bien et du mal) et cherche à éliminer le principe de récompense/punition. C’est un concept qui continue à se développer et qui a inspiré beaucoup de personnes qui ont créé d’autres branches où ils l’ont intégrée en complément d’autres enseignements, parfois ésotériques, parfois religieux, et la CNV a fait ses preuves et mérite qu’on s’y attarde et qu’on tente de l’assimiler à sa manière de communiquer. Si ça fait partie du domaine du « développement personnel », Marshall se contente de transmettre son savoir (en évolution perpétuelle) et ne se met jamais en avant comme le font énormément de soi-disant experts en développement personnel, coachs de vie, etc. Il est un vecteur, alors il fait certes payer l’accès à ses conférences (la location des salles n’est pas gratuite), mais lorsqu’elles sont filmées, il les laisse en accès libre sur internet afin qu’elles puissent être découverte par des novices, inspirer des gens, en plus de se transmettre par ce biais.

Concernant les coachs, pour ma part, et comme toujours ce que je dis reste spéculatif, subjectif, et est un avis que je n’impose pas aux autres (qui reste très personnel), j’ai tendance à penser que ce métier profite d’un problème d’ordre mondial, l’incapacité de beaucoup de personnes à faire des choses censées être « normales » au quotidien, essentiellement pour faire de l’argent. Pour faire fonctionner un commerce sur une base libérale, il ne faut surtout pas que les clients n’aient plus besoin du produit qu’on leur vend. Donc je me méfie énormément de tous ceux qui s’autoproclament « coachs ». Je ne me permettrais jamais de dire que tous les coachs sont vénaux, ni qu’ils ne sont pas efficaces dans leur activité, et même il y en a qui sont altruistes, qui s’autorisent à travailler bénévolement dans certains cas, et qui rendent service à des personnes perdues. Mais je vois nettement un paradoxe négatif dans ce métier. Et si on va sur le terrain des « coachs en séduction » par exemple, on atteint le summum de l’horreur, car étymologiquement, le terme de séduction est de la manipulation (du latin seductio : corruption). J’arrêterais là mon pamphlet sur les coachs.

Les professionnels du développement personnel ne devraient pas oublier l’aspect spirituel de leur spécialité. S’il faut bien que tout le monde vive, le fait de conditionner un savoir à l’échange monétaire va à l’encontre du don de soi, de l’altruisme. Et ceux, celles, qui se spécialisent dans un courant bien spécifique oublient souvent volontairement qu’ils ont le pouvoir d’apprendre à leurs clients (qui ne devraient pas être des clients, mais des élèves) à se développer au détriment d’autrui. Selon moi ils devraient prendre en compte ce point et chercher à ouvrir les yeux à ceux à qui ils enseignent, sur ces choses. Que le développement personnel serve à vivre mieux individuellement, c’est une très bonne chose. Mais si cette progression vers le bonheur individuel doit se faire sur le dos de la souffrance d’autres personnes, ça devient clairement nuisible.

Wanted : ma santé mentale

Des déclarations de haine, faites par des moutons qui se planquent sous des meubles, qui beuglent quand leurs banques leur piquent leurs boutons, et qui se marrent devant, ou ignorent, les essais infructueux mais non moins nucléaires d’autres poussières balayées par la rage résultant d’une morsure assurant la mort en faisant signer des assurances vie.

Des déclarations d’amour, faites par des nuages aux formes de visages éphémères, qui planent pendant que l’État leur pompe le peu qu’ils ont, qui croient faire le bien sur une planète où l’idée même du mal est hypocritement ostracisée, tandis qu’il est pratiqué sous toutes ses singularités, qu’elles soient cinglées ou aux apparences saines, mais éperdues.

J’ai perdu mon bon sens un jour où j’étais saoul, j’ai mis des annonces un peu partout, la plupart se sont affadies à cause des intempéries, on ne peut plus lire le message initial qui était inscrit dessus, et signé de mes initiales, et tel un cracker qui cherche des petits bouts blancs toute la journée la tête baissée en parlant seul, l’air totalement timbré mais sensiblement pas assez pour arriver au destinataire, je le cherche depuis.

