Clivage interne

Derrière mes basses humeurs de clebs affamé, bien planqué
À l’intérieur d’mon cœur, subsiste un enfant prisonnier,
Né un matin d’hiver, et enfermé un soir d’été,
Sous un ciel découvert, sa liberté s’est arrêtée.

Un univers entier s’est évanoui en une seconde,
Nié sur un chantier à l’imagination féconde,
Mu par des sentiments et par des délires impossibles,
Obligé d’se lier au ciment comme un vulgaire fossile.

Naïf à l’innocence immense, au moins comme un gratte-ciel,
Détruite, de l’âme aux sens, tout aussi denses que démentiels,
Et piétinés par l’ego-trip d’un autre être en souffrance
Illusionné par des sophismes, ou des traîtres en sous-transe,

Natif d’un monde putride où l’amour est pointé du doigt,
Et où des ondes fétides sont dites « humour », et où tu dois
Railler la gentillesse et glorifier les apparences,
Tailler les gens en pièces et sacrifier tes différences.

Et c’est en écoutant les conversations où se marre
Où s’étend, déroutant, le con vers l’action, on s’en carre,
Naturellement ou presque, que j’en finis plus de tirer
Sur ces humains zombiesques, ces dures finitions attisées,

Et si j’t’avais en face de moi toi l’facho expat,
Ce s’rait comme un séisme pour toi, j’userais ma batte,
On s’demande c’que tu fous, t’as l’air d’vouloir t’faire allumer,
Nique tes divagations insulaires et moi j’vais t’fumer,

Tu vas savoir c’que c’est qu’un punk fâché lâché sur toi,
Et ton bavoir va être rosé, tâché de rouge à pois,
Nique aussi les p’tits patriotes, et quand ça va péter,
T’inquiète, j’saurai r’connaître mes potes, et j’aurai pas d’pitié.

Et c’est comme ça tout l’temps, dans ma p’tite tête, deux dingos s’frittent,
Deux sous-hommes s’affrontant comme des bêtes dans un putain d’rite
Enflammé, faudrait éviter, d’se r’trouver sur leur route,
Sous leurs lames aiguisées, et j’peux t’retirer tous tes doutes,

Une fois pour toutes, une bonne, dans un clivage stoppé tout net,
Rails sabotés, détonne un son sur le rivage du net,
Valider des idées puantes au point d’devoir partir,
Irisées, même brodées sur les bords, j’vais les anéantir.

Voir ces images en permanence, a tendance à rendr’fou,
Ravaler sa rage, sa démence, c’est danser sur les g’noux,
Et finalement, autant boire une bière, vautré au soleil…

Littérature

Encore une fois, je me réveille en pensant à un rêve rompu,
Une fois supplémentaire, encore une, une dernière, interrompue,
Page arrachée, froissée, laissée en désuétude sur le plancher,
Tournée et retournée, envisagée, délaissée, réenvisagée, flanchée,
Le sort livre ses forces invincibles et fatales,
Livre l’impossibilité d’une suite favorable et détale,
Semble se roidir comme un macchabée, m’échapper,
Arriver à terme, s’enfuir au vent comme une mèche happée,
À la lisière de mon rêve aux fins illusoires,
La destinée n’avait été qu’une histoire dérisoire,
Fin d’une aventure, début d’une autre, accessoire,
Mais mon esprit vagabondera encore quelques soirs,
On sera ensemble sans l’être, l’imagination faisant le reste,
Ajoutera des éléments au sud, au nord, à l’ouest, à l’est,
Autant qu’il en faut pour qu’une fois revenu à la réalité,
De ma vie dévidée, je sois à la fois debout et alité,
Pages volantes, que la folie a remplie de mots inexistants,
Qu’il faudra effacer d’une manière ou d’une autre, qu’il
Faudra déchirer sans regret, juste pour être tranquille,
Pour naître à nouveau et passer à autre chose,
Terminer le manuscrit sans le bâcler, sans overdose,
L’histoire doit avoir une fin, un point final original,
Sur la blancheur de cette page et de son grain médicinal,
Une petite mais non moins froide terminaison,
Teinte fade, voire pastel, suppurant la déraison,
Positive sur une face, négative sur l’autre, amère à foison.

