Démasquage et démarquage

Je suis du genre à ne pas sourciller si on s’en prend à moi, à me foutre – mais alors royalement – des railleries des petits rois et de leurs cours remplies de cons. Je suis du genre à me substituer aux opprimés, préférant qu’on s’en prenne à moi plutôt qu’à mes pairs, les gens que j’aime sont pour moi sacrés, et je manipule les abrutis, crève leurs bulles, faisant croire à des fous qu’ils gagnent, tandis que je meurs de rire à petits feux, oui ces situations m’achèvent, moi le situationniste anarchiste, je n’ai aucune liste et si je suis l’ennemi de quelques uns, moi je n’en ai aucun. Les guerres minuscules n’existent guère que dans les têtes aux allures bourgeoises d’une demi-douzaine de fantassins qui reculent, ces soldats ou guignols en mocassins, chasseurs de mouches et de moulins à vent, à l’image de celui qu’ils brassent à longueur de temps. Entre illusionniste et magicien il y a un précipice, l’un serait mieux en hospice à consulter des praticiens, l’autre n’a pas besoin de prouver sa valeur, musicien propice toujours à l’heure, jonglant avec les notes, provoquant la pâleur de l’assistance médusée. Un bel ange bienfaisant n’a aucune raison de se mettre en avant, ce n’est pas un savant courant après des prix Nobel, et s’il affiche ses exploits ce n’est rien qu’un charlatan. Si moi, je n’ai pas de leçon à donner, je n’en ai pas à recevoir, rien ne me fera abandonner mes convictions ni m’abonner à des valeurs factices qui font émouvoir les aveugles aux aguets de la moindre fragilité pour la souligner, envieux sûrement du reste, vu qu’ils ne peuvent pas voir. Les chasseurs d’ivoire prêts à détruire des espèces ne peuvent que décevoir, et devraient remettre leurs bavoirs afin de pouvoir garder propre leur conscience, et s’ils pouvaient cesser de déblatérer leur science, ces pédants prolixes, aidants seulement par intérêt quand il y a des rixes, mais restants fixes et inactifs le reste du temps, ces mesquins qui ne connaissent qu’un vague relent du mot altruisme, ils rendraient service à l’humain. Leurs entreprises leur ressemblent, leurs méthodes reprises de périodes sombres de l’Histoire les assemblent à des êtres impuissants au talent médiocre.

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Fin de partie

Aujourd’hui, avec douleur mais radical, j’ai bloqué une nouvelle amie,
Compatibilité impossible… je n’aurais pas supporté ses petites infamies,
Au fond d’elle, elle va en souffrir, et elle trouvera ça inadmissible,
Mais elle ne le reconnaîtra sûrement pas et je risque de devenir sa cible,
Son orgueil va la pousser à affirmer qu’elle n’en a rien à foutre,
Que je suis con, que je ferais mieux d’aller me pendre à une poutre,
Ou que mon acte de rejet est en fait une preuve de haute trahison,
Que j’ai bien fait de quitter son cercle et que je suis un vrai poison,
Et c’est pour ces raisons que j’ai décidé de rompre cette relation,
La fierté et l’autorité surtout lorsqu’elles entrent en corrélation,
Ainsi que la mauvaise foi, et l’irrépressible besoin de se venger,
Tout ça ne fait pas bon ménage, me pousse à éloigner le danger.
J’avais été moi-même vers elle, un soir où l’alcool m’avait poussé,
À céder à ma curiosité maladive, et certes, un peu émoussée,
Son intelligence, sa perspicacité, n’avaient pas manqué de m’interpeller,
Son talent dans l’écriture et dans des rimes acerbes m’avaient appelé,
Mais de fil en aiguille j’ai remarqué quelques petits détails étranges,
Que j’ai laissé passer, j’ai aussi des défauts, et je ne suis pas un ange,
Mais ils s’accumulaient tout de même, et à un moment j’ai saturé,
Continuer à accepter ça sans rien dire, aurait été me dénaturer,
Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas ses petites blagues vulgaires,
Placées au-dessous de la ceinture, ni sa tendance assez grégaire,
Qui m’ont fait prendre cette décision, c’est peut-être la peur du bâton,
Car ce n’était pas une perche tendue, et sa tendance à la victimisation,
Tandis qu’elle volait des concepts pour se faire mousser, s’amuser,
Sans être capable de s’assurer que le jeu puisse s’effectuer sans user
L’enthousiasme et la motivation… Ma conception de la liberté,
Est au-delà de ça, et elle a été clairement bafouée avec perte et
Fracas. Alors je dis bye-bye, sans regret, mais avec un pincement
Au cœur, j’assume mes émotions, sans insolence et sans grincement
De dents, mais ce texte est là pour marquer d’une belle pierre blanche,
Ce moment, que je m’en souvienne, et je ne prendrais pas de revanche,
Malgré le fait qu’il puisse se transformer hélas en une avalanche,
L’effet boule de neige pourrait bien tenter de me briser les hanches…