Image : Libre de droits – creativity5

Y a pas d’amour

Y a pas d’amour dans les coeurs, y a que du sang et des pulsations bidons qui peuvent s’arrêter sur un coup de tête, de revolver ou de fusil, précédé parfois d’un coup de pute. Le crime passionnel n’est pas le fait uniquement de psychopathes, mais aussi d’amoureux pleins d’amertume qui n’eurent été que des amants achetés et usés tels des jouets ou des fringues prêtes à porter, et faut pas se plaindre si certains deviennent des pierres prêtes à lancer, alors qu’avant ils étaient une viande tellement attendrie que leurs yeux brillaient en une seconde à la remontée d’un sentiment provenant des profondeurs de leur âme, une fois un temps passé il n’y a plus que la haine qui les fait osciller. Mes armes d’apparences vaines ce sont mes textes, et soyez pas si circonspects et condescendants avec cette affirmation, des textes peuvent marquer à vie et laisser des cicatrices indélébiles, tout comme la répétition de situations, car si tu tapes plusieurs fois sur un doigt, attends-toi à avoir de plus en plus mal…

Image : Libre de droits – Dinokfwong

Démasquage et démarquage

Je suis du genre à ne pas sourciller si on s’en prend à moi, à me foutre – mais alors royalement – des railleries des petits rois et de leurs cours remplies de cons. Je suis du genre à me substituer aux opprimés, préférant qu’on s’en prenne à moi plutôt qu’à mes pairs, les gens que j’aime sont pour moi sacrés, et je manipule les abrutis, crève leurs bulles, faisant croire à des fous qu’ils gagnent, tandis que je meurs de rire à petits feux, oui ces situations m’achèvent, moi le situationniste anarchiste, je n’ai aucune liste et si je suis l’ennemi de quelques uns, moi je n’en ai aucun. Les guerres minuscules n’existent guère que dans les têtes aux allures bourgeoises d’une demi-douzaine de fantassins qui reculent, ces soldats ou guignols en mocassins, chasseurs de mouches et de moulins à vent, à l’image de celui qu’ils brassent à longueur de temps. Entre illusionniste et magicien il y a un précipice, l’un serait mieux en hospice à consulter des praticiens, l’autre n’a pas besoin de prouver sa valeur, musicien propice toujours à l’heure, jonglant avec les notes, provoquant la pâleur de l’assistance médusée. Un bel ange bienfaisant n’a aucune raison de se mettre en avant, ce n’est pas un savant courant après des prix Nobel, et s’il affiche ses exploits ce n’est rien qu’un charlatan. Si moi, je n’ai pas de leçon à donner, je n’en ai pas à recevoir, rien ne me fera abandonner mes convictions ni m’abonner à des valeurs factices qui font émouvoir les aveugles aux aguets de la moindre fragilité pour la souligner, envieux sûrement du reste, vu qu’ils ne peuvent pas voir. Les chasseurs d’ivoire prêts à détruire des espèces ne peuvent que décevoir, et devraient remettre leurs bavoirs afin de pouvoir garder propre leur conscience, et s’ils pouvaient cesser de déblatérer leur science, ces pédants prolixes, aidants seulement par intérêt quand il y a des rixes, mais restants fixes et inactifs le reste du temps, ces mesquins qui ne connaissent qu’un vague relent du mot altruisme, ils rendraient service à l’humain. Leurs entreprises leur ressemblent, leurs méthodes reprises de périodes sombres de l’Histoire les assemblent à des êtres impuissants au talent médiocre.

Image : libre de droits – Unsplash

Quête

Tout le monde cherche l’amour de sa vie, certains appellent ça l’âme sœur, d’autres sont plus simples et ne l’appellent pas, et d’autres ont rendus les armes et ne cherchent plus. C’est ceux-là qui ont réalisés la plus grande part du chemin, bien que beaucoup parmi eux le vivent mal. L’autre partie, celle qui le vit bien, peut alors se concentrer sur autre chose, et enfin accéder à une forme de plénitude qui n’est pas perturbée par une quelconque attente. Ils peuvent s’occuper d’eux au lieu de vivre au travers d’une quête perdue d’avance. Malheureusement, je ne fais ni partie de ceux qui y ont renoncés et qui le vivent mal, ni de ceux qui y ont renoncés et qui le vivent bien. Et pourtant, j’aimerais arrêter cette quête improductive et source de souffrance. Quel soulagement ce serait ! Parce que cette recherche bouffe de l’énergie, et le pire c’est lorsqu’on a l’impression d’avoir réussi et de commencer à croire quelque chose qui s’effondre très vite. On veut rester au lit, s’isoler, quand c’est pas une envie de cesser de vivre. Cette logique d’existence fatigue énormément.