Mas questions

Pourquoi suis-je ici, dans ce monde cruel ?
Ça n’a pas de sens, je suis enfermé, ce tunnel
N’a pas de fond, n’est pas ascensionnel,
Pas à pas, à tâtons, ma vie est superficielle.

Marché aux esclaves, c’est l’impression que j’ai,
Entre un homme fort et quelques armes de jet,
Nous sommes vendus sur une estrade, des objets,
J’en suis malade, mais d’évasion je n’ai pas le projet.

Suis un être sans ambition, pourtant insoumis,
Contrarié à outrance de n’être qu’une fourmi,
Et je hurle en silence, je fais des compromis,
J’aimerais une chance de m’envoler, un permis.

Qu’on me laisse y croire, partir dans le ciel, qu’on
Reprenne ces chaînes qui m’entravent, c’est con,
Tout semble impossible vu d’ici, depuis ce balcon,
À des kilomètres du sol, il ne tombe jamais de flocons.

Zéro sur vingt ou zéro degré, c’est toujours nul,
Mais moi je sais compter, et sortir de ma bulle,
Es-tu un être à part, une espèce de pit-bull ?
Tu me semblais si douce à moi, le noctambule.

Prête-moi ta folie, montre-moi tes limites,
À toute fantaisie, j’allume la dynamite,
Ça pourrait être drôle, je n’étais qu’un ermite,
Toi, tu m’as tiré hors de ma grotte de granit.

Âme perdue

Je suis né d’une union, mitigée dans les âges, jetant plus de vingt ans, au milieu des amants,
Au cœur de cet amour, avait trop cru mon père, et il pensait déjà, un miracle était fait,
Il s’était aveuglé, il n’avait pas pu voir, vitrifiant son regard, tanné par les espoirs,
À sa fascination, s’additionnait sa foi, ouverte aux utopies, rejetant le fatal.

Inique le destin, détruisit l’essentiel, unique l’ouverture, et froide la folie,
Ma mère a trop souffert, et dans la violence, deux fois a reproduit, quatre ans étaient passés,
Et ce temps dur durait, ulcérant le mental, ravin doux de l’ego, unité divisée,
Delta de l’impossible, xanax et somnifères, alcool au quotidien, ivresse et destruction.

Et lors de ce combat, glanant l’amour par ci, il y avait deux fils, lentement se battaient,
Sourds aux cris du hasard, altérés par les coups, se cherchant ici-bas, et malheureusement,
C’est dans le cœur des filles, rêvant par des histoires, et croyant la douceur, substitution de miel,
Éludant le passé, dans un futur sans gloire, nuits et jour s’enlaçaient, elles lui faisaient croire.

N’est-ce que le plus vieux, encor cherchait l’amour, celui que de sa mère, n’avait jamais connu,
Tant et si bien qu’un jour, naufragé mille fois, ourdissait une voix, féminine il la crut,
Alors si belle et douce, terrible destinée, n’a usé que de ruse, afin de le tromper,
Il s’est crashé pour elle, mais s’est tout relevé, n’espérant qu’un rappel, sorti droit de l’enfer.

N’a attendu que peu, afin qu’un cœur de pierre, alors se présentât, sournois et profiteur,
Elle – c’était une aile -, mit toute sa ferveur, il espéra encore, être l’exception vaine,
Sorti de tant d’années, et de tant de douleur, tiré par les épingles, sortant de sa peau douce,
Doucement ce vautour, mugissait en silence, rayant tout de ses griffes, obscures et pointues.

Alors après un temps, oreilles et cou tendus, elle finit le tout, répudiant son amour,
Mue par quelques mensonges, il fut sali à souhait, utilisé, battu, termine échec et mat,
Elle, contente et vile, raillant tous les efforts, naturellement froide, Icare l’attendait,
S’est envolée au loin, et depuis lors mon cœur, errant de-ci-de-là, reste une âme perdue.

Image : libre de droits (Jules Verne)

Cis-pensée

Comme la pomme en somme contient quelques pépins,
Outre le ver qui dort en son for intérieur,
Mu par la faim, le sort ne l’a pas fait rieur,
Mais très stoïque, enfin, tel que je le dépeins.

Unité autrement, du moment divisé,
N’est qu’un choix si subit qu’il pourrait s’imposer,
Iniquement abstraite, ma phrase s’est posée,
Comme une pomme au cœur d’une coupe irisée.

