De la servitude moderne

Film documentaire de Victor León Fuentes, adaptation du livre du même nom de Jean-François Brient (éditions Épervier, 55 pages). Le film est disponible en version intégrale, gratuitement, en plusieurs langues.

Le film et le texte sont soi-disant diffusés hors des circuits traditionnels et ont pour vocation à rester gratuits. Les auteurs incitent donc à le copier et à le diffuser autant que faire se peut. On trouve pourtant le livre sur les sites de la Fnac, Amazon, Priceminister, LesLibraires.fr, Chapitre, Decitre, etc. avec une préface de Yannis Youlountas, au prix de 5€, alors que sur la dernière page du pdf disponible sur le site officiel, est indiqué : « Le livre et le DVD qu’il contient sont totalement gratuits, ils ne peuvent en aucun cas être vendus. Le texte peut être librement reproduit, partiellement ou en totalité. La lutte contre la propriété privée, intellectuelle ou autre est notre force de frappe contre la domination présente »

L’impression d’un livre n’étant pas gratuite et les personnes qui travaillent dans les circuits littéraires ne souhaitant certainement pas jouer le jeu, on peut comprendre que ce livre est en vente. La question que je me pose est :

Y a-t-il outre la préface de Youlountas, un autre texte que celui disponible sur le site officiel ?

Une autre question me vient naturellement :

Est-ce que ce site delaservitudemoderne.org présenté comme le site officiel du livre et du film sur wikipedia est bien le site officiel en question ?

Pour l’instant on le saura pas. Mais c’est tout de même des choses que je trouve importantes, lorsqu’on fait passer un message altruiste, indiqué clairement et explicitement, faire l’inverse est quelque peu déconcertant. Voici ce film, qui soudainement me laisse perplexe alors qu’il avait énormément de valeur pour moi avant que je ne fasse ce petit travail de recherche en profondeur. Il n’en reste pas moins grandiose et hurlant de vérité.

Le journaliste (David Pujadas)

Seconde vidéo d’Usul que je poste ici. Dans une autre publication je vous faisais part de ma découverte de ce jeune vidéaste, et d’un de mes questionnements à son sujet, à savoir l’absence de sa chaîne, d’un épisode de sa série documentaire « Mes chers contemporains ». Je n’ai même pas envisagé la possibilité que cet épisode soit payant, entre autres parce que ce militant m’apparaissait être doté d’une mentalité altruiste. Je soupçonnais par contre une censure de la part de Youtube, et je n’avais pas tort : une autre de ses vidéo vient de disparaître (la vidéo ci-dessus est un « miroir »). Elle comportait des extraits d’émissions télévisées dans lesquelles on voit le journaliste sujet de la vulgarisation d’Usul, mais aussi quelques politiciens comme Sarkozy. Or comme le dit très justement le youtubeur Dany Caligula, la censure pour violation de droits d’auteur est plus souvent utilisée pour faire taire quelqu’un que pour réellement protéger le droit d’auteur, surtout sur internet.

Outre le fait que 70 ans après la mort d’un ayant droit, son œuvre passe dans le domaine public, la loi précise qu’on a le droit de citer des parties d’articles de presse. C’est une exception en matière de droits d’auteur qui permet de faciliter les revues de presse. Mais en ce qui concerne l’audiovisuel, la loi est beaucoup plus vague et à ma connaissance, excepté pour la caricature, il n’y a aucune exception. Ainsi, dès lors qu’un ayant droit se plaint auprès d’un hébergeur de type Youtube, qu’est utilisé sans son consentement tout ou partie – même de trois secondes – d’une des œuvres dont il possède les droits, l’hébergeur en question est tenu de pratiquer la censure ; il en va de même pour les particuliers, lorsqu’un ayant droit par l’entremise (ou pas) de son avocat, contacte une personne lambda et lui demande de retirer une vidéo qu’elle a rendue publique, sur un site perso par exemple, elle est tenue d’obéir sans quoi elle risque un procès. Ainsi, on peut voir des vidéos plus ou moins longues (durant parfois une heure et plus), se faire censurer en intégralité pour de toutes petites parties isolées de quelques secondes.

Concernant la musique, Youtube possède aussi un robot qui scanne les contenus automatiquement et qui déniche des parties protégées, avant de censurer les vidéos sans aucune intervention humaine, et lorsqu’il se trompe parce que ça arrive, le possesseur de la chaîne doit parfois se battre pour que sa vidéo soit remise en ligne, quand elle l’est… On a vu parfois des situations ubuesques, comme des artistes mettant eux-même leur travail en ligne voir le robot intervenir. Cette censure se fait appeler, dans le jargon de Youtube, un strike. Et un des gros ennuis qui vient s’ajouter aux autres, c’est qu’au bout de 3 strikes, la chaîne saute.

C’est aussi de ce sujet que parle la dernière vidéo d’Osons Causer. Ils nous font part d’une future directive européenne, un projet de loi, qui vise à modifier le copyright. Mais pas dans le bon sens : il s’agit d’étendre le droit d’auteur à l’utilisation des liens. Si cette directive passe, on n’aurait tout simplement plus le droit de partager les liens qui proviennent des sites de la presse par exemple – sauf à payer une taxe. Une campagne de résistance, Save the link, est organisée à cet effet, et propose d’envoyer un courrier électronique à son député européen, pour lui demander que ne soit pas adoptée cette directive. Je ne sais pas si cette action sera utile, mais j’ai participé, et je vous invite à le faire (c’est très rapide). Il s’agit également de faire en sorte que soient mis des robots similaires à celui de Youtube (celui dont je parle un peu plus haut), sur tous les réseaux sociaux, voire plus. Et on peut facilement deviner à quel point tout cela nuira au domaine de la création dans le cas où ça passerait…