Image : libre de droits – Marcelabr

La gitane

L’amour lui apparaissait comme un sophisme, elle n’y croyait plus,
Elle avait vécu un florilège de trahison, le désespoir en surplus,
Les mensonges et le subterfuge qu’utilisaient les hommes,
L’hypocrisie aussi, le poison était depuis toujours dans la pomme,
Et le prince charmant n’était jamais arrivé, elle qui l’attendait,
Depuis sa nuit des temps, le chaos en elle se répandait,
C’était plutôt burlesque tout ce qu’elle vivait, cette vie d’espoir,
Mais d’espoir brisé, de joie éphémère, elle était la bonne poire,
Elle voulait comprendre pourquoi la liberté s’était absentée,
Pour la confiner dans une prison de rêve détruit, sa santé,
Partait à toute vitesse, les pigments de sa peau qui par le passé,
Étaient semblables à de la soie, s’abîmaient, elle en avait assez,
Elle n’était plus la rose qu’elle était dans son enfance, cette beauté,
Elle n’avait vraiment plus le cœur, comme avant, à chanter,
Il n’y avait plus que l’évasion dans ses moments de rêverie,
Pendant lesquelles elle repeignait sa vie, et en faisait son œuvre,
Le stéréotype de la femme parfaite, elle n’avalait plus ces couleuvres,
Quelquefois elle se repassait la chronologie de son existence,
Elle repensait à cette période où elle était une Vénus en substance,
Où l’érotisme qu’elle dégageait faisait fondre tous les hommes,
Où son eldorado était placé au cœur de sa séduction, son summum,
Et elle souriait, elle fermait les yeux et elle s’endormait.
Elle n’était jamais plus belle qu’à ce moment là, et désormais,
Elle ne croirait plus jamais à autre chose qu’à elle-même,
Elle ne se donnerait plus jamais à personne, et la Bohème,
Lorsqu’elle marchait pieds nus dans l’herbe fraîche, l’été,
C’était tout ce qui lui fallait, et elle se l’était mille fois répété.

Image : libre de droits (Edouard Manet – Gitane avec une cigarette)

Le fou de l’amour

Je suis sentimental, et je l’avoue sans gêne,
Je suis sentimental, amoureux de l’amour,
Chaque histoire qui m’a pris, je l’ai vécue à fond,
Chaque histoire a été la meilleure de ma vie,
Mais elles m’ont laissé un goût amer, c’est vrai,
Car quand l’amour s’arrête, le vide le remplace,
Pourtant, je n’ai jamais cessé de l’espérer,
Pourtant, je n’ai jamais cessé de croire encore,
Et aujourd’hui encore, oui aujourd’hui encore,
Aujourd’hui…
Je juge l’amour comme la meilleure des drogues,
Je sacrifierais tout, oui vraiment tout, pour lui,
Je brûlerais mes dogmes sur la place publique,
Je vivrais même nu sur une île déserte,
J’irais dans les montagnes, à l’autre bout du monde,
S’il le fallait…
J’effacerais ce qui se mettrait entre nous,
Ce qui pourrait empêcher l’amour d’exister,
M’oubliant totalement, oui, s’il le fallait.
S’il le fallait…
S’il le fallait j’irais me déguiser en femme,
Et j’irais vivre en prison pendant des années,
J’attendrais patiemment, moi qui suis impatient,
Je réaliserais l’impossible, même plus,
S’il le fallait…
S’il le fallait j’irais étouffer sur la lune,
Je brûlerais ma vie, donnerais mes années,
Sacrifierais mon âme et la vendrais au diable,
Oui je serais capable de ces douces folies,
S’il le fallait…
Car je suis fou d’amour, un vrai fou de l’amour,
Je suis un passionné, mon cœur est tendre et grand,
Et vide pour l’instant, mais je vais le remplir,
Et je donnerais tout, comme ces fois passées.

Fenêtre sur rue

À travers la fenêtre opaque, je vois
La silhouette des passants, et je bois,
Car toi, oui toi, tu ne viendras pas.

Les couleurs diverses de leurs fringues,
Et leurs voix, tout ça me rend dingue,
Les voitures qui passent, formes vagues.