Alors conventionnelle, ma pensée ne réside,
Toute conditionnelle, pas dans un mélodrame,
Il se pourrait bien sûr qu’ell’ soit fausse Madame,
Ou même encore pire, elle pourrait faire un bide.

N’empêche qu’elle existe, et qu’elle restera…

Soliloque

Jamais aussi bien que seul, en silence,
Au fond, c’était la solution, l’existence
Mitraillée par la confusion exotique,
A dû louper un épisode, c’est tragique…
Illusion occidentale du couple et dévotion,
Simulation, possession incluse, soumission,
Altération de la réalité usant l’esprit et le corps,
Un consensus consenti, avec ou sans accord,
Sous des airs de certitude tellement ressentie,
Se planque la pure fascination, d’émotions assortie.
Il était une fois, une procession volontaire, démence…
Belle princesse, tu prépares ta prochaine souffrance.
Ignore donc, si tu le souhaites, tout ce qui te gêne,
Et au bout du compte, oui, tu seras sûre et certaine,
N’empêche que… ta réalité reste à la petite semaine,
Questionnée en permanence, l’amour et la haine
Unies, forment un tourbillon menaçant, arrachant
Et les toits, et l’émoi, et toutes les fleurs des champs,
Seul(e).

Voici l’Homme

Jeux d’enfant adultère, et le temps est figé,
Eveil au beau milieu de la nuit glabre.
Venues de folles chimères, et statues érigées,
Echec et balle au centre de l’admirable.
Ulcéré par l’acier, S je suis fiché,
X je suis classé, A pour anarchie,
Qu’elle apparaisse au palmarès des utopies.
Utopia c’est ici, c’est le nom de ce monde,
Il est né d’un non, dans ces années immondes,
Théorique au départ il en est devenu
Théologique, et nous sommes tous parvenus
En terra incognita, mais persona non grata
Réalisant le malaise, l’homme s’acclimata
Mélangeant s’adapter et souffler sur les braises,
Egotrip passionnant, tous installés à l’aise,
Sur des chaises de bureau, ressentant, ecce homo.
En sens unique éros, évitant les gros mots,
Moquant la moindre démonstration d’amour public
On tape sur des tambours, et ce jusqu’au déclic,
Trois fusibles ont pété dans mon cerveau en plastique,
Il est en vacances le mec de la maintenance,
On doit tout faire nous même, pas de chance,
Nous partons dans la nuit et sans éclairage
Saboter nos vies, les réparer, ou y faire le ménage.

Neutralité

Cette part de moi-même est envahissante,
Ouvre la porte à une tempête de neige brûlante,
Nuit à mon être et l’endort au chloroforme,
Falsifie mes paroles, leur retire toute forme.

Une fois que tout est foutu en l’air reste le chaos,
Sur l’injonction de sa conscience, qui sied là-haut,
Il ne faudrait pas lui céder, mais elle danse,
Ouvertement sur ta tombe, et la douleur lance.

Naturel, ça l’est, ça fait partie de la vie,
Et ça doit sortir, quel qu’en soit le prix,
Tout ce que l’on touche peut brûler car
C’est du feu dans mes yeux, le sang coule au moindre écart.

Odeurs de cramé et de fer mélangées,
Livre ouvert, à une page s’est hasardé,
Entre un chapitre passé, inutile, et un autre à venir,
Reste à savoir ce qui, inexorablement, va advenir…

Et le suspense de l’angoisse prend toute la place,
Borde le gouffre, si je m’y penche, par audace,
Et que je regarde tout au fond, la menace,
Si j’ose un pas, juste un pas, tenace,

On dira que j’ai sauté, et pourtant… pas de chance,
Il ne faudrait pas trop se fier aux apparences,
Ne pas se laisser tromper par un scénario écrit à la craie,
Diablement bien ficelé, un arbre qui cache la forêt.

Il est tellement facile de tomber dans les pièges d’éther,
Vils leurres, placés là juste pour te jeter par terre,
Route pleine d’embûches, absence de solidarité,
Et on laisse des amis se faire insulter,

Sous la verve injustifiée d’autres amis si chers,
Sous la pluie acide de mots qui entaillent la chair,
Et qui font douter de la nécessiter d’exister.

