Found footage et le mythe du soudeur

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Le genre cinématographique de l’horreur a bien évolué. On est loin des bons vieux Massacre à la Tronçonneuse et encore plus loin des films d’Ed Wood, sacré « le plus mauvais réalisateur de tous les temps », et qui filma le célèbre Bela Lugosi, le comte Dracula… On est loin des vieux Evid Dead, et même du classique Braindead, le pionnier du sous-type d’horreur, comique-gore auquel Evil Dead a goûté pour son troisième opus. C’est déjà très loin. Où sont nos soirées pendant lesquelles on n’a pas pu aller au-delà du premier film tant on était paralysés par la peur ? Où sont les séances de cinéma qu’on fuit au bout d’un quart d’heure ? On a grandit voilà tout… Plus rien ne nous atteint. Plus rien ?

J’aurais toujours ce souvenir enfoui, celui de la frousse terrible que j’ai eue, un jour de mon enfance en compagnie de mon petit frère, alors que, fier, je voulais montrer aux adolescents chez qui nous nous étions glissés, que je n’étais pas un poltron (mais j’aimais déjà les films d’horreur). Je me souviendrais toujours de cette scène d’Evil Dead premier opus, quand la trappe en bois tremble sous les coups d’un semi-cadavre vermoulu et déchaîné (cadavéreux, c’était le mot utilisé pour désigner les monstres dans ce film), qui apparemment voulait en découdre avec l’ensemble des êtres, eux bien vivants, que la pièce contenait. Cependant, tous ces films sont tournés de la même façon que les autres genres cinématographiques : on a l’impression d’être un simple public, on regarde un film, et on se rappelle de temps en temps que ce n’est qu’un film. Et alors ? N’est-ce pas le but d’un film ? Plus aujourd’hui ! Enfin plus toujours…

Je viens de me faire une projection privée. Un long métrage d’horreur d’un style tout particulier, un des styles que j’ai toujours recherché depuis que je l’ai découvert. Ce film c’est Evidence (preuve, en anglais). Le style de ce film tire sa particularité, selon mes connaissances, d’un long métrage pas gore du tout, plutôt issu des genres épouvante et suspense, mais tout de même bien flippant : le Projet Blair Witch. Ce petit bijou était le précurseur d’un sous-type qui était tout nouveau à l’époque, le Found footage (littéralement traduit enregistrement trouvé, c’est moche en français, hein ? On continuera à utiliser l’anglicisme, vous êtes d’accord ?). On peut, en regardant ces films, se projeter d’une façon intrusive, à la limite du voyeurisme, dans l’intimité de chaque instant des personnages, du héros, de l’antihéros, des personnages secondaires. Après Blair Witch, le found footage n’est pas tombé en désuétude : on a pu voir émerger Rec (avec ses suites), Paranormal Activity (idem), pour ne citer qu’eux, et on se souviendra pour beaucoup d’entre nous des moments d’effroi que nous ont fait passer ces petites merveilles de terreur.

Evidence se sert d’une image qui est gravée dans la plupart des esprits, celle du méchant soudeur planqué derrière sa tenue de protection contre la chaleur (et contre les étincelles), avec dans son énorme gant son gros chalumeau duquel sort des flammes énervées et concentrées… Ce déguisement a donc déjà été utilisé dans le genre horreur, par le passé. En France on peut se souvenir (ou pas) du long métrage des Nuls, la Cité de la peur, et de son tueur au marteau et à la faucille, portant un masque de soudeur.

Le décor d’Evidence est un vieux garage désaffecté au milieu d’une région désertique. Bien isolé, idéal pour trouver des coins et des recoins pour jouer à cache-cache avec un psychopathe… Ou une psychopathe ! Cependant, ceux qui sont adeptes des films d’horreur savent que ce genre de décor a également été éclusé dans ce domaine. Ne pensez pas que ça rend ce film banal… Ce lieu reste idéal pour une histoire de fiction sordide qui impliquerait un groupe de jeunes entre 16 et 36 ans (parce que j’en ai 36).

Evidence nous plonge dans la réalité des bureaux de la police scientifique, après un massacre étrange. Sur la scène de ce massacre, plusieurs enregistrements ont été retrouvés en assez mauvais état, et les flics se passent les bandes et tirent des conclusions, aidés par un talentueux professionnel de l’imagerie qui dispense ses connaissances et permet de nettoyer des parties sombres et floues.

Dans ce film, le sang ne gicle pas vraiment dans tous les sens, et de ce côté la suggestion est assez importante. Comme dans Feast les saccades forcent à se concentrer afin de mieux saisir les détails, et énormément d’images sont pourries ; une bonne partie du film, si on additionne toutes les scènes incompréhensibles du fait de la mauvaise qualité des bandes. Mais on s’en fout, parce que c’est du trash, du sale, de la boucherie, du gore. Et si le sang ne gicle effectivement pas tellement, on voit des bras arrachés, des gens cramer, des personnes fortement diminuées tenter de sauver leurs vies insignifiantes, d’autres exprimer leurs dernières volontés avant de se faire déchiqueter…

Une autre chose qui m’a fait aimer ce film est l’effort d’originalité du scénario sur toute la longueur, les rebondissements, nouvelles preuves (en anglais donc, evidences) ou événements soudains. Un régal. Le réalisateur m’est inconnu, un noir américain nommé Olatunde Osunsanmi [The Cavern (2005) ; Phénomènes Paranormaux (2009)]. 

Un super moment !

Image : libre de droits (WikiImages)

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