Je suis caché au fond de ma solitude,
Je sème des mots aux quatre vents, j’élude,
J’invente ma vie, je me la vends, en fraude.

La musique sonne ses notes et ses paroles,
Comme une compagne, j’ai réparti les rôles,
J’ai défini ma quête, trouverais-je mon Graal ?

Je lis des romans, ces histoires improbables,
Leurs personnages s’animent, imperturbables,
Certains sont nobles, et d’autres ignobles.

Le seul plaisir de mes journées est une torture,
Les pointes d’acier créent d’éphémères ouvertures,
Des passages aspirants vers le Tartare.

Rien ne pourrait défaire cette réalité,
Elle est trop enfoncée, c’est une fatalité,
Elle est devenue mon unique finalité.

Image : libre de droits (Frank Winkler)

Littérature

Encore une fois, je me réveille en pensant à un rêve rompu,
Une fois supplémentaire, encore une, une dernière, interrompue,
Page arrachée, froissée, laissée en désuétude sur le plancher,
Tournée et retournée, envisagée, délaissée, réenvisagée, flanchée,
Le sort livre ses forces invincibles et fatales,
Livre l’impossibilité d’une suite favorable et détale,
Semble se roidir comme un macchabée, m’échapper,
Arriver à terme, s’enfuir au vent comme une mèche happée,
À la lisière de mon rêve aux fins illusoires,
La destinée n’avait été qu’une histoire dérisoire,
Fin d’une aventure, début d’une autre, accessoire,
Mais mon esprit vagabondera encore quelques soirs,
On sera ensemble sans l’être, l’imagination faisant le reste,
Ajoutera des éléments au sud, au nord, à l’ouest, à l’est,
Autant qu’il en faut pour qu’une fois revenu à la réalité,
De ma vie dévidée, je sois à la fois debout et alité,
Pages volantes, que la folie a remplie de mots inexistants,
Qu’il faudra effacer d’une manière ou d’une autre, qu’il
Faudra déchirer sans regret, juste pour être tranquille,
Pour naître à nouveau et passer à autre chose,
Terminer le manuscrit sans le bâcler, sans overdose,
L’histoire doit avoir une fin, un point final original,
Sur la blancheur de cette page et de son grain médicinal,
Une petite mais non moins froide terminaison,
Teinte fade, voire pastel, suppurant la déraison,
Positive sur une face, négative sur l’autre, amère à foison.

Je rêve

Je rêve d’émotions, agréables, oubliées, depuis longtemps, des lustres,
Ressentir du plaisir, malléable, une fois, surtout pas comme un rustre,
Assouvir mes besoins, qu’ils soient béants, latents, ces sentiments illustres,
M’en mettre plein les dents, sans aucune substance artificielle, sinistre,
Et je rêve d’un grand retournement, je songe à changer de registre,
Reprendre le contrôle, et puis redevenir mon unique ministre,
Et de voir l’univers dans tes yeux, oui d’y voir le moindre de ses astres,
Regoûter à outrance, ton doux côté soyeux, annuler le désastre,
Te donner de l’amour, tel un demi-dieu, de ta vie voir le cadastre,
Revenir en arrière, et soigner ton passé, comprendre tout ton être,
Et comme une infirmière, tes douleurs effacer, apprendre à te connaître,
Pour oublier l’hier, sa folie opiacée, j’ai envie de renaître.

Explosion

Dedans mes traits tirés, ma détresse étirée, je rêve de me tirer,
C’est folie de penser que je pourrais danser dans ses nuits éthérées,
Et je suis atterré d’être ainsi attiré, altéré par ses yeux,
Ils sont deux et dedans, se cache l’univers, et dans les miens l’averse,
Et au fond de son cœur, dans ce géant qui cogne, se marie l’océan,
La lueur minuscule, mon aliment vital, et ma faim se rapproche,
L’angoisse et l’apogée, le danger du métal, que mon âme se raccroche,
Rien ne sera compris, rien ne se racontera, et je le garderai,
Égoïste, rien qu’à moi, rien qu’à moi, moi, moi, Moi, MOI.
Rien qu’à moi, juste à moi, que pour moi, putain j’ai si froid,
Je fais abstraction des autres, leur bonheur me répugne,
Il est comme un larsen, dans mes oreilles sature, sale comme une rature,
Ça rouvre mes sutures, ça suinte et ça suppure, j’aspire à autre chose,
De plus grand, de plus fort, d’infini, plus encore que l’osmose,
Moi je veux étouffer, dans des bras enserré, et ne plus respirer,
Mon esprit torturé, tourne autour de la Terre, et par elle aspiré,
S’engouffre dans son cœur, et fonce en son noyau, s’insère et l’insémine,
En toute sincérité, l’extase est à son point, culminant, l’étamine,
S’envole et va toucher, le ciel et se lover, dans un soleil trop seul,
Qui l’attendait sans bruit, pour briller dans la nuit, pour tomber sur le sol.