Dédié à Vanessa qui le saura jamais

Parce que tout est là

C’est ici, maintenant, et c’est uni à tout,
Haut dans le ciel et dans l’infini,
À la limite de l’atmosphère, du rêve,
Quelques étoiles qui dessinent la vie,
Une flopée de mystères, des brèves,
Et si tu lies les points entre eux, le dessin apparaît.
Cherche en toi, tu trouveras des belles
Histoires fantastiques ou même banales,
Offertes à qui sait les attraper, les garder,
Sans prévenir, elles passent, elles fondent,
Elles volent, elles tournent, et s’évadent,
Elles repartent comme elles étaient venues,
Si tu sais les saisir dans ton inconscient,
Tu verras qu’elles sont tiennes aussi,
Unifiées à l’ensemble, qu’elles t’attendent,
Nues, et c’est à toi de les parer de rubis,
C’est à toi de les agrémenter,
Avec tes pensées par milliers,
Depuis l’absolu, qu’on peut voir seulement
En fermant les yeux très fort,
Autour de toi, ça clignote et ça tourne,
Un instant irréel, juste un instant,
Qu’on ne peut mesurer tant il est grand,
Un instant intemporel, unique et éternel,
Alors n’attends plus, et prends,
Ne cherche plus ailleurs ce qui est en toi,
Donne-toi ce dont tu as besoin,
L’amour, peins-le, les pinceaux sont tes yeux,
Au fond de ton esprit, il y a les couleurs,
Mets-en autant que tu veux, tu le peux,
Elles sont là, des centaines de millions,
Et elles ont toujours été là,
Sous, au-dessus, autour de toi,
Tu pourrais les suivre, si tu voulais,
Une fois que tu y croiras, simplement,
Nouvellement, que tu croiras que c’était possible
Il suffit de le vouloir, de le voir,
Et de le faire, puiser en soi, en toi,
Alors t’apparaîtra le décor que tu pensais impossible,
Le paysage de ta vie, de son feu, mais laisse le noir derrière,
À l’abri du passé, de ce passé si…
Terrestre. Si plat, à côté de l’imaginaire,
Et du territoire des rêves,
Rêves béants, qui attendaient qu’on les rêve,
Rêves si fous qu’on pensait qu’il
Était impossible de les réaliser,
Et qu’on les avait abandonnés, pourtant…
Tout était là, autour de soi, juste là,
À portée de ton être, du mien,
Tout est dans nos mains, alors…
Ouvre tes bras et lance-toi, car
Une illusion plus tard,
Tu voleras.
C’est là-bas qu’on se croisera,
Et qu’on se rencontrera,
Que pour une fois dans nos vies,
Une étoile existera, elle sera là.
Il était juste une fois, un magicien qui ne savait pas qu’il était
Le roi de la magie, et qui passa sa vie sans le découvrir.
Au fond, il aurait pu le comprendre,
Pour enfin s’évader,
Et vivre ce qu’il avait à vivre, alors…
Une fois, juste une fois,
Pour une seconde,
Libère-toi,
Et vis !

La comète

Parti de rien du tout, faut quand même y aller,
La vie est bien souvent un tantinet étrange,
Animée de destins et de hasards mêlés,
Ni plus ni moins que la silhouette d’un ange,
Sur un nuage blanc, qui regarde la Terre,
Se marrant bien devant tous ces êtres bizarres,
Un smartphone dans la main, dans l’autre, de l’éther,
Rayonnante auréole, et fumant son pétard.

Urgent est le besoin, et tordue est la clé,
Nuits et jours se succèdent à vitesse ralentie,
Entre espoir et fatigue divaguent les pensées,
Comme un enfant croirait parce qu’il l’aurait senti,
On se perd dans des films aux scénarios brumeux,
Martelant le désir d’un demain différent,
Et chauffant l’illusion sur un doux feu fumeux,
Théorisant l’envie par des mots transparents.

Elles sont belles ces idées, mais où est le concret ?
Allumé par la flamme et brûlant sur le grill,
Une image qui s’efface, dessinée à la craie,
Née d’un mot envolé dans un discours fébrile,
Et le soir quand les yeux se ferment et que l’esprit
Annihile la raison, le rêve prend les devants,
Noue au cœur le poison qui de ton corps épris
Nuit immanquablement et t’expose aux grands vents,

Éternise la tempête, et chahute le bateau,
Envoie au loin valser les dernières feuilles mortes,
Livre à l’hiver le temps comme sur un plateau,
Univers si petit où des phrases par cohortes
Misent que l’heure est venue, que l’attente est trop longue,
Irréelle, incertaine, le mirage disparaît,
Entre une dune, un volcan, une visée oblongue,
Rester là, espérer, c’est la vie il paraît.