Image : libre de droits – Merdanata

Je

Ma vie ne plaît pas à tout le monde, et tant mieux.
Je n’ai rien à prouver à personne, même pas à dieu.
Il y en a qui n’assument pas leur passé, et c’est bête,
Franchement, tant pis pour eux si ça les embête.
Je suis extraverti et extra perdu, mais c’est pas grave,
Tous les chemins mènent à la route de la déprave.
Philosophe à mes heures « on », là je suis en « off »,
L’interrupteur est bloqué, mais c’est pas une catastrophe.
C’est très facile de me blesser, il n’y a aucun mérite,
Mon hypersensibilité est vulnérable, surtout aux hypocrites.
Certains me trouvent fascinant, c’est très étonnant…
J’ai pas l’impression d’être exceptionnel ni détonnant.
Je suis hermétique à la flatterie, enfin ça dépend,
Il y a quelques cas spéciaux, mais je reste Serpent.
Je n’ai rien à cacher, quoique j’ai deux trois secrets,
C’est pas ceux qu’on croit et ils sont écrits à la craie.
Ils s’effacent et je les oublie dès qu’il se met à pleuvoir,
Et ils reviennent quand je m’attendais pas à les revoir.
Je ne suis personne, et même très souvent invisible,
Ça peut être pratique, mais c’est un handicap risible.
Si on me cherche au milieu d’une foule, c’est facile,
Je suis celui qui marche à contresens de toutes les files.
Je me fous qu’on ne m’aime pas, c’est pas mon problème,
Moi j’aime tout le monde, sans a priori, et sans emblème.
Jusqu’à ce qu’on m’attaque ou qu’on se foute de ma pomme.
J’ai un sixième sens pour repérer ça chez l’Homme.
Je n’accepte pas d’entrer dans le cercle des gens pour rien,
J’attends avant qu’on me parle, ma particularité de terrien.
Car j’ai conscience que mon humanité a une différence notable,
Avec les animaux qui sont incapables d’être affables.
Alors ne prenez pas pour acquis mon amitié, ni ma confiance,
Avant qu’elle vous soit accordée, il faudra quelques circonstances.
Jamais je ne m’estime mieux que personne, pas même des pires,
Nous avons tous le yin et le yang en nous, qu’on y aspire,
Ou non.

La souffrance d’une amie

J’ai eu un choc en te voyant si mal, si perdue,
En voyant ta peine tout au fond de tes yeux,
Cette détresse qui se reflétait aussi dans ceux
De mon ami qui n’en pouvait plus, éperdu.

J’aimerais juste que vous soyez heureux,
Hélas, je ne suis personne et ma sollicitude,
N’est qu’une vaine et impulsive habitude,
Inappropriée, et qu’observer je ne peux.

Je me demande quand même ce qu’il va advenir,
Je suis le spectateur d’une débâcle émouvante,
Tiraillé entre l’envie d’agir, très éprouvante,
Et celle de m’en aller loin, et sans mot dire.

Car je n’ai pas les moyens de changer les choses,
Mon rôle s’arrête simplement au soutien,
À l’écoute, et je dois en surveiller le maintien,
Rester neutre, c’est un détail qui s’impose.

Alors pour l’instant je reste en retrait,
L’envie de pleurer m’envahit parfois, c’est un fait,
Mais je dois la faire rester dans ma tête,
Pour me protéger, sur elle je dois tirer un trait.

Garder la tête froide, faire la part des choses,
Si je m’éloigne de ma route, je me perdrais,
Elle est déjà pleine d’obstacles, je mordrais
La poussière avec qui je serais en osmose.

Mais ne bois pas tant, ce poison est mortel,
Loin de moi l’envie de te faire la morale,
Peut-être un peu de te remonter le moral…
Mais je l’aime aussi, et de manière informelle.

Alors qu’est-ce que je dois faire ? Rester là ?
À vous regarder souffrir, à te voir couler ?
À le voir se déchirer, à vous voir vous saouler ?
Je ne sais pas, je ne sais vraiment, vraiment, pas.

L’amitié

L’amitié naît de rien, elle est une vagabonde,
Se perd sur les chemins, ces routes qui abondent,
Quand tu ne l’attends pas elle se montre comme ça,
Elle peut venir de loin, de nulle part, d’en bas,
Ou d’en haut, droite et gauche, diagonales détournées,
De soirées de débauche, de matins arrosés
De café ou de pluie, de cognac, de rosé,
Quand les larmes d’un homme, qu’un ami a séchées
Sans même le vouloir, sans même le savoir
Ou bien tout simplement qu’il les a empêchées
De sa présence simple, à l’immense pouvoir,
De couler en cascades, l’amitié a montré
Sa puissance grandiose, inégalable force…

À Timothée

Harmoniques

Une nuit noire et blanche dans les profondeurs sombres
d’un internet perdu aux allures bleues et calmes
deux êtres qui se croisent, deux personnes, deux âmes
deux petites solitudes, deux coeurs, une paire d’ombres.

Rien ne présageait la rencontre de ces fleurs
dans les méandres immenses d’un monde virtuel
un monde tell’ment grand, où maintes hirondelles
virevoltent au hasard pour occuper leurs heures.

Mais le monde est petit, le dicton le dit bien
et seules les montagnes ne se rencontrent pas,
il n’y a que les Dieux habillés de leurs draps
qui restent isolés dans les vapeurs des vins.

Au-dessus des nuages, sous la voûte céleste
la terre est composée de matières étonnantes
c’est l’eau, c’est la poussière, la mer, la pluie qui chante
c’est l’herbe et les rochers, c’est l’Homme qui proteste…

L’Homme, un être indigeste, un animal conscient
qui se nourrit des guerres, mais qui sait pourtant bien
aimer et conjuguer ce verbe et son destin
qui sait la rhétorique, entité magnifique.

Et quand deux de ces choses, deux humains imparfaits
se croisent ici bas, le tonnerre peut sonner
la lune peut se lever, le soleil peut briller…
et l’amitié peut naître d’une parole ou d’un souhait.

Pour Isabelle & Danielle

Image : libre de droits (Randnotizen)