Touché

Mon arc bandé, mes flèches taillées, de mon œil j’ai visé,
Mais soudain, mon corps s’est déséquilibré et mon cœur s’est divisé,
Pour plonger dans deux prunelles noisettes, ils s’y sont noyés,
Sondant les paysages immenses que ce passage cachait,
L’aventure non avisée avait un goût de miel sauvage,
Aussi doux que du satin, des soirs jusqu’aux matins,
Sauvage, c’est l’adjectif qui convient à merveille,
Merveille, c’est le souvenir que j’en ai gardé.
Mes phases amères veillent, résultat de mon passif défaillant,
Reviennent systématiquement, s’insèrent dans la moindre faille,
Ces souvenirs les enveloppent ponctuellement, me les font oublier,
L’ennui, c’est qu’elles finissent toujours par se montrer à nouveau,
Et qu’elles en gâchent tout de même la totalité,
Car en face, l’incompréhension se vautre, toute alitée,
Lorsque d’un sourire je passe à des larmes aveugles,
Des larmes qui coulent en silence, mais qui beuglent,
Ma souffrance latente, montrent mes cicatrices et dévoilent l’attente,
Le désir qu’elles disparaissent un jour, ces brûlures douloureuses,
Par la venue d’une coupeuse de feu, d’une magicienne amoureuse.
Même si c’est en vain, si c’est un besoin qui restera inassouvi, à vie,
Même si c’est impossible, trop improbable, aberrant et risible,
Ma folie s’autorise à continuer d’espérer, mais ma raison,
Me remet les pieds sur Terre, sur le port m’arraisonne,
Et ces voix résonnent, répètent et psalmodient le rêve,
Ma bouche a déjà goûté la sève irréelle, j’ai déjà connu la trêve,
Et de revoir ce pays illusoire, putain j’en crève…
C’est pour ça que lorsque je plonge dans ces iris,
Je touche presque du doigt ce but que garde Éros,
Et que mes yeux brillent, que ma tête part en vrille.

L’amour (encore)

L’amour est mal compris, on l’identifie souvent uniquement comme représentant d’une relation entre deux êtres, mais l’amour ce n’est pas ça, c’est quelque chose de plus global. Et la relation entre deux êtres comporte forcément de l’amour, sans quoi c’est une relation fade, mais c’est le même amour qu’on peut prodiguer à un(e) inconnue, le désir et la dévotion (non exhaustif) en moins. Une des raisons qui fait que le monde part en sucette, et que la plupart des couples ne tiennent pas, est cette ignorance crasse de ce qu’est l’amour, parce que c’est une chose qui n’est pas enseignée, pour laquelle les religions ont pris le relais, que les parents pour la plupart, étant donné qu’eux-mêmes sont ignorants à ce sujet, ne transmettent pas à leurs enfants qui grandissent dans l’ignorance à leur tour, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’une personne se rende compte de l’absurdité des croyances populaires, et le transmette à ses propres enfants. Jusqu’à ce que quelqu’un casse le cercle vicieux de l’ignorance. Alors encore une fois je n’ai de leçon à donner à personne, mais j’ai décidé juste de mettre à disposition mes petites réflexions à propos de la vie, au public. Qu’il les prenne ou non, je m’en contrefous, et c’est d’une sincérité très forte ce que je viens de dire. Je pense avoir saisi les subtilités de l’amour, je n’ai toujours aucune certitude, et je laisserai toujours les uns et les autres croire des conneries si ça leur plaît, cependant, à un moment de ma vie, j’ai aussi décidé de comprendre dans le détail, d’analyser chaque chose. Et je peux être dans l’erreur, c’est tout à fait probable, et je saurais admettre que je me suis trompé si c’est le cas.