Et la vie est mortelle…

Solstice

Je ne montre que ce que j’ai envie de montrer,
Et des signes dans le vent, sur un papier des traits,
Ne voulant qu’on ne voie qu’un semblant de lumière,
Entre deux, c’est la mort, qui me tente à travers,
Sur les bords de mon cœur la couleur est ternie,
Au centre, la mesure est battue par la pluie,
Il court bien lentement, la tension ralentit,
S’estompe, et ma conscience descend encore
Plus bas, là où je ne sens plus mon corps,
Le visage de ton âme s’efface dans l’horizon,
Ultime regard que je vois disparaître, ma prison
Se précise, m’enveloppe, ses murs gris m’amenuisent,
T’effacent, je le refuse, toi ma muse en qui je puise,
Renais juste un instant, reviens, j’en ai besoin,
Ouvre-moi, mon cœur manque de tes soins,
Prisonnier de toi, perdu dans ses blessures,
Oublie le temps, libère le vent, et sois sûre
Une fois, juste une fois, que je suis là pour toi,
Je ne suis sûr de rien, je suis juste sur un toit,
En train de rêver à toi en nommant les étoiles,
Ne disparais pas, toi, dessine-toi sur ma toile,
Sous ce ciel trop noir de ma longue nuit d’hiver,
Un printemps reviendra, peut-être par un vers,
Il te remontrera que je ne suis pas mort,
Simplement, par un premier bourgeon, alors
Je sortirai enfin définitivement de la nuit,
Et de la première fleur qui éclora ensuite, l’ennui
Se ternira dans l’explosion de milliers de couleurs,
Un arc-en-ciel au-dessus de toi, plus de douleur,
Il t’expliquera, sans lassitude, que je t’attends
Sur un quai, assis, laissant passer le temps
Pour qu’un seul train un jour te dépose enfin,
Et que nous puissions dire : le sursit est défunt,
Revole autour de moi, ma luciole, mon guide,
Dessine de tes fils de lumière, remplis mon vide,
Un mot, le symbole de l’infini, j’en suis avide.

Image : Libre de droits – LucasFZ70

Hydrocution

Nous tournons en rond, nous, les écorchés
Sommes-nous donc maudits pour vivre ça ?
Des galaxies semblent nous éloigner, des
Millions et des millions de kilomètres supposés
À l’opposé de la rencontre, elle tarde sous les corps embrumés.
Être là est pour certains une torture, un supplice,
Las de devoir traîner chaînes et boulets
De canon qu’on s’envoie, bourrés d’amour pourtant.
Cette réalité est si lourde, pour tant d’années, où est ma
Vie ici-bas ? Je me le demande parfois…
Solitaire par obligation, attendant une déviation,
Sans espoir ni résignation, juste un peu d’abnégation.
Se voir dériver ainsi semble si pathétique, vu par des yeux fermés,
Voir quelqu’un se noyer de loin…
Il se débat, il coule, remonte, coule à nouveau, il
Suffirait d’une bouée, mais la prendrait-il ?
D’un semblant d’amour perdu, car c’est ça qu’il attend.
Coup pour coup, il finira par se laisser tomber,
De haut et en profondeur, mais il suffit parfois d’un
Pouce décalé, ou en l’air, il n’est pas sur l’autoroute
Du hasard, et il voit tristement les affres du
Destin qui se marre, se perdant dans le soir,
Pour longtemps.
Qu’on se le dise, la vie n’est pas acquise,
Se trouver est parfois quasi impossible
Rencontre entre deux astéroïdes, improbable,
Ne demandant qu’à se heurter pour pouvoir exploser,
Perds-tu le nord dans cette contrée où la nuit n’est
Pas étoilée ? Ton contrefort est un refuge où tout
Espoir n’existe pas, la lune s’étouffe derrière les nuages,
Car elle a peur, elle se cache, ici c’est comme la guerre…
Je voudrais l’arrêter, apaiser ses assauts, mais
Suis-je donc en Enfer ?
Là, le temps commence à me manquer,
Quelque carte pourrait se dessiner, mais à
Part l’horizon trop plat, je ne vois rien.
À travers les volets de mes paupières,
T’attendre est vain, alors je dors.

Image : libre de droits (fradellafra)

Le rythme flou de la vie

Ce soir, j’apprécie ma solitude, car elle m’inspire,
Elle qui d’habitude aurait tendance à me nuire,
Le flot des phrases écartelées en mots croisés,
Une flamme pourrait toutes les faire brûler.
Il se pourrait même qu’elles s’effacent, et ne fassent
Qu’un avec le néant, pour voir la vérité en face,
Une courte seconde, perçue comme un léger flash
Irrémédiable, autant qu’un avion qui se crashe
S’il se trouve tout à fait à l’autre bout du monde.
Irrémédiable. J’irai, mais Diable qu’elle est féconde !
Mais uniquement si on la laisse faire, si on lâche
Prise, se laisser submerger par le plancher des vaches,
Outre que la campagne a quelques pénibles côtés,
Sa tranquillité est d’un reposant, donne envie de tricoter
En mots, des habits de lumière qui ne vont qu’aux pauvres,
Saillants comme un désert qu’on entrevoit dans une alcôve,
Éphémères, car dès que la nuit tombe sur les toits,
Forts de leur magie, ces frusques disparaissent avec toi,
Et renaissent à tous les demains, à chaque fin de cycle meurent,
Revivent, l’instantanée alchimie qui s’installe en ta demeure,
Avide de tes yeux, de ton attention, de ton sourire,
De tes larmes, de tout un chacun de tes désirs,
Et de tes humeurs, piles, faces, et sur la tranche,
Ton bonheur et ton malheur, même quand tu flanches.
Et tu finiras bien par comprendre que, quoi que tu fasses,
Si ton destin est au nord, alors tu iras au nord.
Tu peux résister, partir dans le sud sans laisser trace
Et y rester, tricher, et te cacher près des bords,
Rien ne t’indique que ton destin n’était pas celui-là…

Little spell

Par hasard ou par volonté, par le Lézard de Castañeda,
Les shamans peuvent absorber la sève des plantes, par les
Forces de la Terre, de l’Air, de l’Eau et du Feu unifiées,
De l’Amour et de l’Absolu, de l’infini, du vide, du plein et du rien,
La réalité n’est pas altérable, celle du passé restera la
Nature des choses, et l’action n’agit que sur l’instant d’après.
Par le présent qui n’existe pas, par le temps qui passe en coup de vent,
Toutes les vérités sont inexorables… Elles sont. Et puis…
Les détails sont des détails, et les détails, on s’en fout.
Choses réelles, mes sens vous reconnaissent, mes folies
Existantes s’effacent juste par un simple désir,
Par une petite décision si infime soit-elle, elle est.
Mon esprit l’a saisie, lui. Mais celle que je connais si peu, mon
Âme, joue les touristes, comme si elle était finement
Isolée dans un lieu inconnu, ses repères perdus, fataliste.
Je vis pourtant chaque moment de ma vie, pleinement.
Te souviens-tu, mon cœur ? N’aie pas peur, car je
Chercherai un abri pour que tu puisses te reposer.
Partout où j’irai, ma mission sera quête, et le Graal,
Où qu’il soit, finira par se révéler, et je finirai par le boire.
J’irai partout, sous la Terre, dans les Airs, dans la mer s’il le faut,
Chaque recoin de chaque montagne sera essayé, et ta
Bouche ne sera plus jamais en reste, mon cœur.
Que l’Humain m’en soit témoin, c’est une promesse que je te fais.
J’embrasserai tous les arbres, toutes les vallées, je dévalerai les pentes, parcourrai les forêts, à la recherche de ta maison.
Chaque sentier, même ancien, chaque route, et son bitume,
Visage double d’une planète jadis offerte, pour toutes et tous, alors…
Que la Vie reprenne le contrôle, si elle le peut,
Je serai là, et si elle le peut, si elle le fait, moi je…
Regarderai du haut de mon petit nuage, toujours le même nuage, bien planqué au fond du ciel, celui qui ne se voit pas, et je…
Me fondrai dans les éléments, si agités soient-ils, et ils…
Feront bien ce qu’ils veulent, tout ce qu’ils veulent.
Penser n’est que l’expression insipide d’un court passage sur la Terre,
À l’abri de la sagesse et de l’intelligence qu’il faut soi-disant chercher, parmi les Humains et leurs codes incompréhensibles. Et…
Toi… Oui, toi… Qui es-tu ?