Image : libre de droits (GLady)

Décompte

La dernière fille qui a compté, ne m’a pas laissé l’temps d’l’aimer,
L’expectative, ça me connaît, c’est l’meilleur moyen pour trimer,
Ne pas savoir, attendre en vain, donne envie de boire un bon vin,
Certainement pas pour l’apprécier, juste pour pleurer et se saouler,
Et des puristes pourraient penser, que de faire ça serait gâcher,
J’emmerde ces gens et leurs idées, leurs certitudes vont au bûcher,
Et qu’ils crèvent ces conservateurs, et puis qu’ils baignent dans leurs mœurs,
Qu’ils s’y noient et qu’ils y étouffent, et que leur agonie les bouffe,
Je lève mon verre à leur connerie, leurs croyances ne sont qu’hérésie,
Et je bois pour me déchirer, ça f’ra la bite à ces tarés,
Et qu’importe leurs valeurs sûres, leurs traditions et leurs censures,
C’est à eux que j’montrais mon cul, en bord de Seine à ces cocus,
Tandis que les copains et moi, on se bitturait sans émoi,
Qu’on crachait du feu aux arènes, devant toutes ces contemporaines,
Dont certaines devaient terminer, dans un bosquet, terrain miné,
Dont certaines ont même partagé, un bout d’chemin sans s’engager,
Avec des punks et sans morale, juste un dommage collatéral,
La vie est parfois surprenante, et même d’autres fois aliénante,
Quand une seringue vient caresser, des veines vierges décomplexées,
C’est l’amour qui dans son absence, oublie de faire pâlir les sens,
Et la vengeance de son départ, qui peut laisser l’esprit épars.

Image : libre de droits (Steve PB)

Train de nuit

Certains jours, l’incertain me tourne autour comme une guêpe,
Entre amour et haine, les tours s’enchaînent, le désir de détruire,
D’aller contre ma nature, et sur elle, insérer des ratures au cutter,
Ce n’est que de la littérature, mais… le cratère de mon être s’assure
Qu’il ne soit plus possible d’en sortir, et les vautours me guettent,
Ils attendent dans une danse lugubre la moindre faille, et foncent,
Fouillant dans mes entrailles, se disputant ma chair y creusant des entailles,
Je ne suis plus qu’un cadavre avec un cœur qui se bat et blesse,
La mort serait un havre de guerre, où la paix n’a pas sa place,
La morsure me brûle encore, et je ne suis plus sûr de rien,
Si quelqu’un m’attend, je lui suggère d’attendre autre chose,
Genre, un train…

Image : CC BY SA Vince Pahkala

La veuve noire

C’est l’histoire d’un soir qui avait commencé comme un cauchemar,
D’un garçon de la nuit qui trompait son ennui dans un vieux hangar,
Faisant l’amour sans crier gare, avec de l’héroïne, en bon fuyard
De la vie, il n’avait pas d’avis sur la question, assouvi et hagard.

C’est l’histoire d’un soir qui a continué comme un rêve, une trêve
Dans son existence, l’exception qui lui a donné une chance, une brève,
Sans lui dire qu’elle allait le détruire, qu’elle l’avait choisi cette Ève,
Car elle l’estimait fichu, ce ne serait pas une grosse perte qu’il crève.

C’est l’histoire d’un soir qui s’est fini en incendie dans un plumard,
Pendant plusieurs nuits, les amants y sont restés, ces flemmards,
Pour elle, il a tout arrêté, ses escapades qui devaient finir en corbillard,
Pour lui, elle n’a rien fait, et puis elle l’a mis au centre d’un long brouillard.

C’est l’histoire d’un soir qui aurait mieux fait de finir en overdose,
Sans poésie, de la prose, un peu d’amnésie, un petit quelque chose
De condamné d’avance, scénario rance, l’absence totale d’osmose,
De l’amour sous-dosé, quelques baisers déposés, des ecchymoses.

C’est l’histoire d’un soir qui s’est vraiment terminé des années plus tard,
Dans une toile d’araignée, le désespoir baigné, la rechute du bagnard,
Dans la saignée, à la potence accompagné, il avait fini par le voir,
Qu’elle ne l’aimait pas, une égoïste voulant régner, un étouffoir.