Programmes corrompus

Janvier accourt, et l’émoi passe, j’ai la visite d’une
Araignée que j’enfume à l’occasion et à raison d’une
Innocente clope, ça la ralentit dans sa lancée, l’endort,
Mais ne semble pas tellement la déranger, j’adore
Embêter sans méchanceté ces bestioles, quand elles
Libèrent leur curiosité et qu’elles m’interpellent
En s’approchant trop de moi, car l’univers animal
Se doit chez moi de rester à sa place, sur les toiles
Satinées de soie qu’elles tissent hiver comme été,
Et il m’a fallu du temps, elles n’étaient pas décrétées
Nativement bienvenues, ce n’est qu’après avoir
Tiré mon voile opaque que j’ai commencé à voir,
Illuminer mon quotidien, travailler sur ma haine,
Et la chasser, ne garder que l’amour, sans la peine,
Résiliente, qui nourrit la souffrance, et fait tourner
Sur soi-même, flatte bien l’ego et fait séjourner
Illusions et passions vaines, rêveries éveillées,
Nuées de croyances futiles, qui croient nous réveiller.
Et la nuit est trop belle pour être honnête, et moi,
Xérophyte piquant résistant au froid, aux mois,
Planté dans un désert strié de chemins boueux,
Livré à la soif et l’abandon, j’ai l’estomac noueux,
Origine d’un parcours qui revient à sa source,
Resté en court circuit, mais continuant sa course,
Elle se finira quand les batteries seront
Soit vidées, soit grillées, et ce sera selon…

Le roseau

Je vais tout droit, dans le sens inverse de la marche du train,
Enfermé comme tout un chacun dans cette immense machine,
Rêvant de m’envoler hors d’ici, de survoler les petits chemins,
Être libre une dernière fois, cesser de toujours courber l’échine.
Voyager dans ma tête et dans le monde, sans jamais aucun frein,
Et quand je me réveille, le rêve s’interrompt, et la réalité revient
Dynamiter ces objectifs, projeter brutalement dans une vraie vie,
Ultime basculement finalisé d’une désillusion, un manque d’envie,
Nerfs d’une vicissitude mécanique, désarticulée et souvent viscérale,
Entouré d’habitudes hébétant les plus forts des vivants, ancestrales,
Falsifiant quelques paroles, mentant au plus offrant, trahissant des
Idées qui sont miennes, celles les plus à même de me transcender.
Né au vingtième siècle, j’ai appris naturellement à imaginer l’avenir,
Dans ma génération, on n’a pas vraiment tous vu les choses venir,
Entre une fin de siècle et un début de millénaire, on n’a pas pu choisir
Chahutés dans les virages, souvent à l’affût des derniers loisirs,
Happés par le tourbillon de la vie, gelés dans des nuages de souvenirs,
Attendant la pluie et tombant à nouveau de haut, pour encore atterrir,
Pile sur un os, à moins que ce ne soit dans le pays imaginaire
Illimité, où l’illusion est de nouveau autorisée par formulaire
Trié, vérifié et tamponné par ces administrations séculaires,
Représentées par des clowns juste un peu plus classieux,
Et protégées par une hydre menaçante régnant sur leurs cieux.