C’est l’histoire d’un soir qui avait inexorablement mené à l’abattoir,
Lui était son miroir, à elle, il ne cessait de boire son propre désespoir,
Il vivait dans un mouroir, son amour avait un cœur de pierre illusoire,
Et à force de manquer d’ailes, il a fini étalé sur le bord du trottoir.

Le cœur et le corps en morceaux, après une chute de plusieurs étages,
C’est dommage, mais bye-bye, l’amour est assassin, c’est un grillage
De fils barbelés, bien serré autour de la cage thoracique, la rage
Sans morsure, c’est un nuage noir, c’est un orage d’un autre âge.

Insignifiance

Une nouvelle page déjà arrachée et chiffonnée, jetée dans le caniveau,
Je n’ai plus l’âge de me harnacher, et de tomber ainsi à un bas niveau,
J’ai pas de rage, ni même cachée, ni inhibée, ni l’envie d’un beau caveau,
Je suis pas sage, juste un peu séché, un peu plombé par cet échec que me vaut
Ce choc, l’orage, la pluie épanchée, toute incubée, larmes invisibles in vivo.

Faire marche arrière, encore une fois, m’attriste au point de me déchirer,
Et loin derrière, j’ai plus la foi, je serre mes poings, je suis aspiré,
Et par la bière, et quelquefois, sans un appoint je suis attiré,
Par la clairière, et par les bois, tous leurs recoins pour me retirer,
Depuis hier, la soif me boit, et ce besoin veut pas se tirer.

Je me vois d’un peu loin, être pathétique, un genre de mort-vivant à l’air triste,
Plus besoin d’aucun soin, ce niveau critique n’a que l’achèvement secouriste,
Rapide et sans témoin, et analgésique, pour solution un peu rigoriste,
Sans non plus faire de foin, c’est bien ironique, mais je ne suis plus qu’un vieux touriste,
Sur cette Terre pour rien, un bilan tragique, ça fait longtemps que je suis hors piste.

Image : libre de droits (John Hain)

Encore

Encore un échec, je mate l’horizon le cœur plein d’amertume,
Encore une gamelle, dans la boue et la vase ou le fumier qui fume,
Encore une histoire, que je laisserai pas continuer, et j’assume,
Encore un mur, qui s’est dressé tout d’un coup dans la brume.

Je suis un collectionneur, mais c’est loin d’être une passion,
Je suis un saule pleureur, un qui ment par omission,
Je suis un échiquier, toutes les pièces loupent leurs missions,
Je suis un vieux métier, en voie de disparition.

Je ne sais qu’aimer, c’est vraiment mon seul talent,
Je ne sais que faire l’amour, avec ardeur, rapide et lent,
Je ne sais que donner, pas recevoir et c’est violent,
Je ne sais que mourir, d’amour, et un peu rêver, ambivalent.

Image : libre de droits (Suppenkasper)

L’ivresse du vain

La poésie, c’est bien, c’est beau, mais ça ne remplace rien,
L’envie d’amour, tous les besoins sont là, et la mort tente toujours,
La fatigue mentale, tout l’univers est en vain, et rien n’est là pour
Combler un peu les failles, soigner les entailles, la nuit et le jour.

Il arrive un moment où la douleur ne peut plus augmenter,
Où les larmes ont tant coulé que le cœur est à sec, plus de montée
Plus de descente, plus d’espoir, ou alors il ne se développe plus,
Et on est à la merci des prédateurs, vulnérable et on en peut plus.

Je me demande encore, pourquoi je crée des choses, pourquoi ?
Ça vient d’un corps vidé, un cœur mort qui aurait bien besoin
D’une décharge électrique, d’une réanimation énergique, de soins,
Si ça parle à des gens, c’est bien, mais ça ne me fait rien de rien.

Un sursaut de l’esprit, et puis ça retombe mollement sur le sol,
Il est dur le sol, il est en pierres, et mon âme est en liesse,
Les cordes chantent en chœur, s’amusent, et les déesses,
Qu’elles soient d’un jour ou deux, abandonnent le terrain.

Et les pointes d’acier s’enfoncent, comme pour se venger,
Les pistons se poussent, et la mer se vide lentement dans un trou,
Un genre de trou noir qui aspire tout, les sentiments, vraiment tout,
Et laisse l’esprit totalement vide, le cœur brisé, remisé dans un coin.

Image : CC BY Darwin Bell