L’homme-orchestre

L’homme se cherche peu du côté spirituel,
Il entretient sa tête et son cœur, mais cela
N’est pas suffisant, l’esprit n’est pas actif.
Il soigne son physique, mais pas son aura,
Emplit sa tête de milliers d’informations,
Ça se bouscule, comme au fond d’un sac
Qu’il secoue, mais il faudrait faire un tri
Entre tout ce bric-à-brac, faire attention
Et décider quoi laisser et quoi il gardera.
Difficile, dans ce vacarme assourdissant,
Il faudrait pouvoir voir tout ça au ralenti,
Et petit à petit, se débarrasser de son ego,
Et mieux supporter et maîtriser l’émotion,
Trouver l’erreur dans ce grand panorama,
Sans qu’il ne prenne forme de maelström.
Il devrait, de son cerveau, être le maestro,
Trouver la clé au milieu de son trousseau,
Et qu’il puisse se regarder dans un miroir,
Accepter tout ce qui fait de lui un homme
Sans avoir ce besoin de se trouver si beau
La beauté intérieure, celle de ces humains,
De plusieurs choses, est un subtil mélange,
Tête, cœur, corps, esprit, et c’est si étrange
Certains ne nourrissent pas tous ces côtés,
Alors que l’équilibre en est très dépendant,
Et que l’être est fait de tout cela cependant.
Ne rien oublier, ce afin de bien progresser
Est bien nécessaire, et c’est tel un concerto,
Musique pleine d’instruments qui ont faim,
Piano, guitare, et il y en a encore beaucoup
L’être peut être vu tel un homme-orchestre
Aux manettes de tout, qui doit faire son jeu
Ne jamais s’arrêter, bien trouver les accords
Pour éviter de stagner, gagner la délivrance.

La sève coule

Ah que le ciel est beau en ce doux jour d’automne
Si les feuilles tombaient amoureuses entre elles
Seulement un morceau de seconde irréelle
Tu trouverais cela sans doute monotone.
Pouvais-je espérer qu’elles puissent décoller
M’apercevant de loin depuis leurs doux nuages
Aimer l’étrange ami comme on sent un présage
Ma parole, elles et moi nous aurions pu voler.
Belle comme la mer qui peut dans sa beauté
Mettre une infinité de notions indicibles
Ta douceur, ta tendresse, et mon cœur invisible
Peur du bonheur, du rêve, peur de tout emporter.
Au diable le soleil, l’ombre me convient mieux
Feu sur mes sentiments, dans le camp des merveilles
Et du temps détraqué qui m’emmène vermeil
Tes doutes et l’ennui qui font pleurer mes yeux.
Certitudes amères envolées sous la voûte
De l’univers entier qui s’offre à mes nuits tristes
Côté pile il est là, côté face, improviste
J’assiste à tous ses cycles en crevant le mois d’août.
En regrettant ces jours où la fascination
Rêve en tournant en rond, ou en spirale folle
Mais elle revient trop, sa fragile corolle
Ce n’est qu’un vain délire plein de consternation.
Rêve d’un instant court, cette simple pensée
N’emplit qu’une seconde et s’en va doucement
Est éphémère et va se perdre dans le vent
Qu’une tempête vive emmènera danser.
Un petit matin froid gèle mes émotions
Rêve encore de chaleur dans mon âme ânonnée
Trop muette et qui fuit mon corps tant étonné
Improbable étrangère, erre au cœur des passions.

Vol plané

À l’aurore des cœurs, à l’aube des matins,
Derrière l’horizon se cache le destin,
À l’abri des regards, à l’abri du hasard,
Mais aussi des départs.
Clé en main, il ne cherche qu’à nous échapper,
Harmonie et amour l’accordent volontiers,
En quelques notes douces, un opéra entier,
Rédigé sur papier.
C’est dans ses partitions que se trouve l’abîme,
Happant tous les amants de ses parfums intimes,
Éternisant les jours des couples inhérents,
Sentiments violents.
On ne peut décider de le suivre, en survivre,
Non qu’il soit piège vil, c’est lui qui nous délivre,
Écorchant les cœurs durs de ceux qui le refusent
Vainement, par des ruses.
Être amoureux ou pas ? Voilà donc la question,
Pour que vibre au summum l’alchimie des passions,
Ou que s’étale en flaque la belle souffrance,
Unique mais immense.
Rêve ou réalité, à savoir quoi choisir,
Amère est l’affliction, trompée par les loisirs,
Mouillée est la vision, quand l’autre part trop loin,
Oublier le besoin.
Unifiées sont les âmes, quand les auras se touchent,
Réunis en un seul, quand se mêlent les bouches,
Tout d’un coup les détails n’ont plus grande importance,
Outrepassés, ils dansent.
Rêver à ces moments fait trembler notre souffle,
Réaliser qu’ils sont une illusion l’essouffle,
Il ne faudrait jamais atterrir sur la Terre,
Dormir, portés par l’air.
Et sur un nuage, naviguer dans le